lundi 15 octobre
The Far East Band - The Call Up feat. Suzie (Klee)
The Far East Band - The Call Up feat. Suzie (Klee)
Vidéo envoyée par FourMusic
Les enjeux de la culture. Constats
On peut dire d'emblée que la culture en général représente, par nature, des phénomènes qui ne se régulent pas sur un marché. L'hypothèse de base de la théorie économique libérale, qui se veut opposéee à tout critère normatif, postule au contraire que l'économie de l'art et/ou de la culture, qui engendre des biens et des services, peut être traitée comme toute activité à l'instar des dires de l'économiste arméricain Baumol. On assiste ainsi à un mouvement du marché orienté sur ses potentialités et la rentabilité des ses investissements. On tente de formalisé le comportement du consommateur de produits culturels dans une vision utilitariste, par le biais de nouvelles théories micro-économiques du consommateur, comme le décrivent les travaux de G.Becker et S.Stigler où les consommateurs sont considérés comme rationnels et leurs goûts à priori similaires.
Ainsi, à côté de l'économie du spectacle vivant largement subventionnée, existe une économie du produit culturel reproductible à volonté depuis les années 70 qui a amorcé une tendance très forte à la concentration des ressources et des richesses. La main mise de quelques puissantes entreprises a de nombreuses conséquences sur l'activité de ce secteur dont la crise avérée actuelle est accompagnée d'une crise des politiques cuturelles: c'est in extremis que le nouveau président de la république a maintenu un Ministère de la culture. Faut-il dénoncer un conservatisme maintenant dépassé?
Pour les experts, les enjeux qui sont au coeur du débat sur le pluralisme culturel sont de taille: le déséquilibre très marqué des flux audiovisuels que pourrait encore accentuer la libéralisation du commerce électronique, la concentration et l'intégration verticale des groupes médias qui constituent un oligopole puissant, et enfin, l'instrumentalisation marchande des droits de propriété intellectuelle, le tout dans un contexte de développement des technologies de l'information et de la communication. La mondialisation des échanges et celle des productions au sein de groupes puissants alimentent les craintes d'une homogénéisation au profit des cultures dominantes. Avec comme questions récurrentes: est-ce que dans un contexte " d'économisme ambiant ", on peut reconnaître l'importance économique grandissante de la culture ? Peut-on concilier les logiques du marché fondées sur le profit et la logique de la culture orientée vers la création du lien (le mot est faible) social et l'épanouissement artistique ? Comment concilier, si c'est encore temps, échanges commerciaux déséquilibrés et résistances locales ? Enfin, comment concilier culture, propriété intellectuelle et nouvelles technologies de l'information et de la communication sans que personne se sente léser?
Situer ces enjeux économiques apparaît essentiel pour comprendre les controverses actuelles et les errements de l'action politique. L'analyse qui fait ressortir le poids de firmes et de configurations qui contournent les réalités et régulations nationales est-elle crédible ?
Apparamment, le capitalisme ne peut atteindre ses objectifs sans viser à exercer un certain monopole de la créativité. Les possibilités de diffusion des oeuvres culturelles que présente Internet, soulèvent plusieurs questions nouvelles qui appellent des réponses appropriées. Comment assurer la juste rétribution de la création de matériels traditionnels au profit d'échanges par Internet ? Comment exploiter ces nouvelles possibilités dans un système de distribution qui met en cause les supports qui permettent à des auteurs de voir leurs oeuvres diffusées plus largement tout en ne cédant pas à l'illusion du tout-gratuit ? Internet représente-t-il un facteur de diversité culturelle ou d'uniformisation des productions ?
Car les biens et services culturels ne sont pas seulement - pas d'abord ? - des marchandises: ils sont expression d'identités qu'ils contribuent à former. Leur valeur ajoutée tient essentiellement à leur dimension symbolique, immatérielle. Les industries qui les produisent et les distribuent, interviennent dans le champ des valeurs, des idées et des représentations du monde. Par ailleur, la politique française et son expérience de la diversité culturelle est-elle encore bien soutenable dans la mesure où les effets de la mondialisation des échanges n'aient déjà atteind un point de non retour dont le plus puissant et noir mirroir serait l'uniformisation des arts et de la culture - au moins en occident - et dans le meilleur des cas, une sorte d'interculturalité nouvelle, déjà visible dans le cinéma ?
Pour conclure, on pourrait dire que ce qui fonde la particularité de l'économie culturelle - pour se référer encore une fois à Baumol - c'est sa complexité intrinsèque. Certains extrapolent en qualifiant cette économie de nouveau capitalisme " culturel ", basé sur l'accapparement et la monopolisation de la création culturelle: la question de la volonté de contrôle des sources et des centres de créativité serait centrale, ainsi que les recherches visant à l'innovation culturelle qu'elle se produise au sein ou hors des entreprises. D'où l'importance de la question de la diversité culturelle; on peut supposer que celle-ci est posée en mauvais terme.
Dans la plupart des cas, les discours sur la diversité culturelle renvoie plus en réalité à la question de la préservation soit d'une pluralité, soit d'une exception. Car, sous couvert de diversité, les principaux concernés, les artistes sont souvent loin de savoir qu'on parle de diversité culturelle dans le cadre des échanges internationaux. Sans trop s'avancer, on peut dire que la diversité est imbriquée dans le processus du progrès économique; sa dynamique se mêle à celle du progrès technique, donnant lieu à de nouvelles formes, marketing aidant, pour le meilleur et pour le pire.
