jeudi 29 novembre
L'oeil révolté. Les Salons de Diderot
Stéphane Lojkine
Éditions Jacqueline Chambon
Les expositions organisées tout au long du dix-huitième siècle dans le Salon carré du Louvre par l’Académie royale de peinture et de sculpture connurent un succès public qui propulsa la peinture française à la tête du mouvement artistique européen, jusque là dominé par l’Italie. Diderot, qui rédigea les comptes rendus de ces « Salons » à partir de 1759, est un témoin privilégié de ces événements culturels sans précédent dans l’histoire.
Après avoir suivi Diderot au Salon et décrit sa manière de visiter puis d’écrire, ce livre propose d’examiner la nouvelle relation esthétique qui se constitue entre le spectateur et l’oeuvre d’art à la faveur de ces expositions.
LE "MINI-TRAITE" SORTIRA T-IL L'UNION EUROPENNE DE LA CRISE ?
Regard sur l'Europe.
par Pascal Jean Gimenez, vendredi 16 novembre 2007.
Je serais heureux que certains d'entre vous trouvent le temps de lire cette note et je serais intéressé de connaître vos commentaires, réactions, avis, opinions et critiques, - merci.
(Catégorie : REGARD SUR L'EUROPE)
Le "mini-traité" ou "traité simplifié" ou encore "traité modificatif" n'est que la reprise sous une autre forme de la Constitution Européenne élaborée par la "Convention sur l'avenir de l'Europe" présidée par Valéry Giscard d'Estaing, mais massivement rejeté par les français lors du référendum du 29 mai 2005.
Avec l'adhésion de dix nouveaux pays en 2004 et celle de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007, l'Union Européenne ne pouvait plus fonctionner comme auparavant. La "Convention sur l'avenir de l'Europe" a donc été chargée de trouver les solutions juridiques appropriées.
Remanié après l'échec du référendum en France et aux Pays-Bas par les juristes de Bruxelles au sein de la conférence intergouvernementale mise en place en juin 2007, ce "mini-traité" exige de la part de tous ceux qui souhaitent le lire et le comprendre de se reporter aux traités de Rome (1957), de Maastricht (1992), d'Amsterdam (1997) et de Nice (2001) et nécessité quelques connaissances sur le mode de fonctionnement des Institutions Européennes. Il est regrettable de rédiger des textes aussi difficiles d'accès. La politique concerne tous les citoyens et le langage utilisé doit rester simple.
Ce "mini-traité" peut donner le sentiment désagréable au lecteur de vouloir le décourager avec ses 3000 pages et ses références incessantes aux traités antérieurs auxquels s'applique le catalogue des amendements qui le parsèment.
Sa différence avec le traité Constitutionnel rédigé par la "Convention sur l'avenir de l'Europe" est presque anecdotique: le mot Constitution et les symboles de l'Union Européenne comme le drapeau et l'hymne de Beethoven ont été supprimés (?). Mais l'essentiel a été sauvegardé : création d'une Présidence stable du Conseil Européen (pour 2 ans et demi); création d'un Haut représentant pour les affaires étrangères membre de la Commission et du Conseil des Ministres et disposant d'un service diplomatique; charte des droits fondamentaux; personnalité juridique de l'Union Européenne...
Même s'il a été approuvé au Sommet de Lisbonne le 19 octobre 2007 par les chefs d'Etats et de Gouvernements, il reste à le faire adopter dans tous les pays membres.
Mais Nicolas Sarkozy ne veut pas entendre parler de référendum, effrayé à l'idée que les Français le rejettent à nouveau. Dans la mesure ou ce texte est presque identique au précédent traité, il y a peu de chance en effet que les Français l'acceptent. Si tel n'était pas le cas, le Président de la République aurait déjà réussi grâce à ses talents personnels à les convaincre du bien fondé de ce texte.
En réalité l'Europe est en panne. Elle vit une grave crise politique et ne sait plus dans quelle direction aller. Une Europe à deux vitesses se met en place. Exemple: les multiples "concessions" accordées au Royaume Uni quand les autres Etats acceptent de respecter les règles de Bruxelles.
Il est prématuré de parler de sortie de crise. Si Nicolas Sarkozy devait passer en force sur ce sujet, des réactions très virulentes pourraient voir le jour à la première crise importante dans l'hexagone et toucher durement sa majorité au moment des élections. Il est dangereux d'aller ainsi à l'encontre du suffrage universel, surtout lorsque celui-ci s'est exprimé sans ambiguïté lors du référendum 2005.
L'heure est peut-être de repenser l'Europe. Si elle a réalisé de grandes choses jusqu'à présent, d'autres enjeux l'attendent. Un nouveau souffle reste à trouver.
L'Union Méditerranée abordée pour la première fois par Nicolas Sarkozy à Toulon le 07 février 2007, représente un défi majeur pour l'Europe. Confrontée à des vagues d'immigrations incontrôlées, l'Europe doit résoudre ce problème. Tant que la misère persistera en Afrique, il y a peu de chance que des lois françaises parviennent à endiguer seules ce fléau lié à la tragédie vécue par des millions d'individus sur la planète. Ce problème concerne autant l'Europe du Nord que l'Europe du Sud. Si nous ne tenons pas compte de la pauvreté dans le monde et surtout en Afrique et si nous ne développons pas des échanges constructifs pour tenter de la réduire, l'Europe est condamnée à plus ou moins courte échéance. Les questions d'environnement ou d'approvisionnement en eau doivent notamment nous convaincre de la nécessité de travailler ensemble afin de les solutionner.
En résumé, ce n'est pas le "mini-traité" qui pourrait permettre de sortir l'Europe de la crise mais le projet de l'Union Méditerranée.
A partir du moment ou il a été demandé une première fois aux Français de se prononcer par référendum sur le projet de Constitution Européenne, il serait insultant de ne pas faire de même au sujet du "mini-traité". Si la plupart des autres pays européens avaient eux aussi choisi la voie référendaire en 2005, les résultats auraient peut-être été les mêmes qu'en France et aux Pays-Bas. L'Europe inspire la défiance. Faire adopter ce "mini-traité" autrement que par référendum ne résoudra rien. L'Europe pourrait alors devenir le bouc émissaire de tous les maux et hypothéquer durablement son avenir.
Sur une question aussi importante, il serait judicieux de consulter les Français. Car la plupart d'entre eux risquent de ne pas avoir oublié qu'en 2005 le parlement français n'était pas en phase avec eux sur ce point. Le seul moyen de ne pas susciter à nouveau le doute malgré les récentes élections législatives, consisterait à organiser un nouveau référendum.
C'est cependant la procédure parlementaire qui semble avoir été choisi pour ratifier ce traité. La victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et celle de nombreux députés aux élections législatives de juin 2007, ne constitue pas pour autant un blanc-seing pour ratifier le "mini-traité". Dans un souci d'apaisement et de rassemblement, le référendum pourrait s'imposer. S'il était positif, le pouvoir de Nicolas Sarkozy en sortirait renforcé.
Sur un enjeu aussi crucial, ce n'est pas la légitimité des parlementaires qui est en cause, mais le ressentiment vivace d'une partie de la population vis à vis de ce texte. Le doute n'est pas permis. Le Président de la République doit pouvoir trancher la question.
jeudi 22 novembre
Salon de Montrouge - épisode 2
Salon de Montrouge - épisode 2
Vidéo envoyée par Art-and-You
2è partie de notre visite du 52e Salon d'art contemporain à Montrouge (du 26 avril au 20 mai 2007), dans les pas de Mary-Noelle Dana. 2nd part of our visit of the 52nd Contemporary Art Salon of Montrouge with Mary-Noelle Dana. www.artandyou.com
jeudi 15 novembre
Le "1% artistique" : un mode d'emploi clarifié et modernisé
Une circulaire du ministre de la Culture et de la Communication, parue le 30 septembre 2006, clarifie et modernise l'application du "1% artistique", une procédure spécifique de commande de créations à des artistes, liée à la construction ou à l'extension d'un bâtiment public. Elle donne ainsi aux commanditaires publics les outils d'une meilleure mise en œuvre de ce dispositif pour produire des oeuvres dans l'espace public.
Expression d'une volonté politique de soutien à la création et de sensibilisation de nos concitoyens à l'art de notre temps, le "1% artistique" offre depuis plus de cinquante ans, et au-delà de son caractère obligatoire, un cadre d'action original pour favoriser la rencontre entre un artiste, un architecte et le public, en dehors des institutions dédiées à l'art contemporain.
Le gouvernement a souhaité moderniser la mise en oeuvre de la procédure du 1% artistique, avec l'ambition de la redynamiser et de servir au mieux les artistes, les architectes, les commanditaires et le public.
