Arpèges

A propos de...

vendredi 05 octobre

Les créatifs culturels

Ouverts aux valeurs de l’écologie, adeptes du développement personnel, soucieux de remettre l’humain au cœur de la société, ceux que le sociologue Paul H. Ray, et la psychologue Sherry Ruth Anderson nomment les « créatifs culturels » (1) ou les « créateurs de nouvelles cultures », pourraient sauver la planète d’une destruction programmée. Bref, une révolution est en marche… mais de façon silencieuse, car elle n’est portée par aucun parti ou mouvement identifiable.
Foutaise pour certain, les créatifs ne seraient autre qu’un nouveau concept marketing incarné par les « bo-bo ou bourgeois bohême » ou les « no-no », anti consuméristes et fervents combattants de la dictatures de marques. Paul Ray avance, quant à lui, que les créatifs culturels ne sont que « la manifestation d’une lente convergence de mouvements et de courants jusqu’alors distincts vers une profonde modification de notre société. Les créatifs culturels ne viennent pas de nulle part. Ils ont une longue histoire qui a traversé ces 50 dernières années sous la forme de mouvements différents ayant introduit successivement des changements de mentalité, comme le pacifisme, l’écologisme, le féminisme, le new age, la décroissance, l’essor du développement personnel et des médecines douces, du bouddhisme, du bio, etc.. Mais revenons en France . Justement un ouvrage récent (2), étudie leur présence dans l’hexagone et annonce que 17% de nos concitoyens se retrouvent dans cette catégorie de la population. En détail, le livre propose le découpage suivant : 1) le créatif culturel (17% des français). En rupture avec les valeurs héritées de sa famille, il exerce souvent un métier qu’il a choisi, qui lui convient mieux que celui pour lequel il a fait des études. Il met à l’œuvre des valeurs dites féminines (sensibilité, intuition, empathie, non compétitivité…) dans sa vie professionnelle et personnelle. Il tisse des liens autour de lui, préfère la coopération à l’affrontement, et a un fort sens de la solidarité. Il défend les valeurs multiculturelles et à une vision différente de l’éducation. Il peut pratiquer une certaine spiritualité laïque et est convaincu que le changement personnel peut contribuer à une transformation positive du monde. Il attache une grande importance aux notions d’authenticité et de cohérence entre ses convictions profondes et son comportement. 2) L’alter-créatif (21% des français). Il a les mêmes valeurs de base que le créatif culturel. Souvent en rupture avec sa formation initiale, il s’intéresse aux domaines du développement personnel et de la connaissance de soi, mais pas à la spiritualité. Mais il ne s’implique pas dans les milieux associatifs. Il est prêt à s’engager en faveur de l’écologie, mais de façon individuelle. Il a une vision plus séparatiste de la vie : il ne fait pas le lien entre l’écologie et la spiritualité, ni entre l’évolution intérieure et l’évolution de la société.
3) Le protectionniste inquiet (23% des français). Il a le sentiment d’appartenir à une société dont il est acteur important. Ses valeurs : gagner de l’argent, consommer librement, être au fait des dernières nouveautés, se divertir comme il l’entend, entretenir son corps. Il ne se sent pas concerné par le développement personnel et la spiritualité. 4) Le conservateur moderne (20% des français). Il tient aux valeurs traditionnelles : femme mère de famille, père patriarche, réussite sociale. Il rejette toute forme d’ouverture intérieure (développement personnel et spiritualité) qu’il assimilera volontiers à un comportement sectaire. Il est favorable à une croissance et à un développement forts : multinationales, progrès scientifique. 5) Le détaché sceptique (18% des français). Il ne se sent concerné ni par l’écologie, ni par la politique, ni par la condition des femmes, ni par le développement psychologique et spirituel. Il ne se sent pas comme « vivant dans la société » mais à part.

Jean-Pierre Worm, sociologue, a préfacé l’ouvrage français. Selon lui, les créatifs culturels ne sont en aucun cas, un mouvement, mais plutôt une tendance culturelle. Il précise : « les créatifs culturels ont le souci de ne pas être assujettis à une manipulation extérieure ; ils sont en retrait des églises, mais réinvestissent les valeurs spirituelles (besoin de retrouver du sens au moment où les idéologie s’effondrent) ; ils vont vers la chose politique, mais rejettent les partis ou les syndicats. Bref, ils se réapproprient les enjeux de la vie collective, prennent en charge les grands enjeux de la société de demain (diversité, développement durable…) et oeuvrent pour une société de reconnaissance mutuelle, le tout sans appartenir à un parti organisé ».
Au regard des chiffres de l’enquête, les sceptiques ne sont pas si nombreux. En effet, en réunissant les deux familles de créatifs, les culturels et les alter-créatifs, qui sont très proches l’une de l’autre, on obtient 38%. Chiffre qui, par son importance, met en exergue le manque de conscience des créatifs culturels en tant que groupe. On peut donc être créatifs culturels sans le savoir. Point faible ou caractéristique à conserver ?
Jean-marc Worm a sa petite idée sur la question : « Attention à ne pas transformer les valeurs de respect, de développement personnel, de paix et d’accomplissement dans le travail qu’ils véhiculent en doctrine figée. En soi, cette représentation de soi-même et du monde est une force de changement social ».


Posté par Max Emme à 15:25 - Idées,Société - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1