samedi 05 avril
AT et PNL, des différences conciliables ?
par Jean-Luc MONSEMPES *
La PNL, née dans les années 1970, est souvent positionnée en polarité par rapport à l’AT, née dans les années 1950. Cet écart est-il justifié ? Qu’est ce qui oppose ces deux approches ? Comme la PNL, l’AT est centrée sur l’observation des comportements (mots, gestes, mimiques et réactions émotionnelles). Mais à sa différence elle relie ces observations à des expériences intrapsychiques individuelles et à une théorie de la personnalité, par l’intermédiaire d’un ensemble organisé de concepts prenant pour objet les relations humaines qu’elle décrit.
Cet article présente les points clé de l’Analyse Transactionnelle aux praticiens en PNL, puis tente de mettre en parallèle ces deux points de vue sur le fonctionnement du psychisme pour trouver les points de similitude et de différence.
Qu’est ce que l’Analyse Transactionnelle ?
Selon son association internationale, l’Analyse Transactionnelle (AT) est « une théorie de la personnalité et une psychothérapie systématique en vue d’une croissance personnelle et d’un changement personnel ».
l’AT est une théorie de la personnalité, qui nous montre comment nous sommes structurés psychologiquement en utilisant un modèle en trois partie, le diagramme des Etats du Moi avec le Parent, l’Adulte et l’Enfant, qui nous aide à comprendre comment les gens fonctionnent et expriment leur personnalité en termes de comportements.
L’AT est aussi une théorie de la communication dont l’application peut fournir une méthode d’analyse des systèmes et des organisations. Elle propose un ensemble cohérent de différentes « grilles de lectures » du comportement et des relations humaines.
L’AT propose enfin une théorie du développement par le concept de scénario de vie, qui explique comment les schémas de comportement dans notre vie actuelle ont pris naissance dans notre enfance et comment nous continuons parfois à les réutiliser dans notre vie adulte même quand elles aboutissent à des résultats douloureux et infructueux. Le but de l’AT est de développer « l’autonomie » de l’individu, et augmenter la capacité de l’individu à choisir sa vie en progressant vers la pleine conscience de soi.
L’AT repose sur un certain nombre de principes de base concernant les personnes, la vie et nos possibilités de changement :
• nous sommes tous OK, c’est à dire valables, acceptables, aimables, etc.
• nous avons la capacité à penser, agir et ressentir.
• nous décidons de notre destinée à un moment de notre vie et il est possible de faire de nouveaux choix.
L’AT est un ensemble d’outils permettant :
- de comprendre la représentation de la personnalité (les états du moi structuraux et fonctionnels),
- faciliter la communication (les transactions, les strokes, la structuration du temps),
- de clarifier l’histoire de notre vie (les positions de vie, les scénarios et drivers),
- de comprendre notre mode d’adaptation de notre carte du monde à notre scénario de vie (la passivité, les symbioses, les redéfinitions ,les méconnaissances,),
- de justifier nos croyances scénariques (sentiments authentiques et parasites, les jeux psychologiques)
-changer les différents aspects de sa vie (le contrat, la redécision, le reparentage)
Les origines de l’Analyse Transactionnelle
L’AT a été développé dans les années 1950 par le psychiatre et psychanalyste Eric Berne (1910-1970) qui fut l’élève de Paul Federn et d’Erik Erickson. Le rejet de E. Berne par les psychanalystes reconnus est probablement ce qui le poussa à développer les concepts de l’AT. En tant que médecin, E. Berne avait pour idéal de guérir les gens rapidement plutôt que de les faire « progresser » pendant des années d’analyse.
Le « comment guérir » les patients en souffrance prenait le pas sur le « pourquoi » de la souffrance. E. Berne souhaitait également trouver un langage simple, au lieu du grec et du latin utilisé à l’époque par les psychanalyste, qui permette au client et au thérapeute de coopérer plus facilement dans la construction du processus de guérison.
Selon T.A Harris, le projet de l’AT était « d’arracher Freud au divan et de le populariser au sein des masses ». Les premières descriptions des Etats du Moi, datent de 1957. Berne parle souvent de l’importance de l’intuition dans la naissance de sa nouvelle approche. De nombreux chercheurs en sciences humaines ont depuis développé les champs théoriques et d’applications de l’AT.
Les concepts de l’Analyse Transactionnelle
1.Le concept des Etats du Moi
Berne a modélisé la psyché humaine en trois « états du moi », correspondant à des systèmes cohérents de pensée et de sentiments mis en évidence par des comportements correspondants. Notre personnalité s’exprime selon les contextes de vie, sous les traits de l’enfant que nous avons été, des parents que nous avons eu ou de l’adulte que nous sommes devenus. C’est comme si plusieurs personnes cohabitaient en nous et ces différentes manières d’être sont des « états du moi »
L’analyse structurelle des états du moi nous informe sur leur contenu intrapsychique et sur l’ensemble des stratégies utilisées dans différentes circonstances. Les comportements, pensées et sentiments sont reçus des figures parentales et s’expriment dans l’état du moi Parent ; ou bien sont adaptés à la situation présente et expriment l’état du moi Adulte ; ou enfin sont des réactivations d’un vécu de l’enfance et s’expriment dans l’état du moi Enfant. Si le Parent et l’Enfant sont des échos du passé, l’Adulte réagit avec ses ressources du présent.
L’inspiration freudienne de Berne à propos de la topique freudienne du « Surmoi , Ca , et Moi »peut transparaître dans sa modélisation de la psyché en état du moi. Les systèmes cohérents de pensée, sentiments et comportements évoquent en la structure de l’expérience subjective. On peut également trouver des analogies entre les états du moi et les trois états de la stratégie de Walt Disney décrite par R. Dilts : le rêveur, le réaliste et le critique. Les positions de perception permettent d’expérimenter ces trois états.
2. Le concept des transactions
Une Transaction est une unité d'échange social entre deux personnes, ou un échange bilatéral (physique ou verbal) entre deux états du moi. Les transactions sont les aspects manifestes des échanges sociaux ou l’analyse des processus interpersonnels. L'AT distingue quatre types de transactions
- Les transactions parallèles quand l’état du moi sollicité est celui qui répond
- Les transactions croisées quand l’état du moi sollicité n’est pas celui qui répond
- Les transactions cachées quand la transaction apparente (niveau social) cache un message sous jacent (niveau psychologique) provenant d’un autre état du moi
- Les transactions tangentielles ou déviées quand l’état du moi sollicité évite de répondre en changeant de thème.
Avec les Transactions l'AT propose une grille de lecture qui permet de classer les processus relationnels observables entre deux individus. Un parallèle est possible avec la synchronisation de la PNL.
3.Le concept des besoins de reconnaissance
Berne s’est appuyé sur les travaux du médecin analyste René Spitz, pour mettre en évidence trois besoins essentiels à tout être humain : les besoins de stimulation, de reconnaissance dans la relation à l'autre et de structure. Ces besoins doivent être satisfaits pour qu'une personne se maintienne dans un état d'équilibre physiologique et psychologique sain. Dans le langage de l'AT, un stroke est une unité d’attention envers une personne pour reconnaître son existence par un regard, un geste, une parole, un compliments, une réprimandes. La plupart des personnes préfèrent des strokes négatifs à l'absence de tout stroke. Quand une personne est en manque de strokes positifs, elle aura tendance à chercher des strokes négatifs, par exemple en rentrant dans des jeux psychologiques. Puisque les strokes nous apportent l’énergie pour vivre, nous développer, nous passons notre vie à les rechercher (amour, maison, voiture, costume, travail) pour en recevoir le plus possible.
En PNL un stroke serait tout ce qui satisfait un critère ou une valeur
4- Le concept de structuration du temps
Pour satisfaire ses besoins psychologiques, l’individu va structurer le temps de six manières différentes :
- Le retrait avec une coupure mentale ou physique des autres
- Les rituels : les échanges sont stéréotypés, simples, répertoriés
- Le passe temps : les échanges permettent de communiquer sans risques et de manière quasi-prévisibles.
- L'activité : les échanges sont orientés vers l'accomplissement d'une tache ou la réalisation d'un objectif.
- Les jeux psychologiques : les échanges comprennent une suite de séquences habituelles et aboutissant à un sentiment négatif des joueurs qui tiennent des rôles spécifiques (Persécuteur, victime, sauveur)
- Les relations d'intimité : échanges spontanés et authentiques avec l'expression de ses pensées et sentiments ( Peur, colère, tristesse, joie)
Comment structurer son temps pour décider de satisfaire ou non nos critères et valeurs au cours d’une interaction : en PNL, nous parlerions de stratégies de décision et de motivation.
5.Le concept des sentiments et des rackets
Les quatre sentiments de base sont la joie, la tristesse, la colère et la peur. Les sentiments influencent nos croyances, pensées et comportements. Les émotions sont à la fois des radars qui apportent de l’informations et une énergie pour agir. Elles sont positives ou négatives en fonction de leur utilité dans une situation donnée. L’AT propose une démarche pour reconnaître nos propres émotions (s’y associer) et avoir ainsi des comportements plus efficaces, et aussi exprimer nos émotions pour communiquer d’une manière plus efficace avec les autres et trouver de nouvelles options. Comme en PNL, les émotions ont une fonction informative et motrice. L’AT explique clairement le mécanisme des incongruences dans l’expression des sentiments. Les émotions deviennent négatives par effet de substitution (le racket), d’accumulation (le timbre) ou d’exagération (sentiment élastique). Quand un sentiments n'est pas accepté dans sa famiIle, l’enfant va le remplacer par un autre sentiment qui est autorisé. L’utilisation de ce sentiment dit «parasite ou racket» permet souvent à l’adulte d’obtenir les gratifications et signes de reconnaissance dont il a besoin.
6. Les positions de vie
Pour Berne, la position de vie est la manière fondamentale et constante à partir de laquelle une personne se situe face à elle-même et face aux autres. La position de vie est déterminée dans l'enfance en réaction aux messages inhibiteurs ou permissifs des parents, et à partir du sens que l'enfant donne à ses expériences et aux conclusions qu'il en tire sur sa propre valeur et sur celle des autres et du monde. Les positions de vie catégorisent les croyances à propos de nos relations aux autres ainsi que les quatre attitudes mentales (coopération, domination, soumission et démission) qui en découlent et donnent une description des comportement observables correspondant à ces catégories.
Ce concept permet de comprendre la dynamique existentielle à partir de laquelle une personne a construit son identité et comment elle établit aujourd'hui des relations positives ou négatives de façon cohérente avec son histoire. La mise en évidence de la position de vie est un élément déterminant dans l’identification et le traitement du scénario et l'orientation vers la guérison.
7. Le concept des jeux psychologiques
Un jeu est le déroulement d’une série de transactions cachées, complémentaires, progressant vers un résultat bien défini et prévisible. Ce sont des mécanismes inconscients qui aboutissent à des relations ratées, c'est-à-dire à un « bénéfice négatifs ». Nous jouons pour structurer le temps, obtenir des signes de reconnaissance, maintenir notre cadre de référence, confirmer nos croyances. Le jeu se joue selon certaines règles préalables et parcours un itinéraire bien précis. L’AT propose d’apprendre à repérer ces jeux relationnels, d’en prendre conscience et de comprendre ce qui se joue dans la relation. Les jeux de l’AT apportent un riche contenu aux descriptions structurelles et sans contenu des stratégies relationnelles de la PNL.
8. Le concept des méconnaissances
Méconnaître, c'est refuser de voir la « réalité » d’une situation, c’est manquer de réalisme, être trop pessimiste ou trop optimiste, pour en fin de compte ne pas assumer ses responsabilités.
Cette méconnaissance conduit aux symbioses (l’art d’être eux pour former une relation bancale. Une personne se survalorise et l’autre se dévalorise pour former une seule personne), aux comportements de passivité (l’art de tout faire pour ne pas y arriver) et aux redéfinitions ou grandiosités (l’art de répondre à coté ou d’exagérer). L’AT donne des moyens de prendre conscience de nos méconnaissances, et de trouver de nouvelles options pour résoudre les problèmes. La grille des méconnaissances est un très bon outil de résolution de problèmes, qui comme le SCORE de la PNL, apporte les distinctions nécessaires à de nouvelles prises de conscience.
9. Le concept des scénarios
Le concept du scénario, ou plan de vie, est la clef de voûte de la théorie de l'AT. D'après Eric berne, un scénario est " un plan de vie inconscient basé sur des décisions prises dans l’enfance, renforcé par les parents, justifié par les événements successifs, et qui se termine par une alternative choisie par la personne ». C’est notre mythe personnel, notre histoire de vie, notre système de croyance par rapport à une mission. Comme pour les autres approches psychologiques, la théorie du scénario intègre l'idée que nos schémas de vie adulte sont conditionnés par les expériences de l'enfance. Mais avec le scénario, le plan de vie est établi de manière précise, sous la forme d'une pièce de théâtre, avec un début, un milieu et une fin clairement définie. Le scénario s’active en cas de stress. L’AT décrit six catégories de scénario, en relation au temps, et chacun peut aisément reconnaître son scénario, prendre conscience de son mécanisme et de ses effets négatifs. Peut-on changer son scénario ? probablement l’assouplir avec l’AT. Avec la PNL, le changement d’histoire de vie ou le réimprinting visent des changements de scénarios.
10. Le concept des drivers et mini scénarios
Taïbi Kahler, élève de Berne, a montré qu'il existe certains ensembles précis de comportements, appelés drivers ou mini scénarios, et que les personnes manifestent juste avant de passer à des comportements ou des sentiments scénariques. Les drivers sont repérables dans les comportements quotidiens. En observant les drivers d'un individu, on peut en déduire leur processus scénariques
11. Le concept d’autonomie et de contrat
Pour Eric Berne, le but de AT est orienté vers la guérison du scénario et le développement de l'autonomie. L'autonomie correspond à l'utilisation par la personne de ses capacités de conscience, de spontanéité et d'intimité. La personne autonome accepte la responsabilité de ce qu'elle vit, prend ses décisions en fonction de ses valeurs personnelles et non plus pour s'adapter à celle des autres, vit ses sentiments authentiques et sait les exprime, perçoit l'autre et elle-même comme une personne qui a le droit d'exister et qui mérite d'être respectée.