Une procédure simplifiée et modernisée
Deux réformes successives engagées en 2002 et en 2005 ont permis, dans un premier temps, d';harmoniser l'application du dispositif à l'ensemble des maîtres d'ouvrages (décret n°2002-677 du 29 avril 2002) et d'en faciliter l'application (décret n°2005-90 du 4 février 2005). Les aspects les plus notables de cette modernisation se traduisent notamment par une simplification de la procédure de choix des artistes en instituant, quel que soit le montant du projet, une instance de conseil unique auprès du maître d'ouvrage, supprimant les commissions régionales qui existaient initialement. Par ailleurs, le relèvement sensible du montant permettant de recourir à l'achat d'une oeuvre existante auprès d'un artiste ou de son diffuseur, passant de 10 000 à 30 000 €, est également prévu.
Le nouveau dispositif réglementaire porte également une attention particulière au patrimoine artistique constitué grâce au « 1% », en prévoyant des mesures assurant la conservation et l'intégrité des oeuvres conçues dans ce cadre. Enfin, il s'adapte aux principes du code des marchés publics en matière de liberté d'accès à la commande, d'égalité de traitement des artistes candidats et de transparence des procédures.
Un véritable mode d'emploi pour les commanditaires
Aujourd'hui, la circulaire du ministre de la Culture et de la Communication, datée du 16 août et publiée au Journal Officiel du 30 septembre 2006, complète cette démarche de clarification en offrant aux commanditaires publics les outils d'une mise en oeuvre simplifiée de ce dispositif original. Conçue comme un véritable mode d'emploi, cette circulaire s'attache à préciser la procédure du « 1% » de la consultation des artistes à la commande effective de l'oeuvre.
Aux côtés de ce nouveau cadre réglementaire, le ministre de la Culture et de la Communication a souhaité mettre à disposition de l';ensemble des acteurs du dispositif un site Internet où, pour la première fois, sont rassemblés en ligne les appels à candidatures pour les nouveaux programmes.
Une mobilisation de moyens de plus en plus importante
Le nombre de bâtiments concernés chaque année et le montant des commandes font du « 1% » un instrument déterminant en faveur du soutien aux créateurs contemporains. Une enquête menée par la Délégation aux arts plastiques a permis d'identifier près de 50 nouvelles commandes depuis un an, pour un montant de plus de 4 millions d’euros.
Enjeux et champs d'application du 1%
Créé en 1951, le « 1 % » est un dispositif qui consiste à consacrer, à l'occasion de la construction ou de l'extension d'un bâtiment public, un financement représentant un pour cent du coût des constructions publiques à la commande ou à l'acquisition d'une ou plusieurs oeuvres d'art spécialement conçues par des artistes contemporains pour être intégrées au bâtiment considéré ou dans ses abords.
D'abord réservé aux bâtiments du ministère de l'Education nationale, le dispositif a progressivement été élargi à la plupart des constructions publiques de l'Etat et à celles des collectivités territoriales dans la limite des compétences qui leur ont été transférées par les lois de décentralisation de 1983. Certaines collectivités choisissent délibérément d'appliquer cette procédure hors du champ obligatoire.
Parallèlement à cet élargissement du champ d'application, le « 1% » s'est ouvert à l'ensemble des formes d'expression dans le domaine des arts visuels, des disciplines les plus traditionnelles, comme la peinture ou la sculpture, aux nouveaux-média, la vidéo, le design, le graphisme, la création sonore, la création paysagère, etc.
Documents de référence
décret n°2005-90 du 4 février 2005 modifiant le décret n° 2002-677 du 29 avril 2002 relatif à l'obligation de décoration des constructions publiques et précisant les conditions de passation des marchés ayant pour objet de satisfaire à cette obligation :
www.legifrance.gouv.fr/texteconsolide/AMHET.htm
lundi 12 novembre
Lettre de mission de Nicolas SARKOZY à Christine Albanel
Lettre de mission de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, adressée à Mme Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la communication.
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Paris, le 1 août 2007
Madame la Ministre,
Les résultats de l'élection présidentielle et des élections législatives qui viennent d'avoir lieu dans notre pays montrent l'ampleur de l'attente de changement manifestée par les Français. En élisant au Parlement une large majorité présidentielle, ils ont voulu donner au gouvernement, sans aucune ambiguïté possible, tous les outils nécessaires à la réussite de sa mission. Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n'a désormais qu'un seul devoir : celui de mettre en œuvre le programme présidentiel et, au-delà, de réconcilier nos compatriotes avec l'action politique en lui prouvant qu'elle peut encore changer les choses et rendre à notre pays la maîtrise de son destin.
Tout au long de la campagne présidentielle, des engagements ont été pris dans le champ de vos compétences ministérielles. Il va de soi que nous attendons de vous que vous les teniez. L'objet de cette lettre de mission est de vous préciser les points qui, parmi ces engagements, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons d'obtenir rapidement des résultats.
En 1959, Malraux définissait ainsi les missions du nouveau ministère des affaires culturelles : " rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ". Signe de leur pertinence et de leur permanence, ces missions s'incarnent un demi-siècle plus tard dans les nouveaux " programmes " du ministère (patrimoine, création, transmission des savoirs).
Après l'ère Malraux, un second cycle politique a conduit dans les années 1980 à une forte croissance des moyens d'intervention du ministère (budget, aides fiscales et réglementaires comme le prix unique du livre), permettant de soutenir des formes artistiques toujours plus nombreuses, et se traduisant par le lancement régulier de " grands projets ".
Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale. Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier les lacunes et les ratés : un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d'addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d'ensemble, une prise en compte insuffisante des publics, et surtout l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle. De fait, notre politique culturelle est l'une des moins redistributives de notre pays. Financée par l'argent de tous, elle ne bénéficie qu'à un tout petit nombre.
L'environnement dans lequel s'inscrit la politique culturelle est par ailleurs en pleine transformation. La révolution numérique crée une possibilité d'accès quasi infini aux œuvres de l'esprit, tout en menaçant gravement la création par les atteintes aux droits d'auteur et aux droits voisins qu'elle permet. Et les industries culturelles sont de leur côté à l'origine d'une part croissante de la richesse et de l'emploi.
L'heure d'un nouveau souffle pour notre politique culturelle est donc venue, celle d'adapter l'ambition d'André Malraux au XXIème siècle. Il vous revient de proposer les voies et moyens d'une politique culturelle nouvelle, audacieuse, soucieuse de favoriser l'égalité des chances, d'assurer aux artistes une juste rémunération de leur travail, de développer la création et nos industries culturelles, de s'adresser à tous les publics.
Votre première mission sera de mettre en œuvre l'objectif de démocratisation culturelle. Celle-ci a globalement échoué parce qu'elle ne s'est appuyée ni sur l'école, ni sur les médias, et que la politique culturelle s'est davantage attachée à augmenter l'offre qu'à élargir les publics.
Nous souhaitons qu'avec le ministre de l'Education nationale, vous fassiez de l'éducation culturelle et artistique à l'école une priorité de votre action en faisant tomber, pour cela, la barrière qui s'est progressivement dressée entre le monde éducatif et le monde de la culture du fait de la séparation des deux ministères. L'école doit transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d'aimer l'histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays - condition pour se sentir membres d'une même Nation -, de vivre en homme ou en femme libre, et d'apprécier, tout au long de leur vie, l'art, le spectacle, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles. Nous pensons que la création d'un enseignement obligatoire d'histoire de l'art peut constituer le support de cette éducation culturelle qui fait aujourd'hui si cruellement défaut à nos enfants. Vous veillerez également à ce que tous les enfants, durant toute leur scolarité, puissent avoir une pratique artistique effective, en diversifiant les possibilités et en favorisant les pratiques collectives. Chaque établissement scolaire devra établir des liens privilégiés avec un établissement culturel. L'épreuve artistique au baccalauréat sera davantage valorisée. Enfin, vous encouragerez ceux de nos jeunes qui ont une activité artistique d'excellence tout en poursuivant une scolarité normale, par exemple en aménageant celle-ci et en facilitant leur accès aux grandes écoles ou leur réussite universitaire.
La mise en œuvre de cette politique d'éducation culturelle et artistique suppose un partenariat renouvelé et durable entre votre ministère et celui de l'Education nationale afin que les administrations et le monde de l'éducation se rapprochent de ceux de la culture. Avec le ministre de l'Education nationale, vous nous proposerez les modalités de ce partenariat pérenne, qui associera les collectivités locales.
L'accès aux œuvres de l'esprit passe aussi, de plus en plus, par la médiation audiovisuelle. A la télévision comme à l'école, la culture doit être davantage présente dans les programmes.
