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lundi 31 mars

Les « mecs lourds » ou le paternalisme lubrique

de Natacha Henry http://www.gendercompany.com/fr/livres/

Comme toutes les femmes, j'ai souvent croisé ce que l'on appelle les « mecs lourds » - quand j'étais étudiante, hôtesse d'accueil puis journaliste et chercheuse, ou simple passante…
Entre la drague et le harcèlement sexuel : j'ai nommé le phénomène, « paternalisme lubrique ». Paternalisme : en référence aux patrons du 19ème siècle, bienveillants et tout puissants ; lubrique : pour souligner la vulgarité, plus ou moins élevée, du discours.
Aujourd'hui, il existe dans tous les milieux et il attaque par le langage. Consciemment ou par conformisme, il signifie à son interlocutrice qu'il se sent supérieur, de par son âge, ses qualifications, son genre, sa situation. Son but n'est pas de séduire - il vise l'inconfort des femmes. Qui préfèrent se taire, sourire, hausser les épaules, ou tenter d'être prises au sérieux en recentrant le propos. Cette perte d'énergie participe au plafond de verre.

Précédemment a publié: "exciseuse" City éditions 2007

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Du progrès scientifique au technoscepticisme et à la technophobie

Par Hélène Ahrweiler                 Source: http://www.institut.veolia.org/fr/

Historienne
Présidente de l'Université de l'Europe
Ancien recteur de l'Académie de Paris

Notre société moderne se trouve confrontée à ce que les experts appellent le problème de la fracture numérique ou ce que je préfère décrire moi-même comme le rideau électronique, c'est-à-dire la distinction entre ceux qui produisent, possèdent et utilisent les moyens et les outils technologiques que la science moderne met à notre disposition, et ceux (la grande majorité, y compris dans les pays développés) qui n'ont pas accès à la société de la connaissance fruit du progrès technologique. Le fossé qui sépare ces deux populations est en train de s'élargir pour trois raisons : le rythme précipité de l'innovation en matière de développement des instruments de connaissance appropriés, la somme croissante de nouvelles informations scientifiques dans la plupart des domaines, ainsi que la complexité multiforme du potentiel technologique. Il semble que devant un appareil électronique (même d'usage courant comme le téléphone portable), bon nombre d'utilisateurs ignorent l'éventail des possibilités qui leur sont offertes, la majorité se satisfaisant de sa fonction principale : dans le cas du téléphone portable, émettre et recevoir des appels. Par ailleurs, on peut s'interroger sur l'utilité de construire des automobiles extrêmement puissantes alors que la vitesse de circulation est partout limitée.

Selon une enquête du Baromètre européen, l'attitude des Européens à l'égard de la science se révèle en général très ambiguë. Chacun est conscient des effets bénéfiques du progrès et de la science sur la qualité de vie (principalement en matière de santé et d'espérance de vie). Nonobstant, nombre de personnes expriment leurs craintes du fait que la recherche scientifique entraîne de nouveaux risques inhérents à ce type de progrès, notamment dans des domaines sensibles qui affectent notre vie quotidienne (manipulation des déchets nucléaires, pollution atmosphérique émise par la circulation routière, sécurité alimentaire ou programmes scientifiques sur la génétique). Ils sont également à l'origine de discussions et de préoccupations éthiques importantes parmi la communauté scientifique, les gouvernements et au sein de la société elle-même. Même si tout le monde s'accorde à dire que seul le progrès scientifique est en mesure d'éliminer les dangers et les risques potentiels (dans lesquels nous incluons les risques scientifiques, ou « épistémogéniques »), on reste largement attaché à l'idée que seule une limitation ou une orientation différente de l'activité et de la politique scientifiques pourrait permettre d'éviter ces effets indésirables sans compromettre les avantages escomptés.

Ce type de réaction, mû par une exigence de sécurité, est à l'origine du scepticisme relatif à la notion de progrès en général et des applications technologiques en particulier.

 

Aujourd'hui, chaque être humain (y compris dans les régions les plus reculées) est un consommateur de science (au travers de sa poduction technologique) ; pourtant, nul n'est capable de contrôler tous les aspects des réussites scientifiques et des produits qu'il utilise et nécessite. Nous percevons un vague sentiment d'incertitude (même parmi les scientifiques), qui, pour l'opinion publique, peut même aller jusqu'à la technophobie. La science est à la fois considérée comme un espoir et comme une menace : Prométhée et Frankenstein en sont les représentations dans quasiment tous les esprits aujourd'hui. Manifestement, la vérité se situe entre ces deux extrêmes du cheminement scientifique. C'est pourquoi il semble nécessaire de rassurer l'opinion publique et de contrecarrer le sentiment de technophobie avant qu'il ne s'amplifie et ne prenne la dimension d'une protestation contre la science, les scientifiques voire les laboratoires et institutions de recherche. Dans une société de la connaissance telle que la nôtre, il est fondamental de promouvoir la connaissance du savoir et d'essayer par tous les moyens de la partager, comme nous avons partagé le pain autrefois (en gardant à l'esprit que la nécessité de garantir du pain à tout le monde doit demeurer notre absolue priorité). Évidemment, l'accès à la connaissance ne pourra être garanti à une population toujours plus grande que si l'on repense la politique scientifique et réorganise les modèles de culture que nous cherchons à promouvoir. La culture doit englober non seulement les activités relatives aux sciences humaines, aux arts et à la littérature, mais également la pratique de la science et, naturellement, la connaissance de ses bases. Une révision des cursus universitaires est nécessaire à bien des égards ; il est d'ailleurs intéressant de remarquer que l'Union Européenne a lancé un projet dans cette voie (connu sous le nom de Galileo). Son objectif est de mieux faire connaître la science à différentes catégories de populations, et de favoriser l'alphabétisation ainsi que la connaissance d'éléments et de données scientifiques précis, condition nécessaire à la promotion et au contrôle de l'innovation dans chaque domaine.

La question afférente à la technologie qui doit maintenant être posée est la suivante : le progrès technique peut-il engendrer du progrès en série ? La réponse est évidemment négative.