Le développement de l’autonomie fait appel à la notion de contrat, qui est la clé de l'application de l’AT et qui répond à la question "comment s'améliorer". Le contrat vise des améliorations concrètes par étape au lieu de vouloir déplacer les montagnes. Passer un contrat, c'est déterminer un objectif en termes d'actions concrètes, échéancées et réalistes. C’est un objectif de progrès bien formulé sur lequel chacun s’engage.
Les champs d’application de l’AT
Le développement de la personne : la psychothérapie individuelle et de groupe, le coaching, le conseil
Le développement des organisations : amélioration des relations interpersonnelles, résolution des conflits, négociation, vente, management, communication interne et externe, cohésion et motivation d’équipe.
L’éducation et l’enseignement
Les différences ou complémentarités entre l’AT et la PNL
Les distinctions épistémologiques
Les distinctions entre la PNL et l’AT sont d’abord épistémologiques, car elles relèvent de différents modes d’appréhensions de l’objet psychologique.
L’AT considère l’objet psychologique avec une conception réaliste de la connaissance, selon laquelle l’homme peut agir en fonction de ses perceptions et a la possibilité de connaître la vérité telle qu’elle est, en se déplaçant pour multiplier ses points de vue. L’observation « réaliste » des comportements permet de créer des concepts ou grilles de lecture de cette « réalité ». Par exemple, si un sujet émet un jugement, il fait appel à son état du moi Parent ; s’il exprime une émotion, il fait appel à son état du moi Enfant. Le changement viendra d’une meilleure prise de conscience d’une « réalité » extérieure.
La PNL s’appuie sur une conception constructiviste de la connaissance, selon laquelle l’homme agirait plus en fonction des représentations qu’il se fait de la réalité que des propriétés objectives de son environnement. Le comportement d’une personne dépend de son appréhension du monde et celle-ci se reflète dans les programmes des schémas du langage. La PNL propose donc une modélisation, non pas d’une « réalité » mais des cartes ou représentations du monde, dont certaines sont « facilitantes » et d’autres « limitantes ». La PNL cherche à décoder le mode de construction de ces « fictions » qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas. La PNL ne propose pas des concepts pour comprendre mais des modèles pour agir. Le changement viendra, soit d’une meilleure prise de conscience d’une réalité intérieure, soit d’une construction d’une carte mentale ou « fiction » plus utile.
S’il y a un point de similitude entre ces deux approches, c’est la recherche du pragmatisme. Le pragmatisme de l’AT concerne sa théorie celui de la PNL concerne l’action.
La construction des cartes de la psyché et le modèle des parties
L’AT utilise le modèle des parties qui se retrouve dans la plupart des approches de la psychologie : la psychanalyse, la Process Communication, l'approche de C. Young, l'Ennéagramme… et aussi la PNL.
La différence porte sur le mode de conception de ces parties ou modèles de la psyché. En effet la manière dont ces cartes sont élaborées vont déterminer la pertinence des liens entre la carte (la représentation du fonctionnement intrapsychique) et le territoire (l’observation des comportements). Les entités de la topique freudiennes du Surmoi, du Moi et du Ca, sont des structures hypothétiques n’ayant pas de bases réelles sur le plan psychologique. L’AT a théorisé et « modélisé » la psyché en trois parties ou trois état du moi, correspondant à des systèmes cohérents de pensée, de ressentis et d’actions. Les états du moi sont conçus comme des entités concrètes qui peuvent s’exprimer dans des comportements observables.
L’AT donne une carte du fonctionnement intrapsychique plus opérationnelle et plus concrète que celle des entités hypothétiques freudienne. De même l’énéagramme et le modèle de Young sont des modèles théoriques du fonctionnement psychologique.
La carte des types de personnalité de la Process Communication de Taibi Kahler s’est construite en réaction à la théorisation de l’AT. Les regroupements de caractéristiques observables des types de personnalité ont été élaborés à partir de corrélations statistiques et non à partir d'une théorie. La Process Communication a « révisé » les cartes de la psyché de l’AT, tout en conservant la richesse de ses grilles de lectures sur les plans de vie et scénario. C'est ce qui en fait sa pertinence tant pour la compréhension du modèle que pour son utilisation simple au quotidien.
Pour la PNL, les parties se définissent comme des états de la personne, en refusant de se référer à un schéma universel de ces états, considérant que la structuration personnelle dépend avant tout de l'évolution de chacun. De plus, pour la PNL, la référence à un modèle théorique peut générer des filtres qui vont modifier la perception de soi et de l'autre. Pour la PNL, le repérage le plus efficace des états est donc celui effectué par le sujet à un moment donné. Selon R. Dilts, chaque partie pourrait correspondre d'un point de vue physiologique, à un ensemble de connexions neurologiques stables qui lui permettrait de fonctionner comme un ensemble de données ayant sa propre cohérence.
N’oublions pas que le modèle des parties est un instrument intellectuel, une carte pratique pour décoder ce qui se passe dans notre expérience et nous permettre d'atteindre plus facilement des objectifs relationnels.
Le risque de confusion entre carte (des catégories) et territoire (le vécu de la personne) peut justifier les précautions de la PNL. Bien sûr les parties n'existent pas. Ce qui existe c'est une personne humaine qui vit, souffre, est heureuse, travaille, communique, avec son corps, son esprit et son cœur. De plus les cartes que sont l'image de soi, les représentations que nous avons de nous-même, sont parfois bien différentes de l'expérience que nous avons de notre relation aux autres. Le modèle des parties se retrouve dans de nombreuses approches psychologiques du fait de son utilité et de son efficacité.
La fonction des cartes de la psyché
Les cartes du fonctionnement psychologique peuvent fournir des informations de nature différentes, à propos des causes des dysfonctionnements (le Pourquoi) ; de ce qu’il convient de faire dans cette situation (Le quoi faire) ; de la manière de faire pour atteindre un but (le Comment faire) ; ou les circonstances de mise en application d’un action ( Ou et quand)
Les concepts de l’AT sont des grilles de lectures simples et opérationnelles, pour faciliter l’analyse des transactions, des relations intrapersonnelles ou interpersonnelles. E. Berne a ainsi réussi son pari de faire de l’AT une théorie de la psyché accessible au plus grand nombre. L’AT crée des concepts qui s’appuient sur un mode de pensée réaliste et qui vont faciliter une prise de conscience et la compréhension des mécanismes en jeu dans une relation à soi ou aux autres. D’ailleurs chacun peut reconnaître dans son vécu quotidien, les manières d’être du Parent, Adulte et Enfant. Une formation à l’AT, apporte des explications simples et pertinentes sur l’origine de nos limites, des situations relationnelles conflictuelles, et propose des options sur ce qu’il convient de faire pour sortir de ces situations. Le sujet qui peut prendre conscience de ses états du moi par un regard auto réflexif, pourra accéder à la connaissance de soi et à une plus grande autonomie.
L’AT fait l’hypothèse qu’une plus grande conscience de l’origine d’une problématique et des options « quoi faire » déclenchera l’action correctrice du « comment faire ». Du point de vue de la PNL, cette relation de cause à effet est souvent une distorsion car comprendre les causes d’un problème ne suffit pas à déclencher les ressources nécessaires à la réalisation d’un état désiré.
Si l’AT apporte des cartes pour comprendre, dans lesquelles le « pourquoi et le quoi » sont privilégiés, la PNL crée des cartes pour agir et dans lesquelles le « quoi faire et le comment faire » sont privilégiés.
Si l’AT donne un cadre conceptuel pragmatique pour analyser ou expliquer les dysfonctionnements relationnels et proposer des options de changement, la PNL prend le relais pour apporter des modèles et technologies pour apporter les ressources nécessaires au changement souhaité. La PNL considère que le changement individuel peut survenir dans compréhension et sans prise de conscience, et sans activité de symbolisation
Si l’AT interprète les comportements de l’autre à travers la grille de lecture des états du moi, la PNL n’interprète pas mais « calibre » les états internes ou processus de pensée propre à chaque personne.
Si l’AT établit des schémas de principe des transactions réussies entre soi et les autres dans le modèle délimité des états du moi, la PNL donne des modèles opératoires pour aller de l’état présent à l’état désiré dans ses relations avec les autres
Le niveau de modélisation de l’expérience
L’AT s’appuie sur une modélisation comportementale de la personnalité, alors que la PNL s’appuie sur une modélisation d’une stratégie d’excellence, sans se soucier de la rattacher à une catégorie identitaire.
La modélisation d’une stratégie d’excellence prend en compte l’ensemble des niveaux logiques ou d’expérience de la personne (comportements, capacités, croyances et valeurs, identité) mais sans créer de catégorisations.
Les finalités des approches
L’AT vise à faire tendre l’individu vers une plus grande autonomie. Un des grand principe de l’AT est que chacun est responsable de sa destinée. La connaissance de soi permet de réévaluer ses décisions dysfonctionnelles du passé et de développer un comportement relationnel plus équilibré. L’AT véhicule donc une norme de responsabilité individuelle. La PNL n’est pas porteuse de normes, mais d’un projet démocratique ; celui de modéliser les comportements efficaces afin de les rendre disponibles au plus grand nombre. Pour J. Grinder, « La PNL est une modélisation de l’excellence ». La PNL est centrée sur les moyens d’améliorer ses comportements et sur l’efficacité des changements produits, sans proposer de normes en termes de finalité. Les normes en matière de développement humain ne peuvent qu’être individuelles. La PNL se soucie avant tout d’apporter les technologies les plus performantes en matière de communication et de changement humain. Chacun défini le niveau d’expérience auquel ces technologies peuvent s’appliquer : les comportements, capacités, croyances et valeurs, identité ou spiritualité.
Bibliographie
Ian Stewart et Vann Joines –Manuel d’analyse Transactionnelle InterEditions paris 1991
Dominique Chalvin – Les outils de l’AT- Ed ESF 1987
Valérie Brunel -Les managers de l’âme –La découverte Paris 2004
* Jean-Luc MONSEMPES est Docteur en médecine. Il a exercé en France et sur quatre continents, avant de diriger une activité d'exportation dans l'Industrie pharmaceutique. Il enseigne la PNL, l’AT, la Process Communication, et il est formé à de nombreuses autres disciplines en sciences humaines. DU de Coaching Université Paris II. Formateur, consultant, coach, et Président de PNL.REPERE
jeudi 13 décembre
Colloque : l’Institut Gregory Bateson fête ses 20 ans
5 – 9 octobre 2007 Liège, Belgique
Compte rendu par François Klein, Irène Bouaziz, Chantal Gaudin http://www.paradoxes.asso.fr/
Pour son vingtième anniversaire, l’Institut Gregory Bateson, représentant officiel du Mental Research Institute de Palo Alto pour l’Europe francophone, organisait deux jours de Colloque et trois Master Class. Nous vous présentons un compte rendu des deux journées du colloque et de brèves notes sur les Master Class. Vous trouverez aussi le texte complet de l’intervention d’Irène Bouaziz à ce colloque sur notre site : De la révolution à la co-évolution.
Un Patchwork pour les vingt ans de l’IGB
L’information est une différence qui fait la différence. Combien de «différences» au cours de ces deux jours de colloque organisé à l’occasion des vingt ans de l’Institut Gregory Bateson? La présence de deux Américains Jim Coyne et Lucy Gill, passés par Palo Alto en même temps que Jean-Jacques Wittezaele et Teresa Garcia les fondateurs et patrons de l’IGB. Le haut niveau de l’intervention d’Irène Bouaziz. Ou encore, l’émotion née de l’évocation par Henri Waterval de son amitié, profonde, avec Jean-Jacques, son «frérot», et des débuts de l’IGB dans le monde belge francophone de la justice des mineurs. Avec, aujourd’hui, une position où le modèle de Palo Alto, adopté par Henri, qui forme et supervise 400 assistants de justice, «peut s’intégrer dans une boucle de régulation globale à l’échelle d’un pays». Les atouts, la beauté et difficultés du travail sous contrainte… Une chanson de Graham Nash est venue rappeler quelle énergie et quel idéal animait l’IGB dans ses premiers pas. Mouchoirs, s’il vous plaît.
Constructivisme ou pré-constructivisme ? Une journée avec Lucy Gill (8 octobre 2007) Une journée avec James Coyne (9 octobre 2007)
Autre différence : l’annonce de la création par Teresa, à Paris, de Circé, Centre d’intervention et de recherche sur l’évolution des systèmes humains. Elle quitte l’IGB et s’attelle à de la recherche, ouverte sur une diversité d’approches systémiques, une recherche épistémologique, méthodologique et technique appuyée sur ces terrains que sont l’individu, les dyades, les groupes (entreprises comprises) et les familles. Avec trois axes d’intervention: résolution de problèmes, psychothérapie et négociation. Au fil de la vie, une chose en entraîne une autre. A Liège, comme ailleurs. Pour rendre compte de ces deux jours de colloque, j’ai privilégié certaines interventions, occulté d’autres et critiqué des troisièmes. Le compte-rendu qui suit, avec sa sélection d’informations et ses omissions et ses erreurs éventuelles, n’engage que moi. Dans chaque paragraphe, je rapporte les propos des intervenants dans l’esprit de leur intervention comme dans sa lettre. Dans ce dernier cas, je mets des propos entre guillemets. Les considérations en italique sont miennes. Comme tout le paragraphe sur «Vingt ans ou quarante ans?». Bonne lecture.
La question anti-miracle
L’intervention la plus décapante et la plus vivifiante de ces deux jours aura sûrement été, à mes yeux, celle faite par Jim Coyne, qui a passé sept ans au Centre de thérapie brève. Ce spécialiste de la dépression («Vous y croyez, vous, à la dépression?», lui demanda Dick Fisch après sa conférence sur le sujet en 1978) la définit comme un phénomène qui « arrive entre les gens et pas dans la tête ou le corps d’une personne dépressive ». Il considère que «nous créons des difficultés aux gens par la manière dont nous entrons en contact avec eux.»
Parmi les souvenirs communiqués, celui qu’il a gardé de John Weakland. Celui-ci lui demande de le remplacer à un colloque pour y prendre la parole… Coyne est inquiet. Weakland le rassure à sa manière, recadrante: «Ne t’inquiète pas. Tous les autres qui présentent sont très connus et ce sont eux que les gens viennent voir, pas toi. Tu as l’air trop jeune et trop débraillé, et personne ne s’attendra à ce que tu dises des choses intelligentes. Tu ne peux pas les décevoir, ils n’attendent rien de toi.»