France Télévisions doit fortement affirmer son identité de service public à travers une offre culturelle plus dense, plus créative, plus audacieuse ; une offre qui marque une plus grande différence avec les chaînes privées ; une offre fondée sur des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute. Un cahier des charges rénové sera rédigé pour encadrer les activités et préciser les identités des différentes chaînes de France Télévisions. Un certain nombre de synergies importantes, qui n'ont été que trop longtemps différées, doivent être mises en œuvre. Pour les permettre, vous expertiserez et nous proposerez les modifications souhaitables de structures.
Radio France devra également poursuivre sa modernisation et promouvoir la diversité éditoriale, culturelle et musicale. S'agissant des radios privées, vous dresserez avec le CSA un bilan des règles applicables en matière de quotas et proposerez des aménagements permettant d'améliorer l'exposition de toutes les musiques.
Quant à la révolution numérique, elle doit être l'occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine. L'Etat peut l'encourager par la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l'incitation à la diffusion numérique croissante de contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives.
La gratuité des musées nationaux fait partie des engagements du projet présidentiel. Si elle est possible et réussie ailleurs, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas en France. Celle-ci faisant toutefois l'objet de débats au sein du monde de la culture, vous conduirez d'abord une expérimentation de la gratuité avec un échantillon d'établissements, sans perte de recettes pour les musées concernés. Son objet sera d'en mesurer toutes les conséquences et de déterminer les conditions de réussite de sa généralisation.
Vous créerez à l'échelon de la France ou, mieux encore, à l'échelon de l'Union européenne, en profitant à cet effet de la présidence française de l'Union au second semestre de l'année 2008, un " pass culture " pour les jeunes, leur donnant un droit de visite gratuit aux musées et aux sites les plus remarquables du patrimoine français ou européen.
Vous vous appuierez sur des intermédiaires compétents pour faire venir à la culture des publics qui en sont aujourd'hui très éloignés et expertiserez la proposition d'un " chèque culture " remis aux familles pour leur permettre d'accéder aux équipements culturels de leur choix.
La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous réformerez à cette fin les conditions d'attribution des aides en créant des commissions indépendantes d'attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. Dans le même esprit, et de manière alternative, vous examinerez dans quelle mesure le dispositif d'aide à la production cinématographique, qui repose en partie sur le succès public des œuvres subventionnées, pourrait être appliqué au théâtre, ce qui n'interdit pas de le moderniser par ailleurs.
Deux secteurs traversent actuellement une crise particulièrement grave. Ils devront mobiliser particulièrement votre ministère.
Nous souhaitons conduire dans les plus brefs délais un plan de sauvetage de l'industrie musicale et, plus largement, de protection et de promotion des industries culturelles couvertes par les droits d'auteur et droits voisins. Ce plan devra être mené avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, et s'appuyer sur trois volets : la montée en puissance d'une offre numérique diversifiée, bon marché et simple d'utilisation ; la prévention et la répression de la piraterie numérique ; l'aide à l'adaptation des structures et des modèles économiques des industries concernées. A cette fin, vous favoriserez la mise à disposition du public d'offres commerciales attractives de musique, de films et de toutes les formes de création enregistrée sur les nouveaux réseaux fixes et mobiles. La chronologie des médias doit poursuivre son adaptation. Vous inciterez les titulaires de catalogues à numériser leurs œuvres et à les distribuer sur tous les supports. Vous ferez de l'interopérabilité une priorité majeure. Parallèlement, vous rechercherez les voies et moyens pour conclure un accord interprofessionnel permettant de dissuader efficacement et de réprimer la contrefaçon de masse. Les solutions techniques existent, elles doivent être expérimentées et mises en œuvre. Vous nous proposerez les mesures d'accompagnement utiles à la sauvegarde et à la transition des industries culturelles vers de nouveaux modèles de développement et de croissance. A partir d'un bilan de la loi DADVSI, vous préparerez enfin les prochaines échéances législatives et communautaires. Notre pays doit être en position pionnière en Europe pour la défense des droits, la diffusion de contenus numériques, la promotion de l'interopérabilité et la responsabilité des acteurs de l'Internet.
Par ailleurs, vous prendrez les dispositions nécessaires pour permettre à la presse quotidienne de sortir de la crise qu'elle traverse depuis des années, en particulier en ce qui concerne le régime de sa distribution et son adaptation à l'univers numérique.
Les Français sont, vous le savez, très attachés à notre patrimoine. Vous poursuivrez l'effort de remise à niveau des crédits alloués à la politique du patrimoine et vous vous efforcerez d'augmenter le nombre des sites et monuments accessibles au public.
Nous vous demandons d'expertiser le projet de créer un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l'histoire civile et militaire de la France. De même, en prévision des soixante-dix ans de l'appel du Général de Gaulle (2010), vous étudierez le projet d'un ambitieux mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Leurs témoignages, histoires, récits et mémoires seraient collectés puis réunis dans l'enceinte d'un monument qui serait lui-même un geste architectural.
En lien avec le ministre des Affaires étrangères et européennes, nous vous demandons de moderniser en profondeur l'action culturelle extérieure de la France. Nous souhaitons que la France soit plus déterminée à promouvoir sa langue, sa culture et ses artistes à travers le monde.
Vous appuierez l'effort de rationalisation des structures de la politique culturelle extérieure de la France demandé au ministre des Affaires étrangères et européennes, afin que cette politique gagne en cohérence, en visibilité et en impulsion. Vous étudierez les moyens de mieux déployer nos implantations culturelles à l'étranger en fonction de la nouvelle géographie des zones d'influence et de création dans le monde, et des conséquences de l'intégration européenne sur l'étendue de notre réseau diplomatique et consulaire.
A partir d'une étude définissant nos objectifs selon les différentes parties du monde, vous élaborerez un schéma de réorganisation et de rationalisation des instruments de la politique audiovisuelle extérieure de la France pour une présence audiovisuelle plus forte, plus cohérente, plus ambitieuse, plus efficace.
De même, nous voulons que la France joue un rôle majeur dans l'accueil et la formation des futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers. En lien avec le ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement et la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, vous prendrez les dispositions nécessaires pour les attirer en France et créer des liens étroits et durables entre ces élites et nos artistes. Par ailleurs, vous rechercherez des collaborations européennes et internationales dans le domaine de l'enseignement artistique supérieur.
Si elle ne saurait être soumise aux seules lois de l'argent et du profit, la culture n'en est pas moins de plus en plus une source d'emplois et de richesses. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce que les Français dépensent plus qu'autrefois en matière culturelle. Nous devons également prendre conscience que les industries culturelles sont l'objet d'une lutte d'influence entre plusieurs pays dans le monde et que les enjeux ne sont pas seulement économiques, mais aussi de civilisation.
C'est pourquoi vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour donner à nos industries culturelles les meilleures chances de se développer ou de se renforcer, et, à l'image du cinéma français dont le succès est incontestable, ou de la politique du livre qui globalement remplit ses objectifs, vous consoliderez l'action des pouvoirs publics au service de l'indépendance et de la prospérité de ces industries.
Dans le cadre d'une renégociation de la sixième directive TVA, qui sera pilotée par la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous vous efforcerez d'obtenir le droit pour notre pays d'appliquer un taux de TVA réduit à l'ensemble de nos biens culturels, dans l'univers physique comme sur les réseaux.
A l'issue d'une réflexion stratégique associant tous les acteurs et couvrant tous les sujets, vous nous proposerez, avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, une remise à plat des dispositions législatives et réglementaires qui s'appliquent au secteur de l'audiovisuel. En tenant compte de la nouvelle donne du marché comme des exigences de la création, l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan, capables de structurer une industrie française puissante des contenus et d'affronter les nouveaux défis liés à la multiplication des canaux de distribution.
Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs. La France dispose d'un capital humain très recherché et de sociétés créatives dans le domaine du jeu vidéo et nous souhaitons que ce secteur soit intégré dans vos priorités.
Vous prendrez les dispositions nécessaires pour redresser rapidement le marché de l'art français. Vous analyserez notamment sa situation juridique et fiscale (TVA, droit de suite···) au regard de la situation dans les autres pays, et ferez des propositions d'amélioration. Vous examinerez les raisons qui freinent la reconnaissance des talents français à l'étranger. Vous étudierez la pertinence de l'organisation des commandes d'art (FNAC et FRAC) et engagerez une réflexion sur la possibilité pour les opérateurs publics d'aliéner des œuvres de leurs collections, sans compromettre naturellement le patrimoine de la Nation, mais au contraire dans le souci de le valoriser au mieux.