La technologie étant à la base de la globalisation et, mieux encore, à la base de son succès, on peut penser ou craindre que le mouvement anti-globalisation, qui s'exprime dans divers forums, se retourne d'une façon générale contre le progrès et plus particulièrement contre l'approche technologique de la vie, comme cela est déjà le cas avec les plantations transgéniques. Les technostructures, dont la complexité génère de l'anxiété, peuvent être considérées comme
l'adversaire de l'homme moderne, l'empêchant de suivre la voie du bonheur et du développement spirituel. Ce point de vue nous incite à nous demander jusqu'à quel point la science peut s'opposer à la technologie ou agir à son encontre, puisque sa mission est de modeler notre avenir sans porter préjudice au présent par des excès de technologie.

Il semble nécessaire de limiter les effets de l'action des gouvernements technocratiques, considérée comme un instrument de pouvoir qui se soustrait au contrôle des citoyens. Néanmoins, la science doit être enseignée à presque tous les niveaux de l'éducation dans le respect et non à l'encontre de l'humanité. D'autre part, elle doit être considérée comme faisant partie de la culture et comme symbole de réussite sociale pour le genre humain. Les mentalités doivent évoluer dans cette direction.

 

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Dialogue Guattari/Robin sur une écologie étendue

Publié 29 septembre 2007 dans -> HASARD des RENCONTRES et FRAGMENTS de :, -> PERSPECTIVES TRANSVERSES, Jacques Robin et Felix Guattari

S’il existe une écologie des (mauvaises) idées comme une écologie de (mauvaise) l’herbe, celle-ci ne serait-elle pas à trouver dans les conditions de production du terreau nécessaires à faire grandir nos actions pour et avec l’environnement. Car pourquoi ici telle ou telle solution n’est pas implémentée alors que nous en avons les moyens techniques ? Quel mode de pensée et quel type d’organisation sociale associée font que précisément telle mesure ne voit pas le jour ? Pourquoi favorisons-nous les mesures fondées sur « toujours plus de…moins de nous-mêmes dans le monde » ? Autrement dit pourquoi n’avons nous pas le désir de, la patience de, et préférons raisonner en terme de pénurie et d’urgence ? Tout ne serait-il pas le symptôme d'une d’une écologie des idées défaillante, d'un mauvais terreau de pensée ? L'extrait suivant de l'article de la revue Multitudes : « Révolution informationnelle, écologie et recomposition subjective » nous éclaire sur cette voie.

Jacques Robin : Il se produit actuellement de véritables ruptures technologiques et culturelles. La révolution technologique de l’information et de la commande est à mes yeux d’une tout autre nature que ce qu’on avait connu jusqu’à présent, parce que le concept d’information, qu’on ne connaissait pas avant 1950, est arrivé très brusquement.
La recherche de l’accomplissement de soi qui se dégage, semble-t-il, vis-à-vis du travail, vis-à-vis des rapports de l’homme et de la femme, de la volonté de s’épanouir, ces mutations s’accomplissent, aux premières lueurs de 1990, avec deux autres défis fantastiques de l’actualité immédiate : le défi de nos rapports avec la biosphère, c’est le défi écologique ; et l’effondrement chaotique du marxisme-léninisme. Et je n’oublie pas les éléments de la toile de fond, c’est-à-dire une formidable expansion démographique.
Au moment où la mondialisation des télécommunications et des connaissances se fait, on assiste en réalité aux divisions des sociétés, des hommes dans ces sociétés. Non seulement la division nord-sud, dont on parle toujours avec raison, mais, à l’intérieur de nos sociétés occidentales, la dualité de l’économie et la dualité culturelle. Je vois actuellement un tableau vraiment chaotique où la reconstruction est peut-être possible, mais où, pour l’instant, on assiste à la destruction.
Qu’est-ce que ça veut dire : « de nouveaux rapports avec la nature » ? Comment caractériser ce moment socio-économique et comment imaginer d’autres pratiques culturelles, non pas des individus, mais des personnes et des sociétés ?

Félix Guattari : J’accrocherais dans la nébuleuse l’idée qu’on ne peut pas séparer les transformations technico-scientifiques des transformations politiques, des bouleversements politiques.
Non pas que ce soit quelque chose de nouveau, parce que je pense qu’il en a toujours été de même. L’idée que j’ai à cet égard est un peu stéréotypée. Je pense au projet Apollo qui a impliqué la conjonction de ce que j’appellerais, de façon un peu générale, des flux technologiques, des flux de connaissances, des flux humains, des flux de savoirs avec des flux économiques, c’est-à-dire la capacité de réaliser l’investissement qui était en question, et avec des flux politiques, et donc on peut dire des flux de désirs individuels et collectifs - on peut dire qu’un objet comme celui de la conquête de la Lune impliquait un agencement de flux extrêmement hétérogènes.
C’est cette interaction entre des flux que, de façon erronée, on tenait pour séparés, qui joue et jouera de plus en plus dans la désorientation actuelle des coordonnées sociales et politiques. On ne peut rendre compte de ce coup de théâtre que si, précisément, on fait l’association entre la révolution en matière de production de subjectivité qui est liée à cette révolution technico-scientifique, et les remaniements des cadres sociaux, des cadres territorialisés, des cadres politiques.
Sinon, on ne comprend pas du tout pourquoi, d’un seul coup, il y aurait cette implosion des rapports stratégiques, des rapports de domination, etc.
Donc, pour rendre compte de cette articulation entre les soubresauts politiques gigantesques qui existent aujourd’hui dans le monde et les révolutions technico-scientifiques, il faut essayer de cerner de plus près en quoi les technologies informatiques et de la commande ne sont pas uniquement de l’ordre des techni-sciences mais interviennent en tant que telles dans la production de subjectivité individuelle et collective. A cette condition, on pourra rendre compte d’interactions, de relations, de ruptures événementielles qui, autrement, apparaissent comme tout à fait déconcertantes.