Au-delà des personnes et anecdotes évoquées, c’est l’esprit de Palo Alto qu’il est venu invoquer. Un esprit fait «d’irrévérence, d’humour et d’efficacité». Irrévérence, donc. Celle qui aidait Fisch à considérer que « la vie, c’est une suite d’emmerdements les uns après les autres » et que «si la thérapie est utile, c’est lorsque la vie devient le même emmerdement qui recommence encore et encore. La thérapie décoince les gens, de sorte qu’ils puissent ensuite se prendre les pieds dans la prochaine séquence de problèmes». Irrévérence encore que cette formule «Tout est bien qui finit». Pourquoi en effet s’acharner à ce que tout finisse bien, puisque «chaque bonheur est bordé d’un nuage noir, chaque éclaircie a un nuage foncé derrière». Irrévérence enfin que ce retournement, à 180°, de la question miracle. Traditionnellement, elle se formule : «Que feriez-vous si votre problème s’en allait?». Mais pourquoi ne pas la formuler ainsi, sous forme de «question anti-miracle»: «Que se passerait-il si votre situation était désespérée et que vous n’aviez pas d’autre choix que de vivre avec votre problème?». Autrement recadrant, isn’t it? De toute façon, «la situation est désespérée mais pas grave», disait Watzlawick. Humour.
L’efficacité est à chercher dans la patience. Celle qui permet, selon Coyne, «d’identifier la position du client et d’entrer en rapport avec elle». À partir des mots, uniquement. Au Centre de Thérapie brève du MRI, on «n’analyse pas le langage corporel», ni les images des bandes vidéos, «trop distrayantes», seul le son était travaillé, rapporte Coyne. L’attention au mot, chère notamment à Watzlawick, cet ex-espion philologue particulièrement attentif au langage dans les interactions. Patience encore qui consiste à ne rien vendre à son client sans qu’il l’ait demandé. «Attention au tempo de votre intervention, disait Watzlawick. Prenez votre temps. Et si vous avez le sentiment de faire quelque chose, alors ne faites rien. Surtout si vous avez un visiteur en séance, et pas un acheteur». «Si tu étais dans un magasin, tu passerais ton temps à vendre quelque chose à quelqu’un qui est juste venu s’abriter de la pluie», affirmait Dick Fisch à des apprentis thérapeutes trop pressés. De quoi d’ailleurs?
Coyne, visiblement marqué par la «simplicité puriste» du modèle appris au Centre de thérapie brève, aime ce que j’appellerais pour ma part, cette théorie minimaliste, cette intervention minimaliste, sa vision d’un but minimaliste, cette explication minimaliste proposée par ses mentors. Vingt ans après, il comprend ce qu’il appelle leur « refus de se vendre », leur dédain pour le marketing, les modes, les emballages alléchants, leur côté anti, antihéros et anti-utopiste, pour reprendre sa litanie. Ils ont, avec beaucoup d’orgueil, souligne-t-il, «évité le charisme, pour rester en dehors du mouvement, avec une image d’outsider, provocateur par rapport aux autres, et notamment aux psychiatres traditionnels avec lesquels ils dialoguaient peu, pas plus qu’avec les chercheurs en quête d’échantillons de patients permettant d’évaluer, dans le cadre de tests cliniques, l’efficacité comparée de différentes démarches thérapeutiques».
Mais en même temps, Coyne déplore rétrospectivement cette attitude. Elle a, dit-il, exclu le Centre de thérapie brève des discussions majeures aux États-Unis et ailleurs sur ces champs de recherche. La culture certes internationale des animateurs du Centre était malgré tout, selon lui, «très tournée sur elle-même». Il n’y avait pas au CTB de «produit de seconde génération», comme disent les marketeurs». En outre, souligne Coyne, il n’y avait, outre Virginia Satir, pas de femme dans ce mouvement. Que serait-il advenu des idées de Palo Alto, si elles avaient eu non seulement trois pères, mais également trois mères? «Cela aurait été différent, cela aurait mieux marché», considère-t-il, en nous encourageant à conserver notre intégrité sur le plan théorique et méthodologique, tout en entrant en discussions et en conflit avec des gens aux langages différents, tout en formant les générations suivantes et en entrant en relation avec des institutions d’enseignement. Pour que se prolonge une dynamique, minimaliste.
Et Bateson dans tout cela ?
Dany Gerbinet, lecteur de Nature et but conscient, de Bateson, a rappelé que «a conscience sélectionne les informations de l’environnement en fonction du but qu’elle poursuit». Et que cette démarche peut bien sûr porter ses fruits et aboutir aux résultats escomptés, mais que la médaille a un revers et peut aboutir au résultat paradoxal de créer un problème par le mouvement même qui consiste à poursuivre un but. «II est vrai, considère-t-il, que la logique du «but conscient», de l’objectif poursuivi, procède d’une logique causale linéaire : Si A au temps 1, alors B au temps 2, alors j’atteins mon but conscient en C, au temps 3. Nous faisons alors des plans. Nous procédons par étapes. En oubliant que les phénomènes naturels, y compris les relations humaines, fonctionnent selon une logique circulaire : si A au temps 1, alors B, au temps 2, alors j’atteins mon but conscient en C au temps 3, alors D au temps 4, alors… on revient à A au temps X». Ce type de processus récursif est oublié dans la logique des buts conscients, ce qui multiplie les effets pervers. «Nous négligeons les informations qui ne concourent pas à la réalisation du but, analyse Gerbinet. La réalisation de nos buts conscients nous pousse à court-circuiter les régulations processives. Mais le processus prend soin de lui-même et les régulations se produiront de toute façon». Avec, à la clef, effet boomerang et problèmes écologiques, y compris dans l’écologie des relations humaines.
Toute la question pour Bateson, rappelle Gerbinet, est alors de «concevoir une action qui soit respectueuse de la nature processive du monde» et qui ne vienne pas, paradoxalement, alimenter le problème qu’elle est sensée résoudre. La réponse de l’école de Palo Alto, résume Gerbinet, est que «pour atteindre un but il faut l’abandonner».
L’interrogation batesonienne sur l’action appropriée vise aussi l’action thérapeutique. Et la réponse qu’apporte Irène Bouaziz, psychiatre batesonienne s’il en est, est de considérer qu’il faut renoncer à tout souci d’efficacité ainsi qu’à l’impératif de brièveté énoncé dans le libellé même de «thérapie brève». L’intervenant n’a, selon elle, pas de but à atteindre. S’il en avait, il tomberait dans le piège du but conscient. En outre, d’un point de vue systémique, «on ne peut jamais dire qu’une intervention provoque un changement dans un système», juge Irène Bouaziz. Pas d’orgueil donc dans la posture d’intervenant. Mais une vraie sensibilité préventive aux processus récursifs. Cette façon écologique de concevoir l’action thérapeutique et le changement fait confiance aux compétences des patients et clients d’aller mieux malgré les interventions des thérapeutes. «Nos interventions visent simplement la possibilité pour eux d’évoluer librement dans leurs propres systèmes, en co-évolution», juge-t-elle. Et son mode d’intervention laisse ainsi la possibilité qu’un patient soit satisfait de ne pas atteindre son objectif, de s’arranger avec la réalité, de voir son problème dissous plutôt que résolu, d’atteindre un autre objectif, d’être libre de ne pas être libre…
Cette position de «non-vouloir» dans une démarche thérapeutique ou de résolution de problèmes implique un certain rapport au monde de l’intervenant. «Il ne se perçoit pas comme étant à l’extérieur du monde avec ses outils, mais comme faisant partie du monde, en relation réciproque avec le monde», juge Irène. C’est, pour reprendre ses mots, un «élément invité parmi d’autres à interagir dans un système en demande de changement».
«La thérapie est une rencontre entre deux visions du monde», a rappelé Jean-Jacques Wittezaele dans sa propre intervention portant sur la place de l’explication dans la thérapie. «La vision du monde du thérapeute Palo Altien est qu’il n’est pas là pour trouver des explications au problème de son patient, mais juste pour l’aider à trouver des solutions à ses difficultés. Il n’est pas là pour lui apprendre à vivre, diriger sa conscience ou gouverner son comportement. Notre réticence à donner des explications est sans doute liée à notre parti pris non normatif et non pathologisant» considère Jean-Jacques. Certes. Mais ça ne suffit pas. «La vision du monde du patient est qu’il lui faut une explication, juge-t-il. «Pourquoi je tombe systématiquement dans les mêmes erreurs? Qu’est ce qui ne va pas chez moi? Quelle est la cause de mes problèmes?» sont les questions de patient auxquelles le patron de l’IGB est souvent confronté.
Ces questions sur la cause sont donc « vitales » pour de nombreux patients, aux yeux de Jean-Jacques. Mais, rappelle-t-il, cela ne fait pas sens dans une thérapie équifinaliste, ancrée sur le comment de la causalité circulaire, plutôt que sur le pourquoi de la causalité linéaire. Pour éviter d’y répondre, le thérapeute dispose de quelques subterfuges. En voici deux, proposés dans l’intervention de Jean-Jacques au colloque. Il peut, comme Giorgio Nardone, affirmer «qu’il n’existe pas de réponses intelligentes à des questions stupides». Il peut, comme Jean-Jacques lui-même, s’en sortir en lui proposant un choix illusoire: «Si vous deviez choisir entre la recherche des causes de votre problème et la recherche de solutions, que choisiriez-vous?». Reste, juge l’orateur, que ce n’est pas pour autant que les patients renoncent à chercher les causes de leurs maux, même s’ils disent, pragmatiques, privilégier la recherche de solutions concrètes. «La recherche de cause les apaise», affirme Wittezaele. Et, poursuit-il, le thérapeute prend alors le risque de se couper de la vision du monde de son patient, de ne pas garder le contact avec cette construction. Il donne alors l’impression, craint Jean-Jacques, d’apparaître comme un thérapeute désinvolte et peu fiable, en balayant les questions. «Et, du coup, il prend le risque que le patient ne s’implique pas suffisamment dans la thérapie». Pire. «Si vous n’apportez pas d’explication causale, le patient continuera à se poser la question: d’où ça vient? Il y a alors un trou noir de la pensée, ce qui amplifie la difficulté pour laquelle le patient vient vous voir, car ce que nous ne comprenons pas, nous capture. Le patient souffre de ne pas comprendre. Cela peut alors focaliser toute son attention», analyse Jean-Jacques après vingt années de pratiques.
Et il n’est aujourd’hui plus à l’aise avec cet état de chose. Il souhaite aider le patient à donner du sens à sa thérapie afin qu’il y a adhère plus et mieux. C’est l’objet de sa communication. Il trouve sa propre réponse, le choix illusoire, un peu courte. Question posée à l’assemblée: «Qu’est ce qui motive ces patients et quelles sont leurs attentes» à vouloir trouver une cause à leur problème? Pour la plupart d’entre nous, considère-t-il, le passé détient la clef du présent. La cause permet la solution. D’autant, croient les patients selon Jean-Jacques, que s’ils changent sans identifier les causes, le problème risque de réapparaître à l’avenir. Autre prémisse, tout aussi erronée aux yeux du patron de l’IGB: «la prise de conscience des causes d’un problème nous libère de son emprise».
Il est vrai, concède Jean-Jacques, que «nous avons tous besoin de poser un regard sur notre vie et en faire une histoire qui se tienne, se la raconter de façon cohérente». Ce besoin — à dimension anthropologique si je comprends bien et plus seulement épistémologique ou culturelle comme les deux précédents «besoins» de comprendre — légitimerait que le thérapeute bref revoie sa pratique.
«Si nous ne pouvons pas répondre à ces questions, cela peut nuire à la crédibilité de la thérapie», poursuit Wittezaele. «Un patient qui ne fait pas le lien entre ce que les tâches l’ont amené à faire de différent et le fait qu’il aille mieux, continue à se poser des questions sur les causes de son problème. Même s’il trouve la solution, il n’a pas compris le mécanisme de la solution et il ne peut reproduire le mécanisme à l’avenir s’il y est à nouveau confronté, il a alors le sentiment qu’il n’a pas changé». Bref, pour le dire dans mes mots à moi, il n’y a pas que les tâches et les comportements. Les recadrages et la vente des tâches sont cruciaux. Nous travaillons aussi sur le domaine des croyances. «Les ressources de la pensée, sont aussi à mobiliser…», disait Jean-Jacques.
Parmi les pistes évoquées pour sortir de cette impasse, Jean-Jacques indique la possibilité pour le thérapeute d’expliciter ses propres prémisses théoriques. «Les prémisses, souligne-t-il, ont des tas d’implications d’ordre divers: politique, philosophique… Le thérapeute renonce alors à l’illusion d’être neutre, de n’exercer aucune influence… Ce qui guide son intervention devient critiquable. Les implicites sortent du flou.» Ces prémisses pourraient s’énoncer ainsi, d’après l’auteur de L’Homme relationnel : «importance des relations, relativité des points de vue, croire qu’il est important de ne pas trop lutter contre soi-même, foi dans la capacité d’évolution des individus, ne pas trop lutter contre ses émotions, pouvoir affronter ses fantômes, avoir grand souci de la liberté individuelle, se donner la liberté de pouvoir profiter des belles et bonnes choses, supporter les peines, profiter des joies, de la vie quotidienne…»
Autre piste évoquée par Jean-Jacques pour sortir de l’impasse de l’explication introuvable: «avoir une utilisation stratégique de la question de la causalité et du sens de l’explication». Le sens d’un événement dépend d’un contexte, subjectif et objectif, il n’a rien de scientifique ou de définitif. L’objet d’un recadrage est précisément de changer le contexte d’un événement pour amener la personne à le percevoir autrement, si j’ai bien compris les leçons que l’on m’a données. «Comment construire les recadrages pour aider les patients à aller mieux?», se demande Jean-Jacques. Sa réponse: «En proposant des explications qui soient en prise avec la vie du patient et qui correspondent à sa vision du monde.»
Mais il y a aussi des moments, considère-t-il, «où il vaut mieux pas ne pas expliquer, notamment les situations où les tentatives de solution vont dans le sens d’éviter la peur par un contrôle de la pensée. Donner une explication est alors contre productif». De même, selon lui, «quand il y a un aspect émotionnel, il est inutile d’expliquer».
Moment idéal, d’après Jean-Jacques, pour fournir une explication: la prescription de tâches. «Il est important là, dit-il, d’expliquer les raisons, tout en rejoignant le patient dans sa vision du monde. Notamment en reformulant l’histoire du patient et la manière dont il aborde le problème. Pour qu’il arrive lui-même à la conclusion qu’il doit donc faire autrement» : «la conséquence logique de votre explication est qu’il faut désormais que j’affronte les choses », par exemple. « S’il sort de la séance en ayant une explication à propos de comment ses comportements sont source du problème, il sera alors motivé pour faire la tâche», affirme Jean-Jacques. Enfin, toujours selon le co-auteur de l’ouvrage Aide ou Contrôle, lors de la dernière phase du travail, la consolidation des changements - après l’adhésion au travail, puis la construction et la présentation des tâches – l’explication est utile. «On multiplie les chances qu’il n’y aie pas de rechute si le patient a compris comment il fait pour entrer dans le problème. D’où l’importance des explications», dit-il.
Irène Bouaziz souligne, en commentaire de cette intervention, qu’il est essentiel de distinguer entre l’explication du mécanisme qui entretient un problème, mécanisme circulaire ou systémique, que l’on peut proposer au patient, et l’explication de l’origine du problème, au sujet de laquelle le patient a souvent beaucoup d’idées précises et bien arrêtées, qui sont autant de matériau précieux pour construire des recadrages et arrêter ses tentatives de solution
L’approche relationnelle est mal perçue chez les formateurs
Universitaire suisse, Vittoria Cesari forme aux relations humaines. Elle a centré sa contribution au colloque sur les «huit défis et ressources» dans l’application d’une approche systémique et relationnelle à l’école et, plus généralement, à la formation en entreprises. En rappelant en préambule que pour Sigmund Freud, il y avait trois métiers impossibles : enseigner, soigner et gouverner… Premier défi que pointe Vittoria Cesari: «le penchant des formateurs pour d’autres paradigmes». L’approche systémique et relationnelle arrive dans un environnement non pas hostile, mais encombré, affirme-t-elle. Difficile dans ce contexte de faire passer l’idée de Bateson: «Je ne vois que des relations, pas des personnes». Parmi ces autres paradigmes qu’elle rencontre: rechercher la cause des problèmes dans l’individu, dans la société ou dans la différence culturelle. Avec, à la clef, une causalité linéaire, bien argumentée dans un certain nombre de recherches, mais qui n’explique pas tout, loin de là.
Deuxième défi relevé par Vittoria Cesari: «prendre en compte les enjeux identitaires de la communication en situation de formation». Ou, pour le dire autrement, faire l’hypothèse qu’en situation de formation, la méta-communication — liée à la différence de niveau logique dans la communication entre contenu et relation «de telle sorte que le second englobe le premier et est par suite une méta-communication » pour reprendre les termes de Watzlawick — porte sur l’identité. «En formation, cette méta-communication, avance Vittoria Cesari, est une négociation identitaire, une négociation des rôles, une définition de soi et de l’autre. Voilà comment je me considère. Tu me considères. Tu te considères».
Troisième défi, selon l’intervenante suisse: «l’abondance de jugements et d’interprétations». «Comme enseignant, on pousse à la généralisation théorique et au diagnostic. Et il y a peu d’intérêts pour les boucles concrètes d’interaction», déplore l’intervenante. Il y a, selon elle, un travail d’approfondissement à effectuer pour aider l’autre à décrire comment il s’y prend concrètement. Même si c’est difficile: «le familier est trop évident pour être verbalisé. La verbalisation concrète n’est pas habituelle comme conduite sociale d’interaction». Vittoria Cesari liste encore d’autres défis qui freinent le développement d’une approche systémique et relationnelle dans le monde de la formation. Notamment la sous-estimation de la valeur de message que possède tout comportement. La propension à fixer des objectifs génériques et ambitieux. La confusion entre la matière enseignée et la personne. Bref, il reste beaucoup à faire pour faire gagner du terrain à une approche relationnelle de la communication dans le monde de la formation.
Quel problème serait résolu si nous faisions un team-building ?
Aux yeux de Lucy Gill, consultante en management depuis 1972, la formation n’est pas toujours la bonne solution pour une intervention en entreprises. Car «d’autres choses coincent», souligne-t-elle. Pour apprendre à répondre à une entreprise qui lui demandait une formation ou un team-building : «quel problème sera résolu une fois que la formation ou le team-building aura eu lieu ?», et proposer une intervention de résolution de problèmes plutôt qu’une prestation classique et pré-formatée, cette Américaine a rejoint le MRI en 1978. Elle a passé huit ans au Centre de thérapie brève.
Au début, raconte-t-elle, elle ne comprenait rien à ce que faisaient Dick Fisch et John Weakland. Ils étaient juste précis dans leurs mots lors de leurs interventions. Et puis, pour lui expliquer en quoi consistait le travail, Weakland a écrit sur un morceau de papier, ce qui deviendra la structure en trois paliers du livre de Lucy Gill, «Comment réussir à travailler avec presque tout le monde: Trois étapes pour venir rapidement à bout des problèmes relationnels insolubles». Voici ces trois étapes: Quel est le problème? Que font les personnes actuellement à propos de ce problème? Que devraient-ils faire à la place? Réponse: arrêter ce qu’ils font.
De Dick Fisch, elle a notamment retenu une capacité à redéfinir le problème de quelque chose d’immense en un tout petit truc. Et sa faculté à écouter les mots exacts des patients et à tester les contradictions. «Je ne suis pas efficace. — Comment faites-vous pour être inefficace». À un couple marié: «Comme vos disputes n’aboutissent en rien, est ce que cela créerait un problème si vous arrêtiez de vous disputer?». Sans oublier cette recommandation, pleine de bon sens, en faveur du silence du thérapeute ou de l’intervenant: «Une fois que vous dites quelque chose, fermez-la, pour donner au client l’opportunité de faire partie de l’intervention».
De Dick Fisch, ce personnage discret, lent, paisible, mais capable aussi de parler fort et vite avec des cadres dirigeants d’entreprise, lorsqu’il accompagnait Lucy Gill dans un univers qui n’était pas le sien, l’intervenante a aussi reçu ce joli compliment pour sa formulation de la question suivante, destinée à aider le client à clarifier les choses dans sa tête: «Dans tous ces problèmes, lequel veux-tu résoudre d’abord?» Parfait lui a dit Dick Fisch. Avec un double implicite, le problème va être résolu et par le client, c’est bien mieux que «De tous ces problème lequel vous dérange le plus?».
Dans l’univers des entreprises, «où on ne peut pas utiliser le langage psy, où soit on résout le problème, soit on est viré, où on travaille sous contrainte si on ne change pas», Lucy Gill s’est toujours efforcée de s’en tenir d’abord aux faits et ensuite seulement elle se disait prête à écouter les sentiments, l’affect. En intervention, où l’approche thérapie brève était l’un des outils parmi d’autres qu’elle utilisait, l’un des éléments de son système outils, elle interviewait beaucoup. Si elle découvrait lors de ces entretiens que deux personnes seulement empêchaient l’équipe dans son ensemble de travailler, elle travaillait avec ces deux là. Sinon, c’est avec toute la chaîne de communication au sein de l’équipe qu’elle oeuvrait. Pas d’à priori, beaucoup de pragmatisme. Et une rigueur dans l’application des trois étapes de toute intervention, selon elle. Voilà ses clefs.
Audit ou intervention ?
Prenant la parole à son tour au sujet de l’entreprise, Claude Duterme a rappelé qu’un coaching en entreprise est une intervention sous contrainte, mais que cette contrainte n’est pas toujours explicitée par le responsable hiérarchique de la personne accompagnée. Que va-t-il se passer si la personne «ne veut pas changer»? «Dans la méthodologie d’intervention de Palo Alto, le point de départ de l’intervention est: quel est le problème? Problème voulant dire une situation momentanément bloquée ou particulièrement difficile depuis un certain temps. Un problème est le résultat d’un certain nombre d’interactions. C’est une qualité émergente de situations interactionnelles. Et des tentatives de solutions ont été mises en place de façon redondante qui ont conduit à ce que tout soit bloqué. Les tentatives de solution bloquent les capacités à faire autre chose que toujours la même chose. Elles constituent en fait une mise en œuvre du problème», a affirmé Claude Duterme.
S’il n’y a pas de problème, considère l’auteur de l’intervention, on est dans l’univers de la formation ou du conseil, dans un changement de niveau 1. Le consultant, dans son acception du métier, ne sait pas s’il est bon de déléguer, de faire du benchmarking, du management participatif… «Les gens font ce qu’ils veulent», juge-t-il. « Est-ce que ça leur convient ou pas? Comment arrivent-ils à ne plus être connectés à leurs propres ressources?» sont les questions qui, selon lui, se posent. Et l’intervention, pour un changement de niveau 2 qui «vise à reconnecter les personnes à leurs propres ressources mais pas à aller pêcher des ressources», consiste alors à les empêcher de faire ce qu’ils faisaient auparavant. Avec des injonctions fermes. «Nous sommes très injonctifs», assène-t-il.
Et il poursuit son raisonnement. Lorsqu’un praticien de Palo Alto intervient à un niveau plus global, celui d’une entreprise ou d’un service, il a aussi un client, qui est parfois difficile à trouver, et un problème comme point de départ de l’intervention. Si la situation n’est pas claire, il y a un diagnostic interactionnel à effectuer, considère Claude Duterme. «Parfois, lorsque nous avons plusieurs interlocuteurs différents, la définition même du problème entre dans les tentatives de solution du problème. Et il y a autant de tentatives de solution qu’il y a de définition du problème». Claude Duterme propose alors de « faire de l’extérieur » un diagnostic sur le problème. «On n’est pas pour autant dans l’analyse de système, précise-t-il. Ce n’est pas le système qui nous importe. Le système n’existe pas. Le système est une grille d’observation du monde vivant fonctionnant par auto-régulation». Il ne faut pas réifier le système, conseille-t-il. Celui-ci n’est rien d’autre qu’un ensemble d’interactions. Dans le diagnostic, tel que le pratique Claude Duterme, «il s’agit de repérer des régularités, des redondances, des interactions de toute une série d’individus, et on modélise ces interactions par ders patterns de comportement». Il convient alors, selon lui, de « repérer à un niveau supérieur les redondances dans les échecs des uns et des autres ». Puis, toujours dans le cadre de cette démarche « dutermienne » (ou plutôt pas mienne), pour restituer le diagnostic, de parler le langage officiel du client : dysfonctionnement, organisation, communication, management, suivant une approche explicative acceptable. Bref, proposer une vision du monde et explication qui permette « à un niveau général » de dire: «le problème c’est cela», afin de «sortir de la dispute ceci est le problème, non c’est cela».
Voici mes propres commentaires par rapport à cette intervention. Si l’intervenant, dont le comportement comme celui des autres acteurs est d’autant plus stratégique qu’il est d’emblée perçu comme acteur de changement, envoie des messages de type: «surtout ne changez pas» pour ne pas être pris dans les redondances de l’entreprise, de l’équipe, du groupe, la démarche peut, selon moi, se révéler intéressante. Il s’agit en effet d’envoyer des messages à 180 degrés dans un contexte de communication qui énonce: «ici on est là pour changer». « Si votre comportement va à l’inverse des redondances, il y a beaucoup de chances que le changement soit en marche», pronostique Duterme.
Mais s’il s’agit juste, comme je le crains, d’entrer via l’audit dans une compétition symétrique pour la définition juste du problème, juste parce que systémique ou interactionnelle, la démarche pose question, résolument. Comme si on sortait d’un problème de définition du problème par un audit qui aboutit à une définition «experte» du problème: le message que nous envoyons alors au client et aux collaborateurs est que nous avons, du haut de notre position haute, défini le problème juste. Nous sommes allés dans le sens des tentatives de solution en cherchant, comme eux à définir le problème, mais nous l’avons fait d’une position extérieure qui, dans l’univers des entreprises et des consultants, est synonyme d’objectivité. Celle, par exemple, que prônent depuis quarante ans les sociologues Michel Crozier, formé lui aussi à la systémique aux environs de Palo Alto, et Erhard Friedberg dans leur approche qui vise le diagnostic des redondances afin de «débloquer» l’entreprise ou le «système d’action concret» étudié, pour employer leur terminologie. Cette démarche scientifique date de bien plus de vingt ans… Par rapport à elle, la dynamique de l’arrêt des tentatives de solution apporte, selon moi, une bien plus grande richesse de possibles pour les intervenants.
Vingt ans ou quarante ans ?
Ce sentiment d’assister non pas aux vingt ans de l’IGB mais aux quarante ans d’une pensée 68, voire plus ancienne, parfois mâtinée d’un peu de systémique, je l’ai eu à plusieurs reprises lors de ces deux jours de colloque. De façon un peu déroutante, une première fois, en écoutant l’intervention de Teresa sur les émotions. Une intervention qui coinçait le modèle quelque part entre des préoccupations de Gestalt Thérapie — entrez en contact avec vos émotions et exprimez les — et les «expériences émotionnelles correctrices» chères, notamment, à Giorgio Nardone. Mais on semblait oublier que les émotions, comme les mots ou les comportements, constituent une propriété émergente d’une interaction dans un contexte de communication. Et qu’elles constituent soit un problème, à co-construire, soit un but conscient (paradoxal, évidemment: «je veux ressentir de la joie»), soit une tentative de solution, à interrompre. Mais je n’énonce ici que ma propre vision que j’ai du mal à faire coïncider avec les propos à mes yeux un peu flous de Teresa.
Autre impression de retour loin loin loin dans le temps, l’intervention de Tihamer Wertz sur la multiculturalité à l’école. On aurait dit du Bourdieu de La reproduction (1970) sur les inégalités scolaires. Avec du pédagogisme constructiviste, de l’enthousiasme de travailleur social soucieux d’assurer souplesse et vie au système éducatif, ainsi qu’un retour à l’idéalisme égalitaire de Jules Ferry. Le tout habillé de quelques belles citations «systémiques», illustrant parfaitement la confusion de niveau logique qu’il peut exister autour de cette théorie des systèmes: à la fois une construction (qui ne décrit pas mieux le réel que n’importe quelle autre théorie), une norme idéologique pour les militants («il est important qu’un système soit mobile, ouvert, fluide et donc adaptable») et un outil d’intervention (interrompons les boucles de rétroactions positives qui ne font qu’amplifier un problème). Bref, nous ne savions plus très bien où nous étions, de quoi nous parlions et à quel niveau logique se situait l’allocution. Parmi ces citations du «collège invisible» de théoriciens de la communication à la mode Palo Alto, je vous en livre une qui explique sans doute pourquoi je suis sûrement le seul à penser de façon aussi critique après cette contribution au colloque. «La croyance implicite et souvent explicite concernant les rapports de l’homme avec l’expérience suppose que si deux êtres humains sont soumis à la même expérience des informations virtuellement identiques sont fournies et que chaque cerveau les enregistre de la même manière.» (E. Hall)
Pas de différence non plus, pas d’information nouvelle, dans la contribution de Vincent Gérard. Les ouvrages de Malarewicz sur l’hypnose, et notamment sur l’hypnose conversationnelle, disent déjà tout cela. Mieux et il y a longtemps. Dommage qu’il n’y ait pas eu, durant ce colloque, de réflexion spécifique sur l’usage de ces stratégies locutoires pour induire du 180° à nos clients et patients.
Une grille de diagnostic pour nos errements
L’intervention la plus utile pour des apprentis intervenants que nous resterons jusqu’au bout, j’espère, aura sûrement été celle de Patrice Boscolo sur les erreurs les plus fréquentes en thérapie brève. Premier type d’erreur pour Patrice: l’application du modèle. Soit que nous ayons une confiance aveugle dans le modèle d’intervention, soit une confiance tout aussi aveugle dans le protocole, ce qui revient à confondre la carte et le territoire, soit encore que nous suivions, toujours sans réfléchir, la grille d’intervention ou, au contraire, que nous la laissions tomber pour nous faire engluer dans la relation. Principale antidote: ne pas se considérer comme responsable du changement ou du non changement.
Deuxième famille de chemins de traverses: les erreurs dans la gestion de la relation. Nous pouvons manquer de confiance dans nos compétences, avoir peur d’ennuyer le patient avec nos questions de détail interactionnel ou lâcher rapidement, trop rapidement, la posture paradoxale. Ce qui peut d’ailleurs provoquer le changement… Autre erreur, d’après Boscolo: le changement de stratégie. (Comme si il était d’ailleurs possible d’avoir une autre stratégie que l’arrêt des tentatives de solution.) La question se pose notamment lorsqu’on demande au patient de faire des tâches: attention à ne pas vouloir les rendre trop acceptables. Elles risquent alors d’aller dans le sens des tentatives de solution. Le thérapeute peut aussi adopter un mauvais positionnement. Ce qui le conduirait, par exemple, à se laisser enfermer dans la vision du monde du patient. Ou à se laisser envahir par ses émotions. Ou encore à conduire une thérapie expéditive. «On doit voir la brièveté non pas comme une fin en soi, mais comme une conséquence de la manière d’aborder les problèmes. Attention: ne pas bâcler le processus de travail.» L’excès de pudeur ou imposer son propre rythme à la relation entrent, d’après Boscolo, dans la même famille.
Troisième genre d’erreurs: des soubresauts dans l’application de la grille. Considérer les parents comme clients, forcément clients, au prétexte qu’ils amènent leur gamin en thérapie. Oublier de prioriser les choses dans un problème présenté globalement comme complexe. Ne pas poser la question miracle. Mettre n’importe quoi dans la grande marmite des tentatives de solution. Adopter une position trop basse, notamment la vente des tâches. Proposer une tâche irréaliste. Voilà pour le tableau clinique des erreurs. Le chemin est long pour améliorer notre écoute et notre mode de questionnement, pour bien cerner les boucles de régulation inefficaces pour le patient sans projeter ni interpréter. Mais c’est un chemin qu’il ne faut surtout pas emprunter en ayant le but conscient d’y arriver un jour. Le paradoxe n’est jamais loin.
Où habitez-vous à Palo Alto ?
À l’issue de ce colloque, subsiste une forme d’optimisme sur l’avenir du modèle de Palo Alto, ce modèle cybernétique réducteur de complexité qui s’appuie sur un client, un problème, un objectif, des tentatives de solution et un arrêt de ces tentatives. À partir de cette version de base, partagée, plusieurs écoles fleurissent. «Elles ont des évolutions différentes du fait de sensibilités différentes et des circonstances de la vie», juge Irène Bouaziz. «À un pôle du spectre théorique, certains recherchent des techniques de plus en plus efficaces, des modèles vendables, comparables à d’autres pour évaluer et se faire reconnaître. À l’autre pôle de ce même spectre, d’autres sont centrés sur la posture du thérapeute ou de l’intervenant, une posture qui peut aller jusqu’à la méditation. Et entre les deux, un champ immense avec un avenir plutôt brillant». Avec de multiples domaines à continuer à défricher: l’écoute, les modes de régulation des relations, les patterns les plus bloqués, les processus d’influence entre thérapeute et patient, les boucles interactionnelles en situation de formation, le travail sous contrainte des auxiliaires de justice ou en entreprise, la posture d’un consultant acteur du non changement…
Lucy Gill aura été la seule consultante à avoir travaillé avec l’équipe du Centre de Thérapie Brève du MRI de Palo Alto (tout au moins la seule à avoir laissé une trace dans l’histoire).
Elle a su, avec intelligence et pragmatisme, adapter le modèle de résolution de problème au contexte de l’entreprise.
Ne s’embarrassant jamais de considérations psychologiques, sa façon d’aborder les situations et d’appliquer la stratégie est d’une grande simplicité. L’atelier qu’elle a animé à Liège, alors qu’elle est maintenant à la retraite, était particulièrement bien structuré et vivant, alternant exposés et exercices pratiques. Pour ne pas reprendre le détail de ce qu’elle a fort bien exposé dans son livre (Comment travailler avec presque tout le monde, Retz, 2006) – ce qui a été fait sans gêne ni manifestement crainte d’un procès sur le site Internet de Mediat-Coaching qui ne cite même pas ses sources – nous ne mentionneront que les quelques points suivants :
- En réponse à la sempiternelle question des consultants: «comment vendre l’approche de Palo Alto?», elle dit : «Je ne la vends pas, je la fais.»
- L’approche de Palo Alto est, pour Lucy Gill, un outil parmi d’autres dans sa boîte à outils; elle l’utilise lorsqu’il y a un problème à régler, ce qui n’est pas le cas dans toutes les situations dans lesquelles on lui demande d’intervenir.
Ben évidemment !
Encore une réponse simple aux questions récurrentes de ces consultants en quête de nouveaux outils pour se positionner sur un marché difficile.
- La grande importance qu’elle accorde à l’utilisation de la vision du monde du client pour argumenter les interventions paradoxales, garantie d’efficacité comme de respect.
- Sa métaphore de l’amibe pour illustrer les six éléments essentiels d’un travail en équipe efficace et surtout leur interdépendance, ce qui permet, en touchant un seul des éléments, de mettre en mouvement tous les autres. Il s’agit de : communication et circulation de l’information, processus de décision, buts, rôles et attentes, méthodes et mécanismes et finalement la confiance, qui résulte du bon fonctionnement des cinq autres.
En conclusion, une excellente journée avec une excellente praticienne.
Jim Coyne, lors du Colloque de l’IGB, regrettait que les trois «pères» de la Thérapie Brève n’aient pas eu d’enfant et imaginait qu’il en aurait été autrement si ce modèle avait eu des mères. Lucy Gill, «mère» de l’application de l’approche en entreprise, ne semble malheureusement pas avoir fait beaucoup plus d’enfants non plus… ou alors, ils sont d’une discrétion exemplaire.
En étant optimiste, on peut considérer que les places sont encore à prendre.
Jim Coyne est un psychiatre américain qui a travaillé 8 ans au Centre de Thérapie Brève du MRI de Palo Alto.
Il s’est spécialisé dans le traitement des dépressions et nous a présenté les multiples facettes de son travail dans un atelier particulièrement touffu dont il n’est pas facile de rendre compte Les dépressions sont des situations dans lesquelles l’usage du paradoxe est particulièrement délicat. Le risque est grand, lorsque l’on donne rapidement quelques exemples marquants, de caricaturer des interventions qui ne peuvent donner des résultats que si elles sont faites dans la nuance et la subtilité. Conscient de cela, Jim Coyne nous avertit qu’une collection de trucs présentés sans un cadre stratégique fait courir le risque qu'ils soient utilisés à tort et à travers. Il considère qu’il est plus précieux d'enseigner un mode de raisonnement qui permettra de trouver des tactiques «sur mesure».
Nous nous risquons cependant à présenter quelques unes des notions abordées dans cet atelier un peu trop riche.
Coyne nous rappelle que la dépression est à la fois sous diagnostiquée et sur diagnostiquée: il y a beaucoup plus de prescriptions d'antidépresseurs que de déprimés et beaucoup de dépressions graves jamais traitées, tant en France qu’aux États-Unis.
Autre information quelque peu inquiétante: aux USA on commence à trouver des antidépresseurs dans le foie des poissons.
Au Centre de Thérapie Brève de Palo Alto on n’utilisait pas de diagnostic. Richard Fisch considérait que parler de dépression réifie les choses, dispense d'observer, médicalise, ignore le contexte, ne donne pas d'élément sur le problème, ni sur les tentatives de solution, ce qui laisse la place à tous les présupposés.
Jim Coyne, lui, fait le choix d’utiliser le terme dépression parce que cela permet de parler le langage du patient et des autres professionnels.
Il s’est ainsi rapidement démarqué de ses «maîtres» et, de la même façon, il nous explique qu’il a fait le choix de prescrire des tâches dès la première séance alors que John Weakland, qui savait pourtant quoi faire au bout de 15 minutes d’entretien, donnait rarement une tâche avant la troisième séance, pour prendre le temps de vérifier, de la rendre acceptable, que le patient la demande…
Que nous dit donc Jim Coyne?
Comment parler a un déprimé?
Les déprimés ont le droit de se sentir misérables, vous ne pouvez pas leur voler ça, alors: ne les encouragez pas, ne les complimentez pas, n’argumentez pas, ne minimisez pas leurs problèmes, ne leur dites pas «je comprends» parce qu’il est probable que vous ne comprenez pas, ne dites pas de choses positives.
Quelques exemples de tâches
Passer une semaine à se dire qu’on va vivre tout le temps déprimé comme ça et ne rien faire; puis passer la semaine suivante à observer ce qu'on pourrait faire, mais ne rien faire sauf besoin irrépressible. Faire la liste de toutes les choses qu'on aurait dû faire et qu’on n’a pas faites qui seront des choses à ne surtout pas faire la semaine suivante. Et même mieux, dès qu'on se dit «j'aurais du faire ça», le noter sur la liste et s'en dispenser tout de suite. Penser qu’on pourrait rester déprimé comme ça pour toujours et se demander comment on ferait pour vivre en aménageant sa vie. (Éviter de se battre pour faire lâcher la dépression, mais l'aménager.)
À propos des tâches non faites
Redéfinir le fait que le patient n'a pas fait une tâche comme une contribution à la thérapie parce qu'il y a certainement une bonne raison pour ça.
Il faut toujours protéger la dignité et la coopération du patient, dit Jim Coyne et nous ajoutons : principe fondamental de l’approche développée par le C.T.B. de Palo Alto et qui est passé aux oubliettes dans la version «évoluée» de la Thérapie Brève, comme on a pu le voir dans l’atelier de Giorgio Nardone.
Encore quelques petites idées
Les thérapies de groupe: le "blues group" pour les déprimés au moins 6 mois après une rupture; le groupe est devenu une équipe de consultants qui a constitué une boite à outils avec une quantité de définitions de recadrages.
Rire avec les déprimés, mais ne jamais rire d'eux.
Être très respectueux. Être très attentif et sensible aux différences culturelles: chaque culture offre des ressources différentes.
En conclusion
Jim Coyne est un thérapeute et un chercheur remarquablement dynamique et c’est une grande chance d’avoir eu l’occasion d’assister à cette journée. Il travaille actuellement sur le rôle de la vie relationnelle sur la santé. Il vient par ailleurs de publier, avec son équipe de l’Université de Pennsylvanie, une étude qui fait grand bruit sur les effets du moral dans l’évolution des cancers. Leur recherche, portant sur 1093 patients atteints de cancers de la tête et du cou, montre que l’état émotionnel, qu’il soit positif ou négatif, n’influe pas sur la survie.
Ce résultat va à l’encontre de ce que l’on pensait jusqu’à présent et on trouve sur le Net nombre de commentaires outrés… Pour nous, il a l’immense avantage de déculpabiliser les patients. Actuellement, la plupart des services de cancérologie, proposent, quand ils n’imposent pas, aux patients des psychothérapies avec l’idée de leur faire prendre conscience de la façon dont ils se sont «provoqué leur cancer»…
Il y a encore bien du chemin à faire pour faire passer dans le monde de la médecine et de la psychologie une vision systémique prenant en compte la complexité des interactions.
© I. Bouaziz, C. Gaudin/Paradoxes
Une demi-journée avec Giorgio Nardone (5 octobre 2007)
Giorgio Nardone, psychologue italien, propose une approche qu’il qualifie d’évoluée du modèle de Palo Alto. Doué d’une énergie et d’une force de conviction hors du commun, ce conquérant a diffusé très largement sa méthode à travers l’Italie et de plus en plus dans d’autres pays, faisant dire aux américains que l’avenir de la Thérapie Brève se trouve maintenant en Europe. Giorgio Nardone insiste sur la dimension stratégique, fortement inspiré en cela par les stratégies guerrières et en particulier par les «36 stratagèmes» de l’art de la guerre chinois. Il précise qu’il ne veut plus faire référence à la systémique, notion détournée par les thérapeutes familiaux.
Ces dernières années, délaissant un peu les stratagèmes, il a développé une forme de «dialogue stratégique» inspiré des sophistes grecs et principalement du «dialogue heuristique», de Protagoras. Avec cette méthode il assure résoudre la plupart des problèmes en 6 à 7 questions et une ou deux séances.
Ainsi, dans cet atelier mené tambour battant, il nous a exposé, avec comme à son habitude force citations, les principes de ce «dialogue stratégique» (cf. Il dialogo strategico – comunicare persuadendo tecniche evolute per il cambiamento –, de Giorgio Nardone et Alessandro Salvini, éditions Ponte Alle Grazie, 2004, traduit prochainement en français) et fait une démonstration spectaculaire avec une patiente aimablement prêtée par l’Institut Gregory Bateson.
Le «dialogue stratégique» proposé par Giorgio Nardone apparait comme une mécanique simpliste et extraordinairement artificielle qui repose sur des questions à choix illusoire ayant pour but, d’une part de faire apparaitre le thérapeute qui les pose comme un expert sur le sujet et d’autre part d’obliger le patient à accepter de considérer son problème autrement. Ponctué de longues reformulations recadrantes débutant systématiquement par: «permettez-moi de résumer pour voir si j'ai bien compris et corrigez-moi si je me trompe», le dialogue est bien plus un monologue hypnotique du thérapeute. L’objectif principal de la séquence des interventions est de créer une peur plus grande que celle qui constitue le problème, au point que le patient, «cloué sur sa chaise» par de terrifiantes métaphores, est contraint de changer.
La démonstration qui a suivi l’exposé a, en tous les cas, achevé de terrifier une partie de l’auditoire et malheureusement (mais, comme dirait «le grand sophiste grec Antiphon d’Athènes», ne faut-il pas de tout pour faire un monde?) séduit l’autre partie.
Il s’agissait d’une femme inquiète pour son fils qui a des difficultés pour s’intégrer à l’école où il se fait maltraiter par les autres enfants. Sans même la laisser exposer la situation en détail, lui coupant régulièrement la parole, Nardone a diagnostiqué (oui, oui, on diagnostique maintenant chez les Thérapeutes Brefs Evolués) un problème d’hyperactivité chez l’enfant et d’hyperlaxisme chez la mère. Il a injoncté à cette femme, avec une autorité qu’en 28 ans de pratique nous n’avions pas vu chez le pire des psychiatres répressifs, de se montrer autoritaire avec son fils: «Si vous n'êtes pas à même d’apprendre à votre fils à respecter les règles, que va-t-il devenir?, ou il sera lui-même victime de violence, d’abus, ou alors c’est lui qui sera violent et abuseur. Et ce sera la responsabilité des parents. Vous voulez être complice de ce futur?»
La maltraitance, la culpabilisation, comme moyen d’imposer une tâche…
Pétrifiées d’horreur, comme quelques autres, nous eûmes l’impression d’assister à une séance de torture et nous nous en voulons encore d’être restées silencieuses devant une pratique aussi choquante.xx Position haute dans la relation, vision pathologisante, conception normative des rôles familiaux et de l’éducation, absence de respect du client…
Un peu dur de voir ceci à Liège, dans le giron de l’IGB qui nous a enseigné, il est vrai il y a longtemps maintenant, exactement l’inverse.
Le principal apprentissage que nous avons fait lors de cet atelier aura été qu’une même matrice, disons, pour faire simple, l’approche interactionnelle de Palo Alto, peut donner tout et son contraire.
Nous y aurons aussi gagné une semaine de vacances, décidant, pour cette année, de nous dispenser d’aller à la 3ème Conférence Européenne de Thérapie Brève Stratégique et Systémique organisée par Nardone dans son fief d’Arezzo, Italie. Il y a des limites à la solidarité internationale…
vendredi 12 octobre
Méta-PNL ou une Méta-pratique.
Les dernières décennies ont vu fleurir les techniques de communication et de développement personnel. Parallèlement, les sciences cognitives et les neuro-sciences ont connus des développements significatifs venant tantôt renforcer tantôt infirmer les hypothèses émises par les différentes écoles. Parmi les différentes approches, la PNL n'est pas la moins contestée. Si elle est connue pour ses techniques de communication largement reprises dans les séminaires de communication, son évolution est diversement interprétée. C'est dans ce contexte qu'est née dans le cadre d'ateliers de pratique l'idée de mettre l'accent sur le caractère de méta-approche et sur le processus de modélisation qui est à la base de la naissance de la PNL. Cette démarche propose de développer des aptitudes à l'identification de nos modèles mentaux, ces schémas cognitifs qui nous permettent de donner sens à notre expérience. L'objectif poursuivi est de se donner les moyens de changer dans un environnement en changement permanent.
La Méta-PNL a été définie en 2004 par Christian Vanhenten dans l'intention de recentrer la Programmation Neuro-Linguistique sur le processus qui lui donne sa spécificité. Etant donné que la PNL est déjà très largement répandue, il est difficile de la redéfinir et il a été choisi de faire usage du terme de méta-PNL pour distinguer les niveaux d'utilisation de la PNL. Notez ici que le P devient ici le P de pratique et plus le P de programmation. Méta-PNL est donc une méta-pratique.
Il n’existe pas de définition claire de la PNL. De nombreux auteurs aiment à rappeler la citation de son co-créateur Richard Bandler qui définit la PNL comme étant « une attitude et une méthodologie qui laisse derrière elle une trainée de techniques ». La PNL est un domaine qui a pour objet la modélisation de l’expérience subjective de l’être humain. Au centre de la PNL on trouve donc un processus de collecte d’information en vue de définir des modèles. Un modèle se distingue d’une théorie par le fait qu’il ne s’agit pas de prouver sa véracité. Seule compte la notion de pertinence ou d’utilité. Je fais comme si le modèle est opérant. Je le teste et si j’obtiens le résultat attendu alors le modèle est pertinent. Dans la négative j’adapte le modèle ou je le remplace. La PNL est donc avant tout, comme Bandler le déclare, une attitude, une démarche mais le grand public n’en connaît généralement qu’un ensemble de techniques présentées la plupart du temps à coups de slogans accrocheurs.
Après 20 années d’existence on peut se demander ce qu’est devenue la PNL. Suivant une évolution assez courante on peut se demander si la PNL ne s’est pas réifiée et ne s’est pas progressivement enfermée dans un paradoxe étonnant: celui qui consiste à prendre la carte de ses modèles "classiques" pour le territoire. Les livres et formations PNL se résument le plus souvent à un ensemble de modèles et de techniques exposés comme s'ils étaient "la" vérité, comme si les croyances et les stratégies existaient vraiment, comme si nous construisions réellement des images dans notre esprit (visuel construit), comme si nous entendions une voix intérieure (Auditif interne),… Dès lors la carte PNL devient le territoire de notre expérience humaine et nous risquons de "rigidifier notre flexibilité". Sans remettre en cause l'efficacité de la plupart des modèles et techniques PNL, ce que propose la méta-PNL c'est de revenir à l'attitude de flexibilité caractéristique de la PNL et de générer un processus récursif qui consiste à appliquer la PNL à la PNL. On peut ainsi revenir au processus central qu'est la modélisation et se recentrer sur la fameuse attitude de flexibilité et de curiosité définie par Bandler.
Le terme méta indique que l'on se place à un niveau logique supérieur par rapport à la PNL. Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur mais, plutôt de la notion de classe logique. Robert Dilts définit les niveaux logiques ainsi: « Dans la structure de notre cerveau, de notre langage et notre système perceptuel, il y a des niveaux ou hiérarchies naturelles d'expérience. L'effet de chaque niveau est d'organiser et contrôler l'information des niveaux inférieurs. Changer quelque chose à un niveau supérieur entraîne nécessairement des changements dans les niveaux inférieurs, alors qu'un changement à un niveau inférieur pourrait ne pas affecter les niveaux supérieurs »(Dilts, Epstein, Dilts 1991)
Dès que nous créons des classifications ou des catégories, nous créons des niveaux logiques. Le chien qui traverse la rue n'est pas au même niveau logique que la classe des chiens. Lorsque nous parlons de notre conversation, nous créons une méta-communication qui a pour objet notre communication. Cette méta-communication se situe à un niveau logique différent de la communication proprement dite.
La Méta-PNL se situe donc à un niveau logique différent de celui de la PNL telle qu'appréhendée aujourd'hui. Elle aborde des aspects qui forment le cadre dans lequel la PNL évolue. Un des points centraux de la Méta-PNL est la création de modèles génératifs. La modélisation au sens large du mot est replacée au centre du débat. Ce processus relève d'une démarche créative et sans tabou dans un état d'esprit qui semble comparable à ce qu'ont pu vivre les créateurs de la PNL des premières heures.
Il est intéressant de rappeler que John Grinder et Richard Bandler, les co-créateurs de la PNL ne disposaient pas de la PNL pour créer leurs modèles. Ils sont partis d'un travail d'observation. Leur bagage intellectuel et leur expérience leur a permis de développer des modèles qui sont devenus les références actuelles de la PNL. Remarquons en passant que Grinder et Bandler n'ont à proprement parler rien inventé ex nihilo. Ils ont combiné et assemblé des idées circulant à cette époque et ont ainsi générés des modèles opérants. Ces modèles de base sont le méta-modèle du langage, les stratégies, le Milton-modèle, les systèmes de représentation et les clés d'accès oculaires. Ils ont donc inventé ces modèles à partir d'informations, d'idées, de concepts, le tout émergeant d'un travail précis d'observation et d'imitation des comportements efficaces des thérapeutes d'exception que furent Fritz Perls, Virgina Satir et Milton Erickson. A partir de ces modèles, des techniques diverses ont été développées en assemblant et en réassemblant de toutes les manières les briques de base. Entre-temps d'autres modèles sont venus compléter les premiers. Citons en vrac les méta-programmes, les sous-modalités, le travail sur la ligne de temps. Les quelques nouveaux modèles réellement innovant ne sont que les exceptions qui confirment la règle (citons par exemple le modèle des niveaux neuro-logiques de Dilts devenu entre-temps un 'classique' ou des techniques de la ligne du temps et plus récemment les méta-états). Progressivement la PNL s'est enfermée dans un univers dominé par les modèles de base devenus les piliers d'un paradigme incontournable et incontesté recréant ainsi les limitations mêmes qu'elle se prétendait dénoncer.
Dans de nombreux domaines des paradigmes sont définis qui sont des modèles explicatifs permettant de donner sens aux phénomènes observés. Ces modèles sont appliqués de plus en plus largement et progressivement on se rend compte que les modèles présentent des lacunes. De là découle une insatisfaction et des tensions naissent entre les défenseurs du paradigme en place et les voix qui s'élèvent pour dénoncer les faiblesses du paradigme. C'est en général à ce moment qu'une personne, dont le regard n'est pas encore déformé par le paradigme en cours, débarque. Il voit ce que les autres ne voient pas ou ne voient plus et propose un nouveau paradigme qui répond aux questions restées sans réponse. C'est le point de départ d'une révolution scientifique.
On peut appliquer ce raisonnement à la PNL qui est née du regard innovateur et anticonformiste de ses deux co-créateurs. Ensuite des modèles et techniques d'intervention ont été développés pour répondre aux "résistances" qui rendaient les techniques antérieures inefficaces. Les modèles ont gagné en complexité pour n'avoir pas orienté le débat sur les questions-clés. Les modèles dits 'classiques' ont engendré une certaine raideur de la PNL. Les techniques et modèles de base sont réifiées et les praticiens PNL manquant d'expérience sont tentés de se limiter à décoder l'expérience humaine uniquement au travers des grilles PNL et d'oublier la citation que l'on attribue à Maslow qui dit: "Si pour seul outil je n'ai qu'un marteau, tous les problèmes ressembleront à des clous".
Il est fort heureusement des praticiens flexibles et créatifs. Beaucoup de formateurs ont conservé les qualités inhérentes à l'attitude PNL. Il est également vrai que beaucoup de modèles et techniques sont efficaces et qu'une pratique correcte amène une souplesse d'esprit tout à fait remarquable. Dès lors plutôt que jeter le bébé avec l'eau du bain et de rejeter d'une manière simpliste l'ensemble de l'acquis actuel du domaine de la PNL ou de réinventer l'eau chaude, Christian Vanhenten propose avec la démarche de la Méta-PNL de remettre à l'avant plan l'attitude PNL plutôt que ses techniques.
La PNL offre des outils, des grilles extraordinaires; abordons les sous l'angle de la Méta-PNL et élargissons notre regard dans toutes les directions.
Une première direction est celle des modèles proprement dits. Grinder déclarait:
« Créez votre propre code! Jetez les vieux modèles ou du moins trouvez de nouvelles manières de décrire les vieux schémas (patterns) pour les rendre plus transportables, plus faciles à apprendre…Réaliser les mêmes objectifs mais plus simplement qu'auparavant. Trouver les similarités des anciens modèles (codes) - quelles variables se cachent derrière les schémas (patterns). Quelles variables rencontrez-vous systématiquement ? Demandez-vous: comment puis-je faire la même chose autrement ? »
Beaucoup de techniques actuelles de la PNL sont des assemblages de modèles plus anciens. De nouveaux modèles sont développés qui sont de plus en plus complexes ou de plus en plus spécialisés. La quantité de modèles et de techniques augmente à mesure que le nombre de praticiens-développeurs augmente mais les modèles réellement innovateurs sont rares. On peut comparer cette situation au développement de certains jouets, et notamment des très célèbres blocs de construction de la firme Lego qui au début proposait des blocs simples de multiples couleurs et de tailles différentes. Les enfants pouvaient construire et élaborer des montages grâce à leur imagination et leur ingéniosité. Puis Lego a proposé des boîtes de jeu de plus en plus élaborées et de plus spécialisées. Les pièces devenaient spécifiques et n'étaient plus universelles. Telle boîte permet de construire des vaisseaux spatiaux, telle autre des maisons, telle autre représente des animaux ou des objets spécifiques tels que des tasses, du mobilier, etc. Le développement a continué dans ce sens et actuellement la firme danoise commercialise des boîtes de robotique qui ne sont carrément plus à la portée des plus jeunes. La PNL a en quelque sorte suivi une voie équivalente. (note Lego est une marque déposée de Lego Group)
La deuxième direction est la modélisation.
