<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>Arp&#xe8;ges</title><link>http://arpeges.canalblog.com/</link><description>A propos de...</description><language>fr</language><lastBuildDate>Sat, 07 Nov 2009 14:13:53 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>L&apos;Argent Dette</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/10/22/11055858.html</link><category>Actualit&#xe9;s</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/10/22/11055858.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11055858/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/10/22/11055858.html</guid><description>&lt;p&gt;http://www.vimeo.com/1711304&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Film : L&apos;Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR) &lt;br /&gt;Ce long m&#xe9;trage d&apos;animation, dynamique et divertissant, de l&apos;artiste et vid&#xe9;ographe Paul Grignon, explique les effets magiques mais pervers du SYSTEME ACTUEL D&apos;ARGENT-DETTE dans des termes compr&#xe9;hensibles pour tous.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 22 Oct 2008 14:05:41 GMT</pubDate></item><item><title>LE SUPER-M&#xc9;CANISME CONCENTRATIONNAIRE</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/10/22/11055824.html</link><category>Id&#xe9;es,Soci&#xe9;t&#xe9;</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/10/22/11055824.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11055824/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/10/22/11055824.html</guid><description>&lt;p&gt;par Jean-Gaston BARDET in Demain, C&apos;est l&apos;An 2000!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais parmis tous les m&#xe9;canismes concentrationnaires, il en est un plus subtil et plus puissant, dont l&apos;ignorance &#xe9;tait quasi totale il y a trente ans (ndlr, &#xe9;crit en 1950, donc en 1920). Aussi suis-je bien oblig&#xe9; de l&apos;exposer en d&#xe9;tail. C&apos;est le m&#xe9;canisme bancaire qui multiplie les m&#xe9;faits de l&apos;usure et du cr&#xe9;dit. En effet, d&apos;un c&#xf4;t&#xe9;, par l&apos;addition des int&#xe9;r&#xea;ts il double, puis quadruple toute dette en quinze puis trente ans, d&apos;un autre c&#xf4;t&#xe9;, par le subterfuge du cr&#xe9;dit et de la monnaie scripturale, il vampirise toutes les richesses mobili&#xe8;res et surtout immobili&#xe8;res d&apos;une nation, puis du monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&apos;usure a toujours &#xe9;t&#xe9; interdite par le Droit canon romain, puis par le Coran. Le cat&#xe9;chisme du concile de Trente est formel: &quot;Tout ce qu&apos;on prend au del&#xe0; de ce qu&apos;on a donn&#xe9; est usure... c&apos;est pourquoi le proph&#xe8;te Ez&#xe9;chiel (18-17) dit que Celui-l&#xe0; sera juste qui n&apos;aura rien pris au-del&#xe0; de ce qu&apos;il aura pr&#xea;t&#xe9; . Et Notre Seigneur nous ordonne, dans Saint-Luc (6-35), de pr&#xea;ter sans en rien esp&#xe9;rer. Ce p&#xe9;ch&#xe9; a toujours &#xe9;t&#xe9; consid&#xe9;r&#xe9;, m&#xea;me par les pa&#xef;ens, comme un crime tr&#xe8;s grave et tr&#xe8;s odieux&quot; et le concile ajoute, &quot;c&apos;est ce qui fait dire &#xe0; Ciceron que pr&#xea;ter &#xe0; usure ou tuer un homme c&apos;est la m&#xea;me chose. Et en effet, ceux qui pr&#xea;tent &#xe0; usure vendent deux fois une m&#xea;me chose, ou ils vendent ce qui n&apos;est point&quot;. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Il faudrait bien peu conna&#xee;tre l&apos;histoire des civilisations pour s&apos;imaginer qu&apos;il ne s&apos;agit l&#xe0; que d&apos;un pincipe de morale et non pas d&apos;un principe fondamental de bonne organisation de la soci&#xe9;t&#xe9; civile... car il n&apos;y a qu&apos;une seule cl&#xe9; pour les Deux Royaumes (celui de la Terre et celui du Ciel).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La civilisation &#xe9;gyptienne a dur&#xe9; quelques cinq mille ans; elle ignorait la monnaie. Les diverses civilisations m&#xe9;sopotamiennes se sont effondr&#xe9;es les unes apr&#xe8;s les autres, au bout de quelques si&#xe8;cles, s&apos;entre-d&#xe9;chirant, s&apos;entre-d&#xe9;truisant. Elles connaissaient non seulement le trafic des lingots, mais l&apos;usure, c&apos;est-&#xe0;-dire le &quot;cro&#xee;t de l&apos;argent&quot; comme l&apos;appelle le code d&apos;Hammourabi. L&apos;int&#xe9;r&#xea;t pouvait l&#xe9;galement atteindre 25% et montait jusqu&apos;&#xe0; 100 et 140%... &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;L&apos;Encyclopaedia Britanica (article Money, &#xe9;dition de 1929) souligne que l&apos;&#xe9;croulement de la Gr&#xe8;ce au VI&#xe8;me si&#xe8;cle comme l&apos;effonfrement de l&apos;Empire romain sont &#xe9;galement dus &#xe0; l&apos;usure. Ainsi que l&apos;a montr&#xe9; G. Ferrero dans: la Grandeur et le d&#xe9;clin de Rome, Jules C&#xe9;sar fut bris&#xe9; pour s&apos;&#xea;tre montr&#xe9; incapable de r&#xe9;soudre &quot;la gigantesque accumulation d&apos;int&#xe9;r&#xea;ts inali&#xe9;nables qui avaient concentr&#xe9; toute la richesse en quelques mains, r&#xe9;duisant les petits propri&#xe9;taires en esclavage&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vous commencez &#xe0; soup&#xe7;onner pourquoi Cic&#xe9;ron est plus dur dans ses jugements que les P&#xe8;res de l&apos;&#xc9;glise!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pr&#xe9;cisons que le mot usure ne s&apos;applique pas au taux pratiqu&#xe9; mais au caract&#xe8;re du pr&#xea;t (Il n&apos;en est pas de m&#xea;me du mot : usurier. Cependant les auteurs anglais qualifient d&apos;usure le pr&#xea;t &#xe0; la production de l&apos;argent qui n&apos;existe pas, de l&apos;argent n&#xe9;gatif). Le pr&#xea;t de consommation est seul qualifi&#xe9; d&apos;usure dans les textes canoniques, le pr&#xea;t &#xe0; la production n&apos;est pas un pr&#xea;t, mais un apport de capital &#xe0; une entreprise dont l&apos;activit&#xe9; fournit des b&#xe9;n&#xe9;fices. Ce pr&#xea;t &#xe0; la production n&apos;est-il pas licite? Oui, dans certaines limites du taux de l&apos;int&#xe9;r&#xea;t, mais non quand celui-ci atteint 50% &#xe0; 60%, tel est cependant le taux r&#xe9;el des avances bancaires modernes. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut &#xe9;tudier la constitution et le d&#xe9;veloppement de la Banque d&apos;Angleterre, type du syst&#xe8;me bancaire moderne, n&#xe9; en pays protestant o&#xf9; l&apos;usure avait &#xe9;t&#xe9; autoris&#xe9;e par Elisabeth.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;En 1694, Guillaume d&apos;Orange, devenu Guillaume III d&apos;Angleterre, n&apos;avait plus d&apos;argent pour payer son arm&#xe9;e. Ce Hollandais, dont le succ&#xe8;s avait &#xe9;t&#xe9; financ&#xe9; par les banquiers protestants de son pays, va — juste retour des choses — &#xea;tre pris dans l&apos;engrenage des usuriers anglo-hollandais. Un syndicat d&apos;usuriers, dirig&#xe9; par William Paterson, lui proposa la combinaison suivante: a) Le syndicat priv&#xe9; avancera au gouvernement un pr&#xea;t en or de 1 200 000 livres, au taux de 6%, le capital et l&apos;int&#xe9;r&#xea;t &#xe9;tant garantis par l&apos;&#xc9;tat et pay&#xe9;s en or; b) en r&#xe9;compense, le syndicat priv&#xe9; a le droit de s&apos;appeler Banque d&apos;Angleterre; c) comme le syndicat se d&#xe9;munissait ainsi de tout son capital pour financer le pr&#xea;t, il avait en &#xe9;change (?) le droit d&apos;&#xe9;mettre et de n&#xe9;gocier des billets &#xe0; ordre jusqu&apos;&#xe0; la concurrence des 1 200 000 livres pr&#xea;t&#xe9;es en or, &#xe0; l&apos;Etat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jusque-l&#xe0;, seul l&apos;Etat avait le droit r&#xe9;galien de battre monnaie, c&apos;est lui qui aurait p&#xfb; et d&#xfb; &#xe9;mettre ces billets gag&#xe9;s sur l&apos;or qu&apos;il avait emprunt&#xe9;. Le syndicat, abusant de son titre de Banque d&apos;Angleterre, fit imprimer des billets reconnus valables &#xe0; Londres, puis dans tout le pays, sous caution morale du roi et mat&#xe9;rielle du pr&#xea;t en or. C&apos;&#xe9;tait g&#xe9;nial, le public avait confiance en des papiers que la Banque — n&apos;ayant plus de capital — &#xe9;tait incapable de rembourser. Ainsi est n&#xe9; le cr&#xe9;dit moderne en argent-papier, v&#xe9;ritable contrefa&#xe7;on du Cr&#xe9;do.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par cet abus de confiance envers le peuple anglais, doubl&#xe9; de haute trahison envers le roi, dit Thomas Robertson (1), le clan des usuriers doubla d&apos;un trait de plume sa fortune. Elle fit m&#xea;me plus que doubler, puisqu&apos;il touchait non seulement l&apos;int&#xe9;r&#xea;t sur son pr&#xea;t en or, mais l&apos;int&#xe9;r&#xea;t sur les billets en papier qu&apos;il se mit &#xe0; pr&#xea;ter — le 6% sur le capital initial devenant du 12%, en huit ans il doublait &#xe0; nouveau (2).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi la Banque avait cr&#xe9;&#xe9; une double dette, l&apos;une du gouvernement — lequel, apr&#xe8;s tout, empochait l&apos;or — l&apos;autre du peuple anglais. L&apos;endettement simultan&#xe9; du gouvernement et du peuple ne fera que cro&#xee;tre sans cesse, le gouvernement faisant &#xe9;videmment tout retomber sur le peuple par le syst&#xe8;me des imp&#xf4;ts. Telle est l&apos;origine de la Dette nationale anglaise, nulle avant Guillaume III et qui ateignait, en 1948, 24 milliards de livres. Le m&#xe9;canisme comporte trois stades: usure, dette, imp&#xf4;ts, dont 60% servent &#xe0; payer les int&#xe9;r&#xea;ts de la dette. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Guillaume III continua &#xe0; emprunter &#xe0; la Banque jusqu&apos;&#xe0; concurrence de 16 millions de livres-or. Et celle-ci &#xe9;mit la m&#xea;me somme en billets. Bien plus, comme les billets avaient cours au m&#xea;me titre que l&apos;or, m&#xea;me &#xe0; l&apos;&#xe9;tranger, la Banque avan&#xe7;a d&#xe9;sormais au gouvernement du papier... cautionn&#xe9; par lui, et non plus en or. Le tour &#xe9;tait jou&#xe9;. Il est &#xe9;vident qu&apos;&#xe0; ce moment-l&#xe0; le gouvernement aurait pu reprendre son droit r&#xe9;galien et d&#xe9;cider d&apos;imprimer lui-m&#xea;me, les billets; il n&apos;aurait ainsi jaimais eu d&apos;int&#xe9;r&#xea;ts &#xe0; verser ni de dette nationale en boule de neige.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au d&#xe9;but, la banque n&apos;&#xe9;mit des billets que jusqu&apos;&#xe0; concurrence de l&apos;or pr&#xea;t&#xe9;, et conserva une r&#xe9;serve-or dstin&#xe9;e &#xe0; couvrir les demandes de remboursement. Petit &#xe0; petit, elle s&apos;aper&#xe7;ut que les gens pr&#xe9;f&#xe9;raient manier des billets plus l&#xe9;gers que l&apos;or, et qu&apos;on pouvait &#xe9;mettre des billets en se contentant de garder une r&#xe9;serve de 10%.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mises en go&#xfb;t par une op&#xe9;ration aussi fructueuse, les banques se multipli&#xe8;rent comme des champignons. Entre 1694 et 1830, on trouve dans les &#xee;les Britaniques 684 banques priv&#xe9;es, &#xe9;mettant chacune ses propres billets.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;En dehors de toute consid&#xe9;ration morale le pr&#xea;t &#xe0; la production suffit &#xe0; d&#xe9;s&#xe9;quilibrer toute &#xe9;conomie qui n&apos;est pas purement agricole ou pastorale, c&apos;est &#xe0; dire la seule &#xe9;conomie o&#xf9; le &quot;cro&#xee;t biologique&quot;, don de Dieu, &#xe9;ternellement renouvel&#xe9;, peur d&#xe9;passer le &quot;cro&#xee;t de l&apos;argent&quot; lorsque le taux est faible. L&apos;industrie, elle, ne fait que transformer, et par l&apos;extraction, &#xe9;puiser. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Tout d&apos;abord, c&apos;est l&apos;inflation. Il y a dix fois plus de signes mon&#xe9;taire l&#xe9;gaux en 1836 qu&apos;en 1694. Or cette monnaie-papier n&apos;est pas seulement pr&#xea;t&#xe9;e mais d&#xe9;pens&#xe9;e directement par les banques, qui jouent ainsi le r&#xf4;le de commer&#xe7;ants. Elles peuvent ainsi faire marcher leur commerce, avec seulement 10% du capital r&#xe9;el, tandis que les industriels qui veulent lancer une usine ou constituer un stock empruntent aux banques, au taux de 6%, des billets qui ne repr&#xe9;sentent quasi rien et hypoth&#xe8;quent leurs moyens r&#xe9;els de production pour du vent. Cela explique le peu de faillites des banques et la vampirisation des industries et du commerce par les &quot;banques d&apos;affaires&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, en 1836, le gouvernement britanique eut conscience du danger. Apr&#xe8;s une enqu&#xea;te secr&#xe8;te, le chancelier Robert Peel prit l&apos;initiative du Bank Charter Act de 1844. Cette lois retira aux quelques 600 banques priv&#xe9;es le droit d&apos;&#xe9;mettre des billets en ne reconnaissant qu&apos;&#xe0; la -seule- Banque d&apos;Angleterre, oblig&#xe9;e cette fois d&apos;avoir une couverture-or de 100% — ce qui dura jusqu&apos;en 1914...— Aujourd&apos;hui, la couverture n&apos;est plus que symbolique. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Pauvre gouvernement! Les 600 banquiers se r&#xe9;unirent en un nouveau syndicat, le Joint Stock Banks- et -remplac&#xe8;rent l&apos;&#xe9;mission des billets interdits par l&apos;&#xe9;mission de ch&#xe8;ques facilitant l&apos;avance bancaire, c&apos;est &#xe0; dire l&apos;ouverture de cr&#xe9;dit en compte courant. Ce n&apos;&#xe9;tait qu&apos;une &#xe9;mission camoufl&#xe9;e de billets, et d&apos;autant plus avantageuse qu&apos;elle allait servir principalement &#xe0; enfler la production des gros emprunteurs et non &#xe0; faciliter la consommation des petits, comme la monnaie l&#xe9;gale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C&apos;&#xe9;tait un nouveau coup de g&#xe9;nie. Cette fois, ce n&apos;est plus le roi qui cautionnera l&apos;&#xe9;mission, ce sont les d&#xe9;posants, par suite d&apos;une confusion habilement entretenue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Le secret de la toute-puissance bancaire dans le monde entier, pr&#xe9;cise Robertson, r&#xe9;side dans le fait suivant: &quot;Lorsqu&apos;un individu d&#xe9;pose aujourd&apos;hui 1 000 &#xa3; en esp&#xe8;ces &#xe0; la banque, celle-ci ne pr&#xea;te pas ces 1 000 &#xa3; &#xe0; un autre client, mais les garde en r&#xe9;serve, et pr&#xea;te en avance bancaire, ou par ch&#xe8;que 9 000 &#xa3;, c&apos;est &#xe0; dire neuf fois le montant du d&#xe9;p&#xf4;t qu&apos;elle a re&#xe7;u&quot;. C&apos;est le premier client qui constitue la r&#xe9;serve de 10%... alors que le bon public croit que toute Banque n&apos;est qu&apos;un interm&#xe9;diaire qui avance l&apos;argent mis chez elle en d&#xe9;p&#xf4;t, soit 1 000 &#xa3; pour 1 000 &#xa3;. C&apos;est d&apos;ailleurs ce qui est d&#xe9;clar&#xe9; dans tous les trait&#xe9;s orthodoxes, et qui &#xe9;tait officiellement inscrit dans l&apos; Encyclopaedia Britanica jusqu&apos;en 1910; mais dans l&apos;&#xe9;dition de 1929, vous lisez que &quot;les banques pr&#xea;tent en cr&#xe9;ant du cr&#xe9;dit, elles cr&#xe9;ent leurs moyens de paiement ex nihilo&quot; pr&#xe9;cise M. R. Hawtrey, secr&#xe9;taire adjoint au Tr&#xe9;sor.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En g&#xe9;n&#xe9;ral, l&apos;emprunteur a d&#xe9;pos&#xe9; des garanties. S&apos;il ne peut rembourser son emprunt, la banque saisit les garanties et fait l&#xe0; un b&#xe9;n&#xe9;fice absolu, pendant que l&apos;emprunteur, lui, fait failite. S&apos;il rembourse, la banque touche 6% sur 9000 &#xa3;, soit 54% sur les 1 000 &#xa3; qui lui avait &#xe9;t&#xe9; d&#xe9;pos&#xe9;es jadis, joli b&#xe9;n&#xe9;fice pour avoir fait un simple jeu d&apos;&#xe9;criture. L&apos;op&#xe9;ration est annul&#xe9;e, la somme inscrite est rentr&#xe9;e dans la colonne Avoir, elle annule le montant port&#xe9; en sortie dans la colonne Doit. Les 9 000 &#xa3; se dissolvent dans le vent, d&apos;o&#xf9; elles &#xe9;taient venues!... &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;De l&#xe0; le pouvoir quasi magique des banques. Non seulement elles cr&#xe9;ent et d&#xe9;truisent de la monnaie, mais des affaires. Elles provoquent des booms, des crises artificielles, des p&#xe9;riodes de suractivit&#xe9; ou de ch&#xf4;mage, suivant que — comme une coquette — elles accordent ou non leurs faveurs, c&apos;est-&#xe0;-dire des cr&#xe9;dits de compte courants. Elles sont ma&#xee;tresses du &quot;cycle du commerce&quot;. Leur pouvoir est invincible, quel que soit le parti qui triomphe temporairrement. Elles concentrent progressivement tout entre leurs mains, sur la ruine des nations.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu&apos;en 1919, Vincent C. Vickers — gouverneur de la Banque d&apos;Angleterre depuis 1910 — s&apos;apercevra de cette destruction irr&#xe9;m&#xe9;diable, il d&#xe9;missionnera et commencera &#xe0; d&#xe9;noncer cet engrenage implacable (3). Il en r&#xe9;sultera l&apos;Official Governmental Report on Finance and Industry, dit MacMillan Report (4), au Parlement anglais de 1931, puis le Canadian Government Report of the Committee on Banking and Commerce, de 1939 (5), qui confirm&#xe8;rent tous ces faits et r&#xe9;v&#xe9;l&#xe8;rent que le mot: d&#xe9;p&#xf4;t bancaire est une escroquerie verbale, il fait croire &#xe0; un actif alors qu&apos;il repr&#xe9;sente au contraire un passif, une dette des emprunteurs. Il faut lui substituer l&apos;expression &quot;cr&#xe9;dit financier&quot; ou mieux &quot;argent n&#xe9;gatif&quot;. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Avec ce syst&#xe8;me une banque peut tout acheter, tout faire passer entre ses mains, puisqu&apos;elle peut doubler en deux ans non seulement son capital r&#xe9;el mais l&apos;argent qu&apos;on lui d&#xe9;pose. Elle r&#xe9;alise l&apos;id&#xe9;al concentrationnaire, n&apos;ayant besoin ni de d&#xe9;placer des hommes, ni de rassembler des machines, quelques traits de plume suffisent. C&apos;est la reine des machines-en-papier! (ndlr, les ordinateurs)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Pas de concentration sans destruction&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le m&#xe9;canisme moderne du Cr&#xe9;dit, portant sur la production va conduire au m&#xea;me effondrement que la simple usure de l&apos;antiquit&#xe9;, portant sur la consommation , car il ne poss&#xe8;de plus d&apos;autor&#xe9;gulation venant des signes mon&#xe9;taires l&#xe9;gaux, de l&apos;argent accumul&#xe9; ou th&#xe9;sauris&#xe9;, de l&apos;&#xe9;parge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque des consommateurs investissent leur &#xe9;pargne, tout d&apos;abord, le taux d&apos;int&#xe9;r&#xea;t r&#xe9;el reste limit&#xe9;, inf&#xe9;rieur &#xe0; 10% mais surtout, l&apos;industrie qui emprunte ne peut se d&#xe9;velopper qu&apos;en fonction de cette &#xe9;pargne, de ce surplus qui n&apos;a pas &#xe9;t&#xe9; d&#xe9;pens&#xe9; pour la consommation. &#xc0; moins de fabriquer des objets superflus, cette industrie risque peu de surproduire, c&apos;est-&#xe0;-dire de produire au-del&#xe0; des possibilit&#xe9;s d&apos;achat des consommateurs. Tandis que dans le cas du financement par les banques, qui &#xe9;mettent une monnaie scripturale anticip&#xe9;e , bas&#xe9;e sur l&apos;hypoth&#xe8;se de la vente des objets produits, les exploitations de la production s&apos;enflent &#xe0; une vitesse d&#xe9;passant les pouvoirs d&apos;achat r&#xe9;els qui sont d&#xe9;sormais n&#xe9;glig&#xe9;s et ignor&#xe9;s. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Il s&apos;en suit une hyst&#xe9;rie de la production qui offre l&apos;alternative: ch&#xf4;mage ou guerre pour la destruction des biens qui encombrent le march&#xe9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a donc deux financements possibles de caract&#xe8;res totalement oppos&#xe9;s: l&apos;un provenant de l&apos;&#xe9;pargne, de l&apos;argent en suppl&#xe9;ment et l&apos;autre projet&#xe9; par anticipation . Dans le premier cas, l&apos;autor&#xe9;gulation doit venir de l&apos;offre des capitaux existants, dans le second, de la demande en besoins primaires les plus certains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le financement bancaire — mis en lumi&#xe8;re — est tout indiqu&#xe9; pour la construction et l&apos;&#xe9;quipement immobilier profitant &#xe0; l&apos;ensemble du pays. L&#xe0; o&#xf9; il n&apos;y a point &#xe0; craindre de surproduction, c&apos;est vraiment la demande qui fixe l&apos;&#xe9;mission. Ce sont les besoins en logements, en routes, en ponts, en hopitaux, en &#xe9;coles, en for&#xea;ts, qui cette fois, deviennent les r&#xe9;gulateurs de la monnaie scripturale anticip&#xe9;e, si dangereuse dans ses anticipations. Mais dans ce cas, seuls des offices r&#xe9;gionaux — et non une banque de cr&#xe9;dit centralis&#xe9;e (6) — permettraient d&apos;avoir la confiance du public de la r&#xe9;gion et le contr&#xf4;le effectif des besoins proches. Comme l&#xe0;, il s&apos;agit de pr&#xea;t de consommation et non plus de production, il ne peut plus &#xea;tre question d&apos;int&#xe9;r&#xea;t. La R&#xe9;gion ne peut &#xea;tre usuri&#xe8;re. Le m&#xe9;canisme bancaire, en tant que m&#xe9;canisme , est utilis&#xe9; sans compromission avec l&apos;usure, il poss&#xe8;de son autor&#xe9;gulation organique: la connaissance de la communaut&#xe9; dans ses besoins propres. C&apos;est le seul cas o&#xf9; posant le Bien au d&#xe9;part, nous le r&#xe9;coltons &#xe0; l&apos;arriv&#xe9;e.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Lorsque s&apos;ajoutent les m&#xe9;faits de pr&#xea;t &#xe0; int&#xe9;r&#xea;t de taux scandaleux, de la monnaie scripturale non frein&#xe9;e par les besoins et de l&apos;hyst&#xe9;rie de la production, on d&#xe9;vale &#xe0; roue libre vers la destruction obligatoire. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;La ruine vient, d&apos;une part de la Dette nationale et de ses int&#xe9;r&#xea;ts report&#xe9;s sur le peuple par l&apos;imp&#xf4;t qui n&apos;est plus &quot;juste&quot;, ne r&#xe9;pondant pas &#xe0; un service rendu. Aussi se pose la question: faut-il rendre &#xe0; C&#xe9;sar ce qui est &#xe0; Mammon?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La ruine est augment&#xe9;e par l&apos;inflation qui d&#xe9;pr&#xe9;cie les biens du travail et qui est telle qu&apos;en juillet 1945, les banques r&#xe9;unies des &#xee;les Britaniques poss&#xe9;daient en caisse 600 millions de &#xa3; et avaient accept&#xe9; environ 5 400 millions de &#xa3;, soit neuf fois plus, en reconnaissances de dettes, pr&#xea;ts, avances, investissements. Ces 5 400 millions n&apos;ayant aucune existence r&#xe9;elle ont &#xe9;t&#xe9; cr&#xe9;&#xe9;s par les banques, &#xe0; partir de rien, depuis 1844, au taux de 1 million par semaine (7).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le syst&#xe8;me est tr&#xe8;s exactement satanique. L&apos;homme ne peut rien cr&#xe9;er ex-nihilo. L&apos;argent-n&#xe9;gatif ou dette peut, et doit, &#xea;tre d&#xe9;truit par un jeu d&apos;&#xe9;critures sur le grand Livre: la colonne Avoir &#xe9;quilibrant la colonne Doit. Mais subsiste l&apos;int&#xe9;r&#xea;t &#xe0; payer, qui ne le peut &#xea;tre que gr&#xe2;ce &#xe0; une nouvelle cr&#xe9;ation ex-nihilo d&apos;argent-n&#xe9;gatif et ainsi de suite... Il se produit une boule de neige de dettes, une mar&#xe9;e d&apos;argent-n&#xe9;gatif, de n&#xe9;ant, qui augmente sans cesse et entra&#xee;ne &#xe0; la destruction obligatoire des biens r&#xe9;els.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le chaos &#xe9;conomique qui conduit chaque pays &#xe0; l&apos;alternative: r&#xe9;volution ou guerre, provient d&apos;une m&#xe9;connaissance de v&#xe9;rit&#xe9;s &#xe9;l&#xe9;mentaires, tant des marxistes d&apos;ailleurs, que des &#xe9;conomistes lib&#xe9;raux. Marx, en effet, n&apos;a nullement soup&#xe7;onn&#xe9; le m&#xe9;canisme de l&apos;argent-n&#xe9;gatif, et a report&#xe9; ses attaques contre le profit et la propri&#xe9;t&#xe9;. Ces derniers ayant toujours &#xe9;t&#xe9; defendus — dans de justes limites — par l&apos;&#xc9;glise, m&#xe8;re des Pauvres, la sagesse commandait de chercher une autre explication. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La voici. Pour qu&apos;il n&apos;y ait pas coexistence de surproduction et de sous-consommation, il faut que le revenu national puisse acheter la production nationale donc lui soit &#xe9;gal (8) — la soupape des exportations &#xe9;tant de plus en plus r&#xe9;duite dans un monde qui s&apos;unifie (9).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or tout prix comporte deux parts: l&apos;une de travail, l&apos;autre de capital, l&apos;une a) de salaires personnels (directs ou indirects mais vers&#xe9;s &#xe0; des personnes pour leur consommation), l&apos;autre b) de r&#xe9;mun&#xe9;ration des capitaux engag&#xe9;s, qui sont des capitaux d&apos;argent-n&#xe9;gatif en majeure partie — la monnaie l&#xe9;gale servant &#xe0; peine &#xe0; 5% des &#xe9;changes (avoua lors de l&apos;enqu&#xea;te pr&#xe9;cit&#xe9;e M. C. Towers, gouverneur de la Banque du Canada). Tel est le ph&#xe9;nom&#xe8;ne a + b d&#xe9;couvert exp&#xe9;rimentalement par le major Douglas en 1920 et au sujet duquel M. de Valera d&#xe9;clarait en 1942: &quot;Malgr&#xe9; mes demandes r&#xe9;it&#xe9;r&#xe9;es, aucun &#xe9;conomiste n&apos;a pu me d&#xe9;montrer la fausset&#xe9; de ce th&#xe9;or&#xe8;me&quot;. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Si donc les producteurs touchent un total a, ils ne peuvent, en aucune fa&#xe7;on, acheter un total a + b ; le revenu national reste toujours inf&#xe9;rieur &#xe0; la production nationale. Il y aura toujours des surplus et les consommateurs seront toujours en &#xe9;tat de sous-consommation. Telle l&apos;origine du ph&#xe9;nom&#xe8;ne surabondance-mis&#xe8;re qu&apos;aucun dirigisme ne peut r&#xe9;duire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Faut-il souligner que plus la structure productrice est concentr&#xe9;e, plus les investissements dans d&apos;&#xe9;normes machines sont gigantesques, plus b cro&#xee;t aux d&#xe9;pens de a dans l&apos;&#xe9;quation, moins les salari&#xe9; peuvent acheter leur production, plus la mis&#xe8;re augmente, ce qui se v&#xe9;rifie depuis un si&#xe8;cle, quelle que soit l&apos;augmentation continue des salaires (10).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Le rem&#xe8;de financier — dont nous avons d&#xe9;j&#xe0; montr&#xe9; dans nos autres chapitres la valeur &#xe9;conomique — consiste d&apos;une part dans le micro-machinisme et la d&#xe9;centralisation diminuant b. Et d&apos;autre part, dans le retour &#xe0; l&apos;Etat de son droit r&#xe9;galien de bettre monnaie, enfin dans l&apos;utilisation de cr&#xe9;dit public retrouv&#xe9;, sans int&#xe9;r&#xea;t , pour la construction des services publics nationaux, r&#xe9;gionaux (routes et h&#xf4;pitaux, &#xe9;coles et for&#xea;ts) o&#xf9; la part de salaires personnels est maxima et qui sont en dehors du circuit Production, dans lequel doit jouer seulement la monnaie l&#xe9;gale (11).