vendredi 12 octobre
LE MALAISE DE LA CULTURE
Extrait d'un entretien avec Marc BÉLIT jeudi 18 janvier 2007 Source: Blog du Théâtre de la Digue
Philosophe de formation, Marc BÉLIT a écrit de nombreux textes sur le théâtre. Il est actuellement directeur de la Scène Nationale du Parvis, à Tarbes. Il a également publié "Le Défi culturel" en 1992 et "Fragments d’un discours culturel" chez Séguier en 2003. Il vient de faire paraître un nouvel ouvrage de réflexion sur la culture : "Le Malaise de la culture" (Éd. Séguier). Voici le texte de l’entretien qu’il a accordé lors de la parution de ce livre, en décembre 2006.
- Marc Bélit, vous publiez ce mois-ci un essai, Le Malaise de la culture, vous pensez vraiment que le mot "malaise" soit approprié, la culture n’est-elle pas au contraire et comme jamais au cœur de notre singularité française, je dirais même de notre “exception” et du coup un élément de notre bien-être plutôt que de notre malaise ?
- C’est vrai, en un sens, elle fait partie intégrante du “roman national”, elle est en tout cas conforme à l’image que l’on souhaite s’en former, mais en même temps il ne vous échappe pas que les crises à répétition de l’intermittence des artistes du spectacle, les débats certes un peu apaisés sur la querelle de l’art contemporain et la contestation toujours présente sur la question des moyens pour la culture entretiennent cette impression diffuse de malaise. En tout cas cette expression m’a paru appropriée pour mener une réflexion sur cinquante ans de politiques culturelles en France.
- Vous remontez donc à l’origine, au fameux décret Malraux qui établit l’existence d’un Ministère de la culture ?
- Exactement et même un peu en amont, puisque cela commence avec le “Front Populaire” et même encore avant. Rappelez-vous, lorsque Malraux formule le projet d’une grande politique culturelle pour la France, cette dernière sort exsangue d’une guerre terrible, destructrice de valeurs morales autant que matérielles et l’image du général De Gaulle qui s’affiche aux côtés des vainqueurs au motif de la Résistance cache mal la défaite d’un pays qui a été occupé et qui reste déchiré par des affrontements politiques qui s’accuseront encore pendant la guerre froide. D’autre part, ces années-là seront celles du drame de la décolonisation depuis les années cinquante et soixante. La France, comme les autres puissances coloniales européennes se replie sur son Hexagone et se découvre affaiblie militairement et moralement, elle prend conscience de n’être plus qu’une petite partie du monde avec une population désormais en rapport. Or le coup de génie de Malraux, correspondant en cela à celui de De Gaulle en politique aura été de présenter aux Français un miroir de leur excellence, de leur puissance de rayonnement non plus matériel, militaire ou commercial, mais politique, culturel et artistique. C’est pourquoi sans doute on verra se coaliser en une synthèse inédite les aspirations du Front Populaire, celles de la Révolution nationale tentée lors de Vichy, l’énergie nouvelle née de la Libération avec le gaullisme, mais aussi le communisme sur fond d’attente et d’espoir d’un pays qui voulait encore croire en lui-même. La culture sera le point de convergence de ces aspirations contradictoires, c’est la première explication de la religion culturelle qui va un temps fédérer les élites françaises.
- Cela c’est donc l’âge d’or de la politique culturelle publique française ?
- En effet et c’est sans doute là notre grande originalité que d’avoir imposé cette idée qui consiste à admettre une responsabilité collective de l’État au sujet de la culture. Cela suppose un appel à des financements publics, l’existence d’une administration publique et la gestion centralisée d’abord, puis progressivement décentralisée d’un service public ou de ce qui s’en rapproche. Ainsi s’est peu à peu installée dans l’esprit des Français cette idée d’un droit à la culture, comme à l’éducation, à la santé ou à la sécurité ressentie comme une des responsabilités de l’État. C’est en fait au tournant des années soixante que l’édification d’un État-Providence ou de l’étatisation du social, ce qui revient au même, va tracer un cadre qui apparaîtra à certains comme définitif et qui va par la suite devenir le vrai sujet du débat de société qui divise les Français. Aujourd’hui les choses sont en train de changer et l’une des conséquences fera que la culture, comme l’éducation, sera l’un des enjeux de cet “aggiornamento” dont le service public est le point sensible et le rôle de l’État la question centrale.
- Mais qu’importe au fond si les résultats sont là et si le public répond en masse, si les théâtres les musées, les salles de concerts se remplissent et si les artistes trouvent à s’exprimer.
- Naturellement une telle politique publique suppose que le public adhère en masse au-delà du cercle des connaisseurs. Or précisément les craquements de la société observés en 68 montrèrent qu’il n’en était rien et qu’un fossé restait creusé entre le public et le non-public, entre la culture “cultivée” et les “gens”, cette catégorie sociale qui désigne la société dans son ensemble. La question de la démocratisation de la culture c’est-à-dire de la politique culturelle s’est très vite trouvée posée, posée et non résolue. Dès lors il devient inévitable de poser la question de la démocratisation de l’art, c’est-à-dire de son partage et de sa compréhension par le plus grand nombre de gens possible puisqu’il n’est pas de culture qui ne soit partagée et ne soude le consensus social. Cette question ouvrira la première crise de la culture.
- Oui, on se rappelle les “États Généraux” de Villeurbanne en pleine crise de 1968 et par la suite toutes les tentatives qui ont été faites pour rencontrer le public et surtout le “non-public”, toutes les solutions notamment théâtrales qui ont été proposées…
- Au fil du temps, toutes ces solutions se sont émoussées, le théâtre a perdu son rôle de marqueur social, les pratiques qui passaient par l’animation voire d’une façon plus large par le développement culturel côtoient désormais dangereusement celles de la consommation qui envahissent elles aussi la sphère culturelle, brouillant les repères. Le spectateur erre entre les industries culturelles, la télévision et les institutions de la culture savante, entre les fêtes, les festivals et les pratiques solitaires. Le monde culturel est en perte d’adhérence avec le social, l’empire du goût cède devant les offres multiples de la consommation de masse et du temps de loisir. D’un autre côté le ciment social se fissure et laisse apparaître de véritables alternatives culturelles se sédimentant sur les appartenances ethniques ou religieuses, les convictions morales ou politiques qui aboutissent à la fragmentation du consensus qui semblait régner jusque-là. On assiste aujourd’hui à un brouillage des repères culturels.
- Il y a quand même eu des résultats, le nombre de ceux qui fréquentent les lieux culturels, qui ont des comportements culturels ainsi que l’offre elle-même, on ne peut pas dire que ce soit négligeable, ni que ce soit moins bien qu’avant les années soixante !
- Vous avez raison, mais en même temps, les bienfaits que cette politique culturelle était censée apporter aux citoyens se sont révélés à l’usage, mesuré par les statistiques, un peu moins démocratiques que l’on n’aurait attendu ou souhaité. Une certaine catégorie de citoyens, une faible partie en vérité profitant pleinement de ses offres alors que les autres restaient malgré toutes les tentatives de l’action culturelle assez rétifs à ses bienfaits. Il faut bien en arriver à la conclusion, du reste tirée par les sociologues, que la mise en présence des œuvres et des publics – quels que soient par ailleurs les dispositifs d’action culturelle mis en œuvre – ne suffit pas à démocratiser la culture, Au fur et à mesure que vont se développer les méthodes de recherche, de conquête de publics ou de travail social menées entre professionnels et grand public, ce fossé ne va pas se combler, bien au contraire, sa fracture multiple va se révéler de plus en plus au grand jour plongeant les acteurs culturels dans la perplexité et une forme d’impuissance. C’est là le premier signe du “malaise” que je pointe. A partir de là, le projet de démocratisation culturelle montrant ses limites, va se poser la question de la légitimité de la dépense culturelle publique.
- Mais n’est-ce pas parce que la culture que l’on voulait démocratiser était à la fois trop élitiste, trop éloignée de la culture vécue des gens, n’est-ce pas qu’il fallait peut-être commencer par démocratiser le concept de culture lui-même ?
- Oui, vous faites allusion à ce que j’appelle la “culture du culturel”, le passage d’une culture “légitime” à une culture vécue, anthropologique en somme. Et en effet, la conception d’une culture sédimentée par l’éducation, l’histoire, les œuvres, la langue et la littérature d’un pays donné pour une population homogène et constante a cédé la place à une conception plus ouverte par la force des choses. Rappelez-vous ces artistes qui disaient : “le but de l’art est de rendre la vie plus intéressante que l’art”. Pendant toute une période qui a culminé avec le Ministère Lang, on n’a eu de cesse de vouloir étendre le concept de culture à tout, à excéder le domaine de l’art et des Beaux-Arts pour rechercher une impossible coïncidence avec ce qu’on désigne d’un terme flou comme “la vie”, il fallait que la culture soit la vie vécue, rien de moins, ce fut le temps de la culture “culturelle” et je crois, moi, que c’était un contresens qui n’a abouti qu’à des malentendus.