On sait peu de choses des travaux de recherche qui ont mené Bandler et Grinder à définir les premiers modèles de la PNL. La rencontre de Bandler et Grinder s’est faite dans une conjonction d’éléments favorables : un contexte contestataire, un jeune étudiant doué pour l’imitation donnant des formation à la Gestalt, un jeune professeur en linguistique maîtrisant la grammaire transformationnelle de Chomsky le tout dans un climat où toutes les audaces sont permises. Des séances d’expérimentation durant lesquelles des modèles sont testés par des étudiants, la rencontre de personnalités hors du commun tels que Gregory Bateson, Virginia Satir ou Milton H. Erickson sont le terrain fertile de l’éclosion de la PNL. Les 4 premiers livres des co-créateurs sont les marques de cette période extraordinaire. Ils montrent clairement que les premiers travaux n’étaient qu’une tentative d’étendre les concepts de la grammaire transformationnelle au champ de la thérapie en partant de la notion centrale de modèle du monde que nous créons pour interagir avec notre environnement. A partir de nos expériences que nous percevons sensoriellement, nous créons nos modèles du monde en faisant appel à trois processus linguistique : l’omission, la distorsion et la généralisation. Le premier modèle qui est développé dans le premier livre (Structure of Magic I) est le méta-modèle du langage pour la thérapie. Il permet de démonter nos modèles du monde en partant de sa structure de surface composée du langage verbal (qui sera dans le tome 2 étendu au non verbal) pour mettre en évidence la structure profonde qui est notre représentation plus ou moins consciente de tout ou partie de notre expérience (ou structure de référence). La manière d’aborder la pratique thérapeutique est essentiellement basée sur une observation attentive (la calibration) du sujet. Partant de cette observation attentive tant sur le plan verbal que non verbal, le thérapeute peut distinguer ce qui est particulier à l’individu et l’intervention sera focalisée sur ces informations plutôt que sur un modèle d’intervention-type qui serait connue a priori par le thérapeute. Partant du principe que les processus de généralisation, distorsion et omission tendent à appauvrir notre modèle du monde, l’intervention consistera donc à fragiliser ce modèle pour ensuite l’enrichir de nouvelles perspectives qui nous permet d’avoir plus de choix.
Ces premiers développements seront développés en appliquant les principes de la systémique et notamment la notion de rétroaction matérialisée par la boucle composée de l’expression du langage verbal et non verbal du sujet, de la calibration par le thérapeute, de son intervention, de l’impact de celle-ci sur le sujet qui donne lieu à une nouvelle expression verbale et non verbale et ainsi de suite jusqu’à atteindre l’objectif thérapeutique fixé.
Il s’en est suivi une autre période de développement marquée par des personnalités telles que David Gordon, Robert Dilts, Leslie Cameron-Bandler, Judith Delozier qui a vu la PNL trouver son acronyme et s’enrichir de nouveaux modèles. Progressivement pourtant la dimension business a pris le pas sur la dimension scientifique et les procès entre les deux co-créateurs sont autant de confirmation de la fin du premier âge de la PNL.
La troisième direction est l'ouverture d'esprit La PNL se limite trop à son champ de connaissance actuel. Le développement des sciences cognitives et des techniques corporelles offrent un champ immense de nouveaux développements. La Méta-PNL permet d'adopter une position méta par rapport à la PNL et d'englober dans notre espace de perception les autres approches et courants de pensée. Notons également l'intérêt d'approfondir les paradigmes déjà adoptés par la PNL mais qui méritent d'être approfondis. C'est entre autre ce qu'à fait Michaël Hall avec la sémantique générale de Korzybski.
Une autre direction est l'attitude Cette attitude est sans doute la clé de voûte de la Méta-PNL. Elle est déjà adoptée par ceux qui vivent une PNL ouverte, flexible et ont intégré ses principes dans leur comportement au quotidien. Cette attitude devient avec la Méta-PNL une philosophie, un art de vivre un méta-regard sur notre carte du monde. Construire notre réseau de connaissances de manière souple et dans un processus récursif c'est-à-dire appliquer les modèles sur les modèles, réexaminer les présupposés à la lumière des présupposés et développer ainsi un processus mental dynamique seul a même d'appréhender la complexité. La PNL actuelle manque de congruence quand elle prétend avec des outils rigides nous apprendre à développer notre souplesse. La Méta-PNL veut tendre vers un apprentissage de niveau 3.
Communauté de praticiens [modifier]
Enfin (et la liste n'est pas exhaustive) une direction non moins intéressante consiste à agir pour sortir la communauté PNL de son train-train. Formateurs, développeurs maîtres et praticiens forment une communauté dont les rôles se figent de plus en plus. Le système tend à devenir une pyramide alimentée par les personnes extérieures qui "entrent en PNL" et viennent grossir les rangs des potentiels clients de séminaires. Ensuite viennent la cohorte des initiés, des praticiens, puis les maîtres-praticiens. Au sommet de cette pyramide on trouve les formateurs qui vivent de la certification et parmi ceux-ci une poignée de développeurs qui évoluent dans un climat hautement concurrentiel et jouent des coudes pour imposer leurs modèles et vision de la PNL.
La Méta-PNL a pour ambition de faire de chaque méta praticien un praticien et un créateur. Pour ce faire la communauté PNL pourrait s'inspirer de la dynamique de l'Internet et encourager la circulation d'information. De la même manière que la notion d'open source a permis aux développeurs de contribuer au développement d'un logiciel tels que Linux qui a réussi à ébranler le monopole du géant Microsoft, la Méta-PNL propose de construire une communauté de praticiens-développeurs qui vivent la PNL de manière dynamique et ouverte. Pour ce faire, il est indispensable de contribuer à une circulation maximale de l'information et des modèles et techniques développés. Le principe du copyleft développé par Richard Stallman semble être un moyen tout à fait adéquat pour favoriser la circulation des modèles tout en respectant aux auteurs la paternité de leurs développements. Le terme "copyleft" a été créé sur base d'un habile jeu de mot avec le terme "copyright". Conçu au départ pour les logiciels informatiques il s'étend progressivement à d'autres domaines. Un modèle développé et protégé par une convention de copyleft reconnaît à son auteur la paternité de sa création et autorise la circulation du modèle moyennant l'obligation de mentionner l'auteur. La personne qui entre en possession d'un modèle protégé par un copyleft s'engage à ne pas empêcher la circulation du modèle. Le modèle peut être modifié ou amélioré et dans ce cas le nom des auteurs des modifications est ajouté au nom du premier auteur et le modèle dérivé ainsi créé doit être placé sous la protection copyleft. Le modèle protégé par le copyleft est un modèle libre c'est-à-dire un modèle que l'on ne peut empêcher de circuler. Mais libre ne veut pas dire gratuit. La formation à un modèle, la publication d'un livre ou de cassettes videos ou audios peuvent donner lieu à paiement.
On le voit, les pistes sont nombreuses et peuvent toutes donner lieu à un développement créatif d'une PNL qui trouvera une nouvelle dynamique de réseau souple et ouvert pour une diffusion beaucoup plus large en tant que démarche de communication et de développement personnel ou en tant que terreau fertile à la création de techniques efficaces dans tous les domaines d'application.
Le développement personnel: une construction...
Le développement personnel permet la compréhension et l'intégration des expériences vécues qui visent à instaurer ou à restaurer l'interaction la plus harmonieuse possible entre évolution personnelle et processus extérieurs. En plus des valeurs d'authenticité et de reconnaissance des autres, on peut ajouter qu'il est un outil de connaissance au sens le plus large du terme puisqu'il s'inscrit dans un processus d'apprentissage et d'évolution plus direct et plus mobile qui a des effets sur 1) les priorités dans le passage à l'action 2) sur le style relationnel 3) sur la conscientisation des rapports de cause à effet 4) sur la régulation émotionnelle et le développement d'émotions plus agréables 5) sur la capacité d'engagement dans une action et dans le sentiment d'appartenance à une catégorie plus vaste d'individus. Qu' il fasse appel à plusieurs disciplines, la PNL, l'analyse transactionnelle, le MTBI et bien d'autre, le développement personnel est un outil de l'appropriation du changement, de l'image, de la communication, de la performance, de management, questions réccurrentes des entreprises d'aujourd'hui.
mardi 09 octobre
La contribution du développement personnel au développement des compétences professionnelles
A l'echelle humaine, on peut dire que la naissance ouvre une période où nous aurons à " subir pour avoir " . C'est la logique interne de cette tranche d'âge, jusqu'à l'adolescence. Subir, c'est-à-dire être dépendant pour l'obtention des choses nécessaires à notre survie: biens matériels, soins, affection, informations. Et selon notre contexte, cette phase peut nous pourvoir plus ou moins bien.
Puis survient l'adolescence, dans une évolution normale où on entre dans une logique " d'avoir pour agir " . L'adolescent mobilise ses ressources pour passer à l'action, et se faire sa place dans la vie, hors du lien familial. Puis c'est l'âge adulte et ses conquêtes, dans une compétition avec les autres, et le besoin de prouver son existence, sa valeur et d'être reconnu par l'extérieur. C'est par la comparaison aux autres que cette reconnaissance s'obtient; nous sommes poussés à faire mieux que les autres, nos références sont externes.
A quarante ans, se pose en général et de manière radical, la question du sens de la vie: à quoi sert ce que j'ai fait jusqu'ici ? Le regard des autres ne suffit plus et c'est par rapport à nos désirs les plus profonds que l'attribution du sens se fera. C'est le moment où on désire identifier nos " vraies " valeurs, nos aspirations essentielles, en s'appuyant sur une reconnaissance sans cesse affinée des émotions, des sentiments, de l'intuition, des convictions les plus intimes et de décider alors des actions et réalisations qui soient vraiment en accord avec ce niveau-là de perception de soi. Ainsi, on ne se compare plus aux autres, mais à soi-même, nos références sont internes.
Le développement professionnel tient plutôt de la logique du " avoir pour agir " alors que le développement personnel tient sans doute plus de la logique du " agir pour être ". L' un est au service de l'action, il vise l'efficacité, l'utilitaire, il participe à l'accumulation de l' avoir, il est de l'ordre de la production, de la compétitivité, de la conquête, de la conquête de marchés entre autre, pour le développement des richesses matérielles, de l'individualisme. Il est une étape incontournable. L'autre, la logique du " agir pour être ", c'est entrer dans le monde de la création. Création de richesses non plus matérielles, mais sensibles, telles que les relations humaines, la création de soi, de valeurs et de projets. C'est de l'ordre de la singularité, de l'individuation et de la parité. C'est par une comparaison à soi-même, par rapport au chemin parcouru ou à un idéal représenté par la direction qu'on souhaite s'aligner au monde du sensible, aux sentiments intimes et intérieurs.
Ainsi, on peut mieux comprendre comment s'articulent " développement des compétences professionnelles et développement personnel, de la même manière que s'articulent " procédures et processus ". Entre les deux, le même changement radical de plan. On passe ici, du concret, du matériel, " le monde de l'avoir ", à l'abstrait, au subtil, " le monde de l'être ". Lequel monde va évidemment se manifester aussi sur le plan concret et donc modifier les anciennes manières de voir, de percevoir, de sentir, et engendrer un comportement nouveau.
Par différence entre " avoir pour agir " et " agir pour être ", on constate que le développement personnel relève de l'être, de l'intérieur et de la référence interne qui se manifeste à travers les émotions, sentiments, intuitions, aspirations et valeurs, manifestations extrèmement précieuses de ce qui est le plus profond et qui est encore plutôt réprimé. Les émotions vont donc être au centre des formations, des stages de développement personnel; en somme, on va apprendre à les écouter (prendre connaissances), à les reconnaître (possibilité de se projeter) et à les traduire (analyser pour mieux communiquer). D'autre part, les émotions sont aussi le résultat, la conséquence de l'action: la reconnaissance du " professionnel " engendre la satisfaction du " personnel ". La satisfaction du plan personnel engendre des actions de régulation interne qui sont de plus en plus reconnues dans le monde professionnel ce qui rejoint ce qui a été dit précédemment. Le plan émotionnel de l'être humain, dont la valeur sous-jacente est construite sur la notion du choix de l'être - avec la maturité comme référence - semble être un plan qui prend une dimension nouvelle. Une meilleure connaissance de soi, de ses valeurs et une position de référence intérieure permettent une meilleure articulation avec des projets qui aient une signification forte et du même coup, facilite le passage à l'action.
lundi 08 octobre
Compétences personnelles et activité professionnelle
Peut-on dire que les compétences personnelles sont des métacompétences, et que le champ de l'activité professionnelle n'en est qu'un terrain d'application?
Une piste qui paraît intéressante, est celle consistant à considérer les logiques propres au développement personnel et professionnel. En effet, si ces champs ont leurs logiques propres, et qu'ils servent chacun leurs buts avec chacun leurs moyens, peut-être pourra-t-on mieux les différencier.
Une représentation cyclique du développement peut être envisagée. Ce cycle est pris dans une spirale et les choses se déroulent selon une logique propre, interne au système. Et ensuite, elles atteignent un sommet par exemple. Mais il n'y a pas reprise du cycle tel quel car tout est pris dans le mouvement et les choses évoluent; elles ont évolué: la spirale impose sa logique dans le cycle qui reprend de manière ciculaire mais pas totalement circulaire. La logique, qui pouvait être un support, une aide à la réalisation, finalement n'en est pas vraiment une. On peut faire le constat que la suite des choses à varier et s'invente d'elle même. Le sens des choses change imperceptiblement et s'il y avait un but à poursuivre, il serait toujours à atteindre.
Ce qu'on peut prédire maintenant, c'est que ce n'est pas leur logique propre qui est à considérer mais plutôt leur processus d'évolution ou les limites de leur mode d'expansion. Un des symboles sociétales forts est bien entendu l'argent, symbole de puissance qui se traduit dans la logique de la spéculation. Actuellement, ce mode d'expansion approche de ses limites: chacun souhaite sa place au soleil, mais la logique de conquêtes n'est-elle pas à terme une logique d'exclusion qui tourne en rond ?
Que constate J. de Ronay : " Un renversement des procédures actuelles de nature descendante (politiques, technocratiques, plans, programmes) vers des approches ascendantes (mouvements associatifs, vie communautaire, démocratie participative) basées sur d'autres valeurs sont de nature à fonder le nouveau sens de la collectivité ". De nouvelles conceptions sont aussi en germe dans le monde des entreprises, par exemple, les entreprises apprenantes. A ce sujet, E. et C.Laszlo écrivent: " La culture des entreprises a commencé à passer d'une concentration exclusive sur les potentialités du marché et de la rentabilité de l'investissement à des considérations relatives à ce qui peut le mieux servir les intérêts de l'entreprise dans le cadre de son milieu sociale et écologique. Au vue des liens étroits qui s'intensifient rapidement entre les entreprises actuelles, la société et la Nature, ce déplacement n'est pas une poussée d'idéalisme, mais constitue une évaluation nouvelle et plus éclairée de ce qui est vraiment l'intérêt le plus grand des entreprises ". La question du passage d'une école de la sélection à une école de la vie révèle tout son intérêt au moins dans le fait de l'avoir posé.