Vous lutterez contre les abus au régime d'indemnisation du chômage des artistes et techniciens du spectacle, et inciterez les partenaires sociaux à limiter l'accès à ce régime aux professions et fonctions qui le justifient.
Enfin, vous nous proposerez un pilotage rénové de l'organisation de la profession d'architecte et de son enseignement et vous veillerez à favoriser la diffusion de l'architecture contemporaine et sa prise en compte dans les programmes d'urbanisme et de construction.
Pour réaliser ces missions et mettre en œuvre ces priorités, vous devrez disposer d'une administration rénovée, moderne, et dégager des marges de manœuvre accrues. Nous souhaitons que les dépenses de fonctionnement du ministère et de ses organismes rattachés soient réduites au profit de l'aide à la création et de la démocratisation culturelle. Vous encouragerez le financement privé de la culture, en étendant encore davantage les avantages alloués en faveur du mécénat et des fondations, en favorisant l'extension du mécénat à la politique de sauvegarde du patrimoine, en fixant des objectifs de résultats aux grands établissements dans la recherche de mécènes. A la tête de tous les établissements et administrations relevant de votre autorité, vous veillerez à associer des personnalités d'envergure du monde culturel et artistique à des gestionnaires confirmés.
Vous le savez, le programme présidentiel devra être mis en œuvre en respectant scrupuleusement notre volonté de préserver l'avenir des générations futures grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, conforme à nos engagements européens et composante essentielle de la démocratie irréprochable que nous souhaitons mettre en place.
Réussir les réformes attendues par les Français et cesser la spirale de l'endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu'il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent. Répartir la pénurie est aussi lâche et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé.
Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera donc entreprise. Elle sera conduite, sous notre autorité, par le Secrétaire général de la Présidence de la République, le Directeur du cabinet du Premier ministre, le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ainsi que des personnalités qualifiées issues du secteur public et du secteur privé, et des parlementaires. L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service rendu aux Français, le rendre plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir. C'est dans le cadre de cette révision générale que sera mis en œuvre l'engagement présidentiel d'embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite et que nos objectifs de finances publiques sur cinq ans seront poursuivis et atteints (réduction de la dette publique à moins de 60% du PIB, équilibre budgétaire, baisse aussi rapide que possible des prélèvements obligatoires avec l'objectif d'une réduction de quatre points sur dix ans).
Nous vous demandons de vous impliquer personnellement et sans réserve dans cet exercice qui ne saurait remettre aucunement en cause la mission que la présente lettre vous confie. Les premières grandes réformes issues de la révision générale des politiques publiques interviendront dès la préparation des budgets pour 2008. Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier.
Sur l'ensemble des points de cette lettre de mission, vous nous proposerez des indicateurs de résultat dont le suivi sera conjoint. Nous souhaitons que figurent, notamment, parmi ceux-ci, l'augmentation des enseignements culturels et artistiques à l'école, l'accroissement des programmes culturels à la télévision, l'augmentation de la fréquentation des musées, des théâtres, des bibliothèques et de tous les autres lieux de culture, l'ouverture de nouveaux sites et monuments au public, les progrès de la gratuité, le développement du mécénat et des autres formes de financement privé de la culture, l'amélioration de la place de Paris sur le marché de l'art et de nos artistes sur le marché mondial, l'accueil des élites culturelles et artistiques étrangères, l'amélioration de la situation de l'industrie musicale et de la presse écrite.
Nous ferons le point d'ici un an de l'avancement de votre mission et des inflexions qu'il convient, le cas échéant, de lui apporter.
En vous renouvelant notre confiance, nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de nos respectueux hommages.
Le Président de la République, Nicolas Sarkozy
Le Premier ministre, François Fillon
Madame Christine Albanel
Ministre de la Culture et de la communication
Le budget de la culture pour 2008
http://culture.parti-socialiste.fr Le 26/10/2007 @ 12:46
I - Un budget en baisse réelle et tronqué dans sa présentation.
1) La rupture chère à Nicolas Sarkozy aura -t-elle lieu dans la culture et dans la communication? Il est encore trop tôt pour le dire en ce qui concerne le contenu de la politique qui sera menée, d’autant plus que le pouvoir est chiche de déclarations dans ce secteur. Toutefois, la lettre de mission que le Président de la République a adressée à la nouvelle Ministre ne laisse pas d’inquiéter, conférant la priorité à « la popularité » de l’offre culturelle, dont les institutions culturelles ne se soucieraient pas, et suggérant de nombreux changements qui, au nom de la sacro-sainte «obligation de résultats», apparaissent comme autant de lourdes menaces.
Par contre, une chose est sûre, la rupture n’aura pas lieu dans le budget de la culture et de la communication pour 2008 qui va être soumis au Parlement…. C’est au contraire la continuité qui l’emporte: celle de la pente financière descendante, déjà engagée depuis 2002 - même si c’est avec une intensité variable selon les domaines et selon les années - sur fond d’épuisement de la politique de l’Etat et de transfert de charges aux collectivités territoriales. Hélas le projet de budget pour 2008 accentue ce mouvement, et laisse ainsi présager une tendance à la baisse et au repli systématique de l’Etat peut-être encore plus douloureux dans les années à venir.
Comme à l’accoutumé aussi, le pouvoir tente de cacher les faits en procédant à une présentation fallacieuse des chiffres. C’est franchement lassant… Chaque année, la droite essaie de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Cette fois encore, elle se livre à une grossière tromperie : faire croire que le budget augmente ou est maintenu, alors que, une fois de plus, il est en berne.
2) En effet, le budget de la culture est affiché en hausse de + 3,2% en crédits de paiements (CP), de 2007 à 2008, passant selon « le bleu budgétaire » transmis au Parlement de 2,694 M euros en 2007 à 2,770 M euros en 2008. Mais il y a un tour de passe-passe: la re-budgétisation de la taxe affectée au centre des monuments nationaux, d’un montant de 70 M euros. Cette taxe a été crée l’année dernière par le gouvernement Villepin: affectation à cet établissement public d’une partie du produit des droits de mutation à titre onéreux. En re-budgétisant, on gonfle de ce montant le budget de l’Etat, alors qu’il n’y a en fait aucun crédit nouveau. Déduction faite de cette taxe, le budget 2008 en CP n’est plus que de 2,700 M euros. La hausse se réduit à + 6 M euros, soit + 0,25% ! Or l’inflation en 2008 sera, selon les prévisions officielles de +1,6 %. La conclusion est claire: le budget de la culture va baisser en 2008! Et dés lors, il augmentera moins que le budget de l’Etat lui-même, dont les dépenses seront reconduites en volume en 2008, c’est à dire suivront l’inflation. Loin d’être prioritaire comme le chiffre de 3,2% pourrait le laisser croire, la culture sera sacrifiée en 2008.
En outre, rien ne dit qu’il n’y aura pas de gel ou d’annulation de crédits, officiels ou non, au cours de l’année, en fonction de la conjoncture, et ce alors que chacun sait que la prévision de croissance sur laquelle a été élaborée le budget de l’Etat est délibérément optimiste, et peu crédible.
3) Cette baisse réelle a des conséquences et s’inscrit dans le cadre de la politique générale du nouveau pouvoir de réduction de la place de l’Etat et du service public. Le ministère de la culture et de la communication applique la règle du non renouvellement d’un départ à la retraite sur deux. C’est bien connu, il y a trop de fonctionnaires dans ce ministère: trop d’enseignants dans les écoles d’art, trop de conservateurs du patrimoine, trop de magasiniers dans les bibliothèques? Un chiffre de 100 emplois supprimés est annoncé. En fait, il y en a 200, le gouvernement minimise les chiffres et n’ose pas assumer les faits dont il est responsable.
4) Pour ce qui est des grands travaux lancés ou annoncés précédemment, certains sont poursuivis, au moins selon les dires du gouvernement: Versailles, Pierrefitte-sur-Seine, le Grand Auditorium de la Villette. D’autres sont manifestement sur la sellette: le MUCEM à Marseille (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), le Palais de Tokyo, l’île Seguin (projet sur l’art contemporain). Cette probable remise en cause ne profitera pas pour autant aux opérations de province ou aux petites équipes de création et de diffusion innovantes: il ne s’agit que de faire des coupes sombres dans un budget en déconfiture.
II - Le patrimoine n’est qu’optiquement en augmentation.
1 Patrimoine monumental
Les informations officielles font valoir une hausse très confortable du budget du patrimoine monumental et archéologique: +28,8%; et aussi +20 M euros pour les MHNE (monuments historiques n’appartenant pas à l’Etat, mais à des propriétaires privés ou aux collectivités territoriales); et encore +15% pour les crédits déconcentrés gérés par les DRAC… Qui dit mieux? Hélas, la réalité est tout autre. Si l’on déduit la re-budgétisation (70 M euros), les crédits du patrimoine monumental et archéologique sont en légère baisse en CP ( de 272 M euros en 2007 à 269 M euros), et sont même en diminution sensible en AE (autorisations d’engagements, lesquels indiquent les capacités d’investissement de l’Etat, et pas ses paiements): -27 M Euros, soit – 8%.