- Sans compter que c’est aussi le moment de l’irruption des nouvelles technologies dans la culture, elles aussi ont modifié le paysage culturel, n’est-ce pas ?
- Et comment ? l’Internet et les industries de l’image et du son ont fait de la circulation de l’information culturelle le milieu ambiant où tout s’échange en temps réel et sans distance ni recul. Une véritable techno-culture s’est mise en place qui a bouleversé nos modes d’usage et d’appropriation des biens culturels, reléguant souvent bien loin les méthodes de médiation traditionnelles.
- Ajoutons à cela la fragmentation du corps social en cultures différentes, vous dites que l’apparition du concept de cultures au pluriel a sonné le glas de la culture légitime.
- Mais c’est bien vrai, en face ou à côté d’une culture de référence telle qu’on l’a vécue jusqu’au début du XXe siècle au moins, on a vu apparaître des cultures exogènes sous l’effet de vagues d’immigration successives en provenance de l’Europe comme des espaces extra-européens introduisant de fait coutumes, langues et pratiques qui infusent dans le corps social, s’y assimilant parfois mais introduisant de fait une diversité culturelle bien réelle, de sorte qu’il n’est pas exagéré de parler de cultures au pluriel. Pour le coup, on a affaire à une véritable “extension” du sens du mot culture qui finit par désigner des choses très différentes les unes des autres.
- C’est le “multiculturalisme” qui fait tant débat aujourd’hui et pas seulement en France.
- Le multiculturalisme apparaît en effet comme dernière option et perspective de ré-enracinement de la culture dans une dimension du social. C’est là le modèle américain, défendu par Charles Taylor qui conserve l’argument d’un maintien du rôle de l’État-Arbitre lequel est garant du droit à la différence et à la diversité, valeurs qu’on retrouvera peu à peu défendues dans des organismes internationaux comme l’UNESCO avec la bataille pour la "diversité culturelle". Comme l’empire éclaté des colonies d’hier, l’empire culturel s’est fragmenté en une multitude de souverainetés d’ordres divers qui engendrent un individu d’un nouveau type, lequel peut adhérer ou pas à ces ensembles, mais qui se préoccupe d’abord et avant tout, de son bon plaisir et recombine les cultures à son goût.
- Vous dites ainsi que le pendant du multiculturalisme, c’est finalement la foule solitaire, l’homme isolé attentif à ses seuls besoins, l’homme d’un nouvel “hédonisme”.
- C‘est ce que dit Pascal Brückner lorsqu’il a qualifié de “nouvel hédonisme” la situation d’un individu qui ne se voulait plus dépendant culturellement, mais au contraire libre de ses attachements et déterminations, libre de jouir et de profiter des avantages de la société industrielle de consommation, laquelle met à sa disposition une étendue inégalée de biens et de services culturels ou simplement ludiques. Dans la même période, la culture se déploie dans le registre festif étendant comme jamais la gamme de ses festivals, notamment l’été, envahissant la rue, célébrant en quelque sorte le plaisir du “vivre-ensemble” tel que Rousseau avait à peine osé le rêver. La réduction du temps de travail, l’apparition d’une “civilisation du loisir et du temps libre”, même si elle est sujette à caution et à critiques, n’en dessine pas moins un espace ouvert à l’hédonisme contemporain. La culture s’y inscrit pour le meilleur et pour le pire. Cette évolution renvoie d’autre part à l’apparition de la culture de masse qui, sous couvert de culture jeune, d’industries culturelles et de nouveauté ainsi que d’accessibilité générale, peut passer pour une forme de popularisation de la culture, mais on s’est vite rendu compte que l’efficacité de cette culture de masse passait par la transformation de l’art en marchandise, du citoyen en consommateur et de la culture en marché de la culture.
- À ce stade selon vous, l’État ni les pouvoirs publics n’y peuvent plus rien !
- En effet, à ce goût commun et à ces comportements de masse, il n’y a pas de réponse dans les termes d’une politique culturelle d’État dépassée de fait par la circulation des marchandises et par l’économie de marché. On ne voit pas en effet pour quelle raison, sinon à la marge pour préserver la compétitivité de tel ou tel secteur culturel (le livre, le cinéma par exemple), l’État interviendrait dans ce qui relève du choix individuel et de la logique de la consommation culturelle. Pour sortir de cette aliénation culturelle de masse, d’aucuns prônent alors le retour aux espaces communautaires, aux particularismes censés opposer une barrière “culturelle” à l’échange généralisé de l’hédonisme contemporain. D’un autre côté, la culture dite d’élite, en tout cas de référence patrimoniale, qui suppose formation et relève de la connaissance des œuvres d’art voire de l’histoire de l’art, va se trouver mise en question au motif qu’elle ne conviendrait pas au grand nombre, étant trop difficile, trop universitaire, trop centrée sur des valeurs que tous ne partagent pas. C’est à mes yeux une autre illustration du “malaise”. Le résultat de cette atmosphère de crise et de doute, c’est que la culture cesse d’être consensuelle pour devenir un problème social de plus et non seulement elle divise les partisans d’une prise en charge totale des artistes par l’État et ceux qui considèrent que l’État culturel est à condamner, mais elle divise aussi les acteurs culturels en catégories d’artistes, d’agents de développement, d’organisateurs et de gestionnaires qui tous ensemble participent désormais compétitivement à l’activité culturelle.
- Vous décrivez un monde culturel en crise, mais n’est-ce pas au fond son état permanent voire sa situation, sa définition ?
Si vous voulez, mais on peut aujourd’hui identifier ces crises : crise de la démocratisation culturelle, crise des publics, crise de l’emploi, crise du consensus social de la culture sous l’accusation de reproduction sociale et d’aliénation, fin de la culture d’élite, règne confus du “tout culturel” sur fond de culture de masse et d’industrie des loisirs, fêtes à tout va tirant la culture du côté de son usage ludique d’occupation du temps libre social, mais aussi crise de la représentation des arts de la scène et crise des arts plastiques, voilà le fait. Ajoutons à cela un recul de notre rayonnement extérieur et l’incapacité où nous sommes de soutenir internationalement notre production artistique. Au-delà des belles déclarations, il est temps de dire que “le roi est nu”. Or dans cette crise, l’art paya le prix fort. L’art ou plutôt les arts sommés d’être les moyens voire les alibis d’une culture qui s’attaquerait essentiellement aux injustices du social. Nul n’en conteste l’utilité sauf que le bilan à tirer de cette période et de ces expériences montre amplement que cela était un leurre une utopie de plus, pourtant certains n’en démordent pas, ce qui alimente la crise sur fond de recours à l’État .
- On a même là un vrai clivage politique, le clivage politique français par excellence, c’est bien le fond de la question n’est-ce pas ?
- Si on réduit la question politique au rôle et à l’utilité de l’État, sans doute, et c’est ce qui explique que les professionnels de la culture vivent cette situation comme dépossession de leur rôle et de leur utilité sociale. Sans être des fonctionnaires d’État au sens strict, le fait qu’ils vivent sous le régime économique des subventions et du système de la couverture sociale de l’intermittence leur fait appréhender leur situation comme dépendant principalement de l’État à l’instar des autres personnes de la fonction publique. Du coup, ils participent aussi du discours de déploration de la fin de l’État-Providence et se sentent garants d’une exigence publique qui trouve ses motifs de révolte dans ce qu’ils désignent comme “marchandisation” de la culture, ce qui revient à constater pour le déplorer que la culture, pas plus qu’une autre dimension de l’activité humaine, n’échappe au mécanisme de l’économie de marché. La crise de la culture est ici l’index du désarroi de ces professions.
- N’est-ce pas aussi la crainte que l’aide publique soit remise en question dans les années à venir qui alimente cette atmosphère de crise ?
- Je ne le crois pas, mais en même temps on pressent que la politique culturelle de ces cinquante dernières années est peut-être achevée. Cette “fin de la politique” culturelle, si on lui donnait crédit, s’entendrait en ce qu’elle est peut-être achevée dans la forme qui était la sienne au début des années soixante car il est vrai que l’aménagement du territoire est pratiquement achevé et que la vie culturelle y est largement soutenue. Ce qui a changé en revanche, c’est l’état de la société beaucoup moins homogène dans ses attentes culturelles et beaucoup plus divisée par les inégalités qui la travaillent et la font éclater. L’état de crise traduit une perte de perspectives, comme si tous les éléments du réel résistaient à la fois, produisant une implosion des repères préjudiciable à une saisie cohérente des problèmes culturels tels qu’on les avait toujours envisagés. Cette situation conduit à s’interroger sur le fait de savoir si la culture a toujours une fonction identitaire d’intégration ou si elle est devenue le champ clos de l’affrontement social entre, d'une part, des conceptions du monde opposées et, de l'autre, des cultures différentes en compétition. C’est bien cela le temps du multiculturalisme qui inquiète le modèle d’une culture unitaire et hiérarchisée. Nous vivons peut-être l’époque d’une culture en déclin qui, faute de pouvoir se perpétuer sur les utopies qui l’ont fondée, est contrainte de suivre au jour le jour les inflexions du social et du marché qui la déportent toujours davantage sur le terrain des loisirs culturels, lesquels, il va sans dire, sont parfaitement éloignées de la culture au sens que lui donnait Malraux et ses contemporains.