Jacques Robin : L’accent sur les technologies de l’information et de la commande, c’est un message qui me paraît très, très difficile à passer. Jusqu’en 1950, nous connaissons en gros deux caractéristiques de la matière, la masse et l’énergie. Et puis, par la manipulation pratique des choses, des ingénieurs de Label Corporation étudiant comment on pourrait rendre plus fiables les convois de navires des États-Unis vers l’Europe pendant la guerre mondiale, découvrent qu’on peut améliorer l’opérativité par une série de prises en compte dans le désordre des bruits d’information. Shannon en fait ensuite la théorie, il baptise « bits » cette nouvelle mesure physique. C’est l’envolée de toutes les techniques informationnelles, qui ne sont pas seulement les techniques de l’informatique, mais qui deviennent celles des télécommunications lorsque, à partir de 1970, on est capable de commutations électroniques, c’est-à-dire de transformer des images en sons et des sons en textes, et réciproquement.
Et il y a les biotechnologies, qui sont en train de transformer tout le paysage industriel, de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Que sont finalement les enzymes de restriction ? Ce sont des robots vivants. Cloner, c’est passer de l’information ; et sélectionner des semences, c’est passer de l’information d’une semence à une autre.
Ces nouvelles technologies n’ont pas été pensées. Le premier qui l’a pensé, c’est Boulder, en 1952. On ne savait pas qu’on pouvait lever l’incertitude des rapports de la matière en stockant puis en computant de l’information et de la commande. Dès qu’on est capable de faire un algorithme et de l’introduire dans une machine, on obtient des automatisations que l’on n’avait jamais conçues jusque-là. Il y a ensuite Bateson, Atlan, Morin, qui disent : « attention ! cet élément d’information qu’on retrouve avant tout dans les structures du vivant, c’est quelque chose de tellement nouveau que ça devient une autre nature du progrès technique. » C’est la première fois - depuis le paléolithique - que les hommes sont capables de mettre en forme des objets sans passer par leur propre énergie ou des énergies qu’ils trouvent, puisque, par des codes, des mémoires, des messages du langage, ils le font directement .
Contrairement à ce qui se passe dans l’ère énergétique, où, quand on partage un objet, chacun en a une partie, dans l’ère de l’information, on repart chacun avec son information. Il n’y a pas de partage de l’information, mais duplication.
Et puis nous arrivons à l’automatisation. Si on a connu d’autres automatisations (le métier de Jacquard, l’électricité), on nous dit : « on a connu d’autres révolutions ! ». Mais il n’y a aucun rapport, car c’est dans une quantité telle que ça devient qualitatif, c’est quelque chose de nouveau.
Cette révolution des technologies de l’information et de la commande n’est pas simplement une « troisième révolution industrielle », mais quelque chose de totalement nouveau, qui conduit à une autre alphabétisation. Tous les ratios économiques sont fichus. Que veut dire productivité marginale ? Que veut dire rentabilité marginale ? Que deviennent les bases du calcul néoclassique devant cette irruption tout à fait nouvelle ? Face à ça, les économistes disent : « ce sont des cycles de Kondratieff. On est pour l’instant en fin de cycle mais, le jour où ça va se diffuser, tout va repartir. » Même les hommes qui pensent la technique disent : « c’est la révolution de l’intelligence. » Mais non, nous sommes devant une rupture qui met en l’air l’économie industrielle marchande.
L’évolution de la science moderne s’est faite avec un impératif fondamental, « connaître pour connaître ». Elle a créé son autonomie scientifique, cette idée. Elle utilisait la technique parce qu’il fallait bien que, sur une hypothèse, elle manipule, qu’elle vérifie cette hypothèse. Mais l’arrivée du système marchand, depuis un siècle et demi, se fait avec une force telle que l’inversion se produit : comme ce système n’accepte que des techniques qui conduisent à des « produits », la science se met à la remorque de la technique, qui lui demande simplement de lui donner quelques conseils nouveaux pour fabriquer des objets. Cet asservissement de la science à la technique se produit au moment où nous sommes dans une nouvelle révolution, par l’irruption de l’information.
Ces deux éléments très nouveaux sont en train de bouleverser les subjectivités, les rapports sociaux On pourrait avoir un même niveau de vie avec un travail qui serait deux fois moins grand. Mais alors, se demandent les gens : « Qu’est-ce qu’on va faire ? »
Les gens n’ont pas reçu les clefs pour se dire que la connaissance, la curiosité, les rapports humains, l’émulation, la convivialité sont quelque chose d’autre que la sur-compétitivité à laquelle on nous accule et dont, peut-être, on pourrait sortir avec une Europe étendue qui dirait non - pas à l’émulation, mais à cette sur-compétitivité.
Dès qu’il y a changement d’atmosphère, il y a des rapports phénoménaux qui mettent à bas toutes les idéologies dures qui nous entourent : idéologie de maîtriser la nature, l’idée que les rapports entre les hommes sont des hiérarchies de valeurs, alors qu’elles ne peuvent être que des hiérarchies de services ou de fonctions temporaires.