On sait que, dans le commerce international, l'argument de la diversité est parfois utilisé comme prétexte pour prôner le protectionnisme. Mais souvent le dilemme est généralisé, car comment soutenir la diversité en en affirmant les vertus pour protéger le commerce des biens culturels ? La question qui appelle, selon moi, la réponse la plus intéressante est celle de savoir quel crédit on peut donner à la curiosité culturelle des français, par exemple ? Ou encore, celle de la formation culturelle des français. Est-ce que nous avons véritablement une idée concrète du rapport entre la diversité de l'offre culturelle ( cf. aux politiques des subventions dans le spectacle vivant par exemple) et la diversité de la demande culturelle ? sachant que, selon F. Benhamou in " les déréglements de l'exception culturelle ", la faiblesse de la diversité consommée relève aussi de l'insuffisance de l'information, de la crainte du risque inhérent de bien d'expériences.
L'exemple de l'Angleterre où le dynamisme culturel est incomparable notamment dans le domaine - non subventionné - de la musique, pose le problème des fondements d'une politique culturelle en France et du statut des artistes, de l'exception française, des effets de la démocratisation culturelle. En clair, qu'elles sont les valeurs induites dans les différntes politiques menées jusqu'à présent ? Qu'est-ce qu'on défend ? Qu'elles conséquences sur l'identité des artistes ? Pour répondre à cette question importante, citons le sociologue P.Menger, qui dans ce qui suit, brosse le portrait d'un artiste, qu'on ne rencontre peut-être pas encore très souvent : " le temps n'est plus aux représentations héritées du 19 ème siècle, qui opposaient l'idéalisme sacrificiel de l'artiste et le matérialisme calculateur du travail, ou encore la figure du créateur, original, provocateur et insoumis, et celle du bourgeois soucieux de la stabilité des normes et des arrangements sociaux. Dans les représentations actuelles, l'artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif,mobile indocile aux hiérarchies, intrinséquement motivé, pris dans une économie de l'incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. Comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par Marx, l'art était devenu un principe de fermentation du capitalisme. Comme si l'artiste lui-même exprimait à présent, avec toutes ses ambivalences, un idéal possible du travail qualifié à forte valeur ajouté ".
Le succès pour un artiste ne tombe pas du ciel. Il a souvent à voir avec les investissements consentis par les entreprises culturelles ou avec le soutien du ministère de la culture. C'est bien là le changement majeur de ces dernières années, les effets de la démocratisation. Autre chose: on peut se demander si l'artiste n'est pas devenu Monsieur Tout le Monde, exerçant un travail régulier et honnête pour gagner sa vie comme ses voisins, occupé à compter ses cachets pour toucher le revenu accordé par l'Etat, remplissant des dossiers de subventions, fignolant son oeuvre afin qu'elle soit conforme aux attentes du marché, espérant quelques contrats, composant ses dossiers de presse, guettant l'avis des critiques ? Si la réponse est fortuite, on peut en tout cas constater que notre représentation, notamment par la médiatisation du conflit des intermittents du spectacle, a changé. Environ 130000 intermittents (il y a 15 ans, ils étaient 35000) concernés par la défense de leur statut social, ça fait penser à Monsieur tout le Monde. C'est sans précédant.
Mais ce conflit social ramène à, au moins une réalité. Entre les majors du disque et l'artiste qui présente ses dernières chansons sur Internet, il y a un monde, et même une diversité incroyable de mondes. On ne peut adosser la discrétion de l'un à la prédominance économique de l'autre. N'empêche qu'ils sont bien aussi " du même monde " quoi qu'on en dise. Ils doivent s'impliquer quelque soit leur situation économique. L'un auprès de son producteur, chef d'entreprise, l'autre dans sa recherche d'emploi, dans son parcours d'insertion ou dans son projet de création. Ainsi, l'artiste est lui aussi mis en demeure de vivre et de le faire avec engagement, motivation et dynamisme. Il est convenu de constater que l'implication est devenue une obligation légale depuis le RMI. Cette implication peut-être envisagée comme nouveau paradigme politique ou en tout cas reformule la questio de la domination et du contrôle social. Dès lors, le régime vocationnel, ( cf. N. Heinlich) où ce n'est pas l'activité créatrice qui sert à gagner sa vie mais gagner sa vie qui sert à libérer du temps pour la création, est-il l'alternative de l'artiste ? On peut désormais s'intéresser aux logiques de pouvoir qui sous-tendent une telle surenchère d'engagement et de participation. Les artistes décrits à une époque par P.Bourdieu comme fractions dominées de la classe dominante, imaginent-ils des alternatives à ces formes oppressives du rapport à soi et du rapport aux autres ? L'artiste a-t-il les moyens de réfléchir à des modalités plus ouvertes, moins concurrentielles, plus coopératives de la participation sociale ?
Ainsi, dans le monde du spectacle vivant, l'expérience de l'intermittence a tendance à se généraliser sous d'autres formes dans d'autres champs professionnels, et ce système d'assurrance chômage, qui paraît-il, nous est envié dans le monde entier, a toute les chance de disparaître. N'y-a-t-il pas ou rien à espérer dans cette mort annoncée car les problèmes de fond n'ont jamais été aussi clairs: comment maintenir une continuité de revenu dans un contexte de grande discontinuité de l'activité et de forte précarité ? Comment maintenir une activité de création ou comment préserver la qualité d'un travail de création, de recherche ou d'éducation quand les contrats d'embauche se multiplient et que l'activité se disperse ?