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Faut-il faire remarquer que, quelle que soit la Distribution: structure du commerce et r&#xe9;partition des biens parmi les citoyens, cela ne joue qu&apos;&#xe0; l&apos;int&#xe9;rieur de a . Il peut y avoir des injustices, des b&#xe9;n&#xe9;fices scandaleux ou un gaspilage d&#xfb; &#xe0; une cascade d&apos;interm&#xe9;diaires, mais les Salaires totaux, plus ou moins bien r&#xe9;partis, doivent d&apos;abord permettre d&apos;acheter la Production totale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Le syst&#xe8;me bancaire actuel, autrement dit l&apos;usure-&#xe0;-l&apos;argent-n&#xe9;gatif ne peut rien cr&#xe9;er de positif, il est tr&#xe8;s axactement inverti. Il prosp&#xe8;re en temps de guerre, s&apos;&#xe9;panouit, apporte la prosp&#xe9;rit&#xe9; mat&#xe9;rielle aux ouvriers requis en usine, aux fournisseurs de l&apos;&#xc9;tat et aux fabriquants de munitions, pendant que la fleur de la nation est tu&#xe9;e ou mutil&#xe9;e. Il languit en temps de paix, se contracte, apporte le r&#xe9;tr&#xe9;cissement du pouvoir d&apos;achat, les faillites, banqueroutes, le ch&#xf4;mage et toutes les mis&#xe8;res &#xe0; la cl&#xe9;. Pourquoi ce paradoxe?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a toujours assez de pouvoir d&apos;achat pour les buts de guerre PARCE QUE les biens cr&#xe9;&#xe9;s sont d&#xe9;truits. Ainsi la sous-consommation peut &#xea;tre ordonn&#xe9;e au nom du patriotisme, tandis que la surproduction est liquid&#xe9;e. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Il ne s&apos;agit point de mettre au pilori les banquiers actuellement inconscients, mais de consid&#xe9;rer les faits. Les faits sont les suivants, ils cr&#xe8;vent les yeux: l&apos;usure-&#xe0;-l&apos;argent n&#xe9;gatif conduit &#xe0; fournir toujours assez d&apos;argent pour la guerre, la mort et la destruction et jamais assez pour la paix, la vie et la construction. Plus la guerre est terrible, d&#xe9;vastatrice, plus de pouvoirs d&apos;achat sont cr&#xe9;&#xe9;s, plus le flot d&apos;argent-n&#xe9;gatif s&apos;enfle ainsi que les b&#xe9;n&#xe9;fices des usuriers. Mais ce gonflement ne peut avoir lieu avec des biens qui encombreraient le march&#xe9;, puisque les salaires sont toujours insuffisants pour les acheter, et ne peut avoir lieu que dans un seul cas, celui de la destruction d&#xe9;lib&#xe9;r&#xe9;e des stocks. Le syst&#xe8;me ne fonctioone avec efficiency que si l&apos;on d&#xe9;truit des biens r&#xe9;els (12). Il conduit implacablement &#xe0; la guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Jean-Gaston BARDET (1950) &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;(1) In -Human Ecology-, (Maclellan ed. 240 Hope Street, Glasgow), admirablement document&#xe9; mais dont nous n&apos;acceptons pas le rem&#xe8;de.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(2) Savoir doubler l&apos;int&#xe9;r&#xea;t fait partie de la science bancaire... Ainsi en est-il de la vente &#xe0; cr&#xe9;dit -mensuel- &#xe0; 8%, qui est en r&#xe9;alit&#xe9; &#xe0; 16%, et qu&apos;on tente de g&#xe9;n&#xe9;raliser en Europe (en 1950) &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(3) Economic Tribulations (Badley Heat, 1941).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(4) Publi&#xe9; par H. M. Stationary Office (Londres, 1931) &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(5) Publi&#xe9; par Hing&apos;s Printer (Ottawa, 1939) &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(6) Dont les m&#xe9;faits sont d&#xe9;nonc&#xe9;s par Robertson, -op. cit-, et le thomiste irlandais R. P. Denis Fahey in -Money manipulation and Social Order-, (Brown and Nolan. Dublin).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(7) Tel est le montant de l&apos;imp&#xf4;t secret per&#xe7;u sur toute la communaut&#xe9; de l&apos;espace financier britanique, qui le paie non avec du vent mais avec son travail et ses propres biens r&#xe9;els. Et ce chiffre de 5 400 millions ne comporte pas toutes les acquisitions et investissements dans les affaires nationales ou internationales qui se montent au moins &#xe0; 5 000 autres millions. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;(8) Molotov, longtemps ministre des affaires &#xe9;trang&#xe8;res de l&apos;URSS, avoua que la seule chose qu&apos;il craignait &#xe9;tait que cette &#xe9;galit&#xe9; soit r&#xe9;alis&#xe9;e en Occident...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(9) La recherche des grands espaces financiers, les accords financiers entre plusieurs nations n&apos;ont, au fond (et peut-&#xea;tre inconsciemment), pour but que de trouver... chez les autres, de l&apos;argent que l&apos;on ne peut trouver chez soi; mais le th&#xe9;or&#xe8;me reste in&#xe9;xorablement valable pour l&apos;espace consid&#xe9;r&#xe9;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(10) Le personnel de certaines usines s&apos;appauvrit au fur et &#xe0; mesure que s&apos;accro&#xee;t leur modernisation. Il pouvait acheter, en 1947, environ la moiti&#xe9; de la production, et deux ans apr&#xe8;s seulement le quart, car la modernisation entra&#xee;ne un accroissement des charges du capital et une diminution des pouvoirs d&apos;achat. Cf. l&apos;article de Georges Levard, in &quot;revue d&apos;Action Populaire&quot; de d&#xe9;cembre 1950.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(11) L&apos;ab&#xee;me qui sans cesse augmente entre le &quot;progr&#xe8;s&quot; mat&#xe9;riel et le progr&#xe8;s moral, vient de ce que la production mat&#xe9;rielle n&apos;est plus organique. Elle n&apos;est plus financ&#xe9;e par le cro&#xee;t naturel, par les propres r&#xe9;serves des industries, mais par anticipation, par dettes d&apos;argent-n&#xe9;gatif. Elle s&apos;enfle &#xe0; une vitesse qui d&#xe9;passe toute maturation possible des individus. Cela est fondamental pour comprendre l&apos;hyst&#xe9;rie de la production.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(12)Aussi les faillites des industries sont-elles accept&#xe9;es avec complaisance par les banques, c&apos;est une des soupapes de s&#xfb;ret&#xe9; qui emp&#xea;chent la chaudi&#xe8;re d&apos;&#xe9;clater. Par contre, les bons &quot;Serra&quot; &#xe9;mis sans int&#xe9;r&#xea;t au Kenya, vers 1921, ou les &quot;billets coop&#xe9;ratifs&quot; sans int&#xe9;r&#xea;t, J.A.K., au Danemark en 1931, furent stopp&#xe9;s par les banques nationales, car les professeurs d&apos;&#xe9;conomie d&#xe9;montr&#xe8;rent (!!) &quot;que c&apos;&#xe9;tait un gros -d&#xe9;savantage- pour tout le monde (!) d&apos;emprunter sans int&#xe9;r&#xea;t&quot;. Qu&apos;en pensent les constructeurs de petites maisons familiales... qui paient deux fois leur maison?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;extrait de: DEMAIN, C&apos;EST L&apos;AN 2000! de Jean-Gaston BARDET (&#xe9;d. Jacques Petit, Angers, 1950) &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jean-Gaston BARDET (1907-1989) architecte et urbaniste, professeur international, il fut en poste dans de nombreux endroits du monde, Europe, Afrique, Moyen-Orient, les Am&#xe9;riques, en particulier l&apos;Am&#xe9;rique Latine, dont le M&#xe9;xique, o&#xf9; il travailla &#xe0; six reprises. Une grande partie de ce livre fut &#xe9;crite quand il &#xe9;tait en poste en Argentine.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 22 Oct 2008 14:02:27 GMT</pubDate></item><item><title>L&apos;eBook ou l&apos;avenir du livre.</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/06/03/9434066.html</link><category>Actualit&#xe9;s</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/06/03/9434066.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9434066/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/06/03/9434066.html</guid><description>&lt;p&gt;Bient&#xf4;t 10 ans qu&apos;on en parle, l&apos;eBook refait surface aujourd&apos;hui avec cette &lt;a href=&quot;http://www.editis.com/pages_html/video_possible.htm&quot;&gt;vid&#xe9;o-sc&#xe9;nario&lt;/a&gt; d&apos;un avenir plus ou moins proche. Moi j&apos;ai vraiment envie d&apos;avoir une de ces b&#xea;tes dans les mains et de pouvoir enfin lire agr&#xe9;ablement une oeuvre t&#xe9;l&#xe9;charg&#xe9;e. Sachant que la plupart des exemples d&apos;usages montr&#xe9;s sont techniquement possibles, il ne reste plus qu&apos;&#xe0; les int&#xe9;grer de si belle mani&#xe8;re et &#xe0; faire en sorte que les libraires l&apos;accueillent tous avec autant de sourire que celui de la vid&#xe9;o! Vous vous aimeriez pouvoir lire sur un tel format?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 03 Jun 2008 16:23:12 GMT</pubDate></item><item><title>In&#xe9;galit&#xe9;s et rapports sociaux</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/24/9301418.html</link><category>Id&#xe9;es,Soci&#xe9;t&#xe9;</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/24/9301418.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9301418/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/24/9301418.html</guid><description>&lt;p&gt;PFEFFERKORN Roland&lt;br /&gt;11 juillet 2007&lt;/p&gt;&lt;p&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article7229&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Extraits de l’introduction de l’ouvrage de Roland Pfefferkorn, In&#xe9;galit&#xe9;s et rapports sociaux. Rapports de classe, rapports de sexe, La dispute, Collection Le genre du monde, 2007, 416 pages.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les signes du retour des classes sociales se multiplient [1]. Les expressions &#xab; classe sociale &#xbb;, &#xab; classe ouvri&#xe8;re &#xbb;, &#xab; classe salariale &#xbb;, ou d’autres, r&#xe9;apparaissent dans les titres de livres ou d’articles. (...) Parall&#xe8;lement au renouveau des classes, la critique de la polarisation du regard sur les seuls rapports de classe s’est affirm&#xe9;e aussi. Les transformations de la place des femmes dans nos soci&#xe9;t&#xe9;s et l’&#xe9;mergence du genre en tant que cat&#xe9;gorie d’analyse n’ont pas encore provoqu&#xe9; tous les effets escompt&#xe9;s, tant sur le plan politique que scientifique. Mais, la recherche portant sur les rapports sociaux de sexe s’est malgr&#xe9; tout impos&#xe9;e dans les sciences sociales. Les rapports de g&#xe9;n&#xe9;ration et les rapports ethniques ou les rapports de &#xab; race &#xbb; sont &#xe9;galement l’objet de davantage d’investigations depuis deux ou trois d&#xe9;cennies [2]. Mais nous sommes encore loin d’une prise en compte syst&#xe9;matique de l’ensemble des rapports sociaux dans les enqu&#xea;tes et recherches portant sur une structure sociale qui est loin d’&#xea;tre fig&#xe9;e. Celle-ci peut en effet davantage &#xea;tre appr&#xe9;hend&#xe9;e comme un entrecroisement dynamique complexe de l’ensemble des rapports sociaux, chacun d’entre eux imprimant sa marque sur les autres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le retour des classes a &#xe9;t&#xe9; pr&#xe9;c&#xe9;d&#xe9; et accompagn&#xe9; d’un retour r&#xe9;cent de Marx. (...) Depuis le milieu des ann&#xe9;es 1990, son œuvre est d&#xe9;gag&#xe9;e progressivement des orni&#xe8;res positiviste et structuraliste dans lesquelles l’enfon&#xe7;aient certaines lectures r&#xe9;ductrices [3]. (...). Ces derni&#xe8;res ann&#xe9;es un grand nombre de travaux de philosophes et de sociologues ont contribu&#xe9; &#xe0; relire l’œuvre de Marx dans sa coh&#xe9;rence d’ensemble d&#xe9;barrass&#xe9;e des d&#xe9;formations, des simplifications ou des interpr&#xe9;tations probl&#xe9;matiques [4].&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut rappeler ici que du point de vue de Marx, la r&#xe9;alit&#xe9; sociale est l’unit&#xe9; r&#xe9;sultant de l’organisation de l’ensemble des rapports sociaux, unit&#xe9; n’excluant nullement les contradictions entre eux et n’impliquant donc nulle cl&#xf4;ture de cette r&#xe9;alit&#xe9; sur elle-m&#xea;me. Ce concept de rapport social comme paradigme de l’intelligibilit&#xe9; de la r&#xe9;alit&#xe9; sociale permet d’&#xe9;viter la plupart des apories communes aux mod&#xe8;les &#xe9;pist&#xe9;mologiques les plus courants dans le domaine des sciences sociales [5]. Tout rapport social est, par nature, source &#xe0; la fois de coh&#xe9;sion et de conflit. Il unit (ou lie) les sujets sociaux qu’il m&#xe9;diatise, il constitue un des &#xe9;l&#xe9;ments &#xe0; partir desquels se constitue l’architecture de la soci&#xe9;t&#xe9; globale. Mais, inversement, selon des formes et des contenus &#xe0; chaque fois sp&#xe9;cifiques, tout rapport social est, au moins potentiellement, source de tensions et de conflits entre ses acteurs ou agents, individuels ou collectifs. Le rapport social est en somme une tension qui traverse le champ social et qui &#xe9;rige certains ph&#xe9;nom&#xe8;nes sociaux en enjeux autour desquels se constituent des groupes sociaux aux int&#xe9;r&#xea;ts antagoniques. Par exemple le travail et ses divisions ou le partage des richesses produites sont des enjeux centraux autour desquels des groupes sociaux se sont constitu&#xe9;s, notamment les classes sociales ou les classes de sexe [6]. Ces groupes sociaux sont en tension permanente autour de ces enjeux. L’articulation d’un rapport social avec d’autres rapports sociaux au sein de la totalit&#xe9; sociale est par ailleurs en m&#xea;me temps source potentielle de contradictions entre ces derniers. L’&#xe9;l&#xe9;ment social, la r&#xe9;alit&#xe9; derni&#xe8;re &#xe0; laquelle l’analyse doit s’arr&#xea;ter, ce n’est donc pas l’individu (ou les individus) pris isol&#xe9;ment, mais le rapport social (ou les rapports sociaux). Un individu seul est une abstraction mentale. C’est en ce sens que Marx a pu dire que l’individu est la somme de ses rapports sociaux &#xbb;. Les individus doivent se concevoir comme les agents/acteurs de ces rapports sociaux qui en m&#xea;me temps les produisent comme tels dans et par les actes m&#xea;mes par lesquels ces individus les mettent en œuvre, en accomplissent les injonctions, dispositions, sollicitations et potentialit&#xe9;s. L’analyse doit porter par ailleurs sur le processus de totalisation, toujours inachev&#xe9; et contradictoire, de rapports sociaux, partiellement coh&#xe9;rents et partiellement incoh&#xe9;rents – ce qui n’exclut pas l’existence d’&#xab; effets de totalit&#xe9; &#xbb;, c’est-&#xe0;-dire des r&#xe9;troactions de cette unit&#xe9; inachev&#xe9;e et contradictoire sur les rapports et processus partiels qui lui donnent naissance. Le social n’est donc pensable ni comme simple addition d’individus, ni comme substance surplombant ces derniers. Il op&#xe8;re comme une r&#xe9;alit&#xe9; produite &#xe0; travers les interactions multiples entre individus et groupements. (...)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La prise en compte du &#xab; sexe social &#xbb; comme variable structurante est tr&#xe8;s r&#xe9;cente. Elle n’intervient pas en tant que telle dans la litt&#xe9;rature sociologique avant les ann&#xe9;es 1970. Cela a &#xe9;t&#xe9; montr&#xe9; d&#xe8;s 1970 par Nicole-Claude Mathieu : &#xab; Le crit&#xe8;re de sexe utilis&#xe9; &#xe0; tout propos dans les enqu&#xea;tes de sociologie empirique comme l’une des trois &#xab; variables fondamentales &#xbb;, ne poss&#xe9;dait aucune coh&#xe9;rence sociologique. (...) Il n’existait pas de sociologie des sexes (des deux sexes), sauf dans le domaine de la famille &#xbb; [7]. Dans la sociologie fran&#xe7;aise des ann&#xe9;es d’apr&#xe8;s-guerre la variable &#xab; sexe &#xbb; est prise en compte dans les &#xe9;tudes portant sur le mariage. L’enqu&#xea;te sur le choix du conjoint dirig&#xe9;e par Alain Girard &#xe0; la fin des ann&#xe9;es cinquante avait spectaculairement d&#xe9;montr&#xe9; que ce choix &#xe9;tait homogame, c’est-&#xe0;-dire qu’il s’effectuait dans un milieu social semblable au sien, m&#xea;me en l’absence de contraintes familiales explicites, donc m&#xea;me quand ce choix &#xe9;tait r&#xe9;put&#xe9; &#xab; libre &#xbb; et &#xab; dict&#xe9; par l’amour &#xbb;. Cette recherche semblait croiser la variable &#xab; sexe &#xbb; et la variable &#xab; classe &#xbb;. Mais c’est plut&#xf4;t la profession du p&#xe8;re de la femme qui &#xe9;tait mise en rapport avec celle du mari [8]. De mani&#xe8;re analogue, dans un pass&#xe9; encore r&#xe9;cent, la construction des cat&#xe9;gories statistiques permettant de mener des &#xe9;tudes portant sur la mobilit&#xe9; sociale ignorait purement et simplement les femmes, les m&#xe8;res, les filles et les &#xe9;pouses. M&#xea;me quand les enqu&#xea;tes n’excluaient pas les femmes, les r&#xe9;sultats publi&#xe9;s ne s’int&#xe9;ressaient qu’aux hommes. Dominique Merlli&#xe9; et Jean Pr&#xe9;vot signalent &#xe0; ce propos que l’enqu&#xea;te britannique sur la mobilit&#xe9; sociale r&#xe9;alis&#xe9;e en 1949 portait sur les deux sexes, par contre l’analyse de la mobilit&#xe9; n’a &#xe9;t&#xe9; effectu&#xe9;e que sur les hommes de l’&#xe9;chantillon [9]. L’ouvrage de Claude Th&#xe9;lot paru en 1982 portant sur la position sociale et l’origine familiale s’intitule symptomatiquement : &#xab; Tel p&#xe8;re, tel fils ? &#xbb; [10]. (...)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La prise en compte syst&#xe9;matique d’autres variables structurantes, en dehors de la variable de classe, a &#xe9;t&#xe9; lente et partielle. L’&#xe2;ge (et la g&#xe9;n&#xe9;ration) feront assez t&#xf4;t leur entr&#xe9;e en sociologie comme variable poss&#xe9;dant une certaine coh&#xe9;rence sociologique [11]. Par contre le sexe, le sexe social bien s&#xfb;r, construit socialement, et non consid&#xe9;r&#xe9; comme une variable naturelle, mettra du temps avant de devenir une telle variable structurante. On peut faire une remarque analogue en France &#xe0; propos de l’ethnicit&#xe9;. Cela ne signifie pas que le sexe et l’origine ethnique ne soient pas pris en compte dans des &#xe9;tudes sp&#xe9;cifiques. Madeleine Guilbert et ses collaboratrices ont pu recenser en 1977 plus de 1000 r&#xe9;f&#xe9;rences de recherches consacr&#xe9;es au travail et &#xe0; la &#xab; condition f&#xe9;minine &#xbb; dans les sciences sociales depuis le XIXe si&#xe8;cle [12]. La litt&#xe9;rature d’avant la Premi&#xe8;re Guerre mondiale est relativement abondante (pr&#xe8;s de 200 r&#xe9;f&#xe9;rences). Par contre pour la p&#xe9;riode de l’entre-deux-guerres, on est frapp&#xe9; par &#xab; la raret&#xe9; relative des titres concernant le travail des femmes &#xbb; [13] tant en ce qui concerne les &#xe9;crits datant de ces ann&#xe9;es que les &#xe9;tudes r&#xe9;alis&#xe9;es post&#xe9;rieurement. Les auteurs n’ont pu trouver que 35 r&#xe9;f&#xe9;rences. L’essentiel des titres recens&#xe9;s dans cet ouvrage porte sur les trente ann&#xe9;es qui suivent la Seconde Guerre mondiale : plus de 800 r&#xe9;f&#xe9;rences. Le petit nombre de productions intellectuelles centr&#xe9;es sur le travail des femmes semble faire &#xe9;cho au recul tendanciel de l’insertion professionnelle de ces derni&#xe8;res durant l’entre-deux-guerres. Le taux d’activit&#xe9; des femmes r&#xe9;gresse de la Premi&#xe8;re Guerre mondiale &#xe0; 1960. Ce retrait prend cependant place dans un mouvement de salarisation et d’urbanisation grandissant. Et si tout est mis en œuvre pendant les ann&#xe9;es trente, sous Vichy et apr&#xe8;s la Lib&#xe9;ration pour retirer les femmes mari&#xe9;es du march&#xe9; du travail, il n’en reste pas moins que les femmes occupent d&#xe8;s cette &#xe9;poque de plus en plus d’emplois dans la sant&#xe9;, le travail social, les grands magasins ou les bureaux. A l’oppos&#xe9;, la mont&#xe9;e de l’activit&#xe9; professionnelle des femmes &#xe0; partir de 1960 va se traduire par une production exponentielle d’&#xe9;crits.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(...) Les analyses prenant en compte le sexe et l’&#xe2;ge social (ou la g&#xe9;n&#xe9;ration) vont se d&#xe9;velopper tr&#xe8;s t&#xf4;t en ethnologie ou en anthropologie, disciplines privil&#xe9;giant depuis longtemps l’&#xe9;tude des soci&#xe9;t&#xe9;s consid&#xe9;r&#xe9;es comme &#xab; indiff&#xe9;renci&#xe9;es &#xbb; [14]. C’est autour de la parent&#xe9; entendue comme ensemble de relations d&#xe9;finies par la filiation et par l’alliance que sont pens&#xe9;s les rapports entre les sexes et entre les classes d’&#xe2;ge. Dans cette perspective, les rapports sociaux reliant et opposant les hommes et les femmes d’une part et les classes d’&#xe2;ges d’autre part deviennent des rapports structurant centraux pour comprendre ces soci&#xe9;t&#xe9;s. La parent&#xe9; est en effet le principe actif qui r&#xe8;gle les relations sociales, ou du moins une partie d’entre elles, dans nombre de soci&#xe9;t&#xe9;s qualifi&#xe9;es aussi de &#xab; traditionnelles &#xbb; ou de &#xab; primitives &#xbb;. Maurice Godelier a montr&#xe9; que dans ces soci&#xe9;t&#xe9;s, ce sont pr&#xe9;cis&#xe9;ment les rapports de parent&#xe9; qui fonctionnent comme rapports de production et que c’est dans le cadre de ces rapports que les hommes affirment leur pouvoir et leur domination sur les femmes [15]. Les &#xe9;tudes d’anthropologie &#xe9;conomique de Claude Meillassoux mettent l’accent sur la circulation des &#xe9;pouses et des dots, mais aussi sur celle des rejetons. Transposant l’analyse marxienne du fonctionnement du mode de production capitaliste, Meillassoux diss&#xe8;que la &#xab; dialectique de l’&#xe9;galit&#xe9; &#xbb; dans ce type de soci&#xe9;t&#xe9; et conclut &#xe0; l’exploitation, dans les soci&#xe9;t&#xe9;s agricoles d’autosubsistance, des femmes et des cadets [16].&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pr&#xe9;gnance du mouvement ouvrier au cours des ann&#xe9;es 1960 et 1970 et l’influence corr&#xe9;lative de la tradition ouverte par Marx permet de comprendre aussi que pour th&#xe9;oriser les rapports entre hommes et femmes ce sont des approches en termes de &#xab; rapports sociaux de sexe &#xbb; qui vont se d&#xe9;velopper dans la sociologie fran&#xe7;aise dans le sillage d’une partie du mouvement des femmes [17]. Le syst&#xe8;me d’oppression et de domination sp&#xe9;cifique des hommes sur les femmes sera &#xe9;galement th&#xe9;oris&#xe9; par plusieurs auteurs sous le nom de patriarcat [18]. Avec le reflux des conceptualisations en termes de classes (de rapport de classe et de rapports sociaux) et l’influence croissante des &#xe9;laborations d’origine anglo-saxonne autour du concept de gender, le genre va se diffuser au cours des ann&#xe9;es suivantes, lentement en France, plus rapidement dans la plupart des autres pays. (...)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme toute recherche sociologique, ce livre est &#xe0; l’&#xe9;vidence un travail engag&#xe9;. En effet, le sociologue est un sujet social inscrit dans la r&#xe9;alit&#xe9; sociale, l’ &#xab; extra-territorialit&#xe9; totale &#xbb; [19] lui est impossible. La diff&#xe9;rence fondamentale entre les sciences sociales et les sciences de la nature tient pr&#xe9;cis&#xe9;ment &#xe0; cette caract&#xe9;ristique. Le chercheur ne peut pas se retrancher du monde, son esprit, comme son corps, y est inscrit et quand bien m&#xea;me le voudrait-il, il participerait malgr&#xe9; tout au cours du monde, y compris par son retrait. Cet engagement n’accro&#xee;t pas forc&#xe9;ment les difficult&#xe9;s dans la recherche. Cela est vrai pour celui qui s’engage dans le but d’am&#xe9;liorer le sort de l’humanit&#xe9;, pour celle qui s’engage dans une perspective f&#xe9;ministe, comme pour tout autre engagement. L’engagement permet d’abord de poser des questions qui sans cela ne se posaient pas, ou du moins de mani&#xe8;re plus confuse ou plus elliptique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’id&#xe9;e de neutralit&#xe9; et de d&#xe9;tachement a &#xe9;galement &#xe9;t&#xe9; mise &#xe0; mal par l’&#xe9;pist&#xe9;mologie de la connaissance situ&#xe9;e ou du point du vue d&#xe9;velopp&#xe9;e par la critique f&#xe9;ministe. Celle-ci insiste sur le fait que toute connaissance est n&#xe9;cessairement situ&#xe9;e dans le temps et dans l’espace et ancr&#xe9;e dans les conditions mat&#xe9;rielles d’existence sp&#xe9;cifiques &#xe0; un groupe et &#xe0; une &#xe9;poque donn&#xe9;e [20]. Sandra Harding par exemple questionne les pr&#xe9;suppos&#xe9;s et les conceptions de l’objectivit&#xe9;, de l’universalit&#xe9; et de la neutralit&#xe9; scientifiques dominantes &#xe0; partir de positions f&#xe9;ministes [21]. La recherche f&#xe9;ministe en contribuant &#xe0; d&#xe9;naturaliser les sexes a permis des avanc&#xe9;es scientifiques novatrices tant en sociologie de la famille qu’en sociologie du travail [22].&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les travaux portant sur les in&#xe9;galit&#xe9;s sociales, les rapports de classe ou les rapports de sexe ne sont donc pas moins ou plus objectifs et scientifiques que l’ensemble de la production en sciences humaines ou sociales. Dans un rapport &#xe0; la direction du CNRS, Delphine Gardey rappelle que ces recherches &#xab; s’inscrivent directement dans ce qui fonde les sciences humaines, comme pens&#xe9;e critique et comme pens&#xe9;e humaine. Les pr&#xe9;jug&#xe9;s ordinaires contre ces recherches sont aujourd’hui infond&#xe9;s &#xbb; [23]. De son c&#xf4;t&#xe9;, Christian Baudelot s’oppose au mythe d’une possible neutralit&#xe9; axiologique et souligne que les sociologues pratiquent &#xab; tous une discipline qui oblige &#xe0; prendre parti, que nous le reconnaissions ou non &#xbb; [24]. Ce rappel est n&#xe9;cessaire contre l’illusion d’une sociologie pouvant rester neutre, au-dessus des conflits qui traversent les soci&#xe9;t&#xe9;s, conflits entre classes ou entre sexes sociaux. Impossible donc de se r&#xe9;fugier dans &#xab; la tour d’ivoire de l’objectivit&#xe9; savante &#xbb;, d’autant plus que les r&#xe9;sultats des sciences sociales seront appropri&#xe9;s par les diff&#xe9;rents membres de la soci&#xe9;t&#xe9; et ne manqueront pas en outre de transformer leur vision du monde. Baudelot ajoute &#xe0; juste titre, et nous sommes l&#xe0; au cœur de nos travaux ant&#xe9;rieurs consacr&#xe9;s aux in&#xe9;galit&#xe9;s entre cat&#xe9;gories sociales ou entre hommes et femmes : &#xab; Etudier la r&#xe9;alit&#xe9; sociale contemporaine, c’est n&#xe9;cessairement mettre en &#xe9;vidence des &#xe9;carts, des disparit&#xe9;s, des in&#xe9;galit&#xe9;s qui sont souvent des gouffres, entre des patrimoines, des revenus, des salaires, des niveaux d’&#xe9;ducation, des conditions de travail, des taux de ch&#xf4;mage ou de suicide, des modes et des niveaux de vie, des esp&#xe9;rances de vie et m&#xea;me (...) des diff&#xe9;rences de conditions entre les hommes et les femmes &#xbb; [25]. Enfin, cherchant &#xe0; expliquer et &#xe0; comprendre ces &#xe9;carts et ces in&#xe9;galit&#xe9;s, le sociologue doit prendre en compte les dynamiques des soci&#xe9;t&#xe9;s, dans la mesure o&#xf9; suivant la formule incisive de Baudelot &#xab; le bonheur des uns fait en grande partie le malheur des autres. Vice-versa &#xbb;. En d’autres termes le sociologue rencontre obligatoirement selon les terminologies utilis&#xe9;es par les uns ou les autres : &#xab; exploitation, domination, oppression, d&#xe9;s&#xe9;quilibres, privil&#xe8;ges &#xbb;. Et il conclut son propos consacr&#xe9; &#xe0; l’engagement in&#xe9;vitable du sociologue : &#xab; N’inventons pas de tabous qui n’existent pas &#xbb; [26].