Félix Guattari : Je voudrais re-problématiser la question de la subjectivité en amont de cette même question. Je relisais le livre de Joseph Nadal sur les sciences scientifiques et chinoises : vous avez le passage d’une description en termes langagiers triviaux de faits pré-scientifiques à une écriture mathématisée, à des algorithmes, qui, à partir de la Renaissance, va créer une multitude de problématiques nouvelles, et je dirais même d’univers de références mutants.
On peut se dire : « au fond, en termes uniquement quantitatifs d’information, les équations mathématiques, les algorithmes, les descriptions mathématisées ne sont que des simplifications, ne sont que des façons de raccourcir des informations qui pourraient être véhiculées dans le langage trivial. »
À mon avis, il y a une rupture existentielle complète à partir de la Renaissance, et d’ailleurs pas seulement dans le domaine des sciences, mais aussi dans tous les domaines des arts et de la musique, en particulier les rapports sociaux. Il y a une production de problématiques, une production de subjectivité qui est en rupture qualitativement du fait d’un certain type de traitement binarisé, de nouveaux types d’écriture scientifique, algorithmique, etc. Car le primat porté aujourd’hui sur l’information comme nouvelle catégorie à côté de la masse et de l’énergie a pour effet d’accentuer à un degré supplémentaire ce caractère de production de nouveaux types de problématiques, de nouvelles subjectivités.
Autrement dit, si l’on méconnaît la spécificité qualitative de ce qui s’opère avec ces nouveaux types d’écriture, en particulier informatique, télématique, etc., alors on se retirera les moyens de comprendre les incidences au niveau social et au niveau de la subjectivité. Elles resteront dans des cadres antérieurs, dans un décalage total par rapport aux diverses révolutions technico-scientifiques et biologiques que nous vivons.
Le résultat, c’est que, parallèlement à cette déterritorialisation générale des moyens de sémiotisation du cosmos, de la vie, des rapports sociaux, des rapports imaginaires, etc., on assiste à une massive reterritorialisation, à un massif retour à des idéologies de référence, quelquefois tout à fait archaïsantes, parce qu’il n’y a pas cette articulation au niveau de cette révolution subjective, portée par ces mutations technico-scientifiques.
Le concept d’information me semble totalement insuffisant pour rendre compte des mutations dans ces questions, c’est-à-dire qu’il reste dans un continuum qui est celui de la langue triviale, c’est-à-dire du point de vue humain, du point de vue mono-centré humain, sur les processus en question.
Alors que la révolution informatique et communicationnelle implique un éclatement de ce point de vue globalisant et la création de ce que j’appellerais des « conservateurs partiels » qui ne sont plus d’ordre humain et qui échappent aux types de finitude humaine avec la mort, l’angoisse, la douleur, le désir, etc. et multiplient des facteurs de subjectivation partielle qui échappent aux anciens modes de territorialisation de la subjectivité. C’est pour cela que ce concept d’information, n’est utilisable que jusqu’à un certain point ; il est dangereux de s’y limiter, si on ne l’associe pas à ce que j’appelle une « fonction existentielle », corrélative à ces mutations informationnelles.
La question se pose : si vous inventez une communication télématique, si vous inventez un mode de transmission du savoir, un mode de mémorisation par banques de données, etc., qu’est-ce que vous faites ? Vous ne faites pas seulement un travail sur l’information, vous faites un travail de mutation sur la subjectivité. Une subjectivité qui échappe à l’emprise de l’individu dans son rapport originaire, mais qui est une subjectivité sociale et machinique qui tend à un décentrement, à un excentrement radical de la connaissance par rapport à l’individu.

Jacques Robin : Je ne place pas la révolution du concept d’information et de commande au centre. C’en est un élément, mais il faut voir que cet élément va bouleverser la logique économique et sociale. La logique économique avait été d’optimiser des modes énergétiques de production ; presque toutes les sociétés se sont bâties jusqu’à présent là-dessus. Nous arrivons à un moment où les biens vont devenir abondants, même en tenant compte de la démographie. Si nous voulions bien faire tourner les machines actuellement, mettons pour l’Occident, nous transformerions totalement le problème.
Seulement, les économistes n’ont jamais appris à répartir. On ne sait pas distribuer. Il manque tant de choses, même dans notre communauté européenne ou américaine, tant de choses banales : frigidaires, moyens de transport, etc. Toutes ces choses, on sait les produire. Seulement, si on les distribuait, on mettrait en l’air les hiérarchies sociales telles que nous les connaissons. Donc on ne les distribue surtout pas et on fait l’impossible pour que cette révolution de l’information et de la commande ne soit faite que petit à petit, quand on ne peut pas faire autrement. Le PNB actuel de la France pourrait être fait avec 20 h de travail partagé, avec les 5 millions d’inactifs. Mais cela veut dire une toute autre conception du rapport des gens avec le social.
Le concept d’information est central, il faut en tenir compte, mais il ne m’intéresse que dans la mesure où il pourrait permettre d’autres rapports humains. On ne veut pas prendre en compte qu’il va foutre en l’air les règles économiques habituelles, donc les conséquences sociales de ces règles, donc ce que nous voyons se faire sous nos yeux, c’est-à-dire la division de la société en deux. Je soutiens qu’il y a 15 millions de Français qui passent leur temps à essayer de subsister. Ainsi, si vous prenez les handicapés, les femmes seules, les vieillards, les gens qui sont en-dessous du SMIC, les gens qui sont marginaux, etc., on arrive tous à peu près à ces chiffres. On est en présence d’un phénomène nouveau qui est une conséquence inéluctable de cette révolution de l’information.
Mais, ce qui m’intéresse le plus, c’est comment, au contraire, la prise en compte de ce concept d’information pourrait se transformer en une société de communication où la créativité, et les rapports nouveaux des gens, occuperaient une place différente.

Félix Guattari : Il n’y a pas de linéarité dans le sens d’une progression possible dans le développement de cet axe des révolutions technico-scientifiques. Il n’y a pas de progressisme linéaire. Il me semble qu’il y a une contradiction majeure et quasiment irréductible entre la subjectivité humaine avec ses caractères de finitude et la subjectivité non humaine, massivement produite par tous les rouages technico-scientifiques et sociaux, et que c’est là que se pose un gap, un problème, une prise, une pratique spécifique et une responsabilité éthique, à tous les niveaux.
Je ne voudrais pas que l’on considère simplement qu’il suffirait de dire, eh bien ! donnons un supplément d’âme aux révolutions technico-scientifiques pour que, finalement, on s’arrange de tout ça et qu’on rétablisse la situation pour éviter les désastres qui existent dans les pays du Tiers-monde, ou l’intégration chaotique des pays de l’Est au sein du capitalisme mondial intégré.
Si l’on fait l’impasse sur le fait que toute cette progression dans l’ordre technico-scientifique engendre des mythes infantilisants qui font croire à une sorte d’éternité de l’individu, on continuera d’entretenir des illusions qui ne résoudront pas les problèmes de recomposition subjective et retomberont brutalement sur des impasses catastrophiques. Pour moi, par exemple, en France, la prise de conscience écologique est totalement symétrique avec la montée d’une idéologie néonazie avec le Front national.
Il s’agit de penser ces deux type d’éléments ensemble, sinon on aura cette espèce de réflexe qu’on observe dans la gauche depuis longtemps, depuis la première élection de Dreux, de dire : « oh ! c’était pas grave, c’était du poujadisme, ça va s’arranger la prochaine fois. » Ou Giscard d’Estaing qui déclare hier : « oui, mais Dreux, c’est une sorte de sondage, il ne faut pas en tenir compte. » Bien sûr que si, il faut en tenir compte, puisqu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal, il s’agit de quelque chose qui concerne une inquiétude existentielle de 90% de l’opinion, ce qui n’empêche pas qu’il y a aussi 90% de personnes qui, d’un autre côté, sont préoccupées du drame écologique.
On est devant une sorte de désaxation généralisée des coordonnées subjectives. La problématique de la recomposition subjective à tous les niveaux où se situe l’impact de ces révolutions technico-scientifiques doit être posée. par une re-finalisation des processus d’information, de télématisation, robotisation, etc., la finalité n’est pas seulement d’établir une relation de marché en fonction de la rareté des produits pour arriver à un certain profit marginal, mais elle est de recentrer totalement les activités humaines sur d’autres systèmes de valeurs, de l’écologie mentale jusqu’aux niveaux les plus planétaires.