Il faut se rappeler que la restauration des MH a été la grande perdante des années 2002-2007. Le secteur y a été et y est encore dans une situation catastrophique, en bonne part à cause de la saignée des crédits que lui ont fait subir les gouvernements dans cette période, suscitant la colère des professionnels du patrimoine. D’où les 70 M euros dégagés en catastrophe avant les échéances électorales, quoique destinés d’ailleurs aux seuls MH appartenant à l’Etat (MHE).Mais pour bien faire, il faudrait 400 M euros par an pour le patrimoine monumental, alors qu’il n’y en a que 300 M; or le budget 2008 n’augmentera pas en fait, ne réduisant pas le gap…
Quant à la hausse des crédits pour les MHNE, elle est en effet de +20 M euros en CP, mais seulement de + 6 M euros en AE. Dans le même temps, comme cette hausse ne peut se faire qu’en prenant à Paul ce qu’on donne à Pierre, les crédits des MHE baissent de 32 M euros en CP et en AE. On le voit, il n’y a pas, pour le moins, d’augmentation nette.
Pour l’archéologie, une hausse de 12,1% est annoncée. On peine à dire vrai à le vérifier dans les documents budgétaires… Les crédits de l’INRAP sont en stricte reconduction (9 M euros), les dépenses dites « d’intervention » le sont aussi (dés lors, par exemple, reconduction pour le Mont Beuvray à 2 M euros), seules les dépenses d’investissement (acquisition de réserves archéologiques) augmentent de 0,7 M euros (AE=CP).
2 L’architecture
Les crédits de l’architecture sont en stricte reconduction, à 25 M euros. Par contre les crédits déconcentrés dont disposent les DRAC à ce titre sont en baisse de 1 M euros pour les dépenses de fonctionnement (études dans les secteurs sauvegardés), et de 0,4 M euros pour les dépenses d’intervention (études préalables dans les ZPPAUP et aux abords des MH).
3 Les Musées
Les crédits des musées sont en hausse de +1,2 % en CP, soit en baisse compte tenu de l’inflation.
Les dépenses de fonctionnement (subventions aux musées nationaux sont en légère baisse en valeur absolue: -1 M euros (308 M euros en 2007, 307 M euros en 2008. D’où –4 M euros pour le Louvre, -2 M euros pour Orsay, +0% pour le Quai Branly. Et pourtant, le gouvernement veut expérimenter la gratuité totale de certains musées nationaux..Qui va payer, et comment?
De même, on constate, hélas et une fois de plus, qu’aucun effort nouveau n’est effectué en faveur des moyens d’acquisition et d’enrichissement des collections publiques, (19,1 M euros en AE = CP), alors qu’ils avaient baissé en 2007.
Par contre, seule note positive, les crédits en faveur des musées de province augmentent, et il faut s’en réjouir, de 9 M en AE et de 12 M en CP.
4 Le livre et les archives
Il faut se réjouir aussi de la poursuite du projet de bibliothèque numérique européenne (les crédits de la BNF augmentent à cet effet), comme de celui, en matière d’archives, de Pierrefitte-sur-Seine.
Par contre les moyens destinés aux actions en région comme aux maisons d’écrivains sont en stricte reconduction (+0%).
III - La création est mise au pain sec.
Le total des moyens budgétaires consacrés aux actions de soutien à la création sera en stagnation (de 797 M euros en 2007 en CP, à 798 M euros en 2008, en tenant compte des dépenses de personnel). Répétons-le, c’est la baisse réelle, compte tenu de l’inflation, et aussi de la hausse des coûts artistiques, et non pas seulement le statu quo. D’ailleurs, comme les dépenses de personnel de l’Etat consacrés à ce programme passent de 56,8 M euros à 58,9 M euros, soit une hausse de 2 M euros, cela signifie que les autres crédits (fonctionnement, investissement, intervention) baissent de 1 M euros en valeur absolue.
1 Le spectacle vivant: en fait de « consolidation »…
La Ministre parle d’une « consolidation » des crédits du spectacle vivant. C’est une litote qui ne trompe personne. Il s’agit en fait, très exactement, de +0% d’augmentation en CP (et de modestes +4 M euros en AE). Rappelons que le budget du spectacle vivant avait été en partie « épargné » les années précédentes, pour des raisons politiques, quoique le budget 2007 lui ait déjà été tout à fait défavorable (augmentation de 1,2% déjà inférieure à l’inflation).
Les dépenses de fonctionnement sont destinées aux établissements publics nationaux. Elles sont strictement reconduites. Comme des moyens nouveaux sont alloués à ce titre aux caisses de retraite de l’Opéra et de la Comédie Française (+ 2 M euros) et à la salle Pleyel (5,4 M euros), le reste en supporte les conséquences, et certaines institutions voient leur subvention baisser: Comédie Française (-3 M euros), Opéra (-4 M), Ecole de Danse de Nanterre (-0,5).Le ministère pour sa part préfère parler de « la poursuite des efforts de rationalisation de la gestion » (sic).
Les dépenses d’investissement sont destinées aux opérations d’équipement sur ces établissements publics nationaux. On notera les crédits pour les études de la Philharmonie de Paris (le Grand Auditorium de La Villette): 2 M euros en CP, et 5,9 M euros en AE.
Les dépenses d’intervention sont destinées aux institutions culturelles (CDN, CCN, scènes nationales, orchestres…) et aux compagnies et équipes de création, ainsi qu’à l’aide aux opérations d’investissement des collectivités territoriales. Les crédits sont là aussi reconduits, ce qui ne permettra donc de ne satisfaire aucune demande d’opération nouvelle ou d’augmentation pour des projets existants déjà. Dans le détail, et si l’on en croit le « Bleu budgétaire », le total des crédits disponibles en 2008 par rapport à 2007, et destinés aux CDN, baisse de 3,5 M euros, celui des CCN de 1 M, celui des scènes de musiques actuelles de 0,5 M, celui des scènes conventionnées de 0,4 M, tandis que l’ensemble des scènes nationales bénéficient d’une « royale » augmentation de 0,2 M, et celui des « équipes artistiques » de 0,8 M… La catégorie « autres lieux de création, de diffusion » bénéficie pour sa part d’une augmentation de +6 M, dont 4 M pour « cirques et arts de la rue ».Pour noyer le poisson, le ministère parle « d’une vaste réflexion » à venir, et de la démarche de « contractualisation ».Vraiment, on se sent rassuré…
Notons que le fonds de professionnalisation, destiné aux intermittents, est reconduit pour 5 M euros.
Les subventions d’équipement (auditoriums, zéniths, réhabilitation de théâtres…) augmentent de +1,7 % en CP, mais baissent de 0,2% en AE. A ce propos, il convient de souligner que la situation des crédits de paiement pour ce type d’aides est catastrophique; le ministère n’arrivant plus à faire face à ses engagements.
2 Les arts plastiques préservés ?
Le ministère se félicite de la hausse des crédits des arts plastiques, qu’il chiffre à 8,2% en 2008. Les crédits de ce secteur sont en effet en hausse, mais il faut se rappeler qu’ils avaient été singulièrement négligés les années précédentes.
De plus, une majeure partie de l’augmentation constatée des crédits est en réalité contrainte: il s’agit des conséquences d’une décision réglementaire. 3 M euros nouveaux sont ainsi consacrés à la compensation de la perte de recettes de la sécurité sociale résultant de la réduction du taux de cotisation sociale de 3,3% à 1% du produit des ventes de galeristes.
Il ne faut pas s’étonner dés lors que les actions traditionnelles en faveur des arts plastiques ne soient guère mieux loties que celles du spectacle vivant. Les crédits d’acquisition du FNAC (achat d’oeuvres par l’Etat) et de la commande publique sont simplement reconduits, et il en va de même pour les subventions aux centres d’art contemporain et aux FRAC. Quant aux subventions d’investissement aux collectivités territoriales (notamment les FRAC « de deuxième génération »), ils avaient connu une embellie en 2007 (+2 M euros), mais celle-ci n’est pas confirmée en 2008: leurs moyens stagnent à 5,1 M euros en AE et à 5,9 M euros en CP.
3 Les industries culturelles: stagnation
Les aides aux industries culturelles (livre, disque, droit de prêt en bibliothèque, théâtre privé) sont simplement reconduites, à 31 M euros. Ces industries sont pourtant censées faire particulièrement l’objet de l’attention du nouveau pouvoir…
4) Le cinéma
Le compte de soutien au cinéma, comme on le sait, est surtout financé par des taxes (sur le prix des places, sur les chaînes de télévision, sur la video).Les prévisions de recettes font apparaître en 2008 une hausse du budget de +4,5% (+ 22 M euros). L’augmentation est essentiellement due à celle de la taxe sur sur les services de télévision, les distributeurs de service y contribuant à présent et non plus seulement les éditeurs, et les revenus issus des appels surtaxés SMS comme ceux tirés du parrainage des programmes étant inclus dans le périmètre de la taxe. Elle est aussi due aux taxes video et VOD (baisse de la video, mais croissance de la VOD).
III - « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture »: c’est l’hécatombe!
Rappelons qu’il s’agit, sous ses vocables, de toues les aides relatives à l’éducation artistique et aux enseignements spécialisés, aux actions spécifiquement consacrées à faciliter l’accès à la culture et à encourager la démocratie culturelle, ainsi qu’à l’action internationale.
En 2007, ces crédits avaient déjà été particulièrement mal traités, et même laminés, en tous cas ceux destinés à l’action en région et à l’accès à la culture, et ce en contrepartie de l’effort conjoncturel accompli pour le patrimoine. Cette très grave orientation avait été tout à fait analysée et dénoncée par le PS à l’époque. En 2008, celle-ci se poursuit, en s’accentuant. C’est un véritable scandale! Alors que le nouveau pouvoir évoque son souci des attentes du public et prétend centrer ses priorités sur ce sujet, sa pratique est l’exact contraire de son discours! Ce cynisme doit être condamné!
1 L’enseignement spécialisé et l’éducation artistique: des évolutions ciblées
Comme en 2007, les crédits poursuivent des évolutions différentes selon les types d’intervention.
Les subventions destinées à l’enseignement supérieur pris en charge en totalité par l’Etat sont reconduites ou en légère hausse (écoles d’architecture, conservatoires supérieurs nationaux…): le ministère, tant bien que mal, préserve son propre réseau.
Il en va de même pour l’aide à l’éducation artistique et culturelle, c’est à dire la sensibilisation de tous les jeunes français, dont le sort dépend il est vrai d’abord de l’effort du ministère de l’éducation. Les crédits du ministère de la culture progressent de 1,7 M euros, soit +6% ( 30,9 M euros en 2008).
Il n’en va pas du tout de même pour les aides aux établissement d’enseignement spécialisé de la musique, de la danse et du théâtre, qui relèvent des collectivités territoriales. En 2007, ces crédits avaient déjà baissé de 2 M euros, une nouvelle baisse d’un même montant est enregistrée pour 2008. Rappelons que ces établissements ont vocation à être décentralisés, en application de la loi, après adoption de schémas départementaux. Au moment de transférer ces aides, l’Etat les réduit, et fait du transfert de charges. Merci pour les collectivités territoriales!
2 Les actions en faveur de la démocratisation culturelle sont démantelées
-12 M euros d’un seul coup, d’un seul, pour les actions en faveur de l’accès à la culture, soit – 15% en AE et -17% en CP! Excusez du peu…La politique de la droite apparaît sous son vrai jour: les actions de terrain, au plus près des citoyens, menées par des associations et des équipes investies dans le travail de long terme auprès des publics, sont sacrifiées. Sacrifiée la diversification des publics (handicapés, fédérations d’éducation populaire, associations de lutte contre l’exclusion…), sacrifiés les contrats de ville, les zones rurales, l’action culturelle dans les cités, les zones prioritaires.. Et pendant ce temps, on nous fait miroiter le thème de la gratuité, ou celui du pass culture, etc…C’est tout simplement lamentable. Hélas, toutes ces actions de fond ne sont pas médiatiques; leur destruction peut donc se faire en douceur, espère-t-on en haut lieu. Plus que jamais cependant, la mobilisation pour les défendre apparaît indispensable.
3 L’action internationale: crédits en baisse au moment de la présidence française de l’Union Européenne
Les crédits de l’action internationale baisseront de 1 M euros en 2008 (17,5 M euros au total ), soit -6%. Le ministère l’explique par « « la non-reconduction d’actions ponctuelles »; ben voyons! Ca tombe bien, c’est l’année du dialogue interculturel! On nous dit aussi que le financement d’évènements culturels qui émailleront la présidence française feront l’objet d’un programme spécifique piloté par le secrétariat général de la présidence française; bref, on recentralise et reconcentre les pouvoirs…
samedi 10 novembre
UNE NOUVELLE VISION DU MONDE: LA TRANSDISCIPLINARITÉ
Extrait du livre LA TRANSDISCIPLINARITÉ - Manifeste, par Basarab Nicolescu
Éditions du Rocher, Monaco - Collection "Transdisciplinarité"
Le processus de déclin des civilisations est d'une grande complexité et il plonge ses racines dans la plus totale obscurité. Bien entendu, on peut trouver après coup de multiples explications et rationalisations, sans parvenir à dissiper le sentiment d'un irrationnel agissant au coeur même de ce processus. Les acteurs d'une civilisation bien déterminée, des grandes masses aux grands décideurs, même s'ils prennent plus ou moins conscience du processus de déclin, semblent impuissants à arrêter la chute de leur civilisation. Une chose est certaine : un grand décalage entre les mentalités des acteurs et les nécessités internes de développement d'un type de société, accompagne toujours la chute d'une civilisation. Tout se passe comme si les connaissances et les savoirs qu'une civilisation ne cesse d'accumuler ne pouvaient être intégrées dans l'être intérieur de ceux qui composent cette civilisation. Or, après tout, c'est l'être humain qui se trouve ou devrait se trouver au centre de toute civilisation digne de ce nom.
La croissance sans précédent des savoirs à notre époque rend légitime la question de l'adaptation des mentalités à ces savoirs. L'enjeu est de taille car l'extension continue de la civilisation de type occidental à l'échelle planétaire rendrait sa chute équivalente à un incendie planétaire sans commune mesure avec les deux premières guerres mondiales.
Pour la pensée classique il n'y a que deux solutions de sortie d'une situation de déclin : la révolution sociale ou le retour à un supposé "âge d'or".
La révolution sociale a déjà été expérimentée au cours du siècle qui s'achève et ses résultats ont été catastrophiques. L'homme nouveau n'était qu'un homme creux et triste. Quels que soient les aménagements cosmétiques que le concept de "révolution sociale" ne tardera de subir dans l'avenir, ils ne pourront pas effacer de notre mémoire collective ce qui a été effectivement expérimenté.
Le retour à l'âge d'or n'a pas encore été essayé, pour la simple raison que l'âge d'or n'a pas été retrouvé. Même si on suppose que cet âge d'or a existé dans des temps immémoriaux, ce retour devrait nécessairement s'accompagner d'une révolution intérieure dogmatique , image en miroir de la révolution sociale. Les différents intégrismes religieux qui couvrent la surface de la terre de leur manteau noir sont un mauvais présage de la violence et du sang qui pourraient jaillir de cette caricature de "révolution intérieure".
Mais, comme toujours, il y a une troisième solution. Cette troisième solution fait l'objet du présent manifeste.
L'harmonie entre les mentalités et les savoirs présuppose que ces savoirs soient intelligibles, compréhensibles. Mais une compréhension peut-elle encore exister à l'ère du big bang disciplinaire et de la spécialisation à outrance ?
Un Pic de la Mirandole à notre époque est inconcevable. Deux spécialistes de la même discipline ont aujourd'hui du mal à comprendre leurs propres résultats réciproques. Cela n'a rien de monstrueux dans la mesure où c'est l'intelligence collective de la communauté attachée à cette discipline qui la fait progresser, et non pas un seul cerveau qui devrait forcément connaître tous les résultats de tous ses collègues-cerveaux, ce qui est impossible. Car il y a aujourd'hui des centaines de disciplines. Comment un physicien théoricien des particules pourrait-il vraiment dialoguer avec un neurophysiologiste, un mathématicien avec un poète, un biologiste avec un économiste, un politicien avec un informaticien, au-delà de généralités plus ou moins banales ? Et pourtant un véritable décideur devrait pouvoir dialoguer avec tous à la fois. Le langage disciplinaire est un barrage apparemment infranchissable pour un néophyte. Et nous sommes tous les néophytes des autres. La Tour de Babel serait-elle inévitable ?
Néanmoins, un Pic de la Mirandole à notre époque est concevable dans la forme d'un superordinateur dans lequel on pourrait injecter toutes les connaissances de toutes les disciplines. Ce superordinateur pourrait tout savoir mais ne rien comprendre. L'utilisateur de ce superordinateur ne serait pas dans une meilleure situation que le superordinateur lui-même. Il aurait instantanément accès à n'importe quel résultat de n'importe quelle discipline, mais il serait incapable de comprendre leurs significations et encore moins de faire des liens entre les résultats des différentes disciplines.
Ce processus de babélisation ne peut pas continuer sans mettre en danger notre propre existence, car il signifie qu'un décideur devient, malgré lui, de plus en plus incompétent. Les défis majeurs de notre époque, comme par exemple les défis d'ordre éthique, réclament de plus en plus de compétences. Mais la somme des meilleurs spécialistes dans leurs domaines ne peut engendrer, de toute évidence, qu'une incompétence généralisée, car la somme des compétences n'est pas la compétence : sur le plan technique, l'intersection entre les différents domaines du savoir est un ensemble vide. Or, qu'est-ce qu'un décideur, individuel ou collectif, sinon celui qui est capable de prendre en compte toutes les données du problème qu'il examine ?
Le besoin indispensable de liens entre les différentes disciplines s'est traduit par l'émergence, vers le milieu du XXème siècle, de la pluridisciplinarité et de l'interdisciplinarité.
La pluridisciplinarité concerne l'étude d'un objet d'une seule et même discipline par plusieurs disciplines à la fois . Par exemple, un tableau de Giotto peut être étudié par le regard de l'histoire de l'art croisé avec celui de la physique, la chimie, l'histoire des religions, l'histoire de l'Europe et la géométrie. Ou bien, la philosophie marxiste peut être étudiée par le regard croisé de la philosophie avec la physique, l'économie, la psychanalyse ou la littérature. L'objet sortira ainsi enrichi du croisement de plusieurs disciplines. La connaissance de l'objet dans sa propre discipline est approfondie par un apport pluridisciplinaire fécond. La recherche pluridisciplinaire apporte un plus à la discipline en question (l'histoire de l'art ou la philosophie, dans nos exemples), mais ce "plus" est au service exclusif de cette même discipline. Autrement dit, la démarche pluridisciplinaire déborde les disciplines mais sa finalité reste inscrite dans le cadre de la recherche disciplinaire.
L'interdisciplinarité a une ambition différente de celle de la pluridisciplinarité. Elle concerne le transfert des méthodes d'une discipline à l'autre . On peut distinguer trois degrés de l'interdisciplinarité : a) un degré d'application . Par exemple, les méthodes de la physique nucléaire transférées à la médecine conduisent à l'apparition de nouveaux traitements du cancer ; b) un degré épistémologique . Par exemple, le transfert des méthodes de la logique formelle dans le domaine du droit génère des analyses intéressantes dans l'épistémologie du droit ; c) un degré d'engendrement de nouvelles disciplines . Par exemple, le transfert des méthodes de la mathématique dans le domaine de la physique a engendré la physique mathématique, de la physique des particules à l'astrophysique - la cosmologie quantique, de la mathématique aux phénomènes météorologiques ou ceux de la bourse - la théorie du chaos, de l'informatique dans l'art - l'art informatique. Comme la pluridisciplinarité, l'interdisciplinarité déborde les disciplines mais sa finalité reste aussi inscrite dans la recherche disciplinaire . Par son troisième degré, l'interdisciplinarité contribue même au big bang disciplinaire.
La transdisciplinarité concerne, comme le préfixe "trans" l'indique, ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes disciplines et au delà de toute discipline. Sa finalité est la compréhension du monde présent , dont un des impératifs est l'unité de la connaissance.
Y a-t-il quelque chose entre et à travers les disciplines et au delà de toute discipline ? Du point de vue de la pensée classique il n'y a rien, strictement rien. L'espace en question est vide, complètement vide, comme le vide de la physique classique. Même si elle renonce à la vision pyramidale de la connaissance, la pensée classique considère que chaque fragment de la pyramide, engendré par le big bang disciplinaire, est une pyramide entière ; chaque discipline clame que le champ de sa pertinence est inépuisable. Pour la pensée classique, la transdisciplinarité est une absurdité car elle n'a pas d'objet. En revanche pour la transdisciplinarité, la pensée classique n'est pas absurde mais son champ d'application est reconnu comme étant restreint.
En présence de plusieurs niveaux de Réalité, l'espace entre les disciplines et au delà des disciplines est plein, comme le vide quantique est plein de toutes les potentialités : de la particule quantique aux galaxies, du quark aux éléments lourds qui conditionnent l'apparition de la vie dans l'Univers.
La structure discontinue des niveaux de Réalité détermine la structure discontinue de l'espace transdisciplinaire , qui, à son tour, explique pourquoi la recherche transdisciplinaire est radicalement distincte de la recherche disciplinaire, tout en lui étant complémentaire. La recherche disciplinaire concerne, tout au plus, un seul et même niveau de Réalité ; d'ailleurs, dans la plupart des cas, elle ne concerne que des fragments d'un seul et même niveau de Réalité. En revanche, la transdisciplinarité s'intéresse à la dynamique engendrée par l'action de plusieurs niveaux de Réalité à la fois . La découverte de cette dynamique passe nécessairement par la connaissance disciplinaire. La transdisciplinarité, tout en n'étant pas une nouvelle discipline ou une nouvelle hyperdiscipline, se nourrit de la recherche disciplinaire, qui, à son tour, est éclairée d'une manière nouvelle et féconde par la connaissance transdisciplinaire. Dans ce sens, les recherches disciplinaires et transdisciplinaires ne sont pas antagonistes mais complémentaires.
Les trois piliers de la transdisciplinarité - les niveaux de Réalité, la logique du tiers inclus et la complexité - déterminent la méthodologie de la recherche transdisciplinaire .
Un saisissant parallèle existe entre les trois piliers de la transdisciplinarité et les trois postulats de la science moderne.
Les trois postulats méthodologiques de la science moderne sont restés inchangés de Galilée jusqu'à nos jours, malgré l'infinie diversité des méthodes, théories et modèles qui ont traversé l'histoire des différentes disciplines scientifiques. Mais une seule science satisfait entièrement et intégralement les trois postulats : la physique. Les autres disciplines scientifiques ne satisfont que partiellement les trois postulats méthodologiques de la science moderne. Toutefois, l'absence d'une formalisation mathématique rigoureuse de la psychologie, de l'histoire des religions et d'une multitude d'autres disciplines ne conduit pas à l'élimination de ces disciplines du champ de la science. Même les sciences de pointe, comme la biologie moléculaire, ne peuvent pas prétendre, tout du moins pour l'instant, à une formalisation mathématique aussi rigoureuse que celle de la physique. Autrement dit, il y a des degrés de disciplinarité en fonction de la prise en compte, plus ou moins complète, des trois postulats méthodologiques de la science moderne.
De même, la prise en compte plus ou moins complète des trois piliers méthodologiques de la recherche transdisciplinaire engendre différents degrés de transdisciplinarité . La recherche transdisciplinaire correspondant à un certain degré de transdisciplinarité s'approchera plutôt de la multidisciplinarité (comme dans le cas de l'éthique) ; celle à un autre degré - de l'interdisciplinarité (comme dans le cas de l'épistémologie) ; et celle encore à un autre degré - de la disciplinarité.
La disciplinarité, la pluridisciplinarité, l'interdisciplinarité et la transdisciplinarité sont les quatre flèches d'un seul et même arc : celui de la connaissance .
Comme dans le cas de la disciplinarité, la recherche transdisciplinaire n'est pas antagoniste mais complémentaire de la recherche pluri et interdisciplinaire. La transdisciplinarité est néanmoins radicalement distincte de la pluridisciplinarité et de l'interdisciplinarité, de par sa finalité, la compréhension du monde présent, qu'il est impossible d'inscrire dans la recherche disciplinaire. La finalité de la pluri et de l'interdisciplinarité est toujours la recherche disciplinaire. Si la transdisciplinarité est si souvent confondue avec l'interdisciplinarité et la pluridisciplinarité (comme, d'ailleurs, l'interdisciplinarité est si souvent confondue avec la pluridisciplinarité), cela s'explique en majeure partie par le fait que toutes les trois débordent les disciplines. Cette confusion est très nocive dans la mesure où elle occulte les finalités différentes de ces trois nouvelles approches.
Tout en reconnaissant le caractère radicalement distinct de la transdisciplinarité par rapport à la disciplinarité, la pluridisciplinarité et l'interdisciplinarité, il serait extrêmement dangereux d'absolutiser cette distinction, auquel cas la transdisciplinarité serait vidée de tout son contenu et son efficacité dans l'action réduite à néant.
Le caractère complémentaire des approches disciplinaire, pluridisciplinaire, interdisciplinaire et transdisciplinaire est mis en évidence d'une manière éclatante, par exemple, dans l'accompagnement des mourants . Cette démarche relativement nouvelle de notre civilisation est d'une extrême importance, car, en reconnaissant le rôle de notre mort dans notre vie, nous découvrons des dimensions insoupçonnées de la vie elle-même. L'accompagnement des mourants ne peut faire l'économie d'une recherche transdisciplinaire dans la mesure où la compréhension du monde présent passe par la compréhension du sens de notre vie et du sens de notre mort en ce monde qui est nôtre.
Le vieillissement démographique ou l’anti-hasard
Dynamique des sociétés vieillissantes — Futuribles – Rapport final http://www.futuribles.com/pdf/DSV_rapportfinal.pdf
Les populations humaines se renouvellent par le jeu des naissances, des décès et des mouvements migratoires. En conséquence la modification de leur taille et de leur composition par âge est — mécaniquement — dépendante de l’évolution combinée
du comportement procréateur des couples, de leur état sanitaire (largo sensu) et de leur capacité d’attraction-répulsion. Dans les pays développés, cela fait déjà longtemps que cette évolution combinée produit du vieillissement démographique.
L’étudiant du futur ?
par Joël de Rosnay (avril 2005)
La panoplie et les lieux de travail de l’étudiant traditionnel sont bien connus : manuels scolaires et universitaires, polycopiés, cahiers, bloc-notes, stylos, bibliothèques, salles de conférences, amphithéâtres... Mais depuis quelques années, de nouveaux outils de communication et de traitement de l’information sont venus se glisser dans l’environnement et les pratiques des étudiants : calculettes, ordinateurs portables, pocket PC, Internet, téléphones portables, CD-Rom et DVD, salles de visioconférence, e-learning, etc.
Lutter contre l’infopollution
Un des problèmes majeurs qui se pose aujourd’hui aux étudiants et de savoir tirer parti de ces puissants outils et d’appliquer les méthodes les plus efficaces pour rechercher, stocker, utiliser l’information essentielle à leurs cours et à leurs examens. On assiste, en effet, à une nouvelle forme de pollution par l’information, à une véritable "infopollution", liée à un encombrement du temps, par suite de l’usage, souvent mal maîtrisé, des ordinateurs et d’Internet. Or ces nouvelles technologies n’auront pas réponse à tout.
Elles ne pourront apporter, de manière magique, des solutions à tous les problèmes qui se posent aux étudiants. Les méthodes traditionnelles continueront pendant longtemps à avoir leurs avantages : rencontres avec les professeurs, séminaires, convivialité des débats entre étudiants, études de cas, etc. L’efficacité des outils modernes devra donc reposer sur une meilleure maîtrise du temps et une véritable "diététique de l’information", permettant de sélectionner et de trier les informations pertinentes.
Dans quelques années
Afin de mieux saisir ce que pourraient apporter à l’étudiant de demain ces nouvelles technologies de la communication et du traitement de l’information - et sans traiter ici des contenus des cours, voici un scénario possible, à quelques années d’ici, relatant la pratique quotidienne d’une étudiante, Sandra, confrontée à ces techniques.
L’une des activités les plus importantes de Sandra pour le suivi de ses cours et la préparation de ses examens est la recherche, le stockage et l’usage pertinent de l’information. Elle utilise pour cela les nouveaux moteurs de recherche sur Internet qui ont suivi la génération de Google.com, très utilisé au début des années 2000.
Grâce à des agents intelligents, elle peut rechercher de manière contextuelle les informations dont elle a besoin, car le Web est devenu "sémantique" : la recherche se fait de manière implicite, en fonction de recherches précédentes et des résultats des recherches en cours. Internet a acquis une sorte d’"intuition".
Ces nouveaux moteurs de recherche ne font pas que présenter une liste de sites correspondant aux mots-clés introduits, ils proposent d’autres voies de recherche se rapportant à des thèmes liés. Sandra a également accès à des bibliographies déjà réalisées, des stocks de diapositives, des extraits de livres, dont elle pourra adapter les contenus en fonction de ses besoins.
Les cantines du cerveau
Lorsqu’elle ne dispose pas de son ordinateur personnel, Sandra se rend dans une des "cantines du cerveau" de son Université. Un lieu analogue à une cantine, ouvert en permanence et à partir duquel on peut se connecter à des réseaux à très haut débit, recevoir des cours multimédias sur des écrans en trois dimensions et réaliser des expériences ou des simulations en réalité virtuelle.
Pour entrer dans cette "cantine du cerveau", Sandra utilise son "tag" personnalisé, une carte-transpondeur miniature lui permettant non seulement d’entrer dans la salle et d’y être reconnue, mais aussi d’enregistrer ses crédits formation.
Campus mobile
À l’extérieur du campus, dans tous les "hot spots" où elle souhaite travailler (restaurants, musées, bibliothèques, expositions...), elle peut se connecter par son portable ou son PDA en utilisant les nouveaux réseaux sans fils UWB (Ultra Wide Band).
Elle emmène ainsi avec elle un "campus mobile" lui permettant de suivre certains cours, de corriger des tests, ou d’entrer en contact avec ses professeurs ou d’autres étudiants, présents à l’écran grâce au VIM (Video Instant Messaging) ou au MSMS (Multimédia Short Message Service) utilisant des téléphones portables équipés de mini caméras et jouant le rôle de visiophones.
Aux campus géographiques traditionnels se sont ainsi ajoutés des "campus virtuels". Certains permettent d’écouter en tout lieu, grâce aux satellites à orbite basse (LEO, Low Earth Orbiting Satellites), des grandes conférences internationales en direct et de poser des questions aux intervenants.
D’autres campus virtuels se présentent sous la forme d’environnements 3D mettant en oeuvre les techniques MUD et MOO (Multiple User Dialogue et MUD Object Oriented) et dans lesquels on navigue sans avoir besoin de porter de casques ou de gants de réalité virtuelle.
Des hybrides multifonctions
Les outils portables (téléphones, palm, PDA, pocket PC) ont fusionné pour donner naissance à des hybrides multifonctions (organiseur, bloc-notes, enregistreur numérique, caméra vidéo, walkman...). Sandra utilise également un "Tablet PC" sur l’écran duquel elle écrit directement avec son écriture habituelle, numérisée puis reprise par un logiciel classique de traitement de texte.
Les interfaces avec ces assistants personnels se sont considérablement développées. La communication vocale est désormais largement répandue pour entrer du texte ou spécifier des commandes, ainsi que la synthèse vocale permettant d’écouter des documents lus par l’ordinateur, grâce à d’écouteurs sans fils utilisant la technologie BlueTooth ou WiFi.
L’importance du réseau
La relation en réseau, d’usager à usager (Peer to Peer ou P2P), s’est considérablement développée, permettant non seulement des échanges de musique et de vidéos entre étudiants, mais surtout d’expertises, de conseils, d’illustrations, de bibliographies ou de corrections de devoirs. Pour certaines matières Sandra s’est inscrite à des cours de e-learning, favorisant sa spécialisation de manière personnalisée, à la fréquence et au rythme qu’elle a choisi.
De plus en plus de cours virtuels sont disponibles, produits notamment par des grandes Universités internationales. Les livres électroniques se sont également répandus, permettant à partir d’un même terminal ou d’un PDA, de lire des dizaines de livres numérisés sur des cartes à puce.
Etudiant Cyborg ?
Sandra attend avec impatience l’encre électronique (e-ink) prévue pour les toutes prochaines années. Déjà disponible pour les écrans de téléphones portables
ou pour des catalogues commerciaux, cette technique permet d’imprimer sur un papier spécial des nanoparticules présentant une face blanche ou noire selon la direction du courant électrique traversant ce papier. Un manuel, un annuaire, une encyclopédie peuvent donc être mis à jour sans nécessiter d’imprimer de nouvelles éditions. Il suffit pour cela d’une connexion sans fil et d’un abonnement souscrit et auprès d’un serveur Internet.
Bien sûr, tout le monde parle des nouveaux implants de mémoire susceptibles d’augmenter considérablement les performances des étudiants. Certains des amis de Sandra, particulièrement audacieux, envisagent la possibilité de se faire implanter dans quelques années des nouveaux modules plug-ins biocompatibles, capables de stocker des térabits voire des pétabits d’informations. "Pas encore pour moi, se dit Sandra, Je ne veut pas être transformée en Cyborg. Je préfère les bonnes vieilles méthodes naturelles. D’accord pour certains usages raisonnés des technologies, mais il n’y a rien de tel que le contact humain !"
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Vidéo envoyée par fredroy