Le développement personnel: un cours de rattrapage?
Les conditions du développement personnel sont disposées dans l'environnement car chacun de nous, dans la vie quotidienne est amené à rencontrer, communiquer, négocier, prendre les autres en compte de la manière la plus agréable possible, se donner des lignes d'action, les évaluer. En effet, la vie est une suite d'expériences formatrices, ou plutôt, chaque expérience constitue un potentiel d'apprentissage. Encore faut-il pendant qu'on la vit, ou après l'avoir vécue, l'interpréter et en tirer des enseignements. C'est-à-dire, au cours et par une vie active, être en prise sur l'environnemment, avec les autres, sur son passé, son présent, son avenir, sur sa vie intérieure,bref, vivre une "vie vivante". C'est là aussi la différence entre l'accumulation de savoirs formels et l'accumulation de connaissances directement tirées de l'expérience personnelle plus dynamiques.
C'est pourquoi, on peut dire que les conditions existent déjà bel et bien pour chaque individu. En même temps, c'est un processus tellement long, douloureux, tâtonnant, plein d'impasses et de chausse-trappes qu'un organisme de formation en développement personnel peut souhaiter, sinon baliser un chemin, du moins donner des repères, des outils, des méthodologies pour que se soit plus confortable. Il s'agit en fait, d'une sorte d'accélération du processus " d'éducation à la vie, de cours de rattrapage " - pour ceux qui ne sont pas assez satisfait de leur propre rythme et de leur manière d'exploiter les opportunités - de construire du sens, ou simplement pour ceux qui ont envie d'explorer, de découvrir, et au bout du compte d'être sans doute, selon la formule toute faite, d'être plus heureux de rendre heureux.
Le développement personnel est fondé sur la compréhension et l'intégration des expériences vécues: tous les efforts déployés pour acquérir une meilleure connaissance de soi et de l'environnement, constituent une démarche qui vise à instaurer (ou parfois à restaurer) l'interaction la plus harmonieuse possible entre évolution personnelle (et ce sur tous les plans: physique, affectif, émotionnel, intellectuel, spirituel) et les processus extérieurs. Autrement dit, le développement personnel renvoie à une façon d'être au monde. Comme point commun à tous les processus d'apprentissage, il y a progressivité des processus d'une nature auto-organisationnelle où les notions de lien, d'ouverture, et de projet qui fassent sens, sont fondamentaux. Enfin, si la présence ou l'instructeur lui-même ne rend pas l'apprenant passif.
Mais à tout cela s'ajoute des conditions particulières (au développement personnel). Une non dualité: la dimension duelle n'est pas niée, mais elle est vue simplement comme un niveau de la réalité ou du regard qu'on peut porter sur elle. Mais c'est un regard "borgne" pour celui qui, prenant un niveau de réalité pour toute la réalité, est trompé en quelque sorte, sans le savoir, par un niveau de perception et par des croyances et schémas de pensées qui s'y rattachent et qui nient par là même, une ontologie des autres ou d'autres possibles, virtuels et potentiels. Le processus d'apprentissage, un "au delà des mots", tend à dépasser ce niveau sans le nier, mais en l'englobant au sein d'un processus de connaissance plus direct, plus mobile et plus vaste, niveau fondateur d'un autre rapport avec les mots, les signifés, les concepts. Plus loin que des significations conventionnelles, académiques ou contextuelles, c'est l'expérience directe qui fait que les mots signifient autrement, ceux-ci alors reliés à l'expérience de développement intérieur, au "voir et entendre actif", sur le chemin de l'expérience de la relativisation de l'identité personnelle. Enfin, dernier point parmi les plus difficiles, il s'agit de dépasser la notion même de projet, indissociablement liée à l'expérience illusoire d'une identité stable et indépendante ou même de l'identité sauvegardée et aménagée.
Une introduction à la notion de "développement personnel"
Ce qui semble acquit, c'est l'engouement d'un public de plus en plus nombreux pour le développement personnel, qui semble être une tentative, plus ou moins désespérée, pour redonner du sens à son existence, sur une toile de fond sociale, politique, économique,pour certains plus ou moins inquiétante. Ainsi, le monde économique semblerait fou, ou du moins incontrôlable dans sa course au profit: il "broie" les êtres humains et fabrique de l'exclusion au niveau des nations du monde; des couches de population, des pays entiers sont hors-jeu, tandis que la spéculation bat son plein et que la consommation devient effréné. La gestion des ressources planétaires entraîne des séries de catastrophes dans le domaine écologique, la surpopulation bouche nos perspective mais encore le surarmement, les manipulations génétiques sur les plantes, les animaux et sur les humains sont autant de sources d'inquiètude.
En ce qui concerne l'individu, le mode de vie occidental est générateur de stress et hypothèque la santé: on tombe malade, et surtout on s'ennuie. Vivre est-il devenu mécanique, et qui plus est, dans une solitude sociale, caractéristique de notre époque contemporaine ( 13 millions de célibataires en France et moins de 3 ans pour la durée moyenne de vie d'un couple). Force est de constater, en général, le peu de crédit pour les réponses globales, économiques ou politiques tandis que nous sommes, individuellement incapables de résoudre la plupart des problèmes qui se posent; quand nous ne rendons pas les situations pires par l'application de solutions qui ne permettent que de "réussir à échouer" selon l'expression de P.Watzlawick, en générant des complications imprévues, spirale sans fin de crises et de solutions.
La Science nous a amené, à travers l'injonction de Descartes " Rendez vous maître et possesseur de la Nature", à fragmenter la connaissance à l'infini avant de déboucher de manière paradoxale, sur les "rives" de la métaphysique. La recherche de l'infiniment petit, du disjoint, du distinct, a amené à travers l'évolution des sciences de la Nature et la physique quantique - dont le modèle pour une autre représentation de la Nature ne s'est toujours pas imposé depuis près d'un siècle - à l'opposé de là où elle pensait se rendre, mais plus encore, à une conception de l'univers radicalement différente, ainsi que l'a souligné E.Morin dans ses écrits ( La Méthode ) : " Sciences, techniques et sociétés sont devenues entraîneuses et entraînées dans un tourbillon où elles sont mutuellement dominatrices et dominées, asservisseuses et asservies. Ce tourbillon entraîne désormais l'avenir de la planète. Une fantastique aventure s'accélère dont la science de plus en plus élucidante et aveugle, omniprésente et impuissante est devenue la tête chercheuse. Elle conduisait, croyait-on, encore il y a un sciècle, à l'émancipation de l'humanité. Aujourd'hui, nous voyons qu'elle peut conduire à l'asservissement de l'homme et à l'explosion du monde. Rien n'est encore décidé ".
Ainsi, pouvons-nous dire qu'une certaine vision du monde de ce paradigme rationnel, dominant, a produit notre civilisation occidentale, a promu son hégémonie, et bute actuellement sur ses propres limites? Ce qu'elle continue à produire peut-il nous précipiter collectivement vers notre perte, si rien n'est infléchi?
La Physique Quantique tente pourtant, aujourd'hui, de proposer- sans grande écoute, il est vrai - une vision unifiée du monde, qui pourrait nous permettre d'envisager d'autres compréhension. Peut-être aussi, à terme, cette vision nous permettra-t-elle de réunifier deux modes de vie très différents, qu'on peut globalement qualifier " d'occidental " et " d'oriental ", l'un fondé sur le contrôle et la technique, l'autre sur le sens et le plaisir du présent ainsi que le commente, en autre, Boris Cyrulnik, en 1995: " la culture occidentale a pris le pouvoir grâce à la technologie qui a le pouvoir grâce à une attitude séparatrice. En clivant en mille spécialités, chacun a creusé son sillon, fait des performances étonnantes et, a complètement atrophié les autres représentations du monde. D'autres cultures ont fait de moins bonnes performances, mais continuent à donner du sens aux choses, ce qui crée une très grande richesse du quotidien, un monde tout à fait épanouissant". Plus longuement, on peut poursuivre en citant D.Bohn ( cf " La plénitude de l'univers " ) qui ajoute: " il est clair que ces différentes voies développées par les deux sociétés conviennent à leurs différentes attitudes devant la mesure. Ainsi en occident, la société s'est principalement appliqué au développement de la Science et de la Technologie (qui dépendent de la mesure), pendant qu'en Orient, l'intérêt principal est allé vers la religion et la philosophie (qui sont dirigées vers l'incommensurable)...l'incommensurable constitue la réalité originelle...la mesure constitue une approche d'un aspect secondaire et dépendant, mais néanmoins aussi nécessaire de la réalité...la mesure identifiée avec l'essence même de la réalité, ceci est une illusion ". Même si l'occident a brillammant réussit à augmenter sa puissance technique et son pouvoir sur la Nature, dans le même temps, nous avons perdu la forme de liens directs avec elle, qui nous permettaient des visions plus fusionnelles, magiques, primitives. Nous avons choisi une voie et nous l'avons creusé non sans aveuglément, peut-être jusqu'au danger, jusqu'à l'absurde. D.Bohn: " Les distinctions largement répandues et pénétrantes entre les gens (races, nations, familles, professions, etc...) qui, à l'heure actuelle empêchent l'humanité de travailler dans son ensemble, pour le bien commun, ont à l'origine, un facteur clé dans une façon de penser, qui traite les choses comme divisées, de façon inhérente, déconnectées et "cassées" en d'encore plus petites parties constitutives. Chaque partie est considérée comme étant essentiellement indépendante et existant en elle-même ou auto-existante. Lorsque l'homme pense à lui-même de cette façon, il tend inévitablement à défendre les besoins de son propre ego contre l'ego des autres...Si il pense à la totalité comme constituée de fragments indépendants, alors ce sera la façon dont son esprit tendra à fonctionner, mais si il peut inclure tout de façon cohérente et harmonieuse dans un tout entier sans frontière (car toute frontière est une division ou un arrêt), alors son esprit tendra à se mouvoir d'une façon semblable et à partir de là, découlera une action ordonnée à l'intérieur d'un tout.
La question serait alors: comment peut-on tenir ensemble différents niveaux de réalités c'est à dire vivre des expériences dans le domaine de la matière, du "physique" et leur donner du sens dans le domaine de l'esprit? On sait déjà que certaines de nos expériences sont si fortes qu'elles peuvent être vues comme des expériences émotionnelles "correctives" et qu'après les avoir vécues, certaines personnes changent radicalement leur relation aux autres et au monde. Ce sont nos expériences les plus exceptionnelles: l'art sous toutes ses formes, mais aussi les pertes de toutes natures, les naissances, les coups de foudre, les passions, les relations, les extases, les submersions dans la Nature. Mais des expériences plus quotidiennes (discuter, échanger, partager, communiquer), peuvent peut-être aussi permettre de sentir le reflet de quelque chose de plus vaste et ainsi donner une signification et une valeur nouvelle à ce que nous vivons. Pourrais-t-on ne pas voir les événements de nos vies comme l'univers dans son entier qui s'y déploie et qui s'y exprime d'une façon inséparable, à la fois matière et signification.
Au final, le concept le plus clarifiant pour cette tentative d'introduction et/ou de définition du développement personnel ne serait-il pas celui d'auto-éco-organisation proposé par Edgar Morin en 1990, dans son ouvrage " Introduction à la pensée complexe " ? Une formation au développement personnel ne serait-elle pas un temps consacré à l'auto-éco-organisation? Un temps de recul, d'analyse, d'analogie, de prise de conscience de ce phénomène en nous, avec des méthodes pour le favoriser, pour en hâter la croissance, pour s'en donner l'appétit, pour le vivre plus intensément et savoir le transférer dans la vie ordinaire, quotidienne. Temps spécifique, à l'intérieur d'un organisme de formation qui propose d'aider à acquérir des comportements, de faire des actions, dans un domaine particulier et aussi une nouvelle façon de voir le monde, la pensée; un autre mode de relation à ses émotions, les sentiments.
dimanche 07 octobre
La personne de demain
En 1980, Carl Rogers consacrait un chapître de son dernier livre " A Way of Being " à de la prospective. Il pronostiquait les qualités requises pour la personne de demain, celle qui saurait relever les défis de la complexité des enjeux humains, économiques et écologiques. C'était, il y a presque 30 ans. Ressentant leur superbe adéquation aux exigences de notre 21 ème siècle débutant, prenons la liberté de les traduire en " qualités de la personne d'aujourd'hui " . 1) Ouverture: ouverture au monde, intérieure et extérieure, à de nouvelles manières de voir, de nouvelles expériences, de nouvelles idées, de nouveaux concepts. 2) Désir d'authenticité: dire les choses telles qu'elles sont, rejeter l'hypocrisie, la tromperie et le double discours. 3) Scepticisme à l'égard des sciences et de la technologie: rejet des sciences en tant que moyen de conquête de la nature ou de contrôle de l'homme mais soutien des solutions favorisant son développement. 4) Désir de complétude: n'aime pas vivre dans un monde compartimenté (corps/esprit, travail/jeu, santé/maladie), elle s'efforce de vivre sa vie en tant qu'expérience globale. 5) Un besoin d'intimité: recherche de nouvelles formes de proximité, de communauté d'intérêts reposant sur une communication à la fois sensible et raisonnée, non- verbale autant que verbale. 6) Adepte du changement: orientée flux et process, elle a une certitude: "la vie n'est que changement". Elle la vit pleinement et accepte la prise de risque inhérente. 7) Humaine: avide d'apporter son soutien aux personnes en réel besoin, sans aucune forme de jugement. 8) Proximité de la nature: dotée du sens de l'écologie, elle se sent l'alliée des forces de la nature et ne s'intéresse pas à sa conquête. 9) Anti-institutionnelle: pense que les institutions devraient être au service des personnes et non le contraire, rejette la bureaucratie hyperstructurée et inflexible. 10) L'autorité intérieure: a confiance en sa propre expérience, son propre avis et rejette l'autorié imposée de l'extérieure. 11) Distance vis à vis des contingences matérielles: les récompences et le confort matériel l'indifèrent, le statut et l'argent ne sont pas ses objectifs. 12) En quête de spiritualité: en quête, à la recherche de la paix intérieure. Elle désire trouver un sens à sa vie, être capable de transcender son "ego". Parfois en état modifié de conscience, elle expérimente l'unité et l'harmonie de l'univers.