Jacques Robin : Je voudrais montrer comment une prise de conscience écologique va avoir une action très forte , dans les 10 ou 20 années, une action socio-économique et, bien entendu avant tout, dans l’idée des nouveaux rapports, d’une nouvelle alliance avec la Nature.
Il est très difficile de faire passer le message que la Biosphère est un système hyper complexe autorégulé, ce qui veut dire non seulement que nous subissons l’influence de l’écosystème dans lequel nous sommes, mais que notre mode de vie va agir sur cet écosystème.
Nous nous trouvons devant un choix écologique : nous ne pouvons plus nous livrer à des activités industrieuses sans qu’il y ait des conséquences gravissimes pour la survie de notre espèce. Or, que voyons-nous dans la société, dans le système industriel marchand tel que nous le connaissons ? Une politique de l’environnement. C’est à dire : tant pis ! il y a un effet de serre, il y a un trou d’ozone, bon, on va vendre un petit peu plus de pots catalytiques, on va trouver des substituts aux aérosols, mais on ne va pas changer notre modèle de consommation, notre gaspillage, notre modèle de production, notre démographie, et puis on va créer des éco-industries. Tant mieux ! en créant des éco-industries, on va faire du PNB, on va peut-être créer des emplois. On ne veut pas avoir cette idée fondamentale que nous sommes en co-pilotage avec la Nature. Nous sommes avec la Nature en situation. . L’élément le plus complexe qu’elle a créé, c’est-à-dire l’homo demens, va continuer son évolution, sauf s’il se fait exploser lui-même, mais il a une chance d’être celui qui peut « co-piloter » un peu dans cette symbiose avec la nature, et c’est une transformation radicale des rapports, des uns et avec les autres. Cette écologisation des idées, veut dire que nous avons un autre rapport avec la Nature - on n’est pas en admiration devant la Nature, on l’a toujours transformée.
Je pense que l’écologie est un grand tournant, à condition que cette écologie soit prise dans ce sens et non pas dans celui d’une ingénierie écologique qui nous amènerait probablement à une sorte de terreur écologique aussi grande que la terreur raciste.
Quand j’entends dire que l’écologie n’est pas à marier : si, l’écologie est à marier avec la dimension sociale. Sinon, elle devient un danger. Et il y a plus que la dimension sociale et économique, elle doit se marier avec une sorte d’altérité, avec les autres. Il me semble que ce sont trois choses :
- Il est important que nous substituions à ce qui se passe actuellement, non pas une idéologie nouvelle dans le sens d’une idéologie dure (nous avons soupé des idéologies dures, du marxisme, du fascisme, du libéralisme), non pas une idéologie molle, mais une idéologie douce, qui fasse la part de nouvelles connaissances et qui marie l’écologie, la dimension socio-économique..
- L’homme n’est pas fait pour travailler, il est fait pour agir, pour être curieux, reconnaître sa niche écologique, avoir des rapports avec les autres.
- Il est nécessaire que nous trouvions alors, dans les rapports des uns envers les autres, mais aussi des rapports avec des groupes, ce qu’on pourrait appeler le fédéralisme, ou ce qu’on pourrait appeler la fin du centralisme démocratique.
Je crois que c’est le mariage de ces trois éléments nous apporterait l’espoir, non linéaire, d’aller vers un avenir...

Félix Guattari : Je voudrais juste un peu forcer la note sur le caractère irréductiblement non dialectique des problématiques devant lesquelles nous sommes, c’est-à-dire quand on met l’accent sur la nécessité de repenser les rapports inter-humains, les rapports familiaux, les rapports d’éducation, les rapports de voisinage, de l’habitat, de l’urbanisme, de la santé, etc., on est dans un registre de l’économie, d’écologie sociale qui pourrait aussi être prise sous les paradigmes scientistes véhiculés par l’économie productiviste.
Alors que mon idée d’associer à l’écologie environnementale l’écologie sociale, l’écologie mentale, ajoute cette préoccupation profondément anti-dialectique, à savoir : s’il y a un avenir (et il y a un avenir possible même s’il y a des risques de catastrophes et de barbarie absolue à l’horizon historique), même s’il y a des sursauts collectifs pour recomposer le social, recomposer des relations internationales, etc., il y a quelque chose qui ne sera jamais résolu (par le niveau technico-scientifique, par les révolutions sociales, par les révolutions moléculaires de toute nature), qui est l’existence humaine comme telle. Dans sa finitude, dans sa solitude, son désarroi total. S’il n’y a pas de remise permanente du curseur sur cette finitude, alors toujours il y a le risque de basculer dans cette sorte de progressisme générateur de catastrophes.
Ce n’est qu’à condition qu’il y ait cette assumation - comme on peut penser qu’elle était faite dans les sociétés archaïques, je pense à de très beaux articles de Pierre Clastres sur la solitude des Indiens qui chantent dans la nuit directement, en-dehors de tout rapport social -, si on ne ramène pas le curseur là, alors on n’aura jamais la capacité, le courage, la responsabilité éthique d’en finir avec ces pratiques destructrices. La société productiviste telle qu’on la vit est comme une drogue. D’ailleurs, elle produit des drogués de toute nature. Et il faut arriver à cette sorte de désintoxication du progressisme qui consisterait à se retirer sur soi et à se déconnecter de toute pratique sociale, de tout engagement dans la vie politique.
En tout cas de les voir sous cet angle, donc de fonder l’angle de prise de vue humain sur les différents processus socio-économiques, technico-scientifiques, toujours avec ce recul de la subjectivité, cette distance qui est sans arrêt à reconquérir et qui est quelque chose que je mettrais dans l’ordre, disons, d’une activité analytique, pas exactement dans le sens psychanalytique freudien (qui, à mon avis, n’a fait qu’apercevoir cette dimension, notamment avec son concept de pulsion de mort qui, d’une certaine façon, règle la question).
Mais il n’y aura de reprise écosophique, c’est-à-dire la reprise d’une fonction éthico-politique de refondation du rapport de l’individu à son corps, du rapport de l’individu au temps, du rapport de l’individu à l’autre, à l’altérité, à la différence, aux formes esthétiques, etc., qu’à la condition qu’il y ait cette finalisation sur le projet de vie.