&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les remarques qui pr&#xe9;c&#xe8;dent visent &#xe0; rappeler que l’objectivit&#xe9; doit &#xea;tre distingu&#xe9;e clairement d’une pr&#xe9;tendue neutralit&#xe9;. L’objectivit&#xe9; scientifique renvoie davantage aux m&#xe9;thodologies mises en œuvre et aux processus de recherche, ainsi qu’au travail critique collectif indispensable dans la production de connaissances.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour des raisons d’exposition le livre est d&#xe9;coup&#xe9; en deux grandes parties, dans la premi&#xe8;re nous examinons les rapports de classe et les classes sociales (chapitres 1 &#xe0; 3), dans la seconde le genre ou les rapports sociaux de sexe (chapitres 4 &#xe0; 6), ce qui n’emp&#xea;chera pas un certain nombre de chass&#xe9;s-crois&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le chapitre 1 pr&#xe9;sente le paradoxe du tournant n&#xe9;o-lib&#xe9;ral. En effet le discours de classe tel qu’il se d&#xe9;clinait, dans sa diversit&#xe9;, dans les sciences sociales, jusqu’&#xe0; la fin des ann&#xe9;es 1970 s’efface au moment m&#xea;me o&#xf9; la polarisation sociale se renforce &#xe0; travers la mont&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;ralis&#xe9;e des in&#xe9;galit&#xe9;s sociales. Le chapitre 2 est consacr&#xe9; aux discours de substitution qui s’imposent au cours des ann&#xe9;es 1980 et 1990 : th&#xe8;ses de la &#xab; moyennisation &#xbb;, de l’individualisation du social, de l’invisibilisation des classes ou, plus particuli&#xe8;rement en France, de l’exclusion. Le point commun de ces th&#xe8;ses r&#xe9;side dans la commune occultation du sch&#xe8;me du conflit. Dans le chapitre 3, je fais l’hypoth&#xe8;se que les classes amorcent un retour dans le discours sociologique depuis quelques ann&#xe9;es. Les d&#xe9;fis &#xe0; relever par les analyses en termes de classes ne manquent pas, notamment par rapport aux lacunes des analyses classistes ant&#xe9;rieures et aux transformations de la structure sociale intervenues entre temps : modifications des contours et caract&#xe9;ristiques des diff&#xe9;rentes classes et fractions de classes, transformations induites par la mont&#xe9;e de l’activit&#xe9; professionnelle des femmes et effets de la transnationalisation croissante de l’&#xe9;conomie. La question de la subjectivit&#xe9; et de la conscience de classe m&#xe9;rite de ce point de vue une attention particuli&#xe8;re.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le chapitre 4 porte sur la R&#xe9;volution f&#xe9;ministe des ann&#xe9;es 1969-1976, &#xe0; certaines de ses contradictions et surtout &#xe0; l’effervescence th&#xe9;orique qui en a r&#xe9;sult&#xe9; visant &#xe0; penser l’oppression des femmes. Les concepts de patriarcat, de mode de production domestique, de travail domestique, de travail productif et reproductif, d’articulation production - reproduction et de division sexuelle du travail seront d&#xe9;gag&#xe9;s dans une premi&#xe8;re phase. L’&#xe9;mergence des deux principaux concepts, celui de genre et de rapports sociaux de sexe sera l’objet du chapitre 5. Dans les sciences sociales leurs d&#xe9;finitions tendent &#xe0; se rapprocher car tous deux insistent sur le caract&#xe8;re construit et antagonique des rapports hommes-femmes, m&#xea;me si le second insiste le plus souvent davantage que le premier sur le travail comme levier de la domination et de l’&#xe9;mancipation, et surtout, sur la n&#xe9;cessaire articulation des rapports de classe et de sexe. Enfin, le chapitre 6 dresse un bilan des changements majeurs qui sont intervenus dans les rapports sociaux de sexe au cours des derni&#xe8;res d&#xe9;cennies au sein des soci&#xe9;t&#xe9;s occidentales, principalement &#xe0; partir du cas fran&#xe7;ais. Ces changements ont permis aux femmes d’acc&#xe9;der &#xe0; une plus grande autonomie, mais les freins de toute nature p&#xe8;sent en sens inverse : construction asym&#xe9;trique des identit&#xe9;s masculines et f&#xe9;minines, sexuation des fili&#xe8;res de formation et des emplois, travail domestique toujours massivement &#xe0; la charge des femmes, politiques contradictoires des Etats, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En conclusion nous pr&#xe9;senterons un plaidoyer en faveur de l’articulation des diff&#xe9;rents rapports sociaux dans les recherches actuelles et &#xe0; venir. Pour donner toute son intelligibilit&#xe9; &#xe0; chacun d’eux et pour rendre compte de la complexit&#xe9; du social il est indispensable de prendre en compte l’ensemble de ces rapports entrem&#xea;l&#xe9;s. Les diff&#xe9;rents niveaux, espaces ou champs de la r&#xe9;alit&#xe9; sociale doivent &#xea;tre distingu&#xe9;s car cette derni&#xe8;re ne se pr&#xe9;sente jamais de mani&#xe8;re univoque. La situation objective (du groupe consid&#xe9;r&#xe9; : classe sociale, sexe social, classe d’&#xe2;ge ou g&#xe9;n&#xe9;ration, &#xab; race &#xbb; ou ethnie &#xbb;, etc.) et la subjectivit&#xe9; (des membres des diff&#xe9;rents groupes) sont &#xe0; prendre en compte. Enfin, il est n&#xe9;cessaire d’inscrire ces rapports sociaux dans le temps et dans l’espace. Car il s’agit aussi pour nous de se placer dans la perspective de la transformation de ces rapports qui tous impliquent domination, discrimination, stigmatisation et exploitation.&lt;br /&gt;PFEFFERKORN Roland&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Notes&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[1] Cf. par exemple Paul Bouffartigue (sous la direction de), Le retour des classes. In&#xe9;galit&#xe9;s, dominations, conflits, La Dispute, Paris, 2004.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[2] Parler de rapports de &#xab; race &#xbb; c’est mettre l’accent sur des diff&#xe9;rences &#xab; visibles &#xbb;. Les rapports ethniques privil&#xe9;gient, en principe, les diff&#xe9;rences culturelles. Mais la r&#xe9;f&#xe9;rence &#xe0; des ethnies renvoie parfois de mani&#xe8;re euph&#xe9;mis&#xe9;e &#xe0; des &#xab; races &#xbb;. Ces derni&#xe8;res bien que n’ayant aucune signification scientifique sont produites par le racisme : c’est le racisme qui cr&#xe9;e les &#xab; races &#xbb;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[3] Nous pensons bien s&#xfb;r ici &#xe0; Louis Althusser. Le jugement formul&#xe9; en octobre 2004 par l’historien marxiste Eric Hobsbawm est sans appel : &#xab; Ce personnage, qui &#xe0; mon avis n’&#xe9;tait pas du tout historien, d’abord, ne comprenait pas beaucoup l’histoire, ensuite, et finalement, n’&#xe9;tait pas tr&#xe8;s cal&#xe9; dans la connaissance des textes et de la pens&#xe9;e de Marx &#xbb;, in Aron Cohen, Rosa Congost, Pablo F. Luna (coord.), Pierre Vilar. Une histoire totale. Une histoire en construction, Syllepse, Paris, 2006, p. 87. Mais il y eut pire, en termes de dogmatisme liturgique, du c&#xf4;t&#xe9; de Staline, de Mao et de ceux qui r&#xe9;p&#xe9;taient leurs cat&#xe9;chismes, ou en termes de d&#xe9;formations, par ignorance ou par calcul id&#xe9;ologique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[4] Cf. notamment Jacques Derrida, Spectres de Marx, Galil&#xe9;e, Paris, 1993 ; et Marx &amp; Sons, Galil&#xe9;e et PUF, Paris, 2002 ; Daniel Bensa&#xef;d, Marx, l’intempestif. Grandeurs et mis&#xe8;res d’une aventure critique (XIXe-XXe si&#xe8;cles), Fayard, Paris, 1995 ; et La discordance des temps. Essais sur les crises, les classes, l’histoire, Les &#xe9;ditions de la Passion, Paris, 1995 ; Henri Maler, Convoiter l’impossible. L’utopie avec Marx, malgr&#xe9; Marx, Albin Michel, Paris, 1995 ; Alain Bihr, La reproduction du capital. Prol&#xe9;gom&#xe8;nes &#xe0; une th&#xe9;orie g&#xe9;n&#xe9;rale du capitalisme, 2 tomes, Editions Page deux, Lausanne, 2001 ; Jean-Marie Vincent, Un autre Marx. Apr&#xe8;s les marxismes, Page deux, Lausanne, 2001 ; Tran Hai Hac, Relire le Capital. Marx, critique de l’&#xe9;conomie politique et objet de la critique de l’&#xe9;conomie politique, 2 tomes, Page deux, Lausanne, 2003 ; Lucien S&#xe8;ve, Penser avec Marx aujourd’hui. Marx et nous, La Dispute, Paris, 2004 ; Antoine Artous, Marx, l’Etat et la politique, Syllepse, Paris, 1999 ; Travail et &#xe9;mancipation sociale. Marx et le travail, Syllepse, Paris, 2003 ; Le f&#xe9;tichisme chez Marx. Le marxisme comme th&#xe9;orie critique, Syllepse, Paris, 2006.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[5] C’est pourquoi l’absence de l’entr&#xe9;e &#xab; rapport social &#xbb; ou &#xab; rapports sociaux &#xbb; dans de nombreux dictionnaires de sociologie ou de sciences sociales ne manque pas de surprendre (Exemples : Dictionnaire des sciences humaines. Anthropologie/Sociologie, Nathan Universit&#xe9;, 1994 ; Dictionnaire de la sociologie, Encyclopaedia Universalis – Albin Michel, 1998 ; Dictionnaire d’&#xe9;conomie et des sciences sociales, Nathan, 1993 ; Dictionnaire critique de la sociologie, PUF, 2000). On trouve certes parfois l’entr&#xe9;e &#xab; rapport de classe &#xbb; (Dictionnaire de sociologie, Hatier, 1995), ailleurs l’entr&#xe9;e &#xab; rapports sociaux de sexes &#xbb; associ&#xe9;e &#xe0; celle de &#xab; rapport salarial &#xbb; (Dictionnaire de sociologie, Armand Colin, 1995).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[6] Cf. Dani&#xe8;le Kergoat, &#xab; Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe &#xbb;, in Helena Hirata, Fran&#xe7;oise Laborie, H&#xe9;l&#xe8;ne Le Doar&#xe9;, Dani&#xe8;le Senotier (coord.), Dictionnaire critique du f&#xe9;minisme, PUF, Paris, 2000, p. 39.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[7] Nicole-Claude Mathieu, L’anatomie politique. Cat&#xe9;gorisations et id&#xe9;ologies du sexe, Editions C&#xf4;t&#xe9;-femmes, Paris, 1991, p. 8.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[8] Alain Girard, Le choix du conjoint, 2e &#xe9;dition, PUF/INED, Paris, 1974 (1e &#xe9;dition, Cahiers de l’INED, n&#xb0; 44, PUF, 1964).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[9] Dominique Merlli&#xe9;, Jacques Pr&#xe9;vot, La mobilit&#xe9; sociale, La D&#xe9;couverte, Collection rep&#xe8;res, Paris, 1991, p. 80. David Glass (sous la direction de), Social mobility in Britain, Routledge &amp; Kegan Paul, Londres, 1954. .&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[10] Claude Th&#xe9;lot, Tel p&#xe8;re, tel fils ? Position sociale et origine familiale, Dunod, Paris, 1982.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[11] Cf. Remi Lenoir &#xab; Objet sociologique et probl&#xe8;me social &#xbb;, in Patrick Champagne, Remi Lenoir, Dominique Merlli&#xe9;, Louis Pinto, Initiation &#xe0; la pratique sociologique, Dunod, Paris, 1989, p. 53-100 ; G&#xe9;rard Mauger, &#xab; Introduction &#xbb; in Karl Mannheim, Le probl&#xe8;me des g&#xe9;n&#xe9;rations, Nathan, Paris, 1990 (1e &#xe9;d. 1928), p. 7-21.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[12] Madeleine Guilbert, Nicole Lowit, Marie-Helene Zylberberg-Hocquart, Travail et condition f&#xe9;minine, Editions de la Courtille, Paris, 1977.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[13] Madeleine Guilbert, Nicole Lowit, Marie-Helene Zylberberg-Hocquart, Travail et condition f&#xe9;minine, Editions de la Courtille, Paris, 1977, p. 9.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[14] Cependant une analyse fine de la litt&#xe9;rature ethnologique des ann&#xe9;es 1970 montre que beaucoup d’auteurs d&#xe9;veloppent une conception essentiellement biologisante de la &#xab; f&#xe9;minit&#xe9; &#xbb; en regard avec une conception sociale de la cat&#xe9;gorie masculine. Nicole-Claude Mathieu, L’anatomie politique. Cat&#xe9;gorisations et id&#xe9;ologies du sexe, Editions C&#xf4;t&#xe9;-femmes, Paris, 1991, p. 43-73.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[15] Maurice Godelier, La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guin&#xe9;e, Fayard, Paris, 1982.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[16] Claude Meillassoux, Femmes, greniers et capitaux, Fran&#xe7;ois Masp&#xe9;ro, Paris, 1975.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[17] Dani&#xe8;le Kergoat, &#xab; Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe &#xbb;, in Helena Hirata, Fran&#xe7;oise Laborie, H&#xe9;l&#xe8;ne Le Doar&#xe9;, Dani&#xe8;le Senotier (coord.), Dictionnaire critique du f&#xe9;minisme, PUF, Paris, 2000, p. 35-44.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[18] Christine Delphy, &#xab; Th&#xe9;ories du patriarcat &#xbb; in Helena Hirata, Fran&#xe7;oise Laborie, H&#xe9;l&#xe8;ne Le Doar&#xe9;, Dani&#xe8;le Senotier (coord.), Dictionnaire critique du f&#xe9;minisme, PUF, Paris, 2000, p. 146.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[19] Robert Castel, &#xab; La sociologie et la r&#xe9;ponse &#xe0; la &#xab; demande sociale &#xbb;, Sociologie du travail, 42, 2000, p. 281- 287.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[20] Voir pour une synth&#xe8;se : Ludovic Gaussot, &#xab; Des rapports sociaux de sexe &#xe0; la connaissance de ces rapports : une vertu cognitive de la non-conformit&#xe9; ? &#xbb;, Cahiers du genre, n&#xb0; 39, 2005, p. 153-172.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[21] Sandra Harding (dir.), The Feminist Standpoint Theory Reader. Intellectual and political Controversies, New- York, Routledge, 2003.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[22] Voir par exemple les travaux de Nicole-Claude Matthieu, Christine Delphy, Dani&#xe8;le Kergoat, Margaret Maruani et plus largement les travaux r&#xe9;alis&#xe9;s au sein de diff&#xe9;rents centres de recherche, du MAGE, du GEDISST/GERS/GTM, de Simone-Sagesse, etc. Le lecteur trouvera les r&#xe9;f&#xe9;rences pr&#xe9;cises plus loin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[23] Delphine Gardey, Enjeux des recherches sur le genre et le sexe. Rapport &#xe0; Mme la Pr&#xe9;sidente du Conseil scientifique du CNRS, Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques, UMR 2139. CNRS/Cit&#xe9; des sciences et de l’industrie, mars 2004.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[24] Christian Baudelot, &#xab; A l’&#xe9;cole des femmes &#xbb; in Jacqueline Laufer, Catherine Marry, Margaret Maruani (dir.), Le Travail du genre. Les sciences sociales du travail &#xe0; l’&#xe9;preuve de la diff&#xe9;rence des sexes, La D&#xe9;couverte, Paris, 2003, p. 43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[25] Christian Baudelot, &#xab; A l’&#xe9;cole des femmes &#xbb; in Jacqueline Laufer, Catherine Marry, Margaret Maruani (dir.), Le Travail du genre. Les sciences sociales du travail &#xe0; l’&#xe9;preuve de la diff&#xe9;rence des sexes, La D&#xe9;couverte, Paris, 2003, p. 43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[26] Christian Baudelot, &#xab; A l’&#xe9;cole des femmes &#xbb; in Jacqueline Laufer, Catherine Marry, Margaret Maruani (dir.), Le Travail du genre. Les sciences sociales du travail &#xe0; l’&#xe9;preuve de la diff&#xe9;rence des sexes, La D&#xe9;couverte, Paris, 2003, p. 44.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;* Paru sous cette forme sur le site de l’Observatoire des in&#xe9;galit&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;* Roland Pfefferkorn est professeur de sociologie &#xe0; l’universit&#xe9; Marc Bloch de Strasbourg et membre du laboratoire Cultures et Soci&#xe9;t&#xe9;s en Europe du CNRS.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sat, 24 May 2008 11:58:04 GMT</pubDate></item><item><title>L&apos;INVENTION DU 21e SI&#xc8;CLE</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/21/9262517.html</link><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/21/9262517.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9262517/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/21/9262517.html</guid><description>&lt;p&gt;de Robert Fossaert, sociologue &#xe9;conomiste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#xe8;res&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#xe8;re partie – Le &quot;milliard d&apos;hommes&quot; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; Chapitre 1. – Les inconnues des &quot;milliards d&apos;hommes&quot; &lt;br /&gt;– Une multitude de chocs majeurs &lt;br /&gt;– Les ab&#xee;mes du savoir social &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 2. – Masses, classes et poussi&#xe8;res &lt;br /&gt;– La r&#xe9;volution informatique va s&apos;amplifier &lt;br /&gt;– La fin du travail ou la faim de travail ? &lt;br /&gt;– L&apos;apoth&#xe9;ose des in&#xe9;galit&#xe9;s &lt;br /&gt;– Nouvelles masses et nouvelles poussi&#xe8;res &lt;br /&gt;– L&apos;ad&#xe9;quation des pouvoirs aux luttes de classes &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;ANNEXE – Note pour qui ignorerait Marx ou l&apos;histoire ou les deux &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 3. – Calmer les id&#xe9;ologies nationales &lt;br /&gt;(&quot;Bon si&#xe8;cle, bonne sant&#xe9; et peu d&apos;enfants !&quot;) &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 4. – Toute politique a besoin de v&#xe9;ritables sciences sociales &lt;br /&gt;– Les piliers d&apos;un savoir encore maigre &lt;br /&gt;– Juger du savoir &#xe0; son utilit&#xe9; &lt;br /&gt;– Chiffrer le social pour d&#xe9;crypter la soci&#xe9;t&#xe9; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Deuxi&#xe8;me partie – La r&#xe9;volution financi&#xe8;re&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Chapitre 5. – La politique &#xe9;conomique a besoin de fronti&#xe8;res &lt;br /&gt;– Dans l&apos;actuel syst&#xe8;me mondial propri&#xe9;t&#xe9; et pouvoir sont souvent en conflit &lt;br /&gt;– Les fronti&#xe8;res du march&#xe9; mondial &lt;br /&gt;– Sur quelques le&#xe7;ons &#xe0; tirer des conflits &#xe9;conomiques &quot;frontaliers&quot; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; Chapitre 6. – La r&#xe9;volution financi&#xe8;re – Premi&#xe8;re section – La rel&#xe8;ve de l&apos;or &lt;br /&gt;ANNEXE – Quarante ans d&apos;essais sur les banques, les bourses et autres aspects de l&apos;appareil financier interne et international (textes de Robert Fossaert &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 7. – La r&#xe9;volution financi&#xe8;re – Deuxi&#xe8;me section – La deuxi&#xe8;me mort de Bretton-Woods &lt;br /&gt;– Les Sages et leur stupide &quot;Consensus de Washington&quot; &lt;br /&gt;TABLEAU – Les sages autorit&#xe9;s financi&#xe8;res internationales &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;– Vers une r&#xe9;forme du pilier international &lt;br /&gt;– Le soleil financier se l&#xe8;vera-t-il &#xe0; l&apos;Est ? &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 8. – La r&#xe9;volution financi&#xe8;re – Troisi&#xe8;me section – La pr&#xe9;dominance de New-York &lt;br /&gt;– Le pilier new-yorkais &lt;br /&gt;– New-York, paradis de la libre entreprise financi&#xe8;re ? &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 9. – La r&#xe9;volution financi&#xe8;re – Quatri&#xe8;me section – Quelle r&#xe9;volution financi&#xe8;re ? &lt;br /&gt;– La r&#xe9;volution financi&#xe8;re est en cours &lt;br /&gt;– &#xc0; moins qu&apos;une r&#xe9;volution anti-financi&#xe8;re interrompe sa course &lt;br /&gt;– Dompter le capital financier pour le domestiquer ? &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;ANNEXE – Nationalisations bancaires &#xe0; la fran&#xe7;aise &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#xe8;me partie – Vers un autre syst&#xe8;me mondial&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Chapitre 10. – Comment solder un si&#xe8;cle de guerres inabouties en Asie du nord-est ? &lt;br /&gt;– Un si&#xe8;cle de guerres non ou mal achev&#xe9;es &lt;br /&gt;– Une r&#xe9;gion qui se cherche entre Chine et &#xc9;tats-Unis &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 11. – Comment bloquer la politique suicidaire d&apos;Isra&#xeb;l ? &lt;br /&gt;– Isra&#xeb;l enkyst&#xe9; au Proche- et Moyen-Orient &lt;br /&gt;– Une r&#xe9;gion volcanique &lt;br /&gt;– Les avenirs d&apos;Isra&#xeb;l &lt;br /&gt;– Une r&#xe9;volution culturelle isra&#xe9;lienne ? &lt;br /&gt;– Aider ou g&#xea;ner Isra&#xeb;l ? &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 12. – Les grandes guerres du 21e si&#xe8;cle – (Pourquoi et comment &#xe9;viter que les &#xc9;tats-Unis s&apos;en m&#xea;lent ?) &lt;br /&gt;– Panorama des guerres actuelles ou potentielles &lt;br /&gt;– Bombes, missiles et kamikazes &lt;br /&gt;– Grande Arm&#xe9;e ? L&#xe9;gion &#xc9;trang&#xe8;re ? &lt;br /&gt;– Les &#xc9;tats-Unis, coupables inconscients &lt;br /&gt;– Pour un atterrissage en douceur &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 13. – La longue marche de l&apos;Asie vers le centre du syst&#xe8;me mondial &lt;br /&gt;– La Chine fait ses comptes &lt;br /&gt;– La Chine s&apos;&#xe9;panouira, mais non sans crises &lt;br /&gt;– D&apos;autres grimpeurs, en Asie et ailleurs &lt;br /&gt;– Vers un nouveau syst&#xe8;me mondial &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;ANNEXE – PIB et comparaisons internationales &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 14. – Paix et guerres entre les Nations-Unies – Premi&#xe8;re section – Puissances et impuissances &lt;br /&gt;– L&apos;empire du Centre ou du Chaos ? &lt;br /&gt;– Le nouvel Empire du Milieu ? &lt;br /&gt;– Puissances et impuissances entre Washington et P&#xe9;kin &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chapitre 15 – Paix et guerres entre les Nations-Unies – Deuxi&#xe8;me section – Difficile naissance d&apos;un nouveau syst&#xe8;me mondial &lt;br /&gt;– Le d&#xe9;sordre mondial &lt;br /&gt;– Civiliser bon nombre de puissances durant les prochaines d&#xe9;cennies &lt;br /&gt;– Esquisse du futur syst&#xe8;me mondial&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 21 May 2008 10:49:07 GMT</pubDate></item><item><title>Vers une nouvelle vision sociale pour l&apos;Europe du 21e si&#xe8;cle</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/21/9262448.html</link><category>Id&#xe9;es,Soci&#xe9;t&#xe9;</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/21/9262448.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9262448/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/21/9262448.html</guid><description>&lt;p&gt;Source: Activit&#xe9; de l&apos;Union Europ&#xe9;enne http://europa.eu/scadplus/leg/fr/cha/c10162.htm&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si elle veut aujourd&apos;hui garantir au citoyen le bien-&#xea;tre, la qualit&#xe9; de vie et les valeurs auxquelles il aspire, l&apos;Union europ&#xe9;enne (UE) doit &#xea;tre en phase avec ses nouvelles r&#xe9;alit&#xe9;s sociales. Quelles sont ces r&#xe9;alit&#xe9;s? Comment ont-elles &#xe9;volu&#xe9;? Quelle vision sociale pour demain? Dans la pr&#xe9;sente communication, la Commission donne une premi&#xe8;re r&#xe9;ponse &#xe0; ces questions. Elle esquisse le projet d&apos;une Europe favorisant &#xab;les chances de r&#xe9;ussite&#xbb;, identifie les principaux domaines d&apos;action qui permettront de le r&#xe9;aliser et d&#xe9;crit le r&#xf4;le que l&apos;UE pourrait jouer pour favoriser le changement et orienter, soutenir et accompagner les r&#xe9;formes n&#xe9;cessaires. Cette communication enrichit la consultation publique en cours sur le bilan de la r&#xe9;alit&#xe9; sociale. Elle sera suivie d&apos;un agenda social renouvel&#xe9; pour la mi-2008.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;ACTE&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Communication de la Commission au Parlement europ&#xe9;en, au Conseil, au Comit&#xe9; &#xe9;conomique et social europ&#xe9;en et au Comit&#xe9; des r&#xe9;gions du 20 novembre 2007 intitul&#xe9;e &#xab;Opportunit&#xe9;s, acc&#xe8;s et solidarit&#xe9;:vers une nouvelle vision sociale pour l&apos;Europe du 21e si&#xe8;cle&#xbb; [COM(2007) 726 final - Non publi&#xe9; au Journal officiel].&lt;br /&gt;SYNTH&#xc8;SE&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La capacit&#xe9; de l&apos;Union europ&#xe9;enne (UE) &#xe0; promouvoir efficacemment le bien-&#xea;tre, la qualit&#xe9; de vie et les valeurs communes de ses citoyens d&#xe9;pend avant tout de son aptitude &#xe0; saisir les r&#xe9;alit&#xe9;s sociales qui la traversent et &#xe0; s&apos;adapter &#xe0; leurs &#xe9;volutions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&apos;Europe au 21e si&#xe8;cle: quelles r&#xe9;alit&#xe9;s sociales?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&apos;&#xe9;volution des r&#xe9;alit&#xe9;s sociales en Europe et dans le monde a plusieurs visages:&lt;br /&gt;les structures de soci&#xe9;t&#xe9; sont en mutation permanente: la dur&#xe9;e de la vie s&apos;allonge, la cellule familiale d&#xe9;passe aujourd&apos;hui largement les sch&#xe9;mas traditionnellement &#xe9;tablis, l&apos;&#xe9;galit&#xe9; entre les femmes et les hommes ne cesse de se renforcer, de nouvelles formes de mobilit&#xe9; et de diversit&#xe9; &#xe9;mergent;&lt;br /&gt;les modes de vie et de travail des Europ&#xe9;ens sont influenc&#xe9;s par la mondialisation, le progr&#xe8;s technologique et l&apos;&#xe9;volution &#xe9;conomique;&lt;br /&gt;l&apos;UE a &#xe9;volu&#xe9;: elle s&apos;est aggrandie en m&#xea;me temps qu&apos;elle s&apos;est diversifi&#xe9;e, r&#xe9;ussissant &#xe0; allier la paix, la libert&#xe9; et la prosp&#xe9;rit&#xe9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces nouvelles r&#xe9;alit&#xe9;s ouvrent de nombreuses perspectives en termes de libert&#xe9;, de sant&#xe9;, de conditions de vie et d&apos;avancement social, mais sont &#xe9;galement sources de risques de difficult&#xe9; et d&apos;exclusion pour certaines couches moins favoris&#xe9;es de la soci&#xe9;t&#xe9;. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce contexte, les citoyens attendent que l&apos;Europe telle qu&apos;ils l&apos;ont construite leur donne les moyens de faire face au changement et de d&#xe9;fendre leurs valeurs &#xe0; l&apos;&#xe9;chelle mondiale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&#xc9;volutions des r&#xe9;alit&#xe9;s sociales&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les Europ&#xe9;ens sont, de mani&#xe8;re g&#xe9;n&#xe9;rale, conscients de leur prosp&#xe9;rit&#xe9; actuelle (eu &#xe9;gard aux situations rencontr&#xe9;es dans d&apos;autres parties du monde), ils n&apos;en demeurent pas moins inquiets pour l&apos;avenir. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au-del&#xe0; des diff&#xe9;rences de conditions de vie et donc de perceptions existant &#xe0; l&apos;int&#xe9;rieur des soci&#xe9;t&#xe9;s europ&#xe9;ennes, ces derni&#xe8;res connaissent toutes, sans exception, des changements rapides et profonds.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces mutations sont de trois types:&lt;br /&gt;sociales;&lt;br /&gt;&#xe9;conomiques;&lt;br /&gt;de valeurs et de mode de vie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les mutations sociales&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De nouvelles tendances d&#xe9;mographiques se dessinent. L&apos;esp&#xe9;rance de vie des Europ&#xe9;ens continue de cro&#xee;tre de mani&#xe8;re spectaculaire: en 2050, elle aura quasiment doubl&#xe9; par rapport &#xe0; son niveau de 1900. Dans le m&#xea;me temps, les taux de natalit&#xe9; sont en baisse (souvent faute d&apos;un contexte propice). De ce fait, les risques de d&#xe9;pendance et d&apos;isolement des personnes &#xe2;g&#xe9;es et, plus g&#xe9;n&#xe9;ralement, de fracture entre les g&#xe9;n&#xe9;rations en termes de salaires, de s&#xe9;curit&#xe9; de l&apos;emploi, d&apos;acc&#xe8;s au logement et de partage du co&#xfb;t du viellissement sont r&#xe9;els. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;La rupture des relations conjugales, la monoparentalit&#xe9; et l&apos;affaiblissement des liens avec la famille &#xe9;largie ne constituent plus des cas isol&#xe9;s. Ces bouleversements des structures familiales constituent un risque majeur pour l&apos;&#xe9;quilibre entre la vie professionnelle et la vie priv&#xe9;e et les responsabilit&#xe9;s familiales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En d&#xe9;pit des nombreux progr&#xe8;s constat&#xe9;s, l&apos;&#xe9;galit&#xe9; entre les sexes a encore la vie dure dans bon nombre d&apos;&#xc9;tats membres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les revenus et les perspectives varient fortement au sein des r&#xe9;gions et d&apos;un &#xc9;tat membre &#xe0; l&apos;autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les strat&#xe9;gies nationales d&apos;int&#xe9;gration, notamment dans les grandes villes europ&#xe9;ennes et dans les r&#xe9;gions transfrontali&#xe8;res, se r&#xe9;v&#xe8;lent souvent inefficaces face aux flux migratoires. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les mutations &#xe9;conomiques &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Malgr&#xe9; l&apos;augmentation du taux d&apos; emploi , le ch&#xf4;mage reste probl&#xe9;matique dans certaines parties de l&apos;Europe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les &#xe9;volutions d&#xe9;mographiques risquent de poser des probl&#xe8;mes au niveau de l&apos;offre et de la demande sur le march&#xe9; de l&apos;emploi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le progr&#xe8;s technologique associ&#xe9; aux nouveaux imp&#xe9;ratifs &#xe9;conomiques et &#xe0; l&apos;expansion du secteur des services transforme durablement la r&#xe9;alit&#xe9; du travail, le statut professionnel et les perspectives de carri&#xe8;re (acquisition de nouvelles comp&#xe9;tences, adaptation aux nouveaux mod&#xe8;les de consommation, &#xe9;mergence de formes plus flexibles de travail telles que le t&#xe9;l&#xe9;travail ou les contrats &#xe0; temps partiel, etc.).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les syst&#xe8;mes europ&#xe9;ens d&apos;&#xe9;ducation et de formation ne semblent pas, &#xe0; l&apos;heure actuelle, en mesure d&apos;apporter le niveau de connaissance, de ressources humaines, d&apos;&#xe9;ducation et de comp&#xe9;tences indispensable &#xe0; une soci&#xe9;t&#xe9; qui se veut cr&#xe9;atrice d&apos;emplois et source d&apos;inclusion sociale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les mutations de valeurs et de mode de vie&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les liens traditionnels tels que la famille, le groupe social et la religion sont progressivement supplant&#xe9;s par l&apos;individualisation des valeurs, de la culture et de la consommation, amenant de nouvelles questions en terme de tol&#xe9;rance et de respect de l&apos;autre. De nouvelles formes de solidarit&#xe9; &#xe9;mergent parall&#xe8;lement &#xe0; la diversification des activit&#xe9;s culturelles et des loisirs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La participation politique change alors que la confiance dans les institutions s&apos;affaiblit. De nouvelles formes de citoyennet&#xe9; voient le jour, plus souples et g&#xe9;n&#xe9;ralement tourn&#xe9;es vers l&apos;avenir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La mondialisation, synonyme de plus grande diversit&#xe9;, a favoris&#xe9; la curiosit&#xe9;, et donc l&apos;enrichissement mutuel des soci&#xe9;t&#xe9;s. A l&apos;inverse, elle a fait na&#xee;tre une inqui&#xe9;tude quant &#xe0; la capacit&#xe9; de l&apos;Europe &#xe0; affirmer ses valeurs communes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des troubles sociaux, mineurs par le pass&#xe9;, deviennent de v&#xe9;ritables maux de soci&#xe9;t&#xe9;: le stress, la d&#xe9;pression, l&apos;ob&#xe9;sit&#xe9;, les maladies li&#xe9;es &#xe0; l&apos;environnement, le manque d&apos;exercice. Ils viennent renforcer les probl&#xe8;mes classiques que sont l&apos;isolement social, la maladie mentale, l&apos;abus de drogues et d&apos;alcool, la criminalit&#xe9; et l&apos;ins&#xe9;curit&#xe9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La r&#xe9;volution informatique, combin&#xe9;e au d&#xe9;veloppement de nouveaux outils de communication, a donn&#xe9; lieu &#xe0; de nouvelles formes de dialogue et de citoyennet&#xe9; active. Le risque de g&#xe9;n&#xe9;rer des d&#xe9;ficits de communication entre les diff&#xe9;rentes cat&#xe9;gories sociales et les g&#xe9;n&#xe9;rations n&apos;en est pas moins &#xe9;lev&#xe9;: on parle de &#xab;fracture num&#xe9;rique&#xbb;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les modes de production et de consommation induits par la prosp&#xe9;rit&#xe9; ont des cons&#xe9;quences directes sur l&apos;&#xe9;quilibre du climat et des ressources naturelles. Les tendances actuelles n&#xe9;cessitent une adaptation des comportements et, d&#xe8;s lors, laissent entrevoir des r&#xe9;percussions sociales sans pr&#xe9;c&#xe9;dent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les avanc&#xe9;es technologiques suscitent des questions d&apos;ordre &#xe9;thique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les &#xc9;tats providence actuels ne sont pas toujours pr&#xea;ts &#xe0; affronter ces ph&#xe9;nom&#xe8;nes in&#xe9;dits, malgr&#xe9; les nombreuses r&#xe9;formes entreprises.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une Europe favorisant les &#xab;chances de r&#xe9;ussite&#xbb;: promouvoir le bien-&#xea;tre en d&#xe9;veloppant les opportunit&#xe9;s, l&apos;acc&#xe8;s et la solidarit&#xe9; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une nouvelle vision sociale centr&#xe9;e sur le bien-&#xea;tre &#xe9;merge peu &#xe0; peu au sein de l&apos;UE. Cette approche repose sur trois axes principaux:&lt;br /&gt;cr&#xe9;er de nouvelles opportunit&#xe9;s (de bien d&#xe9;marrer dans la vie, de r&#xe9;aliser son potentiel et d&apos;exploiter au mieux les perspectives offertes par l&apos;Europe);&lt;br /&gt;facilitater l&apos;acc&#xe8;s &#xe0; l&apos;&#xe9;ducation, au march&#xe9; de l&apos;emploi, aux soins de sant&#xe9; et aux services sociaux ainsi qu&apos;&#xe0; la vie culturelle et sociale;&lt;br /&gt;renforcer la solidarit&#xe9; &#xe0; travers la promotion de la coh&#xe9;sion et de l&apos;inclusion sociales et de la viabilit&#xe9; du mod&#xe8;le social.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une nouvelle vision sociale pour l&apos;Europe: les domaines d&apos;action&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La r&#xe9;alisation de cette vision sociale ax&#xe9;e sur les opportunit&#xe9;s, l&apos;acc&#xe8;s et la solidarit&#xe9; implique d&apos;investir &#xe0; long terme dans:&lt;br /&gt;la jeunesse;&lt;br /&gt;des carri&#xe8;res &#xe9;panouissantes;&lt;br /&gt;des vies plus longues et en meilleure sant&#xe9;;&lt;br /&gt;l&apos;&#xe9;galit&#xe9; entre les femmes et les hommes;&lt;br /&gt;l&apos;inclusion active et la non-discrimination;&lt;br /&gt;la mobilit&#xe9; et l&apos;int&#xe9;gration r&#xe9;ussie;&lt;br /&gt;la citoyennet&#xe9; active, la culture et le dialogue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces investissements exigent:&lt;br /&gt;la mobilisation de tous: les individus, les familles, les collectivit&#xe9;s locales, les institutions sociales, les entit&#xe9;s commerciales, les ONG et les pouvoirs publics aux diff&#xe9;rents niveaux de d&#xe9;cision;&lt;br /&gt;une r&#xe9;orientation ou une redistribution des d&#xe9;penses l&#xe0; o&#xf9; cela est n&#xe9;cessaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le r&#xf4;le de l&apos;Union europ&#xe9;enne&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&apos;UE apportera essentiellement une valeur ajout&#xe9;e &#xe0; la r&#xe9;alisation de cette vision par les &#xc9;tats membres. Son r&#xf4;le consistera essentiellement &#xe0; favoriser le changement et &#xe0; orienter, soutenir et accompagner les r&#xe9;formes n&#xe9;cessaires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus concr&#xe8;tement, l&apos;UE peut apporter son aide par:&lt;br /&gt;le mise en place de cadres d&apos;action politiques;&lt;br /&gt;la d&#xe9;fense des valeurs de l&apos;Europe et la mise en place de r&#xe8;gles du jeu &#xe9;gales;&lt;br /&gt;le partage d&apos;exp&#xe9;riences et de meilleurs pratiques;&lt;br /&gt;le soutien aux actions &#xe0; l&apos;&#xe9;chelle locale, r&#xe9;gionale et nationale;&lt;br /&gt;la sensibilisation du public et la cr&#xe9;ation d&apos;un socle de connaissances solide.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Contexte&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pr&#xe9;sente communication vise &#xe0; enrichir la consultation publique lanc&#xe9;e par la Commission sur la r&#xe9;alit&#xe9; et les changements sociaux en Europe. Elle vise essentiellement &#xe0; &#xe9;largir le d&#xe9;bat pour passer du temps de la r&#xe9;flexion &#xe0; celui de l&apos;action. Le d&#xe9;lai pour l&apos;envoi des contributions est fix&#xe9; au 15 f&#xe9;vrier 2008. Le document et les r&#xe9;actions qu&apos;il suscitera devraient servir de base &#xe0; l&apos;&#xe9;laboration d&apos;un agenda social renouvel&#xe9;, attendu pour le milieu de l&apos;ann&#xe9;e 2008&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 21 May 2008 10:44:56 GMT</pubDate></item><item><title>Nietzsche : concepts scientifiques</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113666.html</link><category>Sciences</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113666.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9113666/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113666.html</guid><description>&lt;p&gt;http://www.philocours.com&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&quot; A la construction des concepts travaille originellement (...) le langage, et plus tard la science. Comme l’abeille travaille en m&#xea;me temps &#xe0; construire les cellules et &#xe0; remplir ces cellules de miel, ainsi la science travaille sans cesse &#xe0; ce grand colombarium des concepts, au s&#xe9;pulcre des intuitions, et construit toujours de nouveaux et de plus hauts &#xe9;tages, elle fa&#xe7;onne, nettoie, r&#xe9;nove les vieilles cellules, elle s’efforce surtout d’emplir ce colombage sur&#xe9;lev&#xe9; jusqu’au monstrueux et d’y ranger le monde empirique tout entier, c’est-&#xe0;-dire le monde anthropomorphique. &quot; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nietzsche,Le livre du philosophe, Introduction th&#xe9;or&#xe9;tique sur la v&#xe9;rit&#xe9; et le mensonge au sens extra-moral, 1873, Ed. GF, &#xa7; 1 du chapitre 2 &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’entreprise scientifique est, dans notre civilisation occidentale, r&#xe9;put&#xe9;e &#xea;tre le mod&#xe8;le de la connaissance. Elle est cens&#xe9;e &#xea;tre &quot;vraie&quot;, et avoir pour but de refl&#xe9;ter le plus ad&#xe9;quatement possible la r&#xe9;alit&#xe9;. Pourtant, aujourd’hui, on est amen&#xe9;, &#xe0; travers l’&#xe9;tude du travail scientifique de formation des concepts, &#xe0; mettre en doute que la science soit &quot;vraie&quot;, qu’elle soit vraiment capable de nous dire comment est le monde. C’est que le r&#xe9;el que la science explique et pr&#xe9;dit, ne semble pas &#xea;tre le r&#xe9;el en soi, tel qu’il serait ind&#xe9;pendamment de l’homme. A tel point que certains scientifiques, qu’on appelle &quot;instrumentalistes&quot;, estiment que la science n’a pas du tout pour objet ou pour but de nous dire comment est, v&#xe9;ritablement, le monde, mais seulement de permettre de ma&#xee;triser le r&#xe9;el, de fournir des moyens efficaces d’agir sur la nature. Cette doctrine, que s’efforce de combattre le &quot;r&#xe9;aliste&quot;, pour lequel les th&#xe9;ories scientifiques seraient bien des miroirs (de plus en plus) fid&#xe8;les du r&#xe9;el, vient de ce que les concepts ou th&#xe9;ories scientifiques r&#xe9;f&#xe8;rent de plus en plus &#xe0; des entit&#xe9;s inobservables, et sont, de plus, form&#xe9;es d’une mani&#xe8;re telle qu’on peut vraiment, en derni&#xe8;re analyse, douter que la science puisse avoir affaire &#xe0; quelque r&#xe9;el que ce soit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le petit texte de Nietzsche qui doit ici faire l’objet de notre commentaire, et qui est issu d’un opuscule intitul&#xe9; &quot;Introduction th&#xe9;or&#xe9;tique sur la v&#xe9;rit&#xe9; et le mensonge au sens extra-moral&quot; (&#xe9;dit&#xe9; dans Le livre du philosophe, &#xe9;tudes th&#xe9;or&#xe9;tiques) , nous semble &#xea;tre &#xe0; m&#xea;me de nous permettre d’approfondir ce d&#xe9;bat contemporain. Il touche en effet au centre m&#xea;me de ce qui fait probl&#xe8;me : pour Nietzsche, c’est la volont&#xe9; m&#xea;me de pr&#xe9;supposer que la connaissance vraie du r&#xe9;el serait permise par le concept, qui fait que l’entreprise scientifique est, &#xe0; sa base m&#xea;me, erron&#xe9;e. Selon lui, langage et science sont, dans leur rapport au r&#xe9;el, caract&#xe9;ris&#xe9;es d’une m&#xea;me erreur fondamentale. La science continue l’entreprise de d&#xe9;formation du r&#xe9;el entreprise originellement par le langage lui-m&#xea;me.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais est-ce que la science, quand elle forme ses concepts, travaille bien de la m&#xea;me mani&#xe8;re que le langage ? Y a-t-il continuit&#xe9; entre connaissance ordinaire et connaissance scientifique ? Est-ce que, oui ou non, la science est la complice du langage, et ne nous livre qu’un r&#xe9;el de plus en plus abstrait et fa&#xe7;onn&#xe9; par notre esprit ? Le probl&#xe8;me pos&#xe9; engage les rapports de la th&#xe9;orie et de l’exp&#xe9;rience dans la formation des concepts scientifiques, et &#xe0; se demander si la th&#xe9;orie n’est pas un peu trop envahissante, &#xe0; tel point, que la science ne serait qu’une projection de notre esprit sur la nature.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COMMENTAIRE DU TEXTE&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi le travail scientifique n’est-il pas, pour Nietszche, valide ? Pourquoi &#xe9;choue-t-il &#xe0; remplir ses promesses, c’est-&#xe0;-dire, &#xe0; conna&#xee;tre le r&#xe9;el d’une mani&#xe8;re exacte ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le texte de Nietzsche porte, avons-nous dit, sur la mani&#xe8;re dont la science construit ses concepts. La science, nous dit-il, n’est que la seconde phase de formation des concepts ; originellement, c’est le langage qui y travaille. Ce que veut dire Nietzsche, c’est que la science prend pour base de son travail ce que lui l&#xe8;gue le langage : elle ne remet pas en cause ce que, avant elle, le langage a construit, elle ne se demande pas si son travail de classification du r&#xe9;el est valide ou non.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour Nietzsche, le langage travaille donc, avant la science, &#xe0; op&#xe9;rer dans le monde des d&#xe9;coupages conceptuels ; il est une structure conceptuelle, une mani&#xe8;re de voir le monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, qu’est-ce qu’un concept ? C’est un proc&#xe9;d&#xe9; g&#xe9;n&#xe9;ral et abstrait, sous lequel on range plusieurs objets. Il suppose les notions de ressemblance, d’abstraction, et de g&#xe9;n&#xe9;ralit&#xe9; : en effet, on forme les concepts, comme par exemple nous le montre Aristote dans les Seconds Analytiques, II, 19, &#xe0; partir de la r&#xe9;p&#xe9;tition de plusieurs sensations semblables. On est amen&#xe9; alors &#xe0; ranger ces sensations sous un m&#xea;me terme. Cela ne peut se faire que si les diff&#xe9;rences sont abstraites par l’esprit, en ne faisant pas attention &#xe0; ce qui les distingue. On a donc un sch&#xe8;me, une id&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;rale abstraite, dans lequel on enfermera tout ce qui peut porter quelque ressemblance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi est-ce le langage qui, originellement, cr&#xe9;e les concepts ? Ce n’est pas anodin, car c’est poser le langage en sujet producteur des concepts. Cela suppose donc que ce n’est pas un processus dont nous sommes conscients, ou dont nous sommes les sujets. Le processus originel de formation des concepts s’est fait en nous sans nous, et nous ne pouvons nous en d&#xe9;barrasser. Mais sans aller aussi loin, on peut dire que cette th&#xe9;orie selon laquelle c’est le langage qui est &#xe0; la base de la formation des concepts, signifie tout simplement que le langage est ce qui fixe une id&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;rale, en lui donnant un nom. On retrouve apr&#xe8;s tout cette doctrine chez beaucoup de philosophes : par exemple, pour Berkeley, dans le pr&#xe9;face des Principes de la connaissance humaine, c’est bien le langage qui nous porte &#xe0; croire que les id&#xe9;es g&#xe9;n&#xe9;rales abstraites r&#xe9;f&#xe8;rent &#xe0; quelque chose d’universel, car il porte en lui l’illusion naturelle qui nous porte &#xe0; croire qu’&#xe0; chaque mot r&#xe9;f&#xe8;re une chose correspondante ; ou encore, pour Bergson, dans La pens&#xe9;e et le mouvant, c’est le langage qui se charge de former les concepts, en d&#xe9;coupant le r&#xe9;el selon les besoins de l’homme. Ce qu’on retrouve toujours &#xe0; la base d’une telle conception, c’est que les concepts, et le langage, ne correspondent pas &#xe0; la r&#xe9;alit&#xe9; telle qu’elle est vraiment. En effet, le r&#xe9;el est, pour ces auteurs (nominalistes), singulier et individuel (il ne comprend donc en lui rien de tel que l’identit&#xe9;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est bien ce qui nous semble &#xea;tre pr&#xe9;suppos&#xe9; par la fa&#xe7;on dont Nietzsche va nous dire que la science continue, mais &#xe0; un niveau d’abstraction plus &#xe9;lev&#xe9;, le travail commenc&#xe9; par le langage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour nous montrer la nature du travail scientifique, Nietzsche fait une m&#xe9;taphore avec le travail de l’abeille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment travaille en effet l’abeille &#xe0; la construction de sa ruche ? Elle construit toujours sa structure, ses &quot;cellules&quot;, au fur et &#xe0; mesure qu’elle les remplit de miel. Ce qui permet &#xe0; l’abeille de construire ses cellules, c’est le miel ; au fur et &#xe0; mesure qu’elle y entrepose le miel, la ruche se construit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De m&#xea;me, la science, nous dit l’auteur, &quot;travaille sans cesse &#xe0; ce grand colombarium des concepts, ce s&#xe9;pulcre des intuitions&quot;. On peut assimiler les cellules de l’abeille aux concepts, et le miel, aux intuitions. La science travaille donc sans cesse &#xe0; construire un cadre ou une structure conceptuelle, afin d’y entreposer les intuitions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les termes employ&#xe9;s ici par Nietzsche connotent une condamnation : en effet, le colombarium est un temple, un lieu o&#xf9; se trouvent des urnes fun&#xe9;raires ; de plus, l’auteur parle de &quot;s&#xe9;pulcre&quot; des intuitions : la structure &#xe0; laquelle travaille la science est donc le lieu o&#xf9; on entrepose les intuitions, et en faisant cela, on les fige, on les mutile, on les tue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On retrouve bien ici l’id&#xe9;e &#xe9;voqu&#xe9;e tout &#xe0; l’heure, selon laquelle le concept, g&#xe9;n&#xe9;ral et abstrait, mutile le r&#xe9;el. On a ici l’id&#xe9;e selon laquelle la science n’est pas ad&#xe9;quate au r&#xe9;el, mais travaille au contraire en tournant le dos au r&#xe9;el, en le for&#xe7;ant litt&#xe9;ralement &#xe0; rentrer dans ses cadres, o&#xf9; il n’a en quelque sorte plus le droit de s’exprimer. De plus il faut bien re-pr&#xe9;ciser que dire que la science travaille aux concepts apr&#xe8;s le langage, c’est dire qu’elle aborde le r&#xe9;el avec des structures pr&#xe9;-&#xe9;tablies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par la suite, la description que Nietzsche nous donne du travail scientifique consiste &#xe0; montrer que la science consisterait seulement &#xe0; enfouir de plus en plus les intuitions, le r&#xe9;el, sous de nouvelles couches de concepts, de plus en plus abstraits (c’est sans doute ce que veut dire l’auteur quand il dit que la science &quot;s’efforce surtout de remplir ce colombage sur&#xe9;lev&#xe9; jusqu’au monstrueux&quot;). Plus la science forge de nouveaux concepts, et plus elle s’&#xe9;loigne de l’intuition. Et elle forge ses concepts en faisant surtout attention &#xe0; ses propres structures conceptuelles (&quot;elle construit sans cesse de nouveaux &#xe9;tages plus &#xe9;lev&#xe9;s, elle fa&#xe7;onne, nettoie, r&#xe9;nove les vieilles cellules&quot;), pour qu’elles accueillent le r&#xe9;el tout entier. R&#xe9;el qui, nous dit finalement Nietzsche, n’est que le r&#xe9;el &quot;anthropomorphique&quot; -c’est-&#xe0;-dire, qu’il n’est plus constitu&#xe9; d’intuitions, mais n’est que la projection des structures de l’homme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La science, en voulant unifier sa th&#xe9;orie et en refusant de faire des changements radicaux, en continuant sur la base et les acquis pr&#xe9;c&#xe9;dents, s’emp&#xea;che par avance de pouvoir &quot;attraper&quot; le r&#xe9;el dans ses filets.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il nous semble que l’id&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;rale de Nietzsche &#xe0; propos de la nature de la formation des concepts scientifiques soit donc que la science, voulant &#xe0; tout prix s’approprier le r&#xe9;el, ne cherche qu’&#xe0; le faire entrer &#xe0; tout prix (c’est-&#xe0;-dire, quoiqu’il arrive) dans ses cadres pr&#xe9;-fabriqu&#xe9;s ; et que par cons&#xe9;quent, par cette attitude th&#xe9;orique, tout ce qu’elle r&#xe9;ussit &#xe0; attraper, ce n’est qu’un r&#xe9;el &#xe0; l’image de l’homme, fa&#xe7;onn&#xe9; par la structure conceptuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La condamnation du travail scientifique est renforc&#xe9;e par la th&#xe8;se selon laquelle la science prendrait, comme point de d&#xe9;part, les r&#xe9;sultats du travail effectu&#xe9; par avance sur le r&#xe9;el (avec le langage, nous avons d&#xe9;j&#xe0;, par avance, un r&#xe9;el filtr&#xe9; par les mots, donc, un r&#xe9;el &quot;anthropomorphique&quot;) ; le langage a d&#xe9;j&#xe0;, par avance, tronqu&#xe9; le r&#xe9;el.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La science serait donc un travail &#xe9;minemment conceptuel, th&#xe9;orique, et le scientifique s’occuperait avant tout de construire de belles th&#xe9;ories, pouvant tout englober dans leurs filets ; et il n’ y aurait alors jamais en science, de coupure radicale : on s’efforcerait de garder le plus possible notre structure conceptuelle en changeant, quand il y a lieu, certains secteurs de cette structure... La science est donc conservatrice et anthropocentrique : cela donnerait alors raison &#xe0; l’instrumentaliste auquel nous faisions allusion dans notre introduction.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Int&#xe9;r&#xea;t philosophique du texte de Nietzsche&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La description de Nietzsche est-elle tenable ? Est-il exact, en premier lieu, que les concepts deviendraient scientifiques par un travail d’&#xe9;laboration suppl&#xe9;mentaire &#xe0; celui op&#xe9;r&#xe9; par la connaissance commune, comme il le pr&#xe9;suppose en disant qu’&#xe0; la construction des concepts travaille originellement le langage et plus tard la science ?&quot;. Et la science tourne-t-elle le dos au r&#xe9;el ? N’atteint-elle qu’un r&#xe9;el anthropomorphique ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;I- Critique de la vision continuiste de Nietzsche&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A- La science comme rupture par rapport &#xe0; la connaissance commune : Bachelard, La formation des connaissances scientifiques&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut dire en premier lieu, que la science se caract&#xe9;rise par un esprit tout diff&#xe9;rent de celui qui proc&#xe8;de &#xe0; la connaissance commune, et cela justement parce qu’elle veut atteindre &#xe0; une connaissance objective, non anthropomorphique des choses.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi Bachelard, dans le premier chapitre de La formation des concepts scientifiques, nous dit que la science doit se d&#xe9;barrasser, et partir d’autre chose, que l’intuition, ou sensation imm&#xe9;diate, qui est un point de vue erron&#xe9; : elle ne doit en aucun cas projeter les pr&#xe9;jug&#xe9;s de l’exp&#xe9;rience imm&#xe9;diate sur les choses. La science doit &#xe9;liminer tout ce qui est de l’ordre de l’imm&#xe9;diat, car cela m&#xe8;ne &#xe0; une fausse connaissance, car purement subjective, du monde. Elle vise &#xe0; une connaissance objective des choses.