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mardi 09 octobre

Comprendre les causes de la crise financière actuelle.

Par Michel Laloux (1)


Normalement, lorsque l’on dit que l’immobilier est en crise, on parle d’un ralentissement de la construction et d’une diminution des ventes due à une demande insuffisante. Parfois, il arrive que la crise survienne en raison d’une offre trop abondante à cause des faillites des particuliers qui ne parviennent pas à rembourser les prêts qu’ils ont contractés pour acheter leurs logements. Les organismes de crédits ont alors trop d’objets à vendre et les prix baissent. Ce type de crises a, en retour, un impact certain sur l’économie. Mais pas au point de provoquer une panique comme celle à laquelle nous venons d’assister au cours du mois d’août 2007.
Il est donc intéressant de se demander pourquoi les choses ont pris cette tournure. Il faudrait pouvoir aborder plusieurs points de vue pour voir l’ensemble de cette question. Mais on peut déjà dégager un aspect particulier. En principe, l’attribution de crédits immobiliers est une activité qui ne comporte pas de grands risques pour un établissement de crédit. Disons que le risque est réparti sur un nombre important de prêts. La défaillance d’un emprunteur est compensée par les intérêts payés par les autres. Tout ceci obéit à des règles parfaitement maîtrisées par le système bancaire. Si l’on en arrive à une crise de l’ampleur de celle que nous connaissons actuellement, c’est que d’autres facteurs sont intervenus qui sont étrangers au système d’attribution de crédits.

Ces facteurs sont de deux ordres. D’une part, nous avons la hausse des taux d’intérêts qui élève sensiblement les montants des mensualités à payer et provoque la défaillance des emprunteurs. Or les taux augmentent du fait que la monnaie est devenue autre chose qu’un instrument de mesure de l’échange de marchandises. Son rôle est perverti car elle est devenue elle-même marchandise. La rétablir dans sa véritable fonction est donc indispensable. Pour y parvenir, il faudrait créer une double circulation monétaire en séparant les comptes bancaires utilisant de la monnaie de consommation d’avec les comptes servant à des opérations d’investissements. J’en décris les mécanismes dans la deuxième partie de mon livre La démocratie évolutive (2).
L’autre facteur est plus caractéristique de la crise actuelle des crédits immobiliers à risques. Le problème n’est pas que l’on ait consenti des prêts à des particuliers ayant de faibles revenus. L’exemple des banques des pauvres montre que le nombre de défaillances est étonnamment faible. Si la crise a pu de propager à la bourse et, de là, au système monétaire, c’est qu’un lien s’est formé entre les établissements de crédits et la bourse; les premiers ayant, en quelque sorte, revendu à des fonds d’investissements, leurs droits à être remboursés. L’appât de gains importants a fait que certains de ces fonds spéculatifs se sont spécialisés dans ce type d’opérations. Il y a donc eu une concentration et donc une augmentation du risque, semblable à celle qui s’est opérée avec les actions pourries (en anglais: les junk bonds), à la fin des années quatre-vingt. Dans les deux cas, le résultat a été identique: des déconfitures en cascades, dont le prix est payé par l’ensemble de l’économie; en définitive, par le citoyen.
Nous assistons donc à un phénomène analogue à celui que la médecine appelle la métastase: des cellules d’un organe malade propagent la maladie à d’autres organes. Ici, le cancer social dont il s’agit porte un nom: spéculation. Dans le cas qui nous occupe, la spéculation immobilière se double d’une spéculation liée au capital. Or ces deux fléaux ne sont pas des fatalités contre lesquelles le citoyen serait démuni. Nous pouvons mettre fin à la spéculation immobilière en remplaçant la vente des terrains par un droit de superficie et en limitant le montant des loyers aux frais réels engagés sur le logement loué: le montant des mensualités d’emprunts qui restent à payer et les frais d’entretiens. Lorsque les emprunts seraient remboursés le loyer se limiterait à ces derniers frais.
Pour mettre fin à la spéculation dans le domaine du capital, il faut que celui-ci cesse d’être considéré comme un droit éternel de propriété de l’entreprise et de ses bénéfices. Il doit donc prendre la forme d’un prêt remboursable dans des conditions déterminées par contrat. (Pour plus de détails on se reportera à La démocratie évolutive)
Nous, les citoyens, pouvons donc agir sur les causes du cancer spéculatif, à condition que nous nous en donnions les moyens, c’est à dire que nous passions d’une démocratie confisquée à une démocratie de la société civile.

(1) Michel Laloux est professeur d’économie, formateur et philosophe de l’éducation. Il vient de publier La démocratie évolutive – Restituer la démocratie à la Société Civile, aux éditions Yves Michel

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