Jacques Robin : Devant l’inconsistance des « propositions » politiques sociales et syndicales actuelles, j’essayais de formuler ce que pourrait être un courant qui essaierait de penser l’homme comme pouvant s’épanouir davantage.
Je propose de marier l’écologie et le socialisme, en tant que poseur de questions sociales, ce qu’il a fait depuis le XIXème siècle, mais en le reposant autrement, à cause de la nature même des technologies. Et il faut que le fédéralisme, les rapports d’altérité et de reconnaissance de l’altérité, soient mis au premier plan.
Il y a un autre grand problème qui se pose à nous, c’est d’avoir le courage de ne pas confondre la morale et l’éthique. On voit bien comment toutes les sociétés, mises en présence de forces intérieures et extérieures immenses, essaient de donner un sacré, ce sacré donnant à la fois la religion et la morale, et comment petit à petit le décalage entre cette morale et la pratique des mœurs a été tel qu’il a bien fallu essayer de s’organiser. Je crois que rien n’est plus urgent que de créer une éthique critique autonome. De même qu’on peut avoir la spiritualité sans foi, il faut que l’on puisse créer une éthique critique autonome sans morale. J’en vois des pistes chez Foucault, Habermas et Morin...

Félix Guattari : Mon interrogation, elle, est de savoir s’il y a une pratique de ce type d’éthique. Est-ce qu’il s’agit d’un impératif transcendant, ou est-ce que, au contraire, il n’y a pas, au niveau des théories individuelles, au niveau de la vie de couple, la famille, au niveau du travail, dans l’école, le voisinage, etc., une reproblématisation permanente de cette dimension éthique ?
C’est, encore une fois, ce que le freudisme a fait en essayant de redonner du sens, une lecture possible à des « faire » qui relevaient en apparence du non-sens, du moins à une époque donnée, qu’il s’agisse d’hystérie, de sexualité infantile, etc., l’idée que c’est quelque chose qui peut se travailler.
Et c’est là qu’on se sépare de Kierkegaard. Il ne s’agit pas de quelque chose qui tombe de la transcendance, il s’agit de dire : bon, vous travaillez dans telle situation, dans telle université, dans tel hôpital psychiatrique ou dans tel syndicat... Est-ce qu’il y a un « faire », est-ce qu’il y a une pratique qui permet précisément de ramener ce curseur éthique qui fera, non pas interrogation sur l’autre en disant : « mais pour qui est-ce que tu te prends, tu te prends pour un chef ? etc. », mais la question toute naturelle : « ah ! tu es là, toi, à cet endroit, et moi je suis à cet endroit... » et d’une certaine façon, nous sommes dans un rapport de déréliction absolue et nous le surmontons malgré que nous ayons accès à ce degré zéro de l’existence. Nous construirons d’autant plus une projectalité qui aura sa logique, qui aura sa raison, qui aura sa prolongation dans le domaine du socius. C’est donc cette idée de refondation des praxis, à tous les niveaux, qui me semble être corrélative à la positionnalité de son éthique.

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À propos de "Sex and Gender" : Droit au sexe ou droit du sexe ?

Jean Périn - 24/02/2008 http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?url_article=jperin240208

Le dernier numéro du Bulletin de l'A.L.I. met à la rubrique "question de droit" le transsexualisme, avec un titre alléchant : Le choix du sexe serait-il un droit de l'homme ? Monsieur tout homme pourrait devenir Madame pas toute, vice-versa. S'il existait, ce droit au sexe serait délirant. Mais il s'agit de moins que cela puisque la demande du transsexuel c'est de modifier, quant au sexe, l'acte de l'état civil.

Le(s) droit(s) de l'homme, ce qu'on appelle ainsi, puise son origine dans la philosophie et non chez les juristes. Michel Villey, juriste et philosophe du droit qui a critiqué et pourfendu la notion, en a montré l'origine philosophique à partir du nomminalisme d'Occam. J.Lacan n'est pas loin de cette position, qui écrit "les droits de l'homme sous l'optique de la philosophie se ramènent à la limite de désirer en vain" ("Kant avec Sade").

Comment avec de la philosophie faire du droit ?

La cour européenne des droits de l'homme, aux fins de protéger le transsexuel a fini par choisir l'article 8 de la Convention qui protège la vie privée des personnes. Cette disposition a été introduite dans le code civil, comme si le même droit interne n'en avait jamais eu cure auparavant !

Ce qui était demandé par le transsexuel était la mise en accord de la mention du sexe dans l'acte de l'état civil et l'apparence extérieure de la personne.

La vie privée concerne aussi la vie publique d'une personne. Un désaccord trouble l'ordre public, question de police, au sens de la police de l'état, donc au sens de Hegel. L'acte de l'état civil étant à entendre au sens du Chancelier d'Aguessau (Essai sur l'état des personnes, 1668-1751).

La rectification d'un acte de l'état civil ne revêt pas la charge du procès ordinaire avec ses joutes procédurales. Le phallus est distribué autrement.

Les médecins qui s'occupent des transsexuels voyaient le jugement en rectification venir couronner la longue série des actes médicaux subis par le transsexuel. Jugement thérapeutique, donc. Le jugement qui avait remis le Président Schreber dans l'exercice de ses droits civils il faut en convenir, eut un tel effet .

L'École de Sainte-Anne qui publia deux gros volumes sur la question du transsexualisme (dont malheureusement il n'est fait aucune mention dans l'article susvisé) critiquait la notion de transsexualisme "vrai" exigée comme condition préalable à la procédure de rectification. Elle estimait que celle-ci mettait en péril la notion d'indisponibilité de l'état des personnes.

Il faut comprendre les juges qui ont à juger de ces affaires. Être "vrai transsexuel" c'était, dès lors qu'on accordait la rectification, écarter les fantaisistes. Au fond, on ne change pas de sexe par plaisir.

Les chirurgiens ne castrent pas non plus pour le plaisir; le rôle de la jurisprudence n'est-elle pas de maintenir une certaine constance dans le principe de plaisir ?

Alors ce que les médecins psychiatres et psychanalystes de l'École de Sainte-Anne, avec Marcel Czermak, contestaient c'était, pour en revenir à la formulation de Lacan, que la demande des malades ne pouvait faire d'eux des désirautres. Faute de cette nuance, on pouvait croire que le prétoire était interdit aux malades à cause de leur folie. Le transsexualisme était pour l'École de Sainte-Anne en effet une psychose.

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vendredi 28 mars

L'emploi dans le spectacle vivant

le 8 avril au FIL à Saint Etienne (42). Cette rencontre est proposée par l'AMDRA dans le cadre des "Journées de l'Agence".
Pour en savoir plus: http://www.lamdra.fr/une/pdf/LesJournees.pdf

Posté par Max Emme à 16:06 - Arts et Culture - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Diversité artistique et culturelle en danger !

L’Etat a décidé de réduire le budget qu’il consacre à la culture. Les acteurs culturels commencent l’année 2008 dans la plus complète incertitude concernant leurs financements. Les plus touchées par ce désengagement de l’Etat sont les associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles, lieux d’accompagnement des pratiques amateurs… qui constituent le vivier de la création et de l’innovation, et sont par leur proximité les premières interlocutrices des populations.

Les baisses annoncées touchent au financement de la création et de la diffusion. Mais plus encore, à l’heure où l’éducation artistique et le droit à la culture pour tous sont affirmés comme prioritaires par le Président de la République, ce sont les aides aux actions culturelles en zone rurale, dans les quartiers, les écoles, les hôpitaux, les prisons… qui sont largement diminuées, voire annulées.

L’Etat, en se désengageant, démantèle le maillage artistique et culturel français, renforce les inégalités territoriales, lamine l’action de proximité et confine les populations à l’offre unique et globale des industries du divertissement.

L’Etat refuse de voir l’importance économique, sociale et symbolique des milliers d’équipes qui font la dynamique artistique et culturelle de notre pays. En faisant reposer les baisses de crédits sur des structures qui sont parmi les plus fragiles du champ culturel, et en centralisant ses moyens sur ses propres institutions, l’Etat met en danger la diversité artistique et culturelle en France.

Il n'y a pas de diversité artistique et culturelle sans diversité des initiatives sociales et économiques et sans reconnaissance réelle du droit culturel de tous les citoyens français.

Source: FEDUROK - Fédération des lieux de musiques amplifiées/actuelles

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jeudi 20 mars

Où va l’innovation ?

   
Jonathan Huebner publie dans Technological Forecasting and social change un article à la thèse paradoxale. Selon cet auteur, physicien pour le Pentagone, notre époque vivrait une phase de déclin en termes d’innovation. Malgré les développements des ordinateurs, des nanotechnologies ou de la génétique, l’auteur affirme que le pic en matière d’innovations se situerait entre 1873 et 1915. Depuis, l’innovation décroîtrait.

Pour aboutir à ce résultat contre intuitif, l’auteur s’est appuyé sur un ouvrage paru en 2004, The History of Science and Technology, qui recense 7200 innovations fondamentales. Il a ensuite pondéré le nombre d’innovations par la population et a trouvé ce résultat : les innovations connaissent un pic en 1873, puis déclinent depuis (malgré l’impression d’une croissance exponentielle).

Dans un deuxième temps, il a examiné les brevets déposés entre 1790 et aujourd’hui. Le nombre de brevets par habitant atteint un pic en 1915. Entre ces deux pics, entre 1873 et 1915, vivait par exemple Thomas Edison (1000 brevets déposés).

Le taux aujourd’hui est de sept innovations importantes par million d’habitants par an, comme en 1600. En 2024, le taux sera le même qu’au Moyen-Âge, ce qui ne veut bien sûr pas dire qu’il n’y aura plus d’innovations (il y a beaucoup plus d’habitants qu’au Moyen-Âge). Mais selon Huebner, 85% des technologies économiquement faisables sont déjà réalisées.

Le pessimisme de Huebner va à l’encontre des théories telles que celle de Moore, qui affirme que la densité des puces double tous les dix-huit mois et considère l’innovation selon un modèle plus exponentiel. D’une manière générale, ses résultats sont assez contestés : Ray Kurzweil, expert en intelligence artificielle, critique le choix arbitraire, selon lui, de 7000 innovations.

Pour Eric Drexler, l’un des pionniers des nanotechnologies, une autre méthode consisterait à analyser diverses capacités – vitesse du transport, puissance des bandes passantes, coût de la computation, etc… On s’apercevrait alors que la science n’avance pas uniformément.

John Smart, membre d’un think tank américain, accepte certains résultats de Huebner : toutefois, selon lui, si l’innovation semble ralentir alors qu’elle accélère, c’est parce qu’elle devient moins humaine. Les progrès se font sous forme de processus de calculs abstraits, moins palpables. Néanmoins, Huebner rétorque que si une innovation n’est pas racontable par ceux qui racontent l’histoire technologique, c’est qu’elle n’est pas fondamentale.

Enfin, selon Modis, un physicien et futurologue suisse, le pic a lieu aujourd’hui. Comme les innovations ne peuvent avoir lieu de façon exponentielle et permanente, elles doivent forcément baisser à un moment… moment auquel nous sommes arrivés. Ainsi, le sens de l’innovation fait controverse, et le débat n’est pas tranché entre ceux qui voient un déclin brutal, ceux qui perçoivent un ralentissement lent et long et ceux qui s’attendent à une croissance encore exponentielle de l’innovation.

Source : www.newscientist.com

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Extraire l'oxygène présent sur la lune

   
La NASA cherche actuellement à développer des technologies pouvant produire de l’oxygène à partir de la couche poussiéreuse recouvrant la lune (appelée le régolite lunaire). Cette recherche s’inscrit dans le cadre du programme A Vision for Space Exploration, dont le but est, à terme, de retourner sur la Lune, puis de s’en servir comme « base » pour aller sur Mars.