- Vous avez des solutions docteur ?
- Il est grand temps de rebattre les cartes, de reposer la question de l’utilité sociale de la culture qui doit être traitée comme telle, de la place des loisirs culturels et de leur incidence économique, ainsi que celle de l’art et de la création, qui doivent recevoir un traitement spécifique. Ce sont peut-être là trois ordres différents de questions qui impliquent, de manière différente, les acteurs du secteur, les pouvoirs publics et le public par destination. Il faut donc sortir des généralités et des généralisations, s’apercevoir que l’extension de la culture à tout n’aide pas à saisir en quoi elle peut-être essentielle dans un projet de société et mesurer où et en quoi elle doit faire l’objet d’un soutien prioritaire. C’est donc à un repositionnement des partenaires publics et privés, à une redéfinition de la légitimité de la dépense culturelle publique qu’il faut désormais travailler afin de préserver un avenir culturel et artistique à notre pays. Dans un tel contexte, l’État doit se recentrer sur ce qui fait sa spécificité en ce qu’il est le garant de l’unité nationale dont la culture est l’expression symbolique la plus achevée. l’État ne peut se désintéresser de ce sur quoi repose la culture. D’une part, le patrimoine qui est un legs culturel en lequel s’incarne l’Histoire et la mémoire d’un peuple, ensuite la création qui en est le prolongement contemporain et enfin l’éducation qui est le moyen de maintenir la relation. On peut y ajouter, dans le sens de la constitution de politiques culturelles volontaristes comme la France en a connu depuis cinquante ans, l’aménagement du territoire et la décentralisation. Mais, sur ce point, le développement des politiques culturelles croisées, des collectivités locales et territoriales et de l’État, comme les contrats de plans l’ont montré, ont eu pour effet un investissement de plus en plus fort des collectivités publiques dans la culture, de sorte qu’elles représentent aujourd’hui près de soixante pour cent du financement de celle-ci. Il paraît donc plus logique que ces fonctions soient décentralisées.
- Vous êtes partisan d’un discours de vérité, vous pensez qu’on peut sortir de ce malaise ambiant en énonçant ses causes ?
- Oui, c’est le discours culturel, également, qui doit changer. Le discours de la culture se situe désormais sur le versant de son achèvement, comme si la société qu’il décrivait avec ses modes de représentation dominants, sa culture légitime, essentiellement d’ordre littéraire et artistique, s’achevait. Son discours en devient comme désenchanté, désabusé de ses élans, “impératifs”, “volontarismes”, qui furent les mots d’ordre du politique malgré la contrainte des faits tout au long de ces décennies. Quant à l’État, il est grand temps qu’il reformule une ambition à l’échelon national et international pour la production et le rayonnement artistiques français en relation étroite avec les dispositifs de diffusion et de création nationaux. Pour cela il lui faut retrouver des marges de manœuvre financières, s’appuyer sur une expertise de haut niveau afin de cesser d’être l’administration de tutelle toujours désargentée d’un ensemble d’ayants-droit toujours plus nombreux se transformant au fil des ans en service public qui finalement ne s’adresse qu’à quelques-uns. Car s’il est essentiel de restructurer la culture dans l’espace national c’est pour mieux affronter les défis d’une culture qui n’est plus isolée mais en concurrence de rayonnement dans le monde. Si l’on veut en finir avec une “exception culturelle” de repli, il faut mener le combat qui en fera une force de proposition européenne d’abord et mondiale ensuite.
- Est-ce qu’au fond l’idée d’une culture civique, émancipatrice, susceptible de conforter la citoyenneté et de développer le civisme politique est bien une réalité ou n’est-elle une fois encore qu’une figure convenue de l’idéologie française de la culture ? N’est-il pas temps enfin de changer de discours ?
- Je le pense et c’est pourquoi j’ai écrit ce livre.
Entretien avec Marc BÉLIT.
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Dix pistes pour l'avenir
par Marc Halévy-van Keymeulen « La révolution noétique »
L'ère "moderne" que nous quittons, a été la plus violente, la plus meurtrière, la plus barbare que la Terre ait subie.
Des centaines de millions d'assassinats, rien que pendant le XXème siècle.
Les guerres mondiales et locales, les communismes, les colonialismes, le nazisme et les fascismes, les mafias, sans parler des cynismes spéculateurs et profiteurs, ni des hédonismes égoïstes et ravageurs, ni de l'industrialisme irresponsable et désertifiant, ni des militarismes débiles et revanchards, ni des nationalismes cocardiers et xénophobes, ont mis le monde en coupe réglée pendant des décennies. Maintenant, il suffit : baste !
Aujourd'hui, il nous faut construire un Monde vivable et viable pour nos petits enfants. Un nouveau mode d'humanité doit émerger qui vise l'éradication définitive des causes de Violence afin d'établir la Paix, tant intérieure avec soi-même, qu'extérieure avec les autres et avec la nature. Pour réussir cette mutation radicale sans violence (car la violence n'entraînerait que la radicalisation des résistances), il ne s'agit pas tant de combattre que de dépasser, de transcender, de sublimer.
1. Dépasser le capitalisme spéculateur par le capitalisme entrepreneur.
L'explosion des "bulles spéculatives", l'effondrement de la soi-disant "nouvelle économie", la dictature des actionnaires institutionnels et des fonds de pension ont démontré les limites et les impasses du capitalisme classique.
La spéculation est toujours destructive, toujours irresponsable, toujours immorale.
Le monde doit s'affranchir de la finance sous peine de s'y asphyxier. Il doit retrouver le goût de l'entreprise, de l'aventure, du travail créatif et constructif pour reconstituer ce tissu économique local et vital détruit sous les bottes du terrorisme et du totalitarisme marchand.
Que faire ?
Remplacer le concept de valeur d'échange par celui de valeur d'usage en redéfinissant fondamentalement la notion de valeur ajoutée. Considérer globalement l'emploi comme un faux problème : le plein emploi, comme le profit, n'est pas un but, mais une conséquence.
Mesurer non pas le nombre de chômeurs, mais la durée moyenne du chômage.
Défiscaliser totalement les revenus du travail et la propriété de patrimoines, mais taxer très lourdement tous les produits financiers et spéculatifs.
Constituer des fonds d'investissements importants, privés, publics et mixtes, gérés par des professionnels de terrain, destinés à financer la recherche et la création dans toutes les disciplines et à stimuler la construction efficace d'un vaste tissu de PME/PMI dans tous les domaines de l'économie douce (cfr. infra).
Arrêter net tout protectionnisme, tout acharnement thérapeutique, toutes subsidiations au profit de tous les secteurs dangereux, polluants, militaires ou moribonds.
Libérer totalement toutes les PME des obligations du droit social issu de vieilles luttes qui ne les concernent pas, entre syndicats et industries lourdes.
Lever les carcans réglementaires des banques afin de les forcer à faire leur vrai métier de financeur des risques de la vie économique réelle.
2. Dépasser le déplacement physique par la mobilité virtuelle.
Tous les moyens de transports brûlent et gaspillent des quantités phénoménales d'énergies non renouvelables, tuent impunément des milliers d'humains tous les jours et polluent par les fumées, les déchets, les épaves et le bruit.
Or, la grande majorité des déplacements physiques des personnes est désormais totalement inutile du fait des réseaux informatiques et télécommunicationnels.
Que faire ?
Augmenter drastiquement les taxes sur tous les carburants et sur tous les véhicules.
Généraliser et augmenter les péages sur les autoroutes et les routes, notamment et spécialement pour les poids lourds.
Favoriser la généralisation du train pour les indispensables déplacements professionnels.
Stimuler le développement des ateliers et commerces de proximité, ainsi que le télétravail.
Décourager toutes les formes de tourisme car il ravage les trésors naturels et culturels du monde, il favorise toutes les formes de prostitution humaine tant physique que mentale, et il détruit les tissus économiques locaux au profit de toutes les sources d'argent facile.
Développer exponentiellement la quantité et la qualité des banques documentaires culturelles et naturelles, et en permettre l'accès gratuit à tous, depuis le domicile.
Favoriser la dépollution et la propreté des villes, et la création et l'entretien des espaces verts de proximité.
Eradiquer toutes les formes d'urbanisme concentrationnaire.
3. Dépasser les industries lourdes par les technologies douces.
La plupart des matériaux lourds (lourds pas spécialement en poids, mais lourds en coûts énergétiques et écologiques) qui nous semblent indispensables, peuvent être remplacés par des matériaux "doux". Mais surtout, nous pouvons en diminuer drastiquement le nombre et la quantité, sans nuire à notre confort de vie. La question fondamentale derrière tout cela est double : de quoi avons-nous réellement besoin pour vivre bien ? quel prix nos petits enfants devront-ils payer pour ce confort ou ces caprices ?
Que faire ?
Bien prendre conscience que les industries lourdes, polluantes, épuisantes, désertifiantes, héritées des XIXème et XXème siècles, ne sont pas un mal inéluctablement nécessaire : on peut vivre très bien (vivre mieux !) avec moins d'acier, moins d'aluminium, moins de pétrole, moins de produits chimiques, moins de ciment, moins de plastiques, de papier et de cartons.
Faire jouer, donc, le principe de frugalité (cfr. infra) dans toutes les facettes de nos existences.
Comprendre que chaque minerai, que chaque roche, que chaque glaise, que chaque arbre, que chaque ruisseau arrachés à la Terre est une blessure réelle et que cette blessure c'est la chair de nos chairs qui en saignera. Il n'y a là aucun écologisme : seulement un effort de lucidité que seuls les aveugles égoïstes refusent de faire.
Promouvoir la recherche et la créativité pour la fabrication douce et le bon usage de matériaux complexes, issus de l'industrie douce : les matériaux recyclables sont une première et timide avancée en ce sens, même s'ils engorgent souvent des parcs entiers dans l'attente d'un improbable recyclage … Il faut aller beaucoup plus loin. Sortir de la logique de consommation pour entrer dans une logique de la durabilité.
Cesser de subir grégairement et dénoncer les futiles effets de mode : c'est un corollaire du passage de la valeur d'échange à la valeur d'usage.
Apprendre à acheter un vêtement, une paire de chaussures, un appareil, une voiture, un ordinateur pour les user à la corde, et non pour frimer.
Sortir d'une économie d'acharnement thérapeutique envers la sidérurgie et ses consœurs moribondes et les laisser mourir naturellement. Le "chômage" que cela entraînera n'est plus un problème dès lors que l'allocation universelle est appliquée (cfr. infra).
4. Dépasser l'asservissement économique par la création noétique.
La vieille société marchande a tout chosifier afin de pouvoir tout vendre et tout acheter, même l'être humain, même la faune et la flore, même la Vie dans ses principes : civilisation de l'objet, donc de la pénurie puisqu'un objet, quel qu'il soit, est unique, donc rare. Et cette logique de la pénurie entraîne celle de la compétition, de la spéculation, de la précarité, de la convoitise et de l'appropriation de gré ou de force.
Or, notre époque voit éclore les technologies de l'information et les immenses champs de la création de connaissances et d'œuvres culturelles. L'immatériel et l'information impliquent d'autres logiques que celles de la pénurie et de la propriété : lorsque je donne une information, je ne m'en prive nullement, je la partage tout en la gardant entièrement pour moi. Que faire ?
Remplacer le concept de travail (et particulièrement de travail salarié) par le concept d'activité créatrice de valeur (quantitative et/ou qualitative).
Stimuler et libérer tous les talents et toutes les expertises, toutes les créativités. Eradiquer les logiques de rémunération à l'heure : ce n'est plus du temps que le travailleur doit fournir, mais de l'énergie mentale.
Ne plus apprendre des savoirs mais apprendre à apprendre et à créer de la connaissance.
Généraliser l'usage des ordinateurs connectés et en organiser l'apprentissage permanent, dès le plus jeune âge.
Cultiver toutes les formes de création, scientifiques, intellectuelles et artistiques, sur support informatique et en faciliter la diffusion à très grande échelle.
Accélérer la reconversion des industries de l'édition sur support classique (papier, film, disque) en services de diffusion d'œuvres sur support virtuel (via câble, satellite ou Internet).
Accélérer la disparition des télévisions classiques et développer les techniques d'importation numérique de toutes les œuvres cinématographiques, musicales et télévisuelles (y compris les émissions d'information), à la carte, à partir du câble ou du satellite, afin de les stocker sur le disque dur du téléviseur et de les visionner quand bon il semble.
5. Dépasser la dépendance sociale par l'allocation universelle.
Nous touchons ici un des points les plus simples et les plus compliqués à la fois.
Il s'agit, tout simplement, d'abolir tous les systèmes de dépendance sociale (allocations de chômage, retraite légale, allocations familiales, allocations de maladie-invalidité, assistance sociale, etc …) et de payer, une fois pour toute, à vie, à tous les citoyens, une allocation mensuelle définitive (dès la naissance, à condition de prévoir des protections contre les parents peu scrupuleux) qui soit suffisante pour assurer une survie décente à chaque personne, de sa naissance à sa mort, quels que soit, par ailleurs, ses choix de vie (toute autre rémunération viendra en sus).
Ce schéma a été maintes fois étudié : les actuels revenus de la TVA suffisent à financer cette allocation universelle pour l'Europe.
Dans cette logique, il n'y aura donc plus de chômeurs, d'assistés, de quémandeurs, de profiteurs, de parasites, mais il y aura des gens qui choisissent de pratiquer des activités, rémunératrices ou pas, en plus de leur revenu de base. Les riches pourront continuer à vouloir être plus riche, mais les moins aisés ne seront plus pauvres, et ceux qui se contentent de peu, pourront consacrer leur vie à autre chose qu'à la gagner.
Cela signifie aussi que les entreprises pourront adapter en permanence leurs effectifs à leur juste besoin, mais que, pour attirer et conserver leurs collaborateurs précieux, elles ne pourront plus compter seulement sur l'appât du gain et la peur de la misère ou du chômage : elles devront mettre en place de réels processus de séduction et de motivation bien au-delà des gadgets psychosociologiques actuels.
Que faire ?
Décider, au niveau européen, de changer de logique fondamentale et décider de mettre en place l'allocation universelle.
Réorganiser la structure et les circuits de la finance collective afin de faire basculer les fonds de la charité-pitié-dépendance vers les comptes de la dignité-solidarité-liberté.
Démanteler les actuels systèmes de dépendance sociale et libérer les fonctionnaires qui y fonctionnent.
Enclencher le nouveau système, pour tous, au même moment.
6. Dépasser la démocratie parlementaire par la responsabilité personnelle.
L'ère qui s'achève était l'ère des Etats, royaux d'abord, bourgeois ensuite, populaires enfin.
Etats omniprésents, voulant tout contrôler, tout régenter, tout organiser, tout financer : Etats totalitaires, donc, même s'il s'agit d'un totalitarisme doux et confortable, lénifiant et démagogue.
Que faire ?
Prendre conscience que cet Etat-là, que cette politique-là ont perdu toute crédibilité ; que la "démocratie" qu'ils prétendent sanctifier n'est plus qu'une démagogie insipide au profit d'un clan de professionnels du pouvoir ; que toute bureaucratie, publique comme privée, est condamnée, par essence, à l'inefficacité et à la gabegie (cfr. les études de Michel Crozier) et qu'il faut en débarrasser nos sociétés ; que ces institutions ne se "justifient" plus que par les allocations multiples qu'elles ont inventées pour se légitimer, et s'effondrent dès lors que fonctionne l'allocation universelle.
Savoir que l'Etat providence est en faillite et qu'il va entraîner avec lui toute l'économie locale et domestique par vampirisme, s'il ne lui est pas appliquer d'urgence le principe de séparation de l'Etat et de l'Entreprise, comme naguère celui de la séparation de l'Etat et de l'Eglise : l'économique et le politique n'ont rien à faire l'un avec l'autre ; toute collusion entrer eux est néfaste et corruptrice.
Organiser donc cette séparation, strictement.
Remplacer l'actuelle "démocratie" parlementaire, lourde et inefficace, partisane et disciplinée, par cette démocratie directe que les moyens informatiques remettent à portée de main après trois milles ans d'éclipse, et rénover l'éducation citoyenne en fonction.
Retirer à l'Etat et à ses succursales le pouvoir de régenter, de réglementer, de forcer nos vies privées et restaurer la responsabilité individuelle au-delà de tous les pseudo-assistanats que l'on nous assène : chaque individu doit être libre de ses appartenances (y compris de sa "nationalité") et de ses solidarités (y compris avec ses concitoyens). Le seul rôle du politique est de faciliter la lutte contre la violence, sans rien violenter.
Restaurer le rôle et le vocable de "gardien de la paix" et éradiquer ceux de "gens d'arme" et de "forces de l'ordre" : les mots ne sont jamais neutres.
Entériner, enfin, l'éclatement des Etats nationaux, désormais inutiles, et accélérer leur disparition par la redistribution effective des pouvoirs stratégiques vers le haut (l'UE, l'ONU, etc …) et des pouvoirs opérationnels vers le bas (les terroirs, les communautés, etc …).
Très généralement, remplacer, partout, en tout, ceux qui détiennent le pouvoir par ceux qui font autorité.
7. Dépasser le pillage des ressources naturelles par la frugalité écologue.
Loin de tout écologisme militant (dont la portée et les motivations réelles sont loin de ce que l'on croit), il est temps de remettre l'homme à sa place dans le monde. La Terre n'est ni la servante, ni l'esclave, ni la nourrice de l'homme. Elle en est la Mère ! Et il est temps que ce fils prodigue fasse amende honorable et cesse de martyriser cruellement et stupidement celle qui le porte. La Terre et son manteau de Nature sont épuisés à force de pillages, de pollutions, de saccages, de tortures en tous genres. Même si l'homme disparaissait demain, il n'est pas sûr qu'elles guériraient …
Que faire ?
D'abord, changer nos mentalités : l'homme ne peut plus être un conquérant, un guerrier, un héros vainqueur, il doit devenir jardinier, humble, doux, au service de la Vie, dans la durée, chacun autour de soi.
Remplacer les valeurs masculines de virilité et de violence, par les valeurs féminines de fécondité et de paix.
Eradiquer partout, en tout, la valeur d'échange (le pilier de la machination marchande) et instaurer la valeur d'usage, avec, en corollaire, la prise en compte non seulement des coûts directs de production mais aussi des coûts indirects de dégradation (pollution, gaspillage, bruit, laideur, nuisances, déchets, recyclage, effets secondaires sur la santé physique et psychique, etc …).
Refondre, en ce sens, toutes les règles et plans de la comptabilité des Etats et des entreprises.
Inoculer, partout, tout le temps, par l'école et tous les médias, le principe de frugalité et bien faire comprendre que le superflu est toujours nuisible et néfaste, pour soi, pour les autres et pour le monde. Il ne s'agit ni de macération, ni de privation, ni d'ascétisme ; il s'agit d'une simple et saine sagesse de vie au quotidien. Le superflu est devenu la raison de vivre de tous ces déboussolés, surtout citadins, qui n'ont trouvé que le strass (le superficiel, le futile, le spectacle, la mode, le snobisme …) et l'ivresse (l'alcool, la drogue, la techno, les discothèques, les "vacances" …) pour y noyer leur désespérance, leur vide intérieur, leur pauvreté existentielle.
Resacraliser, réenchanter le monde et la nature, la Terre et le Ciel, afin de gommer les erreurs froides et calculées de cinq siècles de rationalisme réducteur et de scientisme totalitaire.
8. Dépasser les bureaucraties fonctionnaires par la gratuité.
Il n'y pas que les ministères et les administrations publiques qui soient bureaucratisés. La bureaucratie est omniprésente. L'esprit fonctionnaire s'est universalisé.
La forme a pris le pas sur le fond. La lettre sur l'esprit. Le "comment" sur le "pourquoi". La modalité sur la finalité.
La bureaucratie, le fonctionnarisme, c'est ravaler l'humain au plan du robot, de la machine, de la mécanique programmée : sacralisation de la procédure et du formulaire, déification de la routine et de la répétition, diabolisation de l'innovation et du changement, anathème sur la créativité et la fantaisie.
Que faire ?
Comprendre que les systèmes procéduriers sont d'incroyables simplifications et réductions de la complexité réelle du monde réel. Et que cette complexité croissant, les systèmes bureaucratiques et fonctionnaires seront toujours plus inefficaces, inopérants, bloquants, suffocants. Donc dangereux !
Savoir que la réalité n'est qu'un tissu épais de multitudes de cas particuliers irréductibles à quelque règle ou procédure que ce soit : la standardisation, possible il y a cinquante ans, ne l'est plus aujourd'hui.
Prendre conscience que, face à l'exponentielle complexité du réel, les seules issues, les seules tactiques de vie – et de survie – sont la souplesse et la créativité, soit tout l'opposé de la rigidité et de la fixité bureaucratiques.
S'imprégner de l'idée que l'usager, le client, l'homme-de-la-rue, le citoyen, la ménagère de quarante ans, n'existent que dans l'imaginaire des statisticiens, ne sont que des concepts manipulatoires, pour faire acheter ou voter : en réalité, il n'y a que des individus, tous respectables en tant que tels, ayant tous des talents, des opinions, des sensibilités et des besoins différents, tous uniques.
S'affranchir donc de la dictature des raisonnements statistiques, des enquêtes d'opinion, des sondages, des études de marché, des audimats et autres cotes de popularité : tout cela est trop réducteur, trop simpliste, trop massique, trop infantile pour tout dire.
Comprendre que les inventeurs de la standardisation visaient la réduction des coûts et le gain de temps, mais que l'on sait aujourd'hui, du fait de la croissance de la complexité, que le bon marché finit toujours par coûter très cher, et que chercher à gagner du temps en fait perdre beaucoup.
Face à l'échec des standardisations, transformer notre rapport au temps et au monde en y introduisant la notion de gratuité, celle de qualitatif, celle de créatif.
Réapprendre à écouter. Prendre son temps et ne plus se le laisser voler au nom de chimères ; et là, retrouver la vraie efficacité, celle qui fait mouche parce que l'on est aller assez loin, assez profond pour ne plus fourguer, à la va-vite, la solution toute faite, étudiée pour tout le monde et qui ne convient, en fait, à personne … parce que tout-le-monde, ça n'existe pas !
Réapprendre à flâner, à errer, à sortir de toutes les routines car c'est toujours ailleurs que se trouve l'idée féconde : il n'y a ni heure, ni lieu pour le génie qui souffle où et quand il veut, au total mépris des contrats, des horaires, des planifications et des budgets.
9. Dépasser le juridisme légaliste par l'éthique individuelle.
Nos sociétés sont minées de juridisme : la menace du tribunal est partout, la vénalité des avocats aussi. Le corps judiciaire n'a plus mission de rendre Justice, mais de jouer avec le meccano absurde et incohérent des décrets et procédures légaux pour justifier ce qui n'est plus qu'un avatar de la loi du plus fort ou du plus rusé : les mieux défendus sont toujours les plus coupables !
Que faire ?
Déconfisquer la Loi, décodifier le Droit et les rendre à la société civile.
Simplifier toutes les procédures.
Généraliser le recours systématique à l'arbitrage et au référé.
Combattre toutes les formes de juridisme.
Dénoncer le cercle vicieux, mais lucratif, des lois faites par des juristes élus ou mandatés, pour des juristes avides et égocentriques. Rendre les avocats personnellement responsables de leurs dossiers.
Généraliser le principe du "no cure, no pay".
Cesser de légiférer sur tout et n'importe quoi.
Combattre la rage réglementaire et l'obsession disciplinaire afin de briser net la spirale de la violence civile : prohibition, provocation, répression, insurrection.
Se rappeler que l'alcoolisme n'a jamais été aussi grave aux USA que durant la "Prohibition" qui n'a eu d'autre effet que d'enraciner et d'enrichir la mafia (c'est la loi des effets pervers).
Supprimer l'immunité de l'Etat, des institutions de pouvoir (y compris la magistrature et la police) et des politiques (y compris les partis et les syndicats).
Abolir la raison et le secret d'Etat.
Comprendre qu'une "loi pour tous" emprisonne tout le monde sauf les quelques pour-cents de racaille qu'elle est censée empêcher de nuire.
Comprendre aussi que l'inflation de lois et règlements ne fait qu'amplifier la délinquance qui répond à la violence légale par de la violence illégale : la solution des problèmes n'est pas dans la répression des comportements, mais bien dans la compensation des immenses déficits d'éducation, tant à l'école que dans les familles.
Pallier les déficiences morales des populations par une intense initiation continue, dès le plus jeune âge, aux philosophies, aux spiritualités, aux religions, aux écoles éthiques de toute l'humanité, de toutes les époques : il ne s'agit ni d'embrigader, ni d'inculquer des "valeurs", ni d'imposer des comportements, il s'agit plutôt de conscientiser, d'éveiller l'esprit critique, de faire mesurer la portée des actes et des paroles, d'établir le lien fort entre bonheur pour soi avec les autres et quête de soi dans les autres.
10. Dépasser le matérialisme hédoniste par l'accomplissement spirituel.
Au fond, l'homme d'aujourd'hui est un sale enfant gâté qui tourne en rond au manège de ses caprices. Mais il a cassé presque tous ses jouets : la femme, l'enfance, la nature, la joie, l'émerveillement, le sacré, le divin, l'espérance, la vie même …
L'homme a épuisé l'homme.
L'humanisme qui ramène tout à l'homme, a trouvé sa limite : il est une impasse.
La source inépuisable du bonheur humain n'est pas en l'homme.
L'assouvissement effréné de tous les caprices ne laisse finalement qu'un vide amer, qu'un fond de désespérance, qu'un manque immense. "La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les livres", dit le poète du désespoir.
"Humain, trop humain", répond le philosophe de l'au-delà de l'homme.
Que faire ?
D'abord et avant tout, ne réinventer ni ce Dieu-le-Père contre-Nature, ni les dieux de pacotille, ni les idoles grotesques, ni les superstitions débiles, ni les mysticismes de bazar.
Ne jamais croire aux panacées : il ne suffit pas de quelques contorsions de hatha-yoga pour trouver "la Plénitude d'être dans le Devenir".
Par contre, savoir au plus profond de soi que l'homme ne prend sens et signification, ne reçoit valeur et dignité, ne connaît joie et plénitude, qu'au service de ce qui le dépasse infiniment, de ce qui est ineffable, irreprésentable, inintellectualisable, de ce qui est infiniment au-delà de toutes les religions et de toutes les philosophies, tout en étant ici-et-maintenant, totalement en nous et avec nous.
Réinventer une mystique de la Vie et s'y dévouer intégralement en créant, en cultivant, en suscitant, en facilitant tous les épanouissements possibles de ces graines de vie que l'homme, depuis trop longtemps, gâche, piétine, détruit.
Ces dix pistes constituent les points essentiels d'un manifeste pour des temps nouveaux. Elles peuvent certainement être formulées ou reformulées avec d'autres mots. Elles peuvent assurément être regroupées ou éclatées selon d'autres grilles.
Qu'importe ! Le temps n'est plus ni aux tergiversations salonardes, ni aux arguties spécieuses. Il ne s'agit pas de faire la Révolution (l'histoire montre que toutes les révolutions se noient dans le sang qu'elles font couler), mais d'anticiper une évolution qui dépasse l'homme et qui le liquidera s'il ne cesse pas de contempler le nombril de ses désastres.
Coaching avec la Méta-PNL
Le coaching on en parle de plus en plus.
Pour développer un projet qui vous tient coeur, traverser une difficulté de la meilleure façon possible et préparer le lendemain, mettre au point un projet professionnel, personnel, donner sens ce que l'on vit, le coaching avec la méta-PNL vous ouvre un espace où vous (re)devenez acteur de votre vie. N'attendez pas de réponse vos questions vous n'en recevrez pas de toute faite.
Le coach Méta-PNL met votre à disposition sa créativité, son expérience pour vous aider à poser les bonnes questions, celles qui ouvrent des perspectives, vos perspectives.
Car il n'y a pas de vérité avec un grand V. Chacun développe sa voie, expérimente ses propres modèles. Le coach méta-PNL vous aide à développer votre flexibilité et votre créativité. Par le recul qu'il a sur la situation que vous vivez il peut plus aisément vous aider mettre jour les schémas répétitifs qui aliment votre situation présente.
Le "méta-coach" ne vient pas avec une solution. Son rôle est de "décrypter" la situation, faire émerger une structure de votre expérience. A partir de là, il vous accompagne dans la mise au point de votre processus de changement.
A l'issue de ce suivi vous aurez développé un plan d'action personnel et acquis l'expérience personnelle d'avoir développé votre propre compétence de résolution de problème.
Les groupes d'expérimentation et de développement Méta-PNL
Un espace structuré dans le temps où vous pouvez proposer des modèles, co-développer et expérimenter des procédés d'interventions, remettre en question des modèles existant dans le but d'enrichir votre pratique créer des ponts, tisser des relations entre différentes approches dans le domaine de la communication, de la thérapie mais également d'autres domaines tels que les arts, les techniques corporelles, les arts martiaux, initier des projets de modélisation, etc.
Un projet ouvert
Comment faire pour ne pas recréer les mêmes lacunes qu'a connu la PNL ?
Tentative de s'approprier le terme NLP, marques déposées sur des modèles, absence d'organisation centrale controlant la PNL et impact désastreux des procès initiés par Bandler l'encontre de la plupart des pionniers de la PNL voil quelques uns des ingrédients qui sont sans doute l'origine du développement chaotique, houleux de cette approche originale qu'est la PNL. D'autres disciplines en ont fait leurs choux gras et ont incorporé dans leurs aproches les meilleurs modèles PNL avant de s'éloigner au plus vite de cet univers la réputation parfois sulfureuse.
Chose étonnante la PNL n'a pas su exploiter la relativer liberté dont elle disposait pour aller plus loin dans son approche. La plupart des développements après les années 80 n'ont que trop souvent amené des modèles de plus en plus complexes et principalement applicatifs plutôt que génériques.
C'est en découvrant comment se développent les logiciels ouverts que m'est apparue l'idée de transposer ce mode de développement au monde du changement personnel. Le plus bel exemple ce jour reste celui de LINUX, un système opératoire développé par Linus Torvald et qui a pris une ampleur telle que même Microsoft en vient se poser des questions.
Je me propose donc de vous exposer les principes de ce développement libre des logiciels transposé au domaine du changement personnel. L'article référence sur lequel je me suis basé est le très célèbre article "la cathédrale et le bazar" de Eric S. Raymond
"Pour un développement coopératif des techniques neuro-linguistiques au profit du plus grand nombre"
Le Projet Méta-PNL est un mouvement PNL libre et ouvert. Vous avez peut-être déj entendu parler du mouvement des logiciels libres dans le monde informatique. Il consiste favoriser la circulation de la connaissance et développer une communauté de bonne volonté, de coopération et de collaboration.
Le savoir est comme la lumière. Intangible et immatériel, il peut se propager aisément àtravers le monde, illuminant l'existence de chaque individu, où qu'il se trouve. Et pourtant des milliards de gens vivent toujours dans les ténèbres de la pauvreté - sans nécessité.
The World Bank, World Development Report 1998/99 - Knowledge for Development - Summary», Washington, 1998/99.
Les modèles qui sont développés en méta PNL doivent profiter au plus grand nombre et doivent être partagés pour leur permettre d'évoluer. Déposer, breveter un modèle c'est quelque part le figer, le limiter au bon-vouloir de son concepteur qui en a la propriétéintellectuelle.
Favoriser la libre-circulation ne signifie pas fouler au pied la propriété intellectuelle, nier au concepteur d'un modèle sa paternité ni que celui-ci puisse organiser des formations et autres conférences pour présenter le fruit de ses développements. Ouvert n'est pas synonyme de gratuit ni de pillage du fruit de la création d'autrui, il s'agit simplement de permettre la circulation de la connaissance et d'interdire qu'un intermédiaire s'empare d'une création pour en tirer un profit économique.
"Le copyright normal affirme la propriété et l'identification de l'auteur, aussi bien qu'il interdit l'utilisation du nom de l'auteur comme auteur d'une version déformée du travail; il interdit également la déformation intentionnelle du travail par d'autres et interdit la destruction du travail. Mais il exerce également d'autres restrictions - telle que la restriction de reproduction ou de modification d'un travail.Le Copyleft contient la déclaration normale du copyright, affirmant la propriété et l'identification de l'auteur. Cependant, il donne certains des autres droits implicites dans le copyright normal: il stipule que vous n'êtes pas seulement libre de redistribuer ce travail, mais que vous êtes libre également de le modifier. Cependant, vous ne pouvez revendiquer avoir écrit le travail original, ni non plus revendiquer que ces changements ont été faits par quelqu'un d'autre. Finalement, tous les travaux dérivés doivent être également placés selon ces termes." (Michael Stutz dans l'article "Appliquer le copyleft à de l'Information de type non logiciel"
Le développement d'un logiciel tel que Linux est le fruit d'une vitalité construite partir de la richesse de contributions bénévoles et associée un certain esprit de partage. La méta PNL veut catalyser une dynamique équivalente. A partir d'une idée originale mise en code par Linus Torvald, un système opératoire a été développé grâce la coopération de milliers de développeurs agissant dans une dynamique de créativité extraordinaire. Ce programme a pris une telle ampleur qu'il vient concurrencer le géant Microsoft.
La PNL peut évoluer dans une dynamique comparable.
Après tout la métaphore de l'ordinateur et de la programmation ne peut-elle pas être reprise au titre de métaphore pour assimiler son développement celui des programmes informatiques ?
(c) www.metapnl.com
Méta-PNL ou une Méta-pratique.
Les dernières décennies ont vu fleurir les techniques de communication et de développement personnel. Parallèlement, les sciences cognitives et les neuro-sciences ont connus des développements significatifs venant tantôt renforcer tantôt infirmer les hypothèses émises par les différentes écoles. Parmi les différentes approches, la PNL n'est pas la moins contestée. Si elle est connue pour ses techniques de communication largement reprises dans les séminaires de communication, son évolution est diversement interprétée. C'est dans ce contexte qu'est née dans le cadre d'ateliers de pratique l'idée de mettre l'accent sur le caractère de méta-approche et sur le processus de modélisation qui est à la base de la naissance de la PNL. Cette démarche propose de développer des aptitudes à l'identification de nos modèles mentaux, ces schémas cognitifs qui nous permettent de donner sens à notre expérience. L'objectif poursuivi est de se donner les moyens de changer dans un environnement en changement permanent.