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pensera ici au syst&#xe8;me aristot&#xe9;licien dans lequel on n’admettait pas de mouvement de la terre, et qui se bornait justement &#xe0; syst&#xe9;matiser les donn&#xe9;es de l’exp&#xe9;rience imm&#xe9;diate : on a bien vu par la suite, &#xe0; partir de Copernic, que ce n’est pas parce que nos sens nous disent que la terre ne bouge pas, que cela est vrai ; il faut se m&#xe9;fier des &#xe9;vidences...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De m&#xea;me, il faut abandonner la croyance selon laquelle les qualit&#xe9;s secondes se trouvent dans les objets m&#xea;mes ; elles sont en nous, et le scientifique nous apprend &#xe0; ne pas projeter les propri&#xe9;t&#xe9;s de notre esprit sur le monde des choses.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certes, ce ne sont pas l&#xe0; des concepts ; mais nous voulions montrer en quoi le travail scientifique est diff&#xe9;rent du travail commun, et pourquoi il se d&#xe9;tourne des &quot;intuitions&quot;, de l’imm&#xe9;diat.Il est donc vrai que la science tourne le dos au r&#xe9;el et est le s&#xe9;pulcre des intuitions, mais c’est afin d’atteindre &#xe0; l’objectivit&#xe9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, Nietzsche r&#xe9;torquerait ici &#xe9;videmment que la science ne se d&#xe9;barrasse pas de tous les pr&#xe9;jug&#xe9;s, car elle part de la croyance aux concepts, ce qui n’est pas rien. Elle pr&#xe9;suppose toujours par avance que les concepts sont ce qui nous rend capables de conna&#xee;tre le monde, que le r&#xe9;el n’est pas atteint &#xe0; travers la connaissance imm&#xe9;diate des choses. La science est bien oblig&#xe9;e de partir de quelque chose, et elle part donc des concepts d&#xe9;j&#xe0; constitu&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B- La science progresse par rupture avec les th&#xe9;ories scientifiques ant&#xe9;rieures : Kuhn, La structure des r&#xe9;volutions scientifiques&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais pourtant, si on regarde bien le progr&#xe8;s scientifique, on constate que la science ne prend pas toujours r&#xe9;ellement pour acquis ce qui pr&#xe9;c&#xe8;de : au contraire, pour progresser, elle est bien oblig&#xe9;e de faire parfois de profondes ruptures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi Bachelard insiste bien pour montrer que les obstacles &quot;&#xe9;pist&#xe9;mologiques&quot; au progr&#xe8;s scientifique ne sont pas seulement les pr&#xe9;jug&#xe9;s imm&#xe9;diats, mais aussi, les pr&#xe9;jug&#xe9;s scientifiques ; ainsi par exemple il a bien fallu, avant de dire que la terre &#xe9;tait en mouvement, d&#xe9;truire la th&#xe9;orie aristot&#xe9;licienne, et remplacer la conception qu’elle donnait du mouvement, comme &#xe9;tant un &#xe9;tat transitoire et absolu, li&#xe9; &#xe0; l’essence des corps et &#xe0; un ordre pr&#xe9;-&#xe9;tabli de l’univers, par un concept de mouvement tout relatif ; le d&#xe9;coupage du r&#xe9;el que nous avons aujourd’hui ne correspond ni au d&#xe9;coupage op&#xe9;r&#xe9; par le langage, ni &#xe0; celui op&#xe9;r&#xe9; par la science aristot&#xe9;licienne ou m&#xea;me galil&#xe9;enne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Kuhn, historien des sciences, &#xe9;crit dans La structure des r&#xe9;volutions scientifiques qu’il y a r&#xe9;ellement des ruptures radicales dans la science, tellement radicales, que les th&#xe9;ories scientifiques sont incommensurables entre elles, c’est-&#xe0;-dire, que le d&#xe9;coupage du monde dans chacune d’elles est incompr&#xe9;hensible &#xe0; l’autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne peut voir, par exemple, le r&#xe9;el comme le voyaient les Anciens, jusqu’au moyen-&#xe2;ge : un monde qui avait la terre pour centre, avec des mouvements &quot;naturels&quot;, c’est-&#xe0;-dire, ayant une tendance &#xe0; rejoindre un lieu pr&#xe9;-d&#xe9;termin&#xe9;, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La science semble donc &#xea;tre une autre fa&#xe7;on de conna&#xee;tre que la connaissance quotidienne, et s’&#xe9;l&#xe8;ve au-del&#xe0; de tout ce qui nous appara&#xee;t &#xe9;vident et imm&#xe9;diat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Faut-il dire pour autant qu’elle travaille dos au r&#xe9;el ? Il nous est bien apparu qu’elle progresse en se d&#xe9;tournant de tout ce qui est &quot;pr&#xe9;-con&#xe7;u&quot;, c’est-&#xe0;-dire, autant des &#xe9;vidences imm&#xe9;diates au sujet du monde qui nous entoure, que des acquis conceptuels, que ce soient ceux du sens commun et/ou du langage, ou de la science elle-m&#xea;me.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;II- Le travail scientifique n’est pas en rupture avec les connaissances acquises ant&#xe9;rieurement&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais la science progresse-t-elle vraiment, contrairement &#xe0; ce que nous dit Nietzsche et comme le suppose au contraire la conception kuhnienne du progr&#xe8;s scientifique, en d&#xe9;truisant tout les acquis conceptuels ? Le travail scientifique n’est-il pas plut&#xf4;t conservateur ? Et n’est-ce pas par l&#xe0; que, justement, il se condamne &#xe0; &quot;rater&quot; ou m&#xea;me &#xe0; d&#xe9;figurer le r&#xe9;el ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A- Kuhn (ib.) : la science normale (le travail quotidien du scientifique) est conservatrice&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reprenons la th&#xe8;se de Kuhn. Si la science progresse par r&#xe9;volutions, par des r&#xe9;formes radicales, qui d&#xe9;truisent tout ce qui pr&#xe9;c&#xe9;dait, il faut pourtant pr&#xe9;ciser que selon lui, dans son travail quotidien, la science ne progresse en fait pas du tout de cette fa&#xe7;on.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le travail de la science &quot; normale &quot; consiste bien au contraire &#xe0; tout faire pour garder le &quot;paradigme&quot; au sein duquel on travaille. Ce paradigme est la structure conceptuelle au sein de laquelle travaille la science, sans jamais remettre en cause ce qu’elle contient -sinon, elle ne pourrait jamais travailler, ou continuer &#xe0; travailler ; cette structure comprend toute une vision du monde, constitu&#xe9;e par une ontologie, c’est-&#xe0;-dire, une th&#xe9;orie sur les &#xe9;l&#xe9;ments ultimes constituant le monde, ainsi que d’une m&#xe9;thode qui r&#xe8;gle la fa&#xe7;on dont on doit r&#xe9;soudre les probl&#xe8;mes, nous indique ce qu’on doit chercher, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi quand une exp&#xe9;rience r&#xe9;calcitrante fait probl&#xe8;me, au sens o&#xf9; on peut pas le r&#xe9;soudre au sein du paradigme au sein duquel la science travaille, on ne va pas d’un coup d&#xe9;truire le paradigme pour le remplacer par un autre. On va travailler &#xe0; essayer de r&#xe9;soudre l’anomalie, de fa&#xe7;on &#xe0; essayer de la faire rentrer dans nos cadres, dans notre structure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quitte &#xe0; inventer des hypoth&#xe8;ses ad hoc : ainsi, que fit-on pour ne pas abandonner la th&#xe9;orie newtonienne de la gravitation ? On inventa un concept, celui d’&#xe9;ther, qui &#xe9;tait un milieu pouvant rendre compte de l’interaction &#xe0; distance, qui, sans cela, &#xe9;tait incompr&#xe9;hensible, et mena&#xe7;ait l’&#xe9;difice de s’&#xe9;crouler.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De m&#xea;me, durant tout le moyen-&#xe2;ge, Buridan et bien d’autres, essay&#xe8;rent par tous les moyens de rendre compte de l’anomalie qui apparaissait au sein du paradigme aristot&#xe9;licien : comment rendre compte du lancer de pierre, au sein d’une th&#xe9;orie par ailleurs coh&#xe9;rente et en harmonie avec l’exp&#xe9;rience, o&#xf9; le mouvement est con&#xe7;u comme &#xe9;tant le contact d’un moteur et d’un mobile ? Aristote parlait de milieu ambiant pour essayer d’en rendre compte ; ici, on recourt &#xe0; une hypoth&#xe8;se ad hoc, rajout&#xe9;e &#xe0; la th&#xe9;orie, &quot;l’impetus&quot;, qui est une sorte de mouvement imprim&#xe9; par nous au corps, et qui continuera &#xe0; le pousser....&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tant que &#xe7;a marche, nous dit Kuhn, on va pouvoir garder le paradigme ; mais finalement, quand vraiment ce n’est plus possible, et qu’arrive une th&#xe9;orie rivale capable de la remplacer, on est oblig&#xe9; de l’abandonner. C’est donc dans cette phase que Kuhn se s&#xe9;pare de Nietzsche : en effet, selon Kuhn, quand l’&#xe9;difice devient trop &quot;monstrueux&quot;, fait d’artifices ou de fictions, comme par exemple le syst&#xe8;me des sph&#xe8;res de Ptol&#xe9;m&#xe9;e au Moyen-Age, il est temps d’abandonner l’&#xe9;difice croulant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B- Pourtant, si on est d’accord avec ce que dit Kuhn du fonctionnement de la &quot;science normale&quot;, il nous para&#xee;t impossible d’accepter vraiment jusqu’au bout sa th&#xe9;orie des r&#xe9;volutions scientifiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certes, entre les th&#xe9;ories physiques d’Aristote, de Galil&#xe9;e, de Newton, et d’Einstein, il y a des changements vraiment radicaux, et on peut dire que la vision du monde n’est plus la m&#xea;me. Mais comment expliquer, si ces th&#xe9;ories sont &quot;incommensurables&quot;, que nous pouvons en parler, que nous pouvons les comprendre, les comparer ? Et ne voit-on pas que, plut&#xf4;t qu’un abandon de la th&#xe9;orie pr&#xe9;c&#xe9;dente, il y a plut&#xf4;t une relation englobante ? Ainsi, comment Kuhn n’a-t-il pas vu que la th&#xe9;orie rivale, si elle peut s’imposer, le peut du fait qu’elle est capable, &#xe0; la fois de rendre compte de l’anomalie en pr&#xe9;disant le ou les faits nouveaux, mais aussi, d’inclure la th&#xe9;orie pr&#xe9;c&#xe9;dente, c’est-&#xe0;-dire, de &quot;r&#xe9;trodire&quot; ? On n’abandonne pas tout des th&#xe9;ories pr&#xe9;c&#xe9;dentes, m&#xea;me s’il est correct d’insister sur les bouleversements assez radicaux entre th&#xe9;ories scientifiques successives.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La science travaille bien sur les concepts pr&#xe9;c&#xe9;dents, qu’elle r&#xe9;nove et fa&#xe7;onne ; ainsi Einstein remplace le concept d’&#xe9;ther par le concept de champ ; mais on ne peut dire, contrairement &#xe0; ce que pr&#xe9;suppose Kuhn, que les concepts sont &quot;incommensurables&quot; ; au contraire, le concept de champ est con&#xe7;u &#xe0; partir du concept de l’&#xe9;ther, et en garde des traits fondamentaux, comme par exemple l’id&#xe9;e que l’espace produirait des effets.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, m&#xea;me quand Einstein &quot;r&#xe9;volutionne&quot; le concept d’espace absolu qui &#xe9;tait pourtant la base n&#xe9;cessaire de la th&#xe9;orie newtonienne, en tant qu’il servait &#xe0; rendre compte des variations du mouvement, il travaille &#xe0; partir du concept de Newton. D’ailleurs, sa th&#xe9;orie de la relativit&#xe9; englobe la th&#xe9;orie newtonienne comme un cas particulier, c’est-&#xe0;-dire, que nous nous servons toujours de sa th&#xe9;orie pour le monde &quot;macroscopique&quot;, celui de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, comme le voyait bien Nietzsche, quand il y a du nouveau, on ne reconstruit pas &#xe0; neuf l’&#xe9;difice (conceptuel). Il semble bien que la science travaille sur une m&#xea;me cat&#xe9;gorie, qu’elle approfondit, et qu’il n’y a donc pas un renouvellement trop radical des cat&#xe9;gories et objets de la science (autant des choses qu’elle d&#xe9;signe, que les concepts qu’elle en donne).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;III - Cela m&#xe8;ne bien &#xe0; dire que la science tourne le dos au r&#xe9;el, comme l’a bien vu Nietzsche : quel r&#xe9;el attrappe donc la science dans ses filets ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, la science travaille sans cesse la m&#xea;me structure conceptuelle. Et si on en arrive &#xe0; dire qu’elle n’est pas une copie fid&#xe8;le, mais anthropocentrique du r&#xe9;el, c’est que tout, dans le travail de la science, nous semble &#xea;tre un d&#xe9;passement du r&#xe9;el : la science est une activit&#xe9; &#xe9;minemment rationnelle et th&#xe9;orique. Elle travaille, comme nous allons le voird’abord, &#xe0; partir des th&#xe9;ories.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A- Critique de l’inductivisme na&#xef;f&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, pour former un concept ou une th&#xe9;orie, la science ne part pas, comme l’ont cru ce qu’on peut appeler les &quot;inductivistes na&#xef;fs&quot;, des donn&#xe9;es du r&#xe9;el, pour ensuite les comparer dans des circonstantes suffisemment vari&#xe9;es, et de l&#xe0;, en d&#xe9;duire des lois g&#xe9;n&#xe9;rales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette conception du travail scientifique ne tient pas pour de nombreuses raisons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’abord, quand consid&#xe9;rera-t-on que les circonstances sont &quot;suffisemment&quot; vari&#xe9;es ? A ce compte, il faudrait prendre en compte la couleur des cheveux de l’exp&#xe9;rimentateur, et beaucoup de variations non pertinentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, on sait que l’induction n’est pas, depuis L’enqu&#xea;te sur l’entendement humain (sections 4 et 5) de Hume, consid&#xe9;r&#xe9;e comme une inf&#xe9;rence valide, puisqu’elle suppose que du particulier au g&#xe9;n&#xe9;ral, la conclusion est toujours bonne, ce qui est faux -elle suffit certes pour guider la conduite ordinaire, mais elle ne saurait fonder ou justifier la connaissance (&#xe0; moins, comme Kant, dans sa Critique de la raison pure, de supposer, gr&#xe2;ce &#xe0; tout un appareil de facult&#xe9;s transcendantales, qui sont les conditions de possibilit&#xe9; de l’exp&#xe9;rience, que l’exp&#xe9;rience est d&#xe9;j&#xe0; fa&#xe7;onn&#xe9;e par nos structures conceptuelles...).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, contre la conception inductiviste na&#xef;ve, il faut dire que le scientifique, quand il construit une loi ou une th&#xe9;orie, ne part pas de l’observation, mais d’id&#xe9;es pr&#xe9;-con&#xe7;ues, qui sont, comme le dit bien Claude Bernard dans son Introduction &#xe0; l’&#xe9;tude de la m&#xe9;decine exp&#xe9;rimentale, tout le contraire des pr&#xe9;jug&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce que veut dire Claude Bernard, c’est qu’il faut savoir quels seront les crit&#xe8;res pertinents dans l’exp&#xe9;rimentation ; il faut de plus pouvoir d&#xe9;celer un probl&#xe8;me : une &quot;exp&#xe9;rience&quot; ou une &quot;observation&quot; ne fait probl&#xe8;me que vis-&#xe0;-vis d’une th&#xe9;orie en vigueur, de tout ce que nous savions jusqu’&#xe0; pr&#xe9;sent du r&#xe9;el (on voit ici que si, comme le veut Nietzsche, &#xe0; la base de l’&#xe9;difice, il y a d&#xe9;j&#xe0; une projection de l’homme sur les choses, alors, plus on s’&#xe9;loigne de la base, en croyant conna&#xee;tre plus ad&#xe9;quatement le monde, plus on s’&#xe9;loigne aussi du r&#xe9;el &quot;en soi&quot; !).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, quand Claude Bernard d&#xe9;couvre la fonction glycog&#xe9;nique du foie, on pourrait, au premier abord, croire qu’il a fait cette d&#xe9;couverte par observation, qu’il l’a &quot;tir&#xe9;e&quot; du r&#xe9;el. Or il n’en est rien. Certes, il fallait bien qu’il ait &quot;d&#xe9;couvert&quot;, dans le sang d’animaux qui se nourrissaient seulement de viande, une pr&#xe9;sence de sucre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais si cette exp&#xe9;rience a pu mener &#xe0; la d&#xe9;couverte en question, c’est avant tout parce qu’elle faisait probl&#xe8;me par rapport &#xe0; la th&#xe9;orie en vigueur, qui divisait le monde en v&#xe9;g&#xe9;taux, produisant le sucre et apportant par l&#xe0; de l’&#xe9;nergie &#xe0; l’animal, et en animaux. C’est par cette th&#xe9;orie que l’exp&#xe9;rimentation prend sens et m&#xea;me est possible. Sans savoir ce qu’on cherche, sans forger des hypoth&#xe8;ses par avance, on ne pourrait rien d&#xe9;couvrir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par cons&#xe9;quent la science part toujours des th&#xe9;ories en vigueur, par lesquelles le r&#xe9;el est d&#xe9;j&#xe0; interpr&#xe9;t&#xe9; ; de plus elle forge d’abord des hypoth&#xe8;ses, et essaie seulement apr&#xe8;s de voir si &quot;&#xe7;a marche&quot; comme elle l’avait pr&#xe9;vu. Il semble donc vraiment que la science ne parvienne &#xe0; conna&#xee;tre qu’un r&#xe9;el anthropomorphique, car &#xe9;minemment th&#xe9;oris&#xe9;. Elle n’a jamais acc&#xe8;s au r&#xe9;el en soi, mais &#xe0; un r&#xe9;el filtr&#xe9; par tout un langage th&#xe9;orique, par les instruments de mesure qui sont une concr&#xe9;tisation de la th&#xe9;orie, par un outillage math&#xe9;matique, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B- Les th&#xe9;ories scientifiquesr&#xe9;f&#xe8;rent-elles, d&#xe8;s lors, au monde ext&#xe9;rieur ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais, surtout, comme le voit bien Nietzsche, l’&#xe9;chaffaudage qu’a construit la science est tellement &#xe9;loign&#xe9; du r&#xe9;el, qu’elle ne semble plus du tout &#xea;tre &#xe0; m&#xea;me de renvoyer au monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’abord, en effet, les th&#xe9;ories r&#xe9;f&#xe8;rent &#xe0; des entit&#xe9;s inobservables, qu’on ne peut jamais trouver dans l’exp&#xe9;rience, ou, en tout cas, que l’exp&#xe9;rience ne parvient jamais &quot;v&#xe9;rifier&quot; imm&#xe9;diatement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par exemple, on postule que la mati&#xe8;re a une structure atomique, mais les &quot;atomes&quot; ne sont pas des entit&#xe9;s observables. Certes, on doit pouvoir, en &#xe9;tablissant des principes de liaison, les &quot;prouver&quot; par l’interm&#xe9;diaire des effets qu’elles sont cens&#xe9;es produire, et qui sont donc cens&#xe9;s les v&#xe9;rifier ; mais pourtant, elles paraissent bien souvent n’&#xea;tre que des fictions commodes forg&#xe9;es de toutes pi&#xe8;ces, ou du moins obtenues par un travail d’&#xe9;laboration compl&#xe8;tement &#xe0; l’&#xe9;cart du r&#xe9;el (en tout cas, non issu du r&#xe9;el, mais du travail sur nos th&#xe9;ories), et n’avoir pour fin que de conserver nos th&#xe9;ories.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est en tout cas ce qui semble s’imposer depuis qu’on s’est aper&#xe7;u que deux th&#xe9;ories diff&#xe9;rentes, r&#xe9;f&#xe9;rant &#xe0; deux entit&#xe9;s de base compl&#xe8;tement diff&#xe9;rentes, pouvaient toutes les deux expliquer et pr&#xe9;dire le r&#xe9;el : c’est ce qu’on voit avec les th&#xe9;ories ondulatoire et corpusculaires de la lumi&#xe8;re, ou encore, avec les g&#xe9;om&#xe9;tries euclidienne et non euclidienne...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut dire, par cons&#xe9;quent, que ce qui nous int&#xe9;resse, c’est seulement que nos th&#xe9;ories fonctionnent, que le r&#xe9;el ne les contredise pas trop, et non pas qu’il soit &#xe0; proprement parler tel qu’elles le disent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On sait qu’aujourd’hui, on a tendance &#xe0; montrer que la science n’est qu’une sorte de proc&#xe9;d&#xe9; conceptuel abstrait, commode pour parler des choses et agir sur elles, pour faire des calculs. C’est la conception que soutient Duhem La th&#xe9;orie physique, son objet, sa structure. C’est que la th&#xe9;orie scientifique n’est pas capable de se r&#xe9;f&#xe9;rer &#xe0; l’exp&#xe9;rience, du moins pas, comme l’ont cru les empiristes logiques de l’Ecole de Vienne au d&#xe9;but du si&#xe8;cle, en confrontant ses &#xe9;nonc&#xe9;s un &#xe0; un &#xe0; l’exp&#xe9;rience. Certes, les th&#xe9;ories doivent toujours affronter le tribunal de l’exp&#xe9;rience, mais pas, &quot;individuellement&quot;, comme l’a montr&#xe9; Duhem, et, &#xe0; sa suite, le logicien am&#xe9;ricain Quine, qui ont une conception holiste de la science -conception que n’aurait pas, nous semble-t-il, reni&#xe9;e Nietzsche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, selon eux, la science r&#xe9;f&#xe8;re certes, en derni&#xe8;re analyse, &#xe0; l’exp&#xe9;rience, mais il est toutefois radicalement impossible de dire quel rapport il y a entre une exp&#xe9;rience et la th&#xe9;orie. En effet, la science est un tout, et dans chaque hypoth&#xe8;se que l’on cherche &#xe0; &quot;v&#xe9;rifier&quot; ou, si on tient &#xe0; la th&#xe8;se pop&#xe9;rienne, &#xe0; &quot;r&#xe9;futer&quot;, il y a tout un ensemble d’hypoth&#xe8;ses auxilliaires (les instruments de mesure en sont une partie), ce qui fait que quand une exp&#xe9;rience para&#xee;t &quot;g&#xea;nante&quot;, nous savons bien que quelque chose ne va pas, mais nous ne saurions dire o&#xf9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par cons&#xe9;quent, comme le dit Quine, le scientifique ne d&#xe9;truira jamais toute la th&#xe9;orie pour englober ce fait en elle ; mais il va pouvoir choisir l’endroit qui est &#xe0; changer. Cette conception est pragmatiste, elle stipule que nous avons int&#xe9;r&#xea;t &#xe0; faire le moins de changements possibles, et qui soient le moins radicaux possibles. En effet, changer la base, qui selon Quine est constitu&#xe9;e par la logique et les math&#xe9;matiques, nous obligerait &#xe0; changer tout le reste, et bouleverserait vraiment toute notre mani&#xe8;re de penser.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On voit que cette conception se rapproche beaucoup de la description nietzsch&#xe9;enne du travail scientifique : on est sans cesse en train de travailler &#xe0; notre structure conceptuelle, et on n’est pas pr&#xea;t &#xe0; abandonner facilement celle-ci, d’autant plus pr&#xea;t sera-t-on de la base de cette structure (on peut d’ailleurs dire que la base logique et math&#xe9;matique de l’&#xe9;difice dont nous parle Quine, est pratiquement &#xe9;quivalente &#xe0; cette base constitu&#xe9;e des concepts fabriqu&#xe9;s par le langage de la ruche scientifique de Nietzsche). Les changements scientifiques seront donc locaux, on ne r&#xe9;visera que des petits pans de notre &quot;colombarium&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les th&#xe9;ories scientifiques seraient donc bien des s&#xe9;pulcres des intuitions, et s’efforceraient donc bien essentiellement de ranger (&#xe0; tout prix) le monde anthropocentrique dans leurs filets ou &quot;cellules&quot;. La th&#xe9;orie prime tellement sur le r&#xe9;el, qu’on peut la garder, m&#xea;me si des ph&#xe9;nom&#xe8;nes la contredisent. De plus, elle permet de tout faire rentrer en elle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais que nous dit-elle alors sur le monde ? Ne le d&#xe9;crit-elle vraiment pas ? Le r&#xe9;aliste scientifique objecte &#xe0; l’instrumentaliste qu’il ne parvient pas &#xe0; rendre du compte du fait que les th&#xe9;ories r&#xe9;ussissent si bien, qu’elles parviennent &#xe0; faire des pr&#xe9;dictions, que les outils soi-disant commodes pour penser le r&#xe9;el et garder nos th&#xe9;ories, s’av&#xe8;rent &#xea;tre &quot;quelque chose de r&#xe9;el&quot;... Selon le r&#xe9;aliste, le travail scientifique serait impossible si on avait l’&#xe9;tat d’esprit de l’instrumentaliste. Il est vrai qu’on peut voir que Duhem (op.cit.) est oblig&#xe9;, pour rendre compte de cela, d’une sorte d’instinct ou de tendance &#xe0; croire que nos classifications th&#xe9;oriques finissent, comme par une sorte d’harmonie pr&#xe9;-&#xe9;tablie, &#xe0; devenir des classifications naturelles. Ce qui, il faut bien le dire, n’est pas tr&#xe8;s satisfaisant : c’est bien dire que la position instrumentaliste n’est pas explicable ! La position instrumentaliste, prise &#xe0; la lettre, m&#xe8;ne au conventionnlisme et m&#xea;me, elle a pu mener, selon nous, &#xe0; cet anarchisme m&#xe9;thodologique d&#xe9;fendu par Feyerabend dans Contre la m&#xe9;thode, selon lequel en science, &quot;tout est bon&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais pr&#xe9;cisons toutefois qu’un conventionnalisme &#xe0; cent pour cent en science est une pure illusion, et n’existe pas -au sens o&#xf9; il n’est, en fait, d&#xe9;fendu par personne. Ainsi Poincar&#xe9;, qui aurait soi-disant d&#xe9;fendu une th&#xe8;se monstrueusement conventionnaliste sur les th&#xe9;ories scientifiques, dans le chapitre 3 de La science et l’hypoth&#xe8;se, ne va pas jusqu’&#xe0; dire que les th&#xe9;ories ne sont que des fa&#xe7;ons commodes pour parler de, et agir sur, le r&#xe9;el.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, quand il dit que la th&#xe9;orie euclidienne de l’espace est une convention, il ne dit jamais qu’elle est purement arbitraire ; il dit en effet que l’exp&#xe9;rience nous a aid&#xe9; &#xe0; faire ce choix, elle nous indique que c’est celle l&#xe0; qui est la plus commode pour l’esp&#xe8;ce, etc. Le choix d’une th&#xe9;orie ne se fait pas &#xe0; partir de rien, n’est pas une pure construction intellectuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, il faut pr&#xe9;ciser que pour Poincar&#xe9;, contrairement &#xe0; Einstein, la g&#xe9;om&#xe9;trie n’est pas une affaire d’exp&#xe9;rience. Et quand il parle explicitement des th&#xe9;ories scientifiques, par exemple, dans le chapitre 10 de La valeur de la science, il r&#xe9;fute justement le conventionnalisme et dit que c’est, en science, l’exp&#xe9;rience qui tranche. Duhem ne dit apr&#xe8;s tout pas autre chose.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, qu’on soit conventionnaliste ou instrumentaliste, on ne peut &#xe9;viter de faire appel &#xe0; l’exp&#xe9;rience en dernier recours. La science n’est pas une pure construction qui se ferait vraiment sans recours ou rapport &#xe0; l’exp&#xe9;rience -on sait que depuis les Conjectures et R&#xe9;futations de Popper, la science se caract&#xe9;rise par le fait d’accepter la r&#xe9;futation possible de l’exp&#xe9;rience (m&#xea;me si son crit&#xe8;re est devenu quelque peu bancal, depuis la conception holiste des th&#xe9;ories). Ce qu’il a bien vu, c’est qu’une th&#xe9;orie ou un concept scientifique n’est pas une pure fantaisie, elle n’est pas, par exemple, comparable &#xe0; l’astrologie...Seulement, en science, contre les inductivistes ou empiristes, le r&#xe9;el n’est pas le point de d&#xe9;part, mais seulement le point d’arriv&#xe9;e.