La NASA a passé un contrat avec Florida Tech, British Titanium, l’université de Cambridge et le centre spatial Kennedy de la NASA pour mener à bien ce projet. A l’origine, l’université de Cambridge a découvert un processus, baptisé Fray-Farthing-Chen, utilisant la réduction électrochimique d’oxydes métalliques dans un électrolyte de sel en fusion. C’est cette technologie qui semble en bonne voie pour l’extraction de tout l’oxygène contenu dans le régolite à des températures plus basses que les procédés concurrents.

L’intérêt stratégique de ce procédé est que l’oxygène est l’élément le plus abondant dans les roches lunaires. Or, on ne sait pas l’extraire aujourd’hui. De plus, l’oxygène liquide peut représenter jusqu’à 85% du poids total d’une fusée (c’est l’élément essentiel du carburant). Pouvoir en produire sur la Lune allégerait donc fortement les fusées. Si les objectifs du programme étaient atteints, les missions pourraient mieux utiliser les ressources naturelles de la Lune, y rester plus longtemps, et y créer une base humaine lunaire utilisable comme « palier » pour l’exploration de mondes plus lointains, Mars notamment.

Source : www.futura-sciences.com

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Le dalaï lama se dit prêt à rencontrer le président chinois

Source NOUVELOBS.COM | 20.03.2008

Le chef spirituel des Tibétains y met cependant comme conditions de recevoir des "indications concrètes" que Pékin est prêt au dialogue.

Le dalaï lama
(AFP)
Le dalaï-lama, s'est dit prêt à rencontrer le président chinois Hu Jintao, lors d'une conférence de presse à Dharamsala, jeudi 20 mars, dans le nord de l'Inde. Le chef spirituel des Tibétains en exil met cependant comme conditions à cette rencontre la nécessité de recevoir des "indications concrètes" que Pékin est prêt au dialogue.
Il craint, par ailleurs, que la répression des émeutes au Tibet ait fait de "nombreuses victimes".

"Toujours été prêt"

Il a déclaré qu'il avait "toujours été prêt" à rencontrer les responsables chinois "en particulier Hu Jintao", tout en reconnaissant que la perspective de se rendre à Pékin en ce moment n'était "pas pratique".
"Cependant, si des indications concrètes viennent de Chine, certainement, j'en serai heureux...", a-t-il dit. "S'il y a des indications concrètes, je suis prêt, je suis heureux, après cette crise... dans quelques semaines, quelques mois", a conclu le Dalaï lama.
Il avait appelé mercredi à une reprise du dialogue avec Pékin et réaffirmé qu'il était favorable à une solution non-violente au Tibet et ne recherchait pas l'indépendance.
Concernant "les victimes, nous ne connaissons pas les chiffres exacts. Certains disent six (tués), certains disent cent (...) Je suis vraiment inquiet qu'il y ait eu beaucoup de victimes", a déclaré le dalaï-lama, en parlant de la répression de ces derniers jours à Lhassa.

Annulation d'une marche vers le Tibet

Le dalaï lama avait demandé, mercredi 19 mars, à cinq groupes tibétains radicaux d'annuler une marche vers la frontière entre l'Inde et le Tibet.
Ces organisations, parmi lesquelles, le congrès de la jeunesse tibétaine (TYC), devraient rendre publique leur position commune jeudi ou vendredi.

Dissensions entre générations

Les dissensions entre les exilés tibétains en Inde, divisés entre la vieille garde du dalaï lama, apôtre de la non-violence et partisan d'une simple autonomie culturelle, et les jeunes radicaux amers qui exigent l'indépendance, sont activées par la révolte qui fait rage au Tibet, la plus importante depuis deux décennies.
Le chef spirituel et politique des Tibétains en exil est ambivalent face à la Chine : il dénonce le "régime de terreur" chinois, tout en plaidant pour que "Tibétains et Chinois vivent côte à côte, en harmonie". Il refuse aussi d'appeler à boycotter les Jeux Olympiques que Pékin "mérite", selon lui, d'accueillir. Le TYC est, à l'opposé, partisan d'un boycottage.

Des précédents

Depuis qu'ont éclaté le 10 mars les troubles au Tibet, au moins deux groupes de manifestants ont quitté à pied le nord de l'Inde en direction de la frontière avec le Tibet. Une centaine de marcheurs ont été arrêtés depuis par la police indienne et 44 autres continuent d'avancer.
Le dalaï lama, réfugié depuis 1959 à Dharamsala et invité des autorités indiennes, a plusieurs fois exprimé ses "réserves" face à ces manifestations et dénoncé le risque d'une confrontation avec les forces de sécurité chinoises à la frontière.
A Dharamsala, des manifestations de bonzes et de nonnes bouddhistes, tibétains et indiens, mais aussi de jeunes exilés se sont poursuivies mercredi contre la "répression" chinoise au Tibet.
Les émeutes au Tibet ont fait 13 morts selon les autorités chinoises, et 100 morts, voire des centaines de victimes, selon le gouvernement tibétain en exil.

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Le dégel du sol de Sibérie menace le climat mondial

      
Une équipe de chercheurs russes vient d’établir un diagnostic pour le moins inquiétant au sujet du sol gelé de la Sibérie.
En effet, le pergélisol, qui recouvre une énorme tourbière générant du méthane - un gaz à effet de serre bien plus nuisible que le dioxyde de carbone - est en train de fondre, causant l’apparition d’un grand nombre de lacs peu profonds.
Pour Sergueï Kirpotin, membre de l’équipe, ce phénomène constitue la preuve d’un « glissement écologique probablement irréversible et indubitablement relié au réchauffement climatique ».
La fonte du sol gelé aura pour conséquence que les quelques 70 milliards de tonnes de méthane ne seront plus retenus mais s’échapperont dans l’atmosphère.
A plus long terme, les scientifiques russes craignent que ce phénomène « ne contribue de façon exponentielle au réchauffement de la planète ».

Source : www.courrierinternational.com

Posté par Max Emme à 11:44 - Sciences - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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