La Méta-PNL a été définie en 2004 par Christian Vanhenten dans l'intention de recentrer la Programmation Neuro-Linguistique sur le processus qui lui donne sa spécificité. Etant donné que la PNL est déjà très largement répandue, il est difficile de la redéfinir et il a été choisi de faire usage du terme de méta-PNL pour distinguer les niveaux d'utilisation de la PNL. Notez ici que le P devient ici le P de pratique et plus le P de programmation. Méta-PNL est donc une méta-pratique.
Il n’existe pas de définition claire de la PNL. De nombreux auteurs aiment à rappeler la citation de son co-créateur Richard Bandler qui définit la PNL comme étant « une attitude et une méthodologie qui laisse derrière elle une trainée de techniques ». La PNL est un domaine qui a pour objet la modélisation de l’expérience subjective de l’être humain. Au centre de la PNL on trouve donc un processus de collecte d’information en vue de définir des modèles. Un modèle se distingue d’une théorie par le fait qu’il ne s’agit pas de prouver sa véracité. Seule compte la notion de pertinence ou d’utilité. Je fais comme si le modèle est opérant. Je le teste et si j’obtiens le résultat attendu alors le modèle est pertinent. Dans la négative j’adapte le modèle ou je le remplace. La PNL est donc avant tout, comme Bandler le déclare, une attitude, une démarche mais le grand public n’en connaît généralement qu’un ensemble de techniques présentées la plupart du temps à coups de slogans accrocheurs.
Après 20 années d’existence on peut se demander ce qu’est devenue la PNL. Suivant une évolution assez courante on peut se demander si la PNL ne s’est pas réifiée et ne s’est pas progressivement enfermée dans un paradoxe étonnant: celui qui consiste à prendre la carte de ses modèles "classiques" pour le territoire. Les livres et formations PNL se résument le plus souvent à un ensemble de modèles et de techniques exposés comme s'ils étaient "la" vérité, comme si les croyances et les stratégies existaient vraiment, comme si nous construisions réellement des images dans notre esprit (visuel construit), comme si nous entendions une voix intérieure (Auditif interne),… Dès lors la carte PNL devient le territoire de notre expérience humaine et nous risquons de "rigidifier notre flexibilité". Sans remettre en cause l'efficacité de la plupart des modèles et techniques PNL, ce que propose la méta-PNL c'est de revenir à l'attitude de flexibilité caractéristique de la PNL et de générer un processus récursif qui consiste à appliquer la PNL à la PNL. On peut ainsi revenir au processus central qu'est la modélisation et se recentrer sur la fameuse attitude de flexibilité et de curiosité définie par Bandler.
Le terme méta indique que l'on se place à un niveau logique supérieur par rapport à la PNL. Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur mais, plutôt de la notion de classe logique. Robert Dilts définit les niveaux logiques ainsi: « Dans la structure de notre cerveau, de notre langage et notre système perceptuel, il y a des niveaux ou hiérarchies naturelles d'expérience. L'effet de chaque niveau est d'organiser et contrôler l'information des niveaux inférieurs. Changer quelque chose à un niveau supérieur entraîne nécessairement des changements dans les niveaux inférieurs, alors qu'un changement à un niveau inférieur pourrait ne pas affecter les niveaux supérieurs »(Dilts, Epstein, Dilts 1991)
Dès que nous créons des classifications ou des catégories, nous créons des niveaux logiques. Le chien qui traverse la rue n'est pas au même niveau logique que la classe des chiens. Lorsque nous parlons de notre conversation, nous créons une méta-communication qui a pour objet notre communication. Cette méta-communication se situe à un niveau logique différent de la communication proprement dite.
La Méta-PNL se situe donc à un niveau logique différent de celui de la PNL telle qu'appréhendée aujourd'hui. Elle aborde des aspects qui forment le cadre dans lequel la PNL évolue. Un des points centraux de la Méta-PNL est la création de modèles génératifs. La modélisation au sens large du mot est replacée au centre du débat. Ce processus relève d'une démarche créative et sans tabou dans un état d'esprit qui semble comparable à ce qu'ont pu vivre les créateurs de la PNL des premières heures.
Il est intéressant de rappeler que John Grinder et Richard Bandler, les co-créateurs de la PNL ne disposaient pas de la PNL pour créer leurs modèles. Ils sont partis d'un travail d'observation. Leur bagage intellectuel et leur expérience leur a permis de développer des modèles qui sont devenus les références actuelles de la PNL. Remarquons en passant que Grinder et Bandler n'ont à proprement parler rien inventé ex nihilo. Ils ont combiné et assemblé des idées circulant à cette époque et ont ainsi générés des modèles opérants. Ces modèles de base sont le méta-modèle du langage, les stratégies, le Milton-modèle, les systèmes de représentation et les clés d'accès oculaires. Ils ont donc inventé ces modèles à partir d'informations, d'idées, de concepts, le tout émergeant d'un travail précis d'observation et d'imitation des comportements efficaces des thérapeutes d'exception que furent Fritz Perls, Virgina Satir et Milton Erickson. A partir de ces modèles, des techniques diverses ont été développées en assemblant et en réassemblant de toutes les manières les briques de base. Entre-temps d'autres modèles sont venus compléter les premiers. Citons en vrac les méta-programmes, les sous-modalités, le travail sur la ligne de temps. Les quelques nouveaux modèles réellement innovant ne sont que les exceptions qui confirment la règle (citons par exemple le modèle des niveaux neuro-logiques de Dilts devenu entre-temps un 'classique' ou des techniques de la ligne du temps et plus récemment les méta-états). Progressivement la PNL s'est enfermée dans un univers dominé par les modèles de base devenus les piliers d'un paradigme incontournable et incontesté recréant ainsi les limitations mêmes qu'elle se prétendait dénoncer.
Dans de nombreux domaines des paradigmes sont définis qui sont des modèles explicatifs permettant de donner sens aux phénomènes observés. Ces modèles sont appliqués de plus en plus largement et progressivement on se rend compte que les modèles présentent des lacunes. De là découle une insatisfaction et des tensions naissent entre les défenseurs du paradigme en place et les voix qui s'élèvent pour dénoncer les faiblesses du paradigme. C'est en général à ce moment qu'une personne, dont le regard n'est pas encore déformé par le paradigme en cours, débarque. Il voit ce que les autres ne voient pas ou ne voient plus et propose un nouveau paradigme qui répond aux questions restées sans réponse. C'est le point de départ d'une révolution scientifique.
On peut appliquer ce raisonnement à la PNL qui est née du regard innovateur et anticonformiste de ses deux co-créateurs. Ensuite des modèles et techniques d'intervention ont été développés pour répondre aux "résistances" qui rendaient les techniques antérieures inefficaces. Les modèles ont gagné en complexité pour n'avoir pas orienté le débat sur les questions-clés. Les modèles dits 'classiques' ont engendré une certaine raideur de la PNL. Les techniques et modèles de base sont réifiées et les praticiens PNL manquant d'expérience sont tentés de se limiter à décoder l'expérience humaine uniquement au travers des grilles PNL et d'oublier la citation que l'on attribue à Maslow qui dit: "Si pour seul outil je n'ai qu'un marteau, tous les problèmes ressembleront à des clous".
Il est fort heureusement des praticiens flexibles et créatifs. Beaucoup de formateurs ont conservé les qualités inhérentes à l'attitude PNL. Il est également vrai que beaucoup de modèles et techniques sont efficaces et qu'une pratique correcte amène une souplesse d'esprit tout à fait remarquable. Dès lors plutôt que jeter le bébé avec l'eau du bain et de rejeter d'une manière simpliste l'ensemble de l'acquis actuel du domaine de la PNL ou de réinventer l'eau chaude, Christian Vanhenten propose avec la démarche de la Méta-PNL de remettre à l'avant plan l'attitude PNL plutôt que ses techniques.
La PNL offre des outils, des grilles extraordinaires; abordons les sous l'angle de la Méta-PNL et élargissons notre regard dans toutes les directions.
Une première direction est celle des modèles proprement dits. Grinder déclarait:
« Créez votre propre code! Jetez les vieux modèles ou du moins trouvez de nouvelles manières de décrire les vieux schémas (patterns) pour les rendre plus transportables, plus faciles à apprendre…Réaliser les mêmes objectifs mais plus simplement qu'auparavant. Trouver les similarités des anciens modèles (codes) - quelles variables se cachent derrière les schémas (patterns). Quelles variables rencontrez-vous systématiquement ? Demandez-vous: comment puis-je faire la même chose autrement ? »
Beaucoup de techniques actuelles de la PNL sont des assemblages de modèles plus anciens. De nouveaux modèles sont développés qui sont de plus en plus complexes ou de plus en plus spécialisés. La quantité de modèles et de techniques augmente à mesure que le nombre de praticiens-développeurs augmente mais les modèles réellement innovateurs sont rares. On peut comparer cette situation au développement de certains jouets, et notamment des très célèbres blocs de construction de la firme Lego qui au début proposait des blocs simples de multiples couleurs et de tailles différentes. Les enfants pouvaient construire et élaborer des montages grâce à leur imagination et leur ingéniosité. Puis Lego a proposé des boîtes de jeu de plus en plus élaborées et de plus spécialisées. Les pièces devenaient spécifiques et n'étaient plus universelles. Telle boîte permet de construire des vaisseaux spatiaux, telle autre des maisons, telle autre représente des animaux ou des objets spécifiques tels que des tasses, du mobilier, etc. Le développement a continué dans ce sens et actuellement la firme danoise commercialise des boîtes de robotique qui ne sont carrément plus à la portée des plus jeunes. La PNL a en quelque sorte suivi une voie équivalente. (note Lego est une marque déposée de Lego Group)
La deuxième direction est la modélisation.
On sait peu de choses des travaux de recherche qui ont mené Bandler et Grinder à définir les premiers modèles de la PNL. La rencontre de Bandler et Grinder s’est faite dans une conjonction d’éléments favorables : un contexte contestataire, un jeune étudiant doué pour l’imitation donnant des formation à la Gestalt, un jeune professeur en linguistique maîtrisant la grammaire transformationnelle de Chomsky le tout dans un climat où toutes les audaces sont permises. Des séances d’expérimentation durant lesquelles des modèles sont testés par des étudiants, la rencontre de personnalités hors du commun tels que Gregory Bateson, Virginia Satir ou Milton H. Erickson sont le terrain fertile de l’éclosion de la PNL. Les 4 premiers livres des co-créateurs sont les marques de cette période extraordinaire. Ils montrent clairement que les premiers travaux n’étaient qu’une tentative d’étendre les concepts de la grammaire transformationnelle au champ de la thérapie en partant de la notion centrale de modèle du monde que nous créons pour interagir avec notre environnement. A partir de nos expériences que nous percevons sensoriellement, nous créons nos modèles du monde en faisant appel à trois processus linguistique : l’omission, la distorsion et la généralisation. Le premier modèle qui est développé dans le premier livre (Structure of Magic I) est le méta-modèle du langage pour la thérapie. Il permet de démonter nos modèles du monde en partant de sa structure de surface composée du langage verbal (qui sera dans le tome 2 étendu au non verbal) pour mettre en évidence la structure profonde qui est notre représentation plus ou moins consciente de tout ou partie de notre expérience (ou structure de référence). La manière d’aborder la pratique thérapeutique est essentiellement basée sur une observation attentive (la calibration) du sujet. Partant de cette observation attentive tant sur le plan verbal que non verbal, le thérapeute peut distinguer ce qui est particulier à l’individu et l’intervention sera focalisée sur ces informations plutôt que sur un modèle d’intervention-type qui serait connue a priori par le thérapeute. Partant du principe que les processus de généralisation, distorsion et omission tendent à appauvrir notre modèle du monde, l’intervention consistera donc à fragiliser ce modèle pour ensuite l’enrichir de nouvelles perspectives qui nous permet d’avoir plus de choix.
Ces premiers développements seront développés en appliquant les principes de la systémique et notamment la notion de rétroaction matérialisée par la boucle composée de l’expression du langage verbal et non verbal du sujet, de la calibration par le thérapeute, de son intervention, de l’impact de celle-ci sur le sujet qui donne lieu à une nouvelle expression verbale et non verbale et ainsi de suite jusqu’à atteindre l’objectif thérapeutique fixé.
Il s’en est suivi une autre période de développement marquée par des personnalités telles que David Gordon, Robert Dilts, Leslie Cameron-Bandler, Judith Delozier qui a vu la PNL trouver son acronyme et s’enrichir de nouveaux modèles. Progressivement pourtant la dimension business a pris le pas sur la dimension scientifique et les procès entre les deux co-créateurs sont autant de confirmation de la fin du premier âge de la PNL.
La troisième direction est l'ouverture d'esprit La PNL se limite trop à son champ de connaissance actuel. Le développement des sciences cognitives et des techniques corporelles offrent un champ immense de nouveaux développements. La Méta-PNL permet d'adopter une position méta par rapport à la PNL et d'englober dans notre espace de perception les autres approches et courants de pensée. Notons également l'intérêt d'approfondir les paradigmes déjà adoptés par la PNL mais qui méritent d'être approfondis. C'est entre autre ce qu'à fait Michaël Hall avec la sémantique générale de Korzybski.
Une autre direction est l'attitude Cette attitude est sans doute la clé de voûte de la Méta-PNL. Elle est déjà adoptée par ceux qui vivent une PNL ouverte, flexible et ont intégré ses principes dans leur comportement au quotidien. Cette attitude devient avec la Méta-PNL une philosophie, un art de vivre un méta-regard sur notre carte du monde. Construire notre réseau de connaissances de manière souple et dans un processus récursif c'est-à-dire appliquer les modèles sur les modèles, réexaminer les présupposés à la lumière des présupposés et développer ainsi un processus mental dynamique seul a même d'appréhender la complexité. La PNL actuelle manque de congruence quand elle prétend avec des outils rigides nous apprendre à développer notre souplesse. La Méta-PNL veut tendre vers un apprentissage de niveau 3.
Communauté de praticiens [modifier]
Enfin (et la liste n'est pas exhaustive) une direction non moins intéressante consiste à agir pour sortir la communauté PNL de son train-train. Formateurs, développeurs maîtres et praticiens forment une communauté dont les rôles se figent de plus en plus. Le système tend à devenir une pyramide alimentée par les personnes extérieures qui "entrent en PNL" et viennent grossir les rangs des potentiels clients de séminaires. Ensuite viennent la cohorte des initiés, des praticiens, puis les maîtres-praticiens. Au sommet de cette pyramide on trouve les formateurs qui vivent de la certification et parmi ceux-ci une poignée de développeurs qui évoluent dans un climat hautement concurrentiel et jouent des coudes pour imposer leurs modèles et vision de la PNL.
La Méta-PNL a pour ambition de faire de chaque méta praticien un praticien et un créateur. Pour ce faire la communauté PNL pourrait s'inspirer de la dynamique de l'Internet et encourager la circulation d'information. De la même manière que la notion d'open source a permis aux développeurs de contribuer au développement d'un logiciel tels que Linux qui a réussi à ébranler le monopole du géant Microsoft, la Méta-PNL propose de construire une communauté de praticiens-développeurs qui vivent la PNL de manière dynamique et ouverte. Pour ce faire, il est indispensable de contribuer à une circulation maximale de l'information et des modèles et techniques développés. Le principe du copyleft développé par Richard Stallman semble être un moyen tout à fait adéquat pour favoriser la circulation des modèles tout en respectant aux auteurs la paternité de leurs développements. Le terme "copyleft" a été créé sur base d'un habile jeu de mot avec le terme "copyright". Conçu au départ pour les logiciels informatiques il s'étend progressivement à d'autres domaines. Un modèle développé et protégé par une convention de copyleft reconnaît à son auteur la paternité de sa création et autorise la circulation du modèle moyennant l'obligation de mentionner l'auteur. La personne qui entre en possession d'un modèle protégé par un copyleft s'engage à ne pas empêcher la circulation du modèle. Le modèle peut être modifié ou amélioré et dans ce cas le nom des auteurs des modifications est ajouté au nom du premier auteur et le modèle dérivé ainsi créé doit être placé sous la protection copyleft. Le modèle protégé par le copyleft est un modèle libre c'est-à-dire un modèle que l'on ne peut empêcher de circuler. Mais libre ne veut pas dire gratuit. La formation à un modèle, la publication d'un livre ou de cassettes videos ou audios peuvent donner lieu à paiement.
On le voit, les pistes sont nombreuses et peuvent toutes donner lieu à un développement créatif d'une PNL qui trouvera une nouvelle dynamique de réseau souple et ouvert pour une diffusion beaucoup plus large en tant que démarche de communication et de développement personnel ou en tant que terreau fertile à la création de techniques efficaces dans tous les domaines d'application.
Le développement personnel: une construction...
Le développement personnel permet la compréhension et l'intégration des expériences vécues qui visent à instaurer ou à restaurer l'interaction la plus harmonieuse possible entre évolution personnelle et processus extérieurs. En plus des valeurs d'authenticité et de reconnaissance des autres, on peut ajouter qu'il est un outil de connaissance au sens le plus large du terme puisqu'il s'inscrit dans un processus d'apprentissage et d'évolution plus direct et plus mobile qui a des effets sur 1) les priorités dans le passage à l'action 2) sur le style relationnel 3) sur la conscientisation des rapports de cause à effet 4) sur la régulation émotionnelle et le développement d'émotions plus agréables 5) sur la capacité d'engagement dans une action et dans le sentiment d'appartenance à une catégorie plus vaste d'individus. Qu' il fasse appel à plusieurs disciplines, la PNL, l'analyse transactionnelle, le MTBI et bien d'autre, le développement personnel est un outil de l'appropriation du changement, de l'image, de la communication, de la performance, de management, questions réccurrentes des entreprises d'aujourd'hui.