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est bien que, comme l’a entrevu Nietzsche, nous sommes en pr&#xe9;sence d’un r&#xe9;el th&#xe9;oris&#xe9;...Et nous retombons toujours sur le m&#xea;me probl&#xe8;me : si la science n’est qu’une structure conceptuelle abstraite qui se trouve loin au-dessus du r&#xe9;el, alors, comment expliquer que tout s’accorde si bien, que les th&#xe9;ories permettent de faire des d&#xe9;couvertes, etc ? Sommes-nous donc alors condamn&#xe9;s &#xe0; l’alternative consistant &#xe0; recourir &#xe0; une harmonie pr&#xe9;-&#xe9;tablie, qui, souvent, suppose un Dieu, ou &#xe0; affirmer que la science r&#xe9;ussit &#xe0; d&#xe9;crire comment est, r&#xe9;ellement, le monde, ce qui suppose de soutenir un rapport &quot;horizontal&quot; entre th&#xe9;orie et exp&#xe9;rience ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La th&#xe8;se de Nietzsche nous semble avoir &#xe9;t&#xe9; par deux fois confirm&#xe9;e par ce que nous apprend l’histoire des sciences sur le travail scientifique : en effet, d’abord, la science se caract&#xe9;rise par une continuit&#xe9;, elle consiste &#xe0; reprendre les concepts l&#xe9;gu&#xe9;s par la tradition, et &#xe0; les retravailler incessamment ; et, ensuite, elle aborde le r&#xe9;el avec ses th&#xe9;ories, avec toutes ses constructions rationnelles et humaines, et essaie, co&#xfb;te que co&#xfb;te, de l’y faire entrer tout entier (ainsi les scientifiques essaient de trouver une th&#xe9;orie unifi&#xe9;e, permettant d’englober tout l’univers dans sa structure). Nietzsche avait raison de douter de ce que la science parvienne par l&#xe0; &#xe0; vraiment atteindre le r&#xe9;el, puisque ce r&#xe9;el ne semble plus &#xea;tre le r&#xe9;el en soi, mais un r&#xe9;el satisfaisant l’homme, et toujours pr&#xe9;par&#xe9; pour pouvoir rentrer dans ses constructions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Peut-&#xea;tre faut-il dire alors que le r&#xe9;el n’est pas ind&#xe9;pendant de nous, mais qu’il est l’ensemble inextricable de l’homme et du r&#xe9;el, comme de nombreux philosophes interpr&#xe8;tent aujourd’hui le fait qu’on ne peut jamais observer les ph&#xe9;nom&#xe8;nes quantiques, car le fait de les bombarder de lumi&#xe8;re les modifie. Il n’y a pas de r&#xe9;el en soi, et la th&#xe8;se de Nietzsche aurait peut-&#xea;tre ainsi le tort de croire, tout comme les empiristes, que le r&#xe9;el est constitu&#xe9; de faits individuels imm&#xe9;diatement accessibles, d&#xe9;pourvus de toute th&#xe9;orie...&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 09 May 2008 11:09:38 GMT</pubDate></item><item><title>ARTS CONTEMPORAINS : FRONTI&#xc8;RES MOBILES</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113590.html</link><category>Arts et Culture</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113590.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9113590/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113590.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Auteurs : &lt;br /&gt; Yves Michaud : Professeur de philosophie &#xe0; l’universit&#xe9; Paris I Panth&#xe9;on Sorbonne, Charg&#xe9; de la programmation de l’Universit&#xe9; de tous les savoirs et auteur de &quot; l’Art &#xe0; l’&#xe9;tat gazeux, essai sur le triomphe de l’esth&#xe9;tisme &quot;, son dernier ouvrage. &lt;br /&gt; Olivier Jacquet : artiste-graffeur, r&#xe9;dacteur en chef et responsable d’&#xe9;dition du magazine graff it ! &lt;br /&gt; Geoffroy de Francony et Georges Ranunkel : co-fondateurs d’ArtFloor.com, site de vente d’Art contemporain en ligne.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les arts visuels contemporains seront interrog&#xe9;s au sujet de la vari&#xe9;t&#xe9; de cr&#xe9;ations et des pratiques actuelles, rarement mise en valeur par les institutions. Nous &#xe9;tudierons les causes de leurs cat&#xe9;gorisations et questionnerons les rapports qu’entretiennent ces diverses productions artistiques. Rapports de hi&#xe9;rarchie, de clivages ou d’opposition que l’on constate entre les Arts dit savants ou populaires et l’industrie culturelle. Ces trois univers semblent bien distincts, nous tenterons de mieux les d&#xe9;couvrir gr&#xe2;ce &#xe0; Yves Michaud, Olivier Jacquet, Geoffroy de Francony et Georges Ranunkel, pour ensuite discuter des passerelles possibles entre ces diff&#xe9;rentes cat&#xe9;gories.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;L’art contemporain est souvent pr&#xe9;sent&#xe9; comme un art d’&#xe9;lite, un art savant. Selon vous ce jugement est-il justifi&#xe9; ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Il faut en premier lieu s’interroger sur ce que signifie &quot;contemporain&quot;. Certaines personnes ont une id&#xe9;e bien pr&#xe9;cise de ce qu’est l’art contemporain et consid&#xe8;rent digne de ce nom uniquement ce qui est marquant, fort, transgressif, d’avant-garde ou que sais-je encore. Ma position est assez diff&#xe9;rente, selon moi, est contemporain ce qui se fait aujourd’hui et dans un pass&#xe9; proche que je situe entre cinq et huit ans. En quelque sorte, ma d&#xe9;finition privil&#xe9;gie la notion d’actualit&#xe9; et inclut aussi bien des pratiques &#xe9;litistes ou &#xe9;litaires que des pratiques populaires. Prenons l’exemple du statut des graffitis et du graphisme dans l’espace urbain, sur lequel je m’interroge depuis longtemps. Evidemment parler d’art contemporain au sens &#xe9;litiste du terme serait inadapt&#xe9;. Pour autant, les classer dans les &quot;arts populaires&quot; serait insatisfaisant. Il n’en reste pas moins que ce se sont des pratiques contemporaines avant tout. Tout d&#xe9;pend de la r&#xe9;f&#xe9;rence qu’on adopte pour d&#xe9;terminer le sens de &quot;contemporain&quot;. Si l’on se situe dans la perspective de l’art du vingti&#xe8;me si&#xe8;cle et de la tradition moderne, qui est une tradition des avant-gardes, des ruptures et des avanc&#xe9;es, alors on donne &#xe0; l’art contemporain un sens restrictif, distinct de l’art populaire, et l’on peut par-l&#xe0; m&#xea;me parler d’art d’&#xe9;lite. En revanche si l’on prend en compte que le vingti&#xe8;me si&#xe8;cle est r&#xe9;volu, que ce r&#xe9;gime de l’art moderne, des avant-gardes, des r&#xe9;volutions formelles et plastiques est termin&#xe9;, on consid&#xe8;rera que l’art contemporain r&#xe9;unit toutes les productions artistiques d’un moment pr&#xe9;sent, depuis la peinture des salons des PTT ou des cheminots jusqu’aux actions encore avant-gardistes et cat&#xe9;goris&#xe9;es &#xe9;litistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Seuls 9% des Fran&#xe7;ais sont all&#xe9;s voir au moins une fois au cours de l’ann&#xe9;e une exposition d’art moderne ou contemporain, quelles sont selon vous les principales raisons de ce d&#xe9;sint&#xe9;r&#xea;t de la population fran&#xe7;aise ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Je ne suis pas certain que ce soit une question de d&#xe9;sint&#xe9;r&#xea;t. Et ceci pour des raisons qui sont propres &#xe0; la France, mais aussi &#xe0; l’id&#xe9;e de l’art moderne depuis le 19&#xe8;me si&#xe8;cle, c’est l’id&#xe9;e que l’art devait s’adresser &#xe0; tout le monde. C’est un th&#xe8;me que j’avais abord&#xe9; de fa&#xe7;on critique dans mon livre de 1997 &quot;La Crise de l’art contemporain&quot;. L’art &#xe9;tait envisag&#xe9; comme un facteur de communication culturelle, de rassemblement, &#xe9;ventuellement de coh&#xe9;sion sociale et politique. Dans cette voie, la politique culturelle fran&#xe7;aise -pas exclusivement celle de la gauche, puisque cela a commenc&#xe9; tr&#xe8;s largement avec Andr&#xe9; Malraux- a voulu constituer une sorte de religion collective de l’art, donner une base d&#xe9;mocratique &#xe0; la fr&#xe9;quentation culturelle, celle du Grand Art. On peut toujours estimer navrant que seuls 9 % des Fran&#xe7;ais s’int&#xe9;ressent &#xe0; l’art contemporain, mais pour ma part je pense qu’il s’agit d’une com&#xe9;die. Cette vision de l’art comme producteur de solidarit&#xe9;, de consensus et de communaut&#xe9;, cela me semble tr&#xe8;s largement &#xea;tre une utopie. A ce propos le sous-titre de mon ouvrage de 1997 &#xe9;tait &quot;Utopie, d&#xe9;mocratie et com&#xe9;die&quot;. Je ne vois pas pourquoi l’art contemporain devrait concerner tout le monde. Apr&#xe8;s tout aller voir de l’art d’avant-garde est peut-&#xea;tre par essence une pratique minoritaire et &#xe9;litiste. Lorsque Gertrude Stein ou Kahnweiler collectionnaient les Picasso, dans les ann&#xe9;es 1910-1911, ils &#xe9;taient marginaux, il n’y a &#xe0; cela rien d’&#xe9;tonnant au regard des productions de l’&#xe9;poque. Il est bien connu qu’en g&#xe9;n&#xe9;ral les collectionneurs sont des personnalit&#xe9;s atypiques, qu’ils agissent en raison de pr&#xe9;dilections personnelles et des larges moyens financiers dont ils disposent. Pour ces raisons, il para&#xee;t compr&#xe9;hensible qu’il ne soit pas donn&#xe9; &#xe0; tout le monde d’&#xea;tre un amateur d’art d’avant-garde. Encore une fois, je ne vois pas pourquoi l’art contemporain &#xe9;litiste devrait avoir une base populaire large ou faire l’objet d’un consensus d&#xe9;mocratique. Je serais plus soucieux de voir des programmes t&#xe9;l&#xe9;vis&#xe9;s de qualit&#xe9;, plut&#xf4;t que l’on incite les gens &#xe0; aller voir des choses &#xe9;tranges auxquelles ils ne s’int&#xe9;ressent pas vraiment, et ceci tr&#xe8;s normalement, puisqu’elles ne s’adressent qu’&#xe0; des initi&#xe9;s. J’aurai plut&#xf4;t tendance &#xe0; me f&#xe9;liciter de cette d&#xe9;saffection. L’art n’a pas &#xe0; &#xea;tre un service public, ni une religion d’&#xe9;tat. Chaque fois que cela s’est produit, ce fut assez apocalyptique, car il faut bien se souvenir que des formes d’art collectif profond&#xe9;ment partag&#xe9;es ont exist&#xe9;, et cela en g&#xe9;n&#xe9;ral dans des pays totalitaires et autoritaires. Il y avait un art extr&#xea;mement rassembleur aussi bien en Union sovi&#xe9;tique que dans l’Allemagne nazie, tr&#xe8;s appr&#xe9;ci&#xe9; du peuple, et cet art n’&#xe9;tait pas pour autant d&#xe9;nu&#xe9; de qualit&#xe9;. Simplement je ne suis pas convaincu de l’int&#xe9;r&#xea;t de faire l’unit&#xe9; sociale sur l’art. C’est pourquoi la faible repr&#xe9;sentation du public de l’art contemporain ne me g&#xea;ne absolument pas, je pense que les recherches &#xe9;litistes existent toujours pour des &quot;happy fews&quot;, des privil&#xe9;gi&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon vous, la diff&#xe9;rence entre arts savants et arts populaires est r&#xe9;ellement per&#xe7;ue par le public ou est-ce essentiellement une opposition nourrie par les professionnels de l’art ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Certes, cette opposition est per&#xe7;ue par le public, puisque qu’il se montre parfois ironique, critique ou sarcastique &#xe0; l’&#xe9;gard d’un art qu’il qualifie implicitement d’&#xe9;litiste. Mais bien souvent elle n’est pas du tout per&#xe7;ue, tout simplement par ignorance, en raison de la faible fr&#xe9;quentation des lieux d’exposition. Ce qui m’interpelle le plus aujourd’hui est l’indiff&#xe9;rence constat&#xe9;e &#xe0; l’&#xe9;gard de certaines pratiques, indiff&#xe9;rence pacifique plus qu’hostile. Lorsque je dirigeais l’&#xe9;cole des Beaux - Arts, j’avais &#xe9;t&#xe9; saisi d’un projet par deux de mes &#xe9;tudiants, qui souhaitaient cr&#xe9;er une œuvre d’art in situ. Leur id&#xe9;e consistait en la plantation de coquelicots sur une gigantesque butte de terre situ&#xe9;e dans un terrain vague en banlieue parisienne. Or sur ce m&#xea;me territoire des graffeurs, qui avaient d&#xe9;j&#xe0; investi le lieu, se retrouvaient pour peindre. Dans ces circonstances, il a fallu g&#xe9;rer le rapport entre mes deux artistes d’avant-garde des Beaux - Arts, et les graffeurs d’art populaire d’Ivry. Il y avait en r&#xe9;alit&#xe9; un m&#xe9;pris mutuel certain, qui a donn&#xe9; lieu &#xe0; une l&#xe9;g&#xe8;re agressivit&#xe9; &#xe9;tant donn&#xe9; que chacun &#xe9;tait persuad&#xe9; de servir le seul et vrai art. Finalement cette confrontation s’est sold&#xe9;e par une coexistence pacifique et silencieuse. Cette anecdote est &#xe0; mon sens une int&#xe9;ressante m&#xe9;taphore de ce qui se passe aujourd’hui dans la soci&#xe9;t&#xe9; : les pratiques artistiques coexistent avec ti&#xe9;deur et indiff&#xe9;rence. Pour revenir &#xe0; la question de la perception de ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne par le public, il me vient &#xe0; l’esprit une publicit&#xe9;, dans les pages de fin d’un illustre magazine f&#xe9;minin, pour une installation de l’artiste Anna Laura Alaez, s’intitulant &quot;Beauty Cabinets&quot; pr&#xe9;sent&#xe9;e au Palais de Tokyo. On pouvait y voir des visages maquill&#xe9;s, c’&#xe9;tait absolument indissociable d’une publicit&#xe9; lambda pour un produit cosm&#xe9;tique. Mon int&#xe9;r&#xea;t se porte sur cette d&#xe9;rive, cette fusion, cette coexistence. Je ne sais pas ce que la lectrice y a vu, comment elle l’a per&#xe7;u, si m&#xea;me elle l’a per&#xe7;u, mais cela me semble assur&#xe9;ment &#xea;tre une pertinente illustration de la situation actuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les arts urbains et le graffiti en particulier revendiquent leur appartenance aux &quot;arts populaires&quot;. Est-ce en terme de public, de pratique ou bien n’y a-t-il pas indissociabilit&#xe9; entre le niveau de production et celui de la r&#xe9;ception par le public ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : En r&#xe9;alit&#xe9; c’est principalement une question de terminologie. En g&#xe9;n&#xe9;ral le mot &quot;art&quot; est une qualification attribu&#xe9;e par des professionnels, c’est simplement une d&#xe9;finition venant de l’ext&#xe9;rieur, professionnel et tout public. En ce qui concerne les initi&#xe9;s, ceux qui pratiquent le graffiti, qu’on appelle graffeurs, graffiteurs ou encore artistes dans certains cas, il est vrai qu’ils revendiquent essentiellement leur statut de peintre et de cr&#xe9;ateur, tout simplement. Dans cette perspective, parler d’art populaire n’a rien d’une erreur, d’ailleurs le graffiti est souvent d&#xe9;cri&#xe9; comme tel, pour ma part je le consid&#xe8;re comme une culture urbaine, une culture &#xe0; part enti&#xe8;re.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelle position occupent le graffiti et les arts urbains dans l’environnement de l’art contemporain ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : Il convient de rappeler tout d’abord que le graffiti est constitu&#xe9; de deux tendances majeures, relativement parall&#xe8;les. Il y a la tendance dite &quot;vandale&quot;, qu’on appelle g&#xe9;n&#xe9;riquement le &quot;tag&quot;, qui est avant tout une forme de vandalisme, et par cons&#xe9;quent difficilement accept&#xe9;e par le public puisqu’elle consiste &#xe0; prendre sans autorisation pr&#xe9;alable un mur ou un endroit public ou priv&#xe9; pour support. Cette tendance r&#xe9;v&#xe8;le un d&#xe9;sir de reconnaissance sociale, une d&#xe9;marche identitaire qui passe par le geste quasi - primitif de vouloir peindre sur un mur avec ses mains, dans la rue. La bombe a&#xe9;rosol est un prolongement de la main, c’est un outil moderne id&#xe9;al. Dans les cit&#xe9;s et dans les villes de banlieues, c’est un moyen accessible et attractif pour exprimer ce que l’on ressent et transmettre un message. A c&#xf4;t&#xe9; de cela, il existe un courant plus esth&#xe9;tique, d&#xe9;coratif, artistique et de ce fait relativement tol&#xe9;r&#xe9;, qu’on appelle le &quot;graffiti-artist&quot;, qui justement rejoint une partie de l’art contemporain. Ainsi, les artistes graffeurs vont dans des terrains vagues pour s’exercer avec le souhait de progresser dans leur technique, dans leur approche esth&#xe9;tique, dans leur jeu de couleurs. Au fil du temps, ils explorent diff&#xe9;rentes tendances et enrichissent leurs r&#xe9;f&#xe9;rences. Il faut savoir que le graffiti offre plusieurs techniques : on peut par exemple associer la bombe a&#xe9;rosol avec le pinceau ou d’autres &#xe9;l&#xe9;ments des arts dits acad&#xe9;miques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A ce propos, quelles diff&#xe9;rences observez-vous entre la pratique sur mur et la pratique sur toile ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : La pratique sur toile est une composante du graffiti-artist. N&#xe9;anmoins elle ne correspond qu’&#xe0; une minorit&#xe9; de graffeurs, elle est en quelque sorte r&#xe9;serv&#xe9;e &#xe0; une &#xe9;lite, un microcosme dans le milieu du graff, qui est d&#xe9;j&#xe0; une microsoci&#xe9;t&#xe9; au sein de la soci&#xe9;t&#xe9; elle-m&#xea;me. On peut citer quelques noms c&#xe9;l&#xe8;bres aujourd’hui dans le milieu du graffiti, notamment des pochoiristes comme Miss Tic ou J&#xe9;r&#xf4;me M&#xe9;nager. Tous deux sont issus du milieu du graffiti et c&#xf4;toient la rue. Le souci de libert&#xe9; et d’ind&#xe9;pendance est ce qui caract&#xe9;rise fondamentalement le graffiti et le distingue d’autres pratiques artistiques. C’est sans doute pour cette raison que la peinture sur toile n’est en aucun cas une priorit&#xe9; ou un but ultime : l’activisme de rue ne rejoint la toile que lorsque l’artiste en ressent vraiment l’envie et qu’il souhaite l&#xe9;gitimement vivre de son art. Toutefois, aujourd’hui le march&#xe9; de l’art et les professionnels ne s’int&#xe9;ressent pas encore &#xe0; ces gens qui ont des valeurs cr&#xe9;atives tr&#xe8;s int&#xe9;ressantes, et il faut reconna&#xee;tre que ces artistes ne sont pas r&#xe9;ellement cot&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La reconnaissance par le milieu de l’art est-elle recherch&#xe9;e par les graffeurs et lorsqu’elle a lieu, ne perdent-ils pas leur cr&#xe9;dibilit&#xe9; au sein du milieu du graffiti ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : Je ne le pense pas, car le graffiti -toutes tendances confondues- est avant tout une volont&#xe9; d’exhiber ses productions. C’est une &#xe9;cole de la rue, nourrie par l’&#xe9;tat d’esprit du HIP-HOP, qui est une fa&#xe7;on d’&#xea;tre, de partager ses id&#xe9;es, de se rassembler en collectivit&#xe9; pour faire avancer les choses. C’est un milieu ouvert &#xe0; tous, une culture de l’initiative et de la spontan&#xe9;it&#xe9;, qui ne n&#xe9;cessite pas de condition sociale particuli&#xe8;re. La rue est le moyen le plus efficace pour se faire conna&#xee;tre du passant et du grand public. Malheureusement aujourd’hui les autorit&#xe9;s publiques n’ont pas envie de cautionner des pratiques qu’ils n’arrivent pas &#xe0; contr&#xf4;ler. Cette r&#xe9;pression vise les deux tendances, vandale et artistique, les tags comme les graffitis. Dans ce contexte de crise du d&#xe9;veloppement de la peinture a&#xe9;rosol, il est compr&#xe9;hensible que certains graffeurs se tournent vers les galeries, d&#xe9;marchent aupr&#xe8;s de certains festivals ou acceptent des commandes de soci&#xe9;t&#xe9;s priv&#xe9;es. Cela leur appara&#xee;t naturellement comme des issues possibles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Georges Ranunkel, quelles &#xe9;taient vos motivations en fondant ArtFloor ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Georges Ranunkel : La fondation d’ArtFloor, il y a deux ans, est partie de motivations assez personnelles. J’&#xe9;tais amateur d’art et je souhaitais collectionner depuis longtemps. Je ne faisais pas partie de ce milieu professionnel et je ne poss&#xe9;dais pas les moyens financiers n&#xe9;cessaires pour assouvir ce d&#xe9;sir. Toutefois, je connaissais quelques artistes, ce qui me permettait d’acheter des œuvres sans passer par un interm&#xe9;diaire. De son c&#xf4;t&#xe9; Geoffroy De Francony, mon associ&#xe9;, connaissait aussi beaucoup d’artistes et ne savait pas comment les aider &#xe0; diffuser leurs œuvres. L’id&#xe9;e d’origine est n&#xe9;e d’un double constat de l’&#xe9;tat actuel du march&#xe9; de l’art. D’un c&#xf4;t&#xe9; les galeries proposent peu de jeunes artistes, du fait de co&#xfb;ts de structure assez &#xe9;lev&#xe9;s et parce que les galeristes veulent conserver et suivre leur &#xe9;quipe d’artistes, par cons&#xe9;quent ils en int&#xe8;grent rarement de nouveaux. Etant donn&#xe9; qu’ils travaillent essentiellement avec des artistes d&#xe9;j&#xe0; cot&#xe9;s, les prix sont r&#xe9;dhibitoires pour des amateurs qui ne sont pas encore dispos&#xe9;s &#xe0; investir 5000 euros dans une oeuvre. D’un autre c&#xf4;t&#xe9;, les artistes ont peu de d&#xe9;bouch&#xe9;s au sortir de l’&#xe9;cole, ils sont peu nombreux &#xe0; &#xea;tre pris en charge par un galeriste pr&#xea;t &#xe0; prendre des risques et qui bien souvent ne tarde pas &#xe0; augmenter consid&#xe9;rablement le prix de leurs œuvres. De plus, pour un jeune artiste la d&#xe9;marche aupr&#xe8;s des galeries n’est pas un exercice facile, surtout quand elle se solde par un refus. Le projet ArtFloor est n&#xe9; de ce constat et de l’opportunit&#xe9; offerte par Internet. Cet outil rend possible la proposition d’œuvres aux prix d’atelier car les co&#xfb;ts de structures sont moindres. ArtFloor dispense les artistes de d&#xe9;marcher aupr&#xe8;s des galeries et leur permet d’avoir quand m&#xea;me un retour du public. Nous avons re&#xe7;u 1400 dossiers et avons effectu&#xe9; une s&#xe9;lection d’une quarantaine d’artistes, notre but est que dans les deux ans qui suivent, ils arrivent &#xe0; entrer sur le march&#xe9; de l’art. En fait nous nous situons en amont des galeries.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quels sont vos crit&#xe8;res de s&#xe9;lection, le caract&#xe8;re esth&#xe9;tique ou d&#xe9;coratif des œuvres n’est-il pas primordial ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Geoffroy de Francony : Nous avons bien entendu des crit&#xe8;res de qualit&#xe9; esth&#xe9;tique et technique que nous &#xe9;valuons ensemble selon nos consid&#xe9;rations personnelles, mais nous accordons aussi beaucoup d’importance aux qualit&#xe9;s de l’artiste, sa personnalit&#xe9;, son discours et son dynamisme. En fondant Artfloor, nous avons d&#xe9;cid&#xe9; de prendre des risques, ce qui signifie travailler avec des artistes dont les œuvres nous plaisent, m&#xea;me si elles ne sont pas cot&#xe9;es. Nous &#xe9;coutons et assumons nos jugements de go&#xfb;ts pour la s&#xe9;lection et nous l’affinons au fil du temps. Des œuvres d&#xe9;coratives sont bien s&#xfb;r propos&#xe9;es sur le site, mais aucune ne sont purement esth&#xe9;tisantes, cette notion est tr&#xe8;s relative et ce n’est pas ce qui nous int&#xe9;resse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’imp&#xe9;ratif marchand peut-il vous encourager &#xe0; vous s&#xe9;parer d’artistes, en cas de mauvais r&#xe9;sultats de vente, et plus largement peut-il &#xea;tre un danger pour la cr&#xe9;ation ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Geoffroy de Francony : Lorsque nous avons remerci&#xe9; des artistes, ce n’&#xe9;tait pas caus&#xe9; par de faibles ventes mais plut&#xf4;t par de mauvaises relations avec eux, l’erreur est toujours possible. Certaines œuvres du site ne se vendent pas, on doute qu’elles soient achet&#xe9;es un jour, mais elles nous plaisent et nous leur offrons la possibilit&#xe9; d’&#xea;tre vues du public. Evidemment, il ne faut pas faire preuve d’hypocrisie, Artfloor est un site marchand qui fonctionne bien, nous aidons les artistes &#xe0; faire le lien entre l’art et l’argent, en revanche le manque de vente n’est pas une cause de rupture. L’imp&#xe9;ratif marchand est pr&#xe9;sent, mais il n’est en aucun cas une obsession. Notre but premier est de promouvoir de jeunes artistes en leur donnant la possibilit&#xe9; de continuer &#xe0; cr&#xe9;er, nous les conseillons &#xe9;galement dans leur travail et nous les soutenons moralement. Cet &#xe9;change avec eux est bien plus passionnant que l’aspect marchand. En ce qui concerne le public nous n’avons pas la pr&#xe9;tention de d&#xe9;mocratiser la culture, toutefois nous souhaitons rendre plus accessible l’acc&#xe8;s &#xe0; la collection. Il existe peu d’amateurs d’art contemporain et ce n’est pas notre site qui va faire sensiblement augmenter le nombre, en revanche, lorsque des amateurs explorent le site, ils ont souvent envie de collectionner par la suite. Manifestement les galeries ou les institutions sont effrayantes pour un grand nombre, le site est plus accueillant&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment analysez-vous l’&#xe9;volution du march&#xe9; de l’art et de ses acteurs ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Le syst&#xe8;me des galeries est actuellement extr&#xea;mement bien structur&#xe9;, il est li&#xe9; par des rapports institutionnels, &#xe9;conomiques et de pouvoir. Ce syst&#xe8;me est organis&#xe9; et se divise souvent g&#xe9;ographiquement par style, &#xe9;poque ou tendance. Son principal point faible est le vieillissement, les galeries vieillissent avec leurs collectionneurs et finissent par dispara&#xee;tre. Peu de galeries se transmettent, car elles sont li&#xe9;es &#xe0; des collectionneurs, des critiques, des professionnels de mus&#xe9;es, c’est un syst&#xe8;me clanique. Il se trouve que dans notre soci&#xe9;t&#xe9;, les diff&#xe9;renciations entre go&#xfb;t populaire et go&#xfb;t d’&#xe9;lite deviennent de moins en moins perceptibles et sont de plus en plus mises au d&#xe9;fi. Elles sont remises en cause par l’afflux de publics de plus en plus diversifi&#xe9;s. D’une part on a assist&#xe9; &#xe0; la revendication de tous les groupes sociaux &#xe0; pouvoir communiquer leur propre go&#xfb;t. Cet &#xe9;clatement a encourag&#xe9; certains &#xe0; s’exprimer plus facilement, &#xe0; afficher leur identit&#xe9; culturelle, sans n&#xe9;cessairement passer par les chemins classiques de la reconnaissance, ce qui a favoris&#xe9; l’augmentation consid&#xe9;rable du nombre d’artistes. D’autre part, nous sommes dans une soci&#xe9;t&#xe9; marchande, ce qui a entra&#xee;n&#xe9; l’industrialisation de la production de biens culturels. Nous sommes face &#xe0; un syst&#xe8;me o&#xf9; ce n’est plus la raret&#xe9; qui prime, mais plut&#xf4;t les m&#xe9;canismes commerciaux de s&#xe9;lection, d’offre et de marketing utilis&#xe9;s pour les produits de consommation ordinaires. Il y a donc deux facteurs : la d&#xe9;mocratisation des go&#xfb;ts -celui de l’&#xe9;lite n’est plus dominant- et la production industrielle des biens culturels qui justifie des strat&#xe9;gies de d&#xe9;marchage et de communication. Dans les ann&#xe9;es 70, on n’aurait jamais jug&#xe9; un travail sur portfolio, on allait rencontrer les artistes &#xe0; l’atelier, on prenait le temps de discuter mais cela correspondait &#xe0; une &#xe9;poque o&#xf9; le nombre d’artistes potentiel &#xe9;tait tr&#xe8;s faible, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quel regard portez-vous sur le ph&#xe9;nom&#xe8;ne d’apparition de sites de vente d’art contemporain en ligne ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Une galerie en ligne est certes plus ouverte, il est plus facile d’y entrer et d’en sortir mais elle fonctionne comme les galeries traditionnelles : le m&#xea;me probl&#xe8;me se pose toujours lorsque l’on devient prescripteur, il ne s’agit pas seulement de suivre ses go&#xfb;ts, il faut &#xe9;galement miser sur les bons artistes. Acheter une œuvre bon march&#xe9; est s&#xe9;duisant mais le collectionneur aspire toujours &#xe0; ce que la cote monte. Je pense notamment &#xe0; certains artistes tr&#xe8;s prometteurs dans les ann&#xe9;es 70-80, qui ont assez bien r&#xe9;ussi en France mais qui n’ont jamais acquis une dimension europ&#xe9;enne. Ils n’ont pas eu l’ambition, le feu sacr&#xe9; pour &#xea;tre des artistes de grande envergure. Il ne suffit pas d’avoir du talent, il faut encore savoir s’entourer et adopter les bonnes strat&#xe9;gies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Est-ce selon vous ce manque de strat&#xe9;gie qui est responsable du faible rayonnement de l’Art fran&#xe7;ais dans le monde ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : On dit souvent que les Fran&#xe7;ais n’ont pas achet&#xe9; d’art moderne parce qu’ils &#xe9;taient un peu r&#xe9;actionnaires, mais la v&#xe9;rit&#xe9; est toute autre. En fait Ambroise Vollard avait choisi une strat&#xe9;gie de vente aux Etats-Unis, il savait que l’argent et le go&#xfb;t moderne &#xe9;taient l&#xe0;-bas, il n’avait donc pas besoin d’aller persuader les Fran&#xe7;ais riches mais r&#xe9;calcitrants d’acheter de la peinture impressionniste ou n&#xe9;o-impressionniste puisqu’il la vendait d&#xe9;j&#xe0; fort bien aux Am&#xe9;ricains. Si toute la grande peinture de la fin du XIXe si&#xe8;cle se trouve aux Etats-Unis c’est parce qu’il y a &#xe9;norm&#xe9;ment vendu. Il a ouvert un march&#xe9;, c’est ce qui a fait sa force. Ce que je reproche aux galeries, et qui fait leur &#xe9;chec relatif, c’est d’avoir recherch&#xe9; une reconnaissance uniquement fran&#xe7;aise, avec en filigrane l’id&#xe9;e d’une France forte de ses institutions et de ses mus&#xe9;es en oubliant que notre pays est un petit hexagone qui repr&#xe9;sente aujourd’hui peu de choses dans le monde de l’Art. Par exemple Simon Hanta&#xef;, que l’on pr&#xe9;sente comme un digne successeur de Jackson Pollock, et dont l’œuvre est effectivement estimable, n’est finalement connu ni dans le reste de l’Europe, ni aux Etats-Unis. Il pourrait &#xe9;ventuellement &#xea;tre r&#xe9;cup&#xe9;r&#xe9; comme une curiosit&#xe9; locale de l’histoire de l’art. A l’inverse j’ai &#xe9;crit r&#xe9;cemment la pr&#xe9;face d’un livre sur Antoni Tapi&#xe9;s, c’est un Catalan de l’Espagne franquiste, il &#xe9;tait donc contraint de faire conna&#xee;tre son travail hors du territoire national et a pour cela construit patiemment une strat&#xe9;gie de diffusion, avec l’aide de galeristes notamment, ce qui lui a permis d’avoir une envergure europ&#xe9;enne. Pour autant il n’a pas perc&#xe9; sur le march&#xe9; de l’Art am&#xe9;ricain, parce qu’il est extr&#xea;mement verrouill&#xe9;. Il faut donc une strat&#xe9;gie &#xe9;conomique et commerciale, pertinente &#xe0; long terme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi les arts urbains sont-ils si peu int&#xe9;gr&#xe9;s dans le syst&#xe8;me de l’art actuel ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Le graffiti poss&#xe8;de de nombreuses caract&#xe9;ristiques permettant de reconna&#xee;tre une pratique artistique. C’est notamment une pratique expressive, relativement coordonn&#xe9;e &#xe0; l’int&#xe9;rieur d’un groupe. Sa particularit&#xe9;, qui fait sa force et sa raret&#xe9;, est de ne pas toujours cr&#xe9;er en r&#xe9;f&#xe9;rence &#xe0; un public, une r&#xe9;ception, une audience. En revanche si cet art n’est pas re&#xe7;u dans le syst&#xe8;me officiel de l’art contemporain, c’est qu’il est &#xe9;minemment st&#xe9;r&#xe9;otyp&#xe9;. Il recoupe en ce sens certaines formes primitives d’art, comme elles, il joue avec les r&#xe8;gles sans trop s’en &#xe9;carter et approfondit tous les moyens du m&#xe9;dium. Le graffiti est effectivement tr&#xe8;s r&#xe9;p&#xe9;titif, il est limit&#xe9; par son m&#xe9;dium, ses surfaces et par le geste m&#xea;me. Cette forme d’art n’est pas recevable dans le cadre intellectuel d’un art fond&#xe9; sur la rupture, le d&#xe9;placement et l’originalit&#xe9; &#xe0; tout prix. Cette difficile int&#xe9;gration du graffiti dans le syst&#xe8;me de l’art n’a rien d’&#xe9;tonnant puisqu’il d&#xe9;veloppe des valeurs totalement diff&#xe9;rentes. N&#xe9;anmoins lorsqu’il se rapproche de ce milieu, c’est soit sur la mani&#xe8;re d’un devenir savant de l’art populaire comme ce fut le cas avec Basquiat, soit en incorporant une dimension de st&#xe9;r&#xe9;otype publicitaire tel que l’œuvre de Keith Haring.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le milieu des arts urbains se caract&#xe9;rise par son ouverture, quel regard portez-vous sur le monde de l’art contemporain, syst&#xe8;me qui fonctionne en vase clos ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : Ce syst&#xe8;me me d&#xe9;range un peu, je ne comprends pas que le march&#xe9; de l’art attende qu’un artiste soit tr&#xe8;s &#xe2;g&#xe9; ou m&#xea;me d&#xe9;c&#xe9;d&#xe9; pour avoir le privil&#xe8;ge d’&#xea;tre reconnu. Aucun risque n’est pris et le talent ne semble pas &#xea;tre le premier crit&#xe8;re de s&#xe9;lection. Il est anormal que si peu de confiance soit accord&#xe9;e aux jeunes artistes et que les strat&#xe9;gies marketing soient aussi pr&#xe9;sentes. Lorsque les graffeurs entrent dans le syst&#xe8;me des galeries, ils saisissent vite qu’il est &#xe9;litiste et peu accessible, ils prennent conscience des rouages et des contraintes que ce syst&#xe8;me implique. Ils d&#xe9;pensent donc moins d’&#xe9;nergie &#xe0; d&#xe9;marcher aupr&#xe8;s des galeristes puisque le graffiti est avant tout un art urbain, c’est &#xe0; dire gratuit pour les passants. Cet art se d&#xe9;veloppe dans des structures industrielles, des terrains vagues, il n’y a pas la m&#xea;me obsession d’&#xea;tre vu du public. Les galeries encouragent un certain immobilisme, qui est en contradiction avec les arts urbains. En ce qui concerne la promotion et la communication, les m&#xe9;dias qui traitent des cultures urbaines tentent de mettre en relation les diff&#xe9;rentes sp&#xe9;cialit&#xe9;s de l’art urbain, c’est &#xe0; dire l’affiche, les stickers, les pochoirs, les graffitis, les mosa&#xef;ques...En prenant possession de la rue, la communication est directe, les œuvres font d’elles-m&#xea;mes la promotion de la culture urbaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le graffiti est un art populaire, il n’est pas toujours tr&#xe8;s appr&#xe9;ci&#xe9; de la population, comment expliquez-vous ce paradoxe ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : Il est vrai que les graffitis ne sont pas toujours d&#xe9;sir&#xe9;s, mais lorsque les graffeurs d&#xe9;butent, ils ont tendance &#xe0; prendre des supports &quot;dangereux&quot;, c’est une mani&#xe8;re de transgresser les r&#xe8;gles, d’&#xea;tre subversif. Ils testent les limites et prennent conscience par la suite des devoirs et des r&#xe8;gles &#xe0; respecter. Malheureusement, il n’y a pas assez de lieux autoris&#xe9;s pour s’exprimer, cette culture est grandissante, mais elle n’est pas encore assez prise en compte par l’Etat, c’est &#xe0; d&#xe9;plorer car je pense que le graffiti fait partie int&#xe9;grante de l’histoire de l’art contemporain. Les d&#xe9;rives existent bien s&#xfb;r, mais la r&#xe9;pression &#xe9;tant trop forte les diff&#xe9;rentes tendances s’affrontent et les limites ne cessent d’&#xea;tre repouss&#xe9;es. Dans ces extr&#xea;mes, le souci esth&#xe9;tique dispara&#xee;t derri&#xe8;re l’enjeu : la prise de risque. Malgr&#xe9; ces probl&#xe8;mes, les gens commencent &#xe0; prendre conscience qu’il ne s’agit pas que de vandalisme et parviennent &#xe0; le diff&#xe9;rencier de productions r&#xe9;ellement artistiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment se positionne ArtFloor.com dans le syst&#xe8;me des galeries ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Georges Ranunkel : L’aspect galeriste de notre activit&#xe9; m&#xe9;rite quelques pr&#xe9;cisions. Notre d&#xe9;marche est &#xe0; la fois tr&#xe8;s diff&#xe9;rente et tr&#xe8;s proche de celle d’Ambroise Vollard. En effet, nous ne nous comparons pas &#xe0; une galerie traditionnelle mais avons un r&#xf4;le similaire &#xe0; celui que Vollard pouvait jouer au si&#xe8;cle dernier, c’est-&#xe0;-dire trouver directement des acheteurs, ouvrir un march&#xe9;, inventer une strat&#xe9;gie. Nous sommes en amont des galeries, notre but est justement d’aller dans les ateliers d’artistes, puisque les galeries d’aujourd’hui n’ont plus le temps de le faire, et de trouver avec nos moyens, ceux qu’on juge &#xea;tre des artistes de talent et qui n’ont pas encore &#xe9;t&#xe9; confront&#xe9;s au syst&#xe8;me du march&#xe9; de l’art. La comparaison avec Vollard est pertinente dans le sens o&#xf9; le travail de la galerie consiste &#xe0; savoir o&#xf9; l’on peut vendre. Aujourd’hui, ce qui est le cas pour peu de galeries, le tiers de nos ventes est parti aux Etats-Unis, o&#xf9; l’on entend fr&#xe9;quemment dire que l’art fran&#xe7;ais est tr&#xe8;s peu appr&#xe9;ci&#xe9;, et pourtant sur 150 œuvres vendues l’an dernier, une cinquantaine est partie Outre - Atlantique, ce qui nous incite &#xe0; croire que la jeune cr&#xe9;ation fran&#xe7;aise y est estim&#xe9;e, m&#xea;me si il s’agit d’artistes encore peu cot&#xe9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment les artistes se rendent-ils accessibles sur le march&#xe9; du graffiti ? Comment contacter un artiste graffeur et lui passer commande ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier Jacquet : En tant que m&#xe9;dia, le magazine pour lequel je travaille est une structure interm&#xe9;diaire entre le tout public et les artistes ou soci&#xe9;t&#xe9;s d’artistes graffeurs. Nous sommes habilit&#xe9;s &#xe0; transmettre leurs coordonn&#xe9;es pour que les personnes int&#xe9;ress&#xe9;es par leur travail puissent entrer directement en relation avec eux, et qu’ils puissent ensemble &#xe9;tablir un devis. Dans ce cas, la d&#xe9;marche est assez simple. Mais aujourd’hui, beaucoup de choses restent &#xe0; faire en mati&#xe8;re de communication, d’organisation et de diffusion de la culture du graffiti. Graff’it ! et les autres m&#xe9;dias sp&#xe9;cialis&#xe9;s dans ce mouvement ne font qu’ouvrir une voie, et il n’y a &#xe0; mon sens que des personnes issues de ce milieu qui peuvent vraiment le faire progresser et &#xea;tre &#xe0; l’&#xe9;coute de la demande. Et, effectivement aujourd’hui les demandes affluent de toutes parts. Autant Calvin Klein nous contacte pour organiser des journ&#xe9;es de performance de graffiti en public, autant on a affaire &#xe0; des commandes plus basiques de particuliers ou de soci&#xe9;t&#xe9;s qui souhaitent faire appel au talent d’artistes que nous soutenons. Il est vrai que les contacts s’&#xe9;tablissent relativement facilement, mais il n’existe pas encore de r&#xe9;pertoire ni d’annuaire des professionnels du graffiti, il n’y a gu&#xe8;re que l’IRMA -Institut de Ressources sur les Musiques Actuelles- qui pense &#xe9;diter un r&#xe9;pertoire de graffeurs reconnus. Finalement, la rue reste la meilleure des galeries pour se faire conna&#xee;tre et reconna&#xee;tre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On assiste au d&#xe9;but du vingti&#xe8;me si&#xe8;cle &#xe0; l’&#xe9;mergence de l’abstraction, avec laquelle le go&#xfb;t de l’&#xe9;lite cesse d’&#xea;tre majoritaire, et &#xe0; l’apparition des arts d&#xe9;coratifs et appliqu&#xe9;s, dans lesquels le point de vue du praticien s’efface au nom de celui de la soci&#xe9;t&#xe9;. Ne pensez-vous pas que l’&#xe9;chec relatif de la d&#xe9;mocratisation culturelle de l’art contemporain &#xe9;tait, de ce fait, pr&#xe9;visible et reste finalement sans solution, dans le sens o&#xf9; le design et les arts d&#xe9;coratifs ont pris le relais de la mission sociale de l’artiste ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Je traite ce sujet dans mon dernier ouvrage &quot;l’Art &#xe0; l’&#xe9;tat gazeux, essai sur le triomphe de l’esth&#xe9;tique&quot;, je consid&#xe8;re que sous la pression de la d&#xe9;mocratisation des go&#xfb;ts ainsi que la mont&#xe9;e des valeurs de la production industrielle de biens culturels, nous assistons &#xe0; la vaporisation de l’art. La soci&#xe9;t&#xe9; est aujourd’hui envahie par les valeurs esth&#xe9;tiques, celles du design, de la chirurgie esth&#xe9;tique, de la beaut&#xe9;. Face &#xe0; ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne, l’art en tant que producteur d’objets est dans une situation de plus en plus inconfortable, il est contraint d’adopter des strat&#xe9;gies pour &#xea;tre identifi&#xe9; et reconnu comme de l’Art contemporain, du Grand Art. Ce &quot; triomphe de l’esth&#xe9;tisme &quot; sur l’&quot; art gazeux &quot; n’est pas particuli&#xe8;rement paradoxal si l’on prend l’exemple de l’industrie de la cosm&#xe9;tique, syst&#xe8;me de mise en marque de ce qui est &#xe0; la fois gazeux et parfum&#xe9;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &quot;l’Art &#xe0; l’&#xe9;tat gazeux, essai sur le triomphe de l’esth&#xe9;tique&quot;, vous d&#xe9;veloppez la th&#xe8;se selon laquelle plus la soci&#xe9;t&#xe9; s’esth&#xe9;tise, plus l’Art se vaporise. Pensez-vous que ce constat est d&#xe9;finitif ou existe t-il des issues possibles ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves Michaud : Le premier constat est que l’art moderne et son r&#xe9;gime sp&#xe9;cifique sont termin&#xe9;s, ils ont disparu avant la fin du XXe si&#xe8;cle, plus pr&#xe9;cis&#xe9;ment &#xe0; la fin des ann&#xe9;es soixante dix. Ce r&#xe9;gime a commenc&#xe9; vers 1905-1906 et &#xe9;tait caract&#xe9;ris&#xe9; par un artiste d&#xe9;miurge, de grandes œuvres ouvrant des br&#xe8;ches, ainsi que des mouvements d’avant-garde avec des perspectives, des visions globales, politiques et sociales. Cette tendance s’est essouffl&#xe9;e &#xe0; l’&#xe9;poque post-moderne. On est alors entr&#xe9; dans un nouveau r&#xe9;gime de l’Art, celui de l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique, qui tend &#xe0; se fondre avec le nouveau r&#xe9;gime de notre exp&#xe9;rience sociale, celui du culte de la beaut&#xe9; et du design par exemple. Si l’art devient effectivement vaporeux, cela signifie que les mus&#xe9;es, les institutions, les centres d’art ne sont plus utiles, or je constate qu’il y’en a de plus en plus. Je me suis interrog&#xe9; sur ces deux ph&#xe9;nom&#xe8;nes contradictoires et je pense que de m&#xea;me qu’il y a un changement d’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique, il y a peut-&#xea;tre aussi un changement du concept de l’art. Celui-ci peut-&#xea;tre lu de plusieurs mani&#xe8;res, il y a un concept comme virtuosit&#xe9;, comme connaissance et illumination ou comme expression de ce qu’il y a de plus profond dans la subjectivit&#xe9; humaine, il en existe bien d’autres encore. Cette prolif&#xe9;ration de lieux d’art me rappelle le concept darwinien de l’art comme signification d’identit&#xe9;. Pour Darwin l’art n’inspire aucune &#xe9;motion, simplement il explique &#xe0; quelle tribu ou esp&#xe8;ce nous avons &#xe0; faire. Je pense qu’aujourd’hui l’art redevient un moyen de signifier les identit&#xe9;s. Le changement d’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique est accompagn&#xe9; d’un retour de la notion d’art comme non expressif, non m&#xe9;taphysique, non grandiloquent et non d&#xe9;miurgique mais comme la manifestation des identit&#xe9;s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet article a &#xe9;t&#xe9; r&#xe9;dig&#xe9; &#xe0; partir d’une conf&#xe9;rence publique donn&#xe9;e le jeudi 13 mars 2003, lors du cycle de conf&#xe9;rences &quot;Les jeudis de la Sorbonne&quot; consacr&#xe9; au th&#xe8;me &quot;Arts savants, Arts populaires, industries culturelles&quot;. Ce cycle de conf&#xe9;rence est organis&#xe9; par le second cycle de Conception et mise en œuvre de projet culturel et l’IUP M&#xe9;tiers des Arts et de la Culture de l’Universit&#xe9; Paris1 Panth&#xe9;on-Sorbonne. Cette conf&#xe9;rence intitul&#xe9;e &quot;Arts contemporains : Fronti&#xe8;res mobiles&quot; a &#xe9;t&#xe9; organis&#xe9;e et transcrite par Fanny Brocard, Sonia Descamps, Elsa Faucillon et Laetitia Poustay.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Theodor W. ADORNO : L’ art et les arts, 2002, Descl&#xe9;e de Brouwer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pierre BOURDIEU : La distinction : critique sociale du jugement, 1979, &#xc9;ditions de Minuit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Arthur C. DANTO : La transfiguration du banal : une philosophie de l’art, 1989, Editions du Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Olivier DONNAT : Les pratiques culturelles des Fran&#xe7;ais : enqu&#xea;te 1997, 1998, Minist&#xe8;re de la culture et de la communication. D&#xe9;partement des &#xe9;tudes et de la prospective / la Documentation fran&#xe7;aise. Les amateurs : enqu&#xea;te sur les activit&#xe9;s artistiques des Fran&#xe7;ais, 1996, Minist&#xe8;re de la culture et de la communication. D&#xe9;partement des &#xe9;tudes et de la prospective.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Clement GREENBERG : &quot;Avant-garde et Kitsch&quot; in Art et culture : essais critiques, 1989, Macula.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jean-Louis HAROUEL : Culture et contre-cultures , 1994, Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nathalie HEINICH : Le triple jeu de l’art contemporain : sociologie des arts plastiques, 1998, les &#xc9;ditions de Minuit. L’art contemporain expos&#xe9; aux rejets : &#xe9;tudes de cas, 1996, Jacqueline Chambon.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Yves MICHAUD : L’artiste et les commissaires : quatre essais non pas sur l’art contemporain mais sur ceux qui s’en occupent, 1989, Jacqueline Chambon. La crise de l’art contemporain : utopie, d&#xe9;mocratie et com&#xe9;die, 1997, Presses universitaires de France. L’art &#xe0; l’&#xe9;tat gazeux, essai sur le triomphe de l’esth&#xe9;tique, 2003, Stock.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Raymonde MOULIN : L’artiste, l’institution et le march&#xe9;, 1992, Flammarion. L’institution arbitre des valeurs esth&#xe9;tiques, entretien avec M. Bouisset, 1993, Art Press n&#xb0;179.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Kirk VARNEDOE : High &amp; low : modern art, popular culture, 1990, Museum of modern art, H. N. Abrams.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 09 May 2008 11:01:00 GMT</pubDate></item><item><title>MUSIQUES ACTUELLES : ART VS INDUSTRIE ?</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113560.html</link><category>Arts et Culture</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113560.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9113560/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113560.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;br /&gt;GILLES CASTAGNAC,&lt;br /&gt;Directeur du Centre d’Informations et de Ressources des Musiques Actuelles&lt;br /&gt;GUILLAUME DECHERF, pigiste rock pour Lib&#xe9;ration, Zurban...&lt;br /&gt;HUGHES DE COURSON, Artiste (Malicorne, Mozart l’Egyptien, O’Stravaganza...)&lt;br /&gt;STEPHANE ESPINOSA, Co-Directeur de LABELS, sous-division d’EMI Music France&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le terme de musiques actuelles semble quelque peu flou, les fronti&#xe8;res de la musique savante et de la musique populaire le sont aussi... Comment d&#xe9;finir ces termes, et o&#xf9; se recoupent-ils ?&lt;br /&gt;S’il semble &#xe0; premi&#xe8;re vue que les musiques actuelles sont en France tout &#xe0; fait d&#xe9;mocratis&#xe9;es, il appara&#xee;t que toutes les formes de musiques englob&#xe9;es dans ce terme g&#xe9;n&#xe9;rique ne le sont pas. Si la musique de vari&#xe9;t&#xe9;s est toujours sur-m&#xe9;diatis&#xe9;e, qu’en est-il du rock, du rap, et de la techno ? Comment les rendre accessibles &#xe0; tous, sans les vulgariser comme l’ont &#xe9;t&#xe9; les vari&#xe9;t&#xe9;s ? Y a-t-il corruption de la cr&#xe9;ation dans la diffusion de masse ? _ Enfin, comment donner acc&#xe8;s &#xe0; tous &#xe0; cette cr&#xe9;ation, et de fa&#xe7;on &#xe9;gale, afin que soit enfin r&#xe9;ellement mise en place une d&#xe9;mocratie culturelle ? Faut-il le faire et quels sont les r&#xf4;les de l’Etat, des m&#xe9;dias et de l’industrie du disque ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC, &lt;br /&gt;comment d&#xe9;finiriez-vous le terme de &quot; musiques actuelles &quot; ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : Le terme a &#xe9;t&#xe9; utilis&#xe9; pour la premi&#xe8;re fois &#xe0; la fin des ann&#xe9;es 70, par les cr&#xe9;ateurs du festival des Rencontres transmusicales de Rennes : cette formule &#xe9;tait &#xe0; l’&#xe9;poque une mani&#xe8;re d’obtenir une prise en consid&#xe9;ration de la &quot;culture rock&quot; par les pouvoirs publics. Il s’agissait alors d’indiquer qu’elle avait un r&#xe9;el impact et une influence sur la peinture, le design, le cin&#xe9;ma... que ce mouvement musical, populaire, s’inscrivait naturellement dans la cr&#xe9;ation contemporaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi a t-il &#xe9;t&#xe9; retenu dans la d&#xe9;nomination de l’institution que vous avez cr&#xe9;&#xe9;e et dont vous &#xea;tes &#xe0; la t&#xea;te, l’IRMA (Centre d’Informations et de Ressources pour les Musiques Actuelles) ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : La cr&#xe9;ation de l’IRMA s’est op&#xe9;r&#xe9; &#xe0; partir de la fusion de trois centres d’information pr&#xe9;existants, chacun sp&#xe9;cialis&#xe9;s dans des genres musicaux diff&#xe9;rents : le Centre d’information du Rock des vari&#xe9;t&#xe9;s, le Centre d’information du Jazz et le Centre d’information des musiques et danses traditionnelles. B&#xe9;n&#xe9;ficiant alors d’une structuration commune, il a fallu trouver un terme g&#xe9;n&#xe9;rique qui englobe toutes les formes artistiques concern&#xe9;es.&lt;br /&gt;Mais on pourrait lui substituer l’expression &quot; musiques populaires &quot;. Si ce terme n’&#xe9;tait pas, lui aussi, connot&#xe9;, il serait plus simple &#xe0; utiliser. L’expression &quot; musiques actuelles &quot; correspond souvent &#xe0; une utilisation de type &quot;politiquement correct&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour vous, les musiques populaires s’opposent-elles aux musiques classiques ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : Par d&#xe9;finition, oui, m&#xea;me si les fronti&#xe8;res peuvent &#xea;tre perm&#xe9;ables. On trouvera un certain nombre d’oppositions, comme la culture de l’oralit&#xe9; face &#xe0; la notion d’&#xe9;criture musicale. De fait, il existe des cursus diff&#xe9;rents. Ces musiques circulent, sont transmises, &#xe9;cout&#xe9;es et enseign&#xe9;es de mani&#xe8;res diff&#xe9;rentes. Il faut aussi souligner la pr&#xe9;sence du corps et du physique, ou d’autres clivages, comme le rapport au patrimoine et la proximit&#xe9; du &quot;march&#xe9;&quot; qui les configurent aussi bien leur cr&#xe9;ation que dans leur diffusion. Et puis il existe une forme d’autoproclamation de l’artiste, qui n’est possible que dans les musiques populaires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour vous, l’expression &quot; musiques savantes &quot; englobe-t-elle donc uniquement les musiques classiques et contemporaines ainsi que le jazz, tandis que l’expression de &quot; musiques actuelles &quot; engloberait la chanson, le rock, le rap, la techno... comme Catherine TRAUTMAN l’avait d&#xe9;fini dans son programme en faveur du d&#xe9;veloppement des musiques actuelles ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : De fait, si on s’en tient aux termes tel que l’on vient de le faire, on trouvera derri&#xe8;re l’expression &quot; musiques actuelles &quot; l’ensemble de ce qui, par d&#xe9;faut, n’est pas la musique classique ou contemporaine. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y faut pas de &quot;savoir&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hughes DE COURSON, vos d&#xe9;finitions de ces formules diff&#xe8;rent-elles de celles de Gilles CASTAGNAC ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : Oui et non... Je trouve un peu dommage de s&#xe9;parer les choses par des d&#xe9;finitions. Je pense en effet que les musiques en elles-m&#xea;mes ne diff&#xe8;rent parfois pas tant que cela. Cela rel&#xe8;ve plut&#xf4;t de la mani&#xe8;re de les nommer, de les enseigner, de les pr&#xe9;senter. &quot; Musique savante &quot; ne signifie pas forc&#xe9;ment musique &#xe9;crite : en Inde, en Chine ou dans les pays Arabes, certaines musiques de tradition orale sont pourtant classiques. La musique occidentale n’est pas toujours bas&#xe9;e sur le fait qu’elle soit &#xe9;crite sur papier. Ici, les gens ont tendance &#xe0; confondre le fait de savoir &#xe9;crire la musique, de conna&#xee;tre ses notes de musique, et de savoir en jouer. Le solf&#xe8;ge, qui est par ailleurs en train de dispara&#xee;tre dans certains pays (au profit de l’ordinateur par exemple), est un moyen fantastique de communiquer de la musique, mais il ne peut tout reproduire parfaitement. Ainsi, toutes ces nuances entre musique classique et autres formes de musiques sont un peu friables. Si BACH, MOZART et BEETHOVEN appartiennent au champ classique, on ne peut pas pour autant dire que Pascal DUSAPIN, qui est un compositeur contemporain, appartienne r&#xe9;ellement &#xe0; cette famille du classique. De m&#xea;me pour Leonard BERNSTEIN, qui dirige de la musique contemporaine, mais a &#xe9;galement compos&#xe9; West Side Story ! Il existe de toute &#xe9;vidence en France des cat&#xe9;gories et barri&#xe8;res musicales qui n’existent pas dans nombre d’autres pays. Si Pierre BOULEZ se mettait soudainement &#xe0; &#xe9;crire pour NOLWENN, tous seraient choqu&#xe9;s, alors que ce genre de choses est tout &#xe0; fait possible dans d’autres pays. On peut par cons&#xe9;quent parler d’une nuance de d&#xe9;finition plut&#xf4;t que d’une nuance de r&#xe9;alit&#xe9;. Il serait bon d’arr&#xea;ter de cataloguer syst&#xe9;matiquement les artistes dans des styles pr&#xe9;cis : chacun doit avoir le droit d’aller de l’un &#xe0; l’autre assez facilement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA, utilisez-vous ces termes et en avez-vous les m&#xea;mes d&#xe9;finitions dans votre m&#xe9;tier de directeur de label ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Dans le monde des maisons de disques, nous n’utilisons jamais les termes de &quot; musiques actuelles &quot;, ou m&#xea;me de &quot; musiques savantes &quot; et &quot; musiques populaires &quot;. Nous sommes &#xe0; une &#xe9;poque o&#xf9; les musiciens peuvent aller facilement d’une musique &#xe0; l’autre. C’est le cas de Yann TIERSEN par exemple, qui est difficilement classable de par son style, ou bien m&#xea;me du fait que les musiciens avec lesquels il travaille viennent de formations autodidactes ou classiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Guillaume DECHERF, dans votre activit&#xe9; de journaliste, rencontrez-vous souvent les termes de &quot; musiques actuelles &quot; ?&lt;br /&gt;Guillaume DECHERF : Ce terme n’est que tr&#xe8;s peu employ&#xe9; dans ma profession. De mon c&#xf4;t&#xe9;, je l’ai rencontr&#xe9; pour la premi&#xe8;re fois lorsque j’ai du synth&#xe9;tiser le rapport de Catherine TRAUTMAN qui &#xe9;tait alors au Minist&#xe8;re de la Culture. Ce terme n’est pas employ&#xe9; dans la plupart des professions de la musique : il a r&#xe9;ellement une connotation et un ancrage institutionnel, voire minist&#xe9;riel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Evoquons maintenant le probl&#xe8;me de l’accessibilit&#xe9;. Aujourd’hui, les musiques actuelles se subdivisent en une myriade de styles musicaux diff&#xe9;rents. Cette universalit&#xe9; fait-elle des musiques actuelles un terrain confus pour la majorit&#xe9; des Fran&#xe7;ais ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Au milieu de ce foisonnement, et dans chaque style de musique, certains artistes font de la musique qui pla&#xee;t d&#xe8;s la premi&#xe8;re &#xe9;coute, tandis que d’autres continuent &#xe0; exp&#xe9;rimenter et produisent de la musique plus difficile &#xe0; aborder. Chez LABELS, nous travaillons avec des groupes comme DAFT PUNK et les CHEMICAL BROTHERS : ils sont l&#xe0; depuis plusieurs ann&#xe9;es et, &#xe0; ce jour, ont vendu beaucoup de disques : ils plaisent beaucoup. A cot&#xe9;, nous travaillons avec des artistes comme PLASTIKMAN ou SPEEDY J, qui vendent relativement peu de disques, sans doute moins que plusieurs musiciens classiques ou de jazz. Pourquoi ? Parce qu’ils font de la musique avec cette volont&#xe9; d’exp&#xe9;rimentation. Et c’est parfois encore moins accessible, pour un public non averti, que les musiques dites savantes. On le voit en regardant lesquels se vendent le plus, et ont le plus de succ&#xe8;s. Mais &#xe7;a donne de l’int&#xe9;r&#xea;t &#xe0; notre m&#xe9;tier !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces artistes comme PLASTIKMAN ou SPEEDY J, le grand public n’en entendra jamais parler, et ils n’influenceront jamais personne, s’ils restent dans leur coin... Qu’en pensez-vous ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : En musique &#xe9;lectronique, il est aujourd’hui possible d’exp&#xe9;rimenter avec peu de moyens, et de faire alors des morceaux qui ne sont pas n&#xe9;cessairement accessibles. Par contre, ce sont ces m&#xea;mes morceaux qui vont, dans un second temps, influencer d’autres artistes. J’ai en t&#xea;te l’exemple, certes un peu caricatural, du dernier album de MADONNA, enregistr&#xe9; en collaboration avec MIRWAIS. Avant cela, MIRWAIS avait pass&#xe9; six ans &#xe0; faire des &quot;bidouillages&quot; dans son studio de M&#xe9;nilmontant. Par hasard, MADONNA a entendu ses morceaux, et le voil&#xe0; propuls&#xe9; producteur de disques qui se vendent par millions dans le monde. S’il fait aujourd’hui de la musique accessible qui se vend bien, on ne peut pas dire que ce qu’il faisait auparavant l’&#xe9;tait.&lt;br /&gt;Il est impossible de g&#xe9;n&#xe9;raliser et de dire si les musiques actuelles sont toutes accessibles ou pas. Certaines franges appartenant &#xe0; chaque style sont effectivement populaires : on les entend &#xe0; la radio, on les voit &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;vision. Mais derri&#xe8;re ce d&#xe9;cor, il y a toujours des groupes qui tentent des choses nouvelles. C’est ceux-l&#xe0; qui font progresser le monde, parce que c’est justement eux qui, &#xe0; moyen terme, inspirent un artiste plus commercial, qui am&#xe8;nera par la suite ce son nouveau &#xe0; un plus grand public. Aujourd’hui, il a des gens qui &#xe9;coutent SPEEDY J et PLASTIKMAN apr&#xe8;s avoir d&#xe9;couvert l’&#xe9;lectro par le biais de DAFT PUNK. L&#xe0; est tout l’int&#xe9;r&#xea;t : il faut amener le plus grand nombre vers quelque chose de plus exp&#xe9;rimental, en passant peut-&#xea;tre par la d&#xe9;mocratisation d’artistes plus accessibles au premier abord.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hughes DE COURSON, pensez-vous que toutes les musiques actuelles sont aujourd’hui accessibles &#xe0; tout un chacun ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : Pour que quelque chose soit accessible, il faut qu’il y ait un acc&#xe8;s. En musique, les acc&#xe8;s sont restreints, tout d’abord &#xe0; cause de ce nouveau ph&#xe9;nom&#xe8;ne de concentration des majors : elles ne sont plus qu’au nombre de cinq en France ! Cinq maisons de disques qui vendent 90% des disques du march&#xe9; ! C’est donc de plus en plus difficile pour les petits labels de survivre : soit ils &#xe9;chouent, soit ils sont rachet&#xe9;s par des grosses majors quand ils connaissent le succ&#xe8;s. Par ailleurs, 80% des disques se vendent dans des grandes surfaces. Les FNAC et VIRGIN MEGASTORE font presque figure d’exception, comme autrefois les petits disquaires... Tout cela laisse moins de marge qu’avant. Heureusement, notamment par les concerts, beaucoup arrivent encore &#xe0; s’en sortir sans &#xea;tre totalement format&#xe9;s. Il reste enfin le probl&#xe8;me de la r&#xe9;ceptivit&#xe9; : ma grand-m&#xe8;re ne sera pas r&#xe9;ceptive &#xe0; du rap par exemple. Le probl&#xe8;me est donc d’arriver &#xe0; s’exposer, dans cette logique de concentration des magasins et des maisons de disques qui ne facilite pas le travail de diversification.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gilles CASTAGNAC, les musiques actuelles sont-elles accessibles selon vous ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : Oui, c’est leur vocation ! M&#xea;me si l’organisation du march&#xe9; privil&#xe9;giera, au final, les musiques que l’on consid&#xe9;rera alors comme &quot;plus faciles&quot; ou &quot;de vari&#xe9;t&#xe9;s&quot;. Mais les critiques musicaux ont souvent une grande facilit&#xe9; &#xe0; adorer les artistes &quot;maudits&quot; puis &#xe0; les rejeter &#xe0; partir du moment o&#xf9; ils commencent &#xe0; vendre des disques. L’histoire des musiques populaires est jalonn&#xe9;e de choses &quot;in&#xe9;coutables&quot; qui ont &#xe9;t&#xe9;, voire restent, tr&#xe8;s populaires ! Mais si les technologies du disque et de la radio rendent les musiques accessibles, la contrepartie, c’est qu’il y a effectivement une &#xe9;norme logique industrielle de concentration et de standardisation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi le champ des musiques actuelles para&#xee;t-il autant uniformis&#xe9; aujourd’hui ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : En toute logique, l’industrie a organis&#xe9; le champ de la distribution sur le mod&#xe8;le de l’&#xe9;conomie d’&#xe9;chelle ; les produits qui assurent de grands profits standardisent les circuits, d&#xe9;terminent les &quot;formats&quot; dominants et configurent l’ensemble des march&#xe9;s. Comme ce sont les multinationales qui fixent les &quot;prix d’acc&#xe8;s&quot;, cela engendre un certain monopole : si l’on veut acheter de l’espace publicitaire par exemple, il faut disposer d’autant d’argent qu’elles. Et quand on utilise d’autres &quot;chemins&quot;, ils sont &quot;r&#xe9;cup&#xe9;r&#xe9;s&quot; s’ils fonctionnent. C’est pour cela que la diversit&#xe9; implique l’existence de &quot;contre-pouvoirs&quot; significatifs, y compris au sein de l’industrie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et vous, Guillaume DECHERF, comment expliquez-vous que tant d’artistes restent dans l’ombre, si m&#xe9;connus du grand public, si peu accessibles ?&lt;br /&gt;Guillaume DECHERF : Il faut garder en m&#xe9;moire que beaucoup de styles musicaux sont vou&#xe9;s &#xe0; rester m&#xe9;connus ; parfois, c’est la volont&#xe9; m&#xea;me des groupes. Ils ne veulent pas &#xea;tre expos&#xe9;s. Prenons l’exemple du metal : que ce soit le trash, le heavy ou le gothique, ce sont des gens qui n’ont pas forc&#xe9;ment envie d’&#xea;tre sur-m&#xe9;diatis&#xe9;s ou de faire des concerts &#xe0; BERCY. Ils se contentent de leur &quot;petit statut&quot;, et ne veulent pas se retrouver en play-list sur NRJ.&lt;br /&gt;Il y a &#xe9;galement une question d’attitude : pour se faire conna&#xee;tre, il est plus simple de passer par STAR ACADEMY que de faire de l’indus dans son garage. Le public se tourne vers ce qui est plus &quot;pop&quot;, ce &#xe0; quoi son oreille est habitu&#xe9;e, ce qu’on entend sans &#xe9;couter &#xe0; la radio ou &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;vision... C’est plus ais&#xe9; que d’&#xe9;couter des musiques plus compliqu&#xe9;es, celles qui demandent une attention soutenue. Il faut chercher loin dans les bacs de disques, car ils ne sont pas en t&#xea;te de gondole... Pour &#xe7;a, il vous faut des amis qui s’y connaissent, vous conseillent, il faut suivre le bouche &#xe0; oreille, &#xea;tre &#xe0; l’aff&#xfb;t... Tout le monde n’en a pas forc&#xe9;ment le temps ou l’occasion, donc la plupart des gens se contentent des gros calibres qui sont diffus&#xe9;s &#xe0; la radio.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA, &#xe0; quelles difficult&#xe9;s &#xea;tes-vous confront&#xe9;, en tant professionnel de l’industrie du disque, lorsque vous essayez de faire conna&#xee;tre vos artistes ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Aujourd’hui, il est plus facile qu’avant de faire des disques, il y en a donc beaucoup qui sortent, avec des syst&#xe8;mes de distribution diff&#xe9;rents. Le premier souci aujourd’hui, c’est qu’on est dans une logique qui s’approche de plus en plus de celle du cin&#xe9;ma : si un disque ne conna&#xee;t pas le succ&#xe8;s dans le temps des trois semaines apr&#xe8;s sa sortie, on le change d’&#xe9;talage pour le mettre &#xe0; un emplacement moins visible. Il est donc plus difficile &#xe0; trouver.&lt;br /&gt;LABELS est la partie de la major VIRGIN/EMI qui a pour mission essentielle de d&#xe9;velopper et faire d&#xe9;couvrir de nouveaux artistes : nous faisons ce qu’on appelle du d&#xe9;veloppement, sur le long terme. Le second probl&#xe8;me, c’est que nous sommes confront&#xe9;s &#xe0; une uniformisation m&#xe9;diatique. Bien s&#xfb;r, il reste des journalistes qui aiment la musique et en parlent. Mais il y a un d&#xe9;s&#xe9;quilibre &#xe9;vident entre le nombre d’albums qui sortent par semaine, et ceux qui sont mis en avant par les m&#xe9;dias grands publics. J’ai moi-m&#xea;me acc&#xe8;s &#xe0; tous les magasines par exemple, mais quand je vais en magasins acheter des albums, il m’arrive d’en ressortir bredouille ! On est assailli de nouveaut&#xe9;s, estampill&#xe9;es de stickers plus racoleurs les uns que les autres... Il devient alors extr&#xea;mement compliqu&#xe9; d’avoir une vision globale de la musique aujourd’hui, et ce &#xe0; la fois, &#xe0; cause de l’exposition en magasin, et dans les m&#xe9;dias.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Est-ce que LABELS est tent&#xe9;e de passer par des collaborations et des co-exploitation entre les m&#xe9;dias et les divers labels, puisque cela engendre quand m&#xea;me une explosion m&#xe9;diatique assur&#xe9;e et donc de grosses ventes par la suite ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : En fait, nous essayons avec LABELS de signer des artistes qui ne sont pas simplement des interpr&#xe8;tes, mais aussi des auteurs-compositeurs. Prenons l’exemple du groupe DAFT PUNK, qui ne fait pas de partenariats avec les radios et les t&#xe9;l&#xe9;visions. Alors que cette d&#xe9;marche a effray&#xe9; beaucoup de maisons de disque, nous avons plut&#xf4;t essay&#xe9; de l’exploiter, c’est quasiment devenu la marque de fabrique du groupe... C’est important d’&#xea;tre au maximum &#xe0; l’&#xe9;coute des artistes pour r&#xe9;inventer notre m&#xe9;tier autant qu’on le peut. Tr&#xe8;s souvent, les labels sont int&#xe9;ress&#xe9;s par des co-exploitations parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer de la publicit&#xe9; sur M6 ou TF1, et ceci est un r&#xe9;el d&#xe9;bat dans le milieu de la musique, qui a m&#xea;me touch&#xe9; le Syndicat des Editeurs Phonographiques. Mais paradoxalement, ce sont les ind&#xe9;pendants qui ont plus ou moins d&#xe9;fendu les co-exploitations, parce que &#xe7;a leur permettait d’avoir acc&#xe8;s &#xe0; du marketing dont ils ne pouvaient pas profiter auparavant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Guillaume DECHERF, en tant que journaliste, trouvez-vous qu’il est difficile de garder une vision globale de la musique aujourd’hui ?&lt;br /&gt;Guillaume DECHERF : C’est vrai qu’il y a une sur-exposition, une surinformation. Il existe une myriade de magazines sp&#xe9;cialis&#xe9;s... En tant que journaliste, je re&#xe7;ois beaucoup de disques et je l’avoue, je ne les &#xe9;coute pas tous par manque de temps ! Il m’arrive d’en sortir un trois mois plus tard, parce que, tout d’un coup, j’en ai entendu parler. Je me rends compte alors que je suis pass&#xe9; &#xe0; cot&#xe9;... Mais c’est aussi du au fait que tous les albums ne sont pas des priorit&#xe9;s pour le label, qui ne peut pas d&#xe9;velopper chaque artiste avec la m&#xea;me intensit&#xe9;. Pour la presse aussi, il est impossible de garder une vision globale, et nous non plus ne mettons pas toujours en avant les plus m&#xe9;ritants, mais plut&#xf4;t ceux qu’il faut &quot;booster un peu&quot;, selon ce que la maison de disques en dit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais, si l’on d&#xe9;sire d&#xe9;couvrir un nouveau style musical, n’est-il pas possible d’aller &#xe0; la FNAC, dans un rayon pr&#xe9;cis, de demander conseil &#xe0; un vendeur et d’&#xe9;couter le disque sur place ? N’est-ce pas une mani&#xe8;re de rendre accessible les musiques actuelles ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : Si, en effet, on peut &#xe9;couter les disques sur place et c’est une bonne chose. Cependant, il faut savoir que la FNAC vient de licencier beaucoup de ses employ&#xe9;s qui avaient une connaissance tr&#xe8;s sp&#xe9;cialis&#xe9;e des musiques, pour les remplacer par des vendeurs moins form&#xe9;s, qui co&#xfb;tent moins cher &#xe0; l’entreprise. Et malheureusement, tous les disques ne sont pas sur bornes d’&#xe9;coutes...&lt;br /&gt;Aujourd’hui, il y a un tel exc&#xe8;s de concentration des musiques que cela devient presque caricatural : il n’y a aura bient&#xf4;t plus que deux soci&#xe9;t&#xe9;s de production ! Ceci dit, je reste assez optimiste, parce qu’il existe toujours un public qui, &#xe0; un moment donn&#xe9;, r&#xe9;agira et aura besoin de d&#xe9;couvrir d’autres musiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA, &#xea;tes-vous aussi optimiste ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Globalement, le march&#xe9; du disque est dans une ann&#xe9;e charni&#xe8;re, tout va &#xea;tre boulevers&#xe9;. Souvent, lorsque des tendances lourdes sont impos&#xe9;es, un ph&#xe9;nom&#xe8;ne inverse et r&#xe9;actif se cr&#xe9;e. C’&#xe9;tait le cas dans les ann&#xe9;es 80, au d&#xe9;but de l’industrie du disque telle qu’elle est devenue aujourd’hui : des &quot;contre-pouvoirs&quot; se sont mis en place avec la cr&#xe9;ation, entre-autres, du rock alternatif, qui par la suite est devenu un mouvement tr&#xe8;s important en France. Aujourd’hui, le m&#xea;me ph&#xe9;nom&#xe8;ne se reproduit : en r&#xe9;action &#xe0; l’effet STAR ACAD&#xc9;MY, on observe un vrai retour de la chanson fran&#xe7;aise. Donc, on peut &#xea;tre optimiste en termes de cr&#xe9;ation, m&#xea;me s’il existe un vrai probl&#xe8;me de m&#xe9;diatisation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA, que faites-vous pour que les musiques qui ne sont pas accessibles le deviennent ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Nous essayons de trouver des solutions pour que tous aient acc&#xe8;s &#xe0; des styles de musiques diff&#xe9;rentes. Cependant, nous faisons face &#xe0; des paradoxes : aujourd’hui, on fait d&#xe9;couvrir des musiques nouvelles par le biais de la publicit&#xe9;. L’exemple de MOBY souligne bien ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne : MOBY fait de la musique &#xe9;lectronique depuis longtemps sans &#xea;tre connu, jusqu’au jour o&#xf9; sort son album ’Play’ qui est r&#xe9;cup&#xe9;r&#xe9; pour agr&#xe9;menter des musiques de publicit&#xe9;, et se vend alors &#xe9;norm&#xe9;ment. En r&#xe9;alit&#xe9;, les gens avaient envie de cette diff&#xe9;rence, ils d&#xe9;siraient une musique non-format&#xe9;e. A partir du moment o&#xf9; on a eu acc&#xe8;s &#xe0; cette musique par le biais de la publicit&#xe9;, cet artiste a pu vendre.&lt;br /&gt;Il s’est pass&#xe9; la m&#xea;me chose pour Yann TIERSEN qui, gr&#xe2;ce &#xe0; la bande originale du film ’Am&#xe9;lie Poulain’, a vendu plus de disques que 80 % des artistes de vari&#xe9;t&#xe9;s fran&#xe7;aises. Il a vendu entre 700 000 et 800 000 bandes originales d’une musique qui, &#xe0; l’origine, n’est pas forc&#xe9;ment accessible. Aujourd’hui, &#xea;tre diffus&#xe9; sur une bande originale de film, ou faire partie de l’univers de la publicit&#xe9; est un moyen nouveau et diff&#xe9;rent de faire entendre sa musique au public. Chez LABELS, lorsque nous essayons de faire du d&#xe9;veloppement et de signer des artistes diff&#xe9;rents, il faut n&#xe9;cessairement r&#xe9;fl&#xe9;chir &#xe0; des moyens de les exposer de mani&#xe8;re diff&#xe9;rente, afin qu’ils puissent toucher le public.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pensez-vous qu’Internet soit un frein, ou plut&#xf4;t une aide, &#xe0; la d&#xe9;mocratisation des musiques actuelles ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Internet participe fortement &#xe0; cette ann&#xe9;e charni&#xe8;re, puisqu’il risque de tout bouleverser. Je pense que (et l&#xe0;, je m’exprime en mon nom et non en celui de ma soci&#xe9;t&#xe9;) la copie peut devenir un probl&#xe8;me, mais ce n’est pas encore le cas. Aujourd’hui, l’industrie du disque est dans une p&#xe9;riode difficile, mais ce n’est pas forc&#xe9;ment d&#xfb; au ph&#xe9;nom&#xe8;ne internet. Alors que la vente de disques se portait plut&#xf4;t bien, elle a brusquement chut&#xe9; aux mois de novembre-d&#xe9;cembre 2002 ; on ne peut pourtant pas affirmer que les gens ont commenc&#xe9; &#xe0; copier &#xe0; la fin-octobre !&lt;br /&gt;Si l’industrie marche mal, cela peut peut-&#xea;tre s’expliquer par le fait que l’on vend un produit assez cher, mais pas assez qualitatif. Nous essayons de vendre des artistes, tandis que les radios essaient de faire de l’audience. A moyen terme, et avec un peu de temps, internet pourra peut-&#xea;tre aider &#xe0; une communication directe avec les gens m&#xea;me si, encore une fois, les &#xe9;normes structures dominent &#xe9;galement internet...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Guillaume, avez-vous des id&#xe9;es pour d&#xe9;mocratiser les musiques actuelles ?&lt;br /&gt;Guillaume DECHERF : Un bon moyen pour vendre des albums est de sortir des &quot;best-of&quot; ou des &quot;samplers&quot;. En Angleterre, il y a une dizaine d’ann&#xe9;es, on pouvait pour trois livres acheter un magazine accompagn&#xe9; d’un CD proposant dix morceaux de groupes de musique diff&#xe9;rents. Cela permettait de d&#xe9;couvrir de nombreux talents, et ce proc&#xe9;d&#xe9; a &#xe9;t&#xe9; repris en France.&lt;br /&gt;Il existe &#xe9;galement des bars qui font des soir&#xe9;es d’&#xe9;coute : l’entr&#xe9;e est libre et l’on peut y &#xe9;couter un album en avant-premi&#xe8;re. Apr&#xe8;s, il ne reste que les &#xe9;missions pointues sur la bande FM, mais elles ne sont malheureusement diffus&#xe9;es que tr&#xe8;s tard dans la nuit. Le plus simple reste encore de laisser tra&#xee;ner son oreille et d’&#xea;tre curieux !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelles solutions pr&#xe9;conisez-vous pour permettre &#xe0; tous d’acc&#xe9;der &#xe0; des musiques vari&#xe9;es ? Comment des musiques diff&#xe9;rentes de celles qui passent actuellement sur le r&#xe9;seau hertzien pourraient &#xea;tre diffus&#xe9;es et d&#xe9;couvertes par la majorit&#xe9; ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : La question de l’accessibilit&#xe9; ne concerne pas uniquement le r&#xe9;seau hertzien, elle se pose &#xe9;galement en terme de spectacle vivant. Dans les ann&#xe9;es 80, le mouvement alternatif s’&#xe9;tait essentiellement construit sur l’authenticit&#xe9; de la sc&#xe8;ne. Ce mouvement fort a induit, dans les strat&#xe9;gies des maisons de disques, d’aller vers les groupes de sc&#xe8;ne, qui avaient d&#xe9;j&#xe0; l’exp&#xe9;rience des tourn&#xe9;es. C’est &#xe0; ce moment que surviennent les politiques : beaucoup de salles ont &#xe9;t&#xe9; mises en place afin que la logique commerciale du march&#xe9;, qui privil&#xe9;gie la concentration, puisse b&#xe9;n&#xe9;ficier de contre-pouvoirs, et que des &quot;niches&quot; puissent se d&#xe9;velopper.&lt;br /&gt;Il y a plusieurs mani&#xe8;res de mener ce combat &#xe0; l’int&#xe9;rieur m&#xea;me des entreprises ou dans les politiques publiques. En mati&#xe8;re de r&#xe9;gulation par l’intervention publique en France, je pense aux quotas de chansons fran&#xe7;aises &#xe0; la radio. Cette d&#xe9;cision fait sens : on a reconnu que l’espace hertzien est un espace public, sur lequel p&#xe8;sent des r&#xe8;gles et par lequel on peut influencer la mani&#xe8;re dont le march&#xe9; s’empare de notre culture et la redistribue. Il ne s’agit pas de dicter la mani&#xe8;re dont les choses doivent se faire, mais de les r&#xe9;guler, de fa&#xe7;on &#xe0; ce que d’autres logiques et la diversit&#xe9; puissent exister.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pouvez-vous nous expliquer ce que l’IRMA met en œuvre pour d&#xe9;mocratiser de musiques qui ne le sont pas ?&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : L’IRMA existe depuis des ann&#xe9;es : le centre est n&#xe9; justement afin d’interpeller les pouvoirs publics, pour aider &#xe0; la structuration des diff&#xe9;rents outillages, de fa&#xe7;on &#xe0; ce que les artistes et les gens qui les accompagnent puissent acc&#xe9;der &#xe0; un plus grand professionalisme. Notre r&#xf4;le est d’&#xe9;quiper les acteurs de ce milieu, et de leur donner une meilleure connaissance de l’environnement dans lequel ils s’investissent : ils peuvent acc&#xe9;der &#xe0; des formations sp&#xe9;cifiques, avoir des outils de travail en terme d’annuaires ou d’explication juridique. Ainsi, ils sont plus performants pour faire r&#xe9;ussir ce qui les motive au d&#xe9;part : leur passion pour la musique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hughes DE COURSON, vous qui connaissez bien la situation en place dans d’autres pays, que pensez-vous des aides d&#xe9;j&#xe0; existantes en France ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : La France propose &#xe9;norm&#xe9;ment de possibilit&#xe9;s et d’aides. Le probl&#xe8;me principal est de s’y retrouver, de les conna&#xee;tre et de les comprendre. L’IRMA est sans doute un organisme qui aide &#xe0; coordonner le spectacle vivant, qui est justement un secteur tr&#xe8;s difficile &#xe0; organiser. Pour mon dernier spectacle O’Stravaganza, o&#xf9; se c&#xf4;toient dix musiciens italiens et six musiciens irlandais, c’est un casse-t&#xea;te, trop cher et peu rentable. Il faut &#xea;tre expert pour conna&#xee;tre les d&#xe9;marches &#xe0; mettre en œuvre pour obtenir des r&#xe9;ductions sur une salle. Il faut avoir des antennes de l’IRMA un peu partout en province, car nous avons la chance d’&#xea;tre dans un pays o&#xf9; l’art est bien soutenu !&lt;br /&gt;Je peux effectivement faire la comparaison car j’ai beaucoup voyag&#xe9; : en Italie, il n’y a pas d’aides. En Espagne, il existe des aides, mais de mani&#xe8;re tr&#xe8;s r&#xe9;gionaliste : les Basques aident les projets basques, les Andalous aident les projets andalous, etc.&lt;br /&gt;En France existe par ailleurs le statut formidable qu’est celui des intermittents du spectacle : c’est une forme de subvention o&#xf9;, sans juger les artistes, on leur permet d’exister, m&#xea;me s’il y a des abus et des probl&#xe8;mes &#xe0; l’heure actuelle. Cela permet &#xe0; de nombreux artistes de travailler sans &#xea;tre oblig&#xe9;s de se justifier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il semblerait que le budget du Minist&#xe8;re pour les musiques actuelles est &#xe9;quivalent &#xe0; celui de l’Op&#xe9;ra Garnier, quelle est votre r&#xe9;action face &#xe0; ces chiffres ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : Il n’est pas de mon ressort de r&#xe9;agir face &#xe0; ces chiffres, mais le Minist&#xe8;re doit aussi aider l’op&#xe9;ra... Les charges sociales d’une structure comme l’op&#xe9;ra sont tr&#xe8;s lourdes, d’autant qu’en France elles sont beaucoup plus &#xe9;lev&#xe9;es qu’en Italie ou en Espagne... Il faut que l’Etat &quot;investisse&quot; dans le plus de musiques et/ou de structures diff&#xe9;rentes afin qu’il n’en d&#xe9;coule pas une uniformit&#xe9; de spectacles &quot;commerciaux&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’apr&#xe8;s vous, les subventions donn&#xe9;es par l’Etat sont-elles distribu&#xe9;es aux bonnes personnes, aux bons moments... et peut-on parler de d&#xe9;mocratie culturelle ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : La d&#xe9;marche de l’Etat pour soutenir la cr&#xe9;ation part souvent d’une bonne intention...&lt;br /&gt;Malheureusement, la mise en place de ces actions de soutien est souvent fastidieuse et mal interpr&#xe9;t&#xe9;e par le march&#xe9;... Par exemple la mise en place des quotas aurait pu &#xea;tre une excellent chose pour les artistes, si cette mesure n’avait pas &#xe9;t&#xe9; contourn&#xe9;e par quelques &quot;majors&quot; qui, au lieu de mettre en avant des artistes d&#xe9;j&#xe0; pr&#xe9;sents sur la sc&#xe8;ne musicale populaire, ont cr&#xe9;&#xe9; de nouveaux artistes pour faire face &#xe0; ces quotas, avec du R&amp;B fran&#xe7;ais, etc.&lt;br /&gt;Ce qui est dommage ! De la m&#xea;me fa&#xe7;on, il n’est pas normal que des groupes comme DAFT PUNK et d’autres, qui chantent en anglais, ne soient pas consid&#xe9;r&#xe9;s comme des groupes fran&#xe7;ais ! C’est en ce sens que l’intervention de l’Etat est &#xe0; la fois bonne et mauvaise. Le march&#xe9; n’est pas suffisamment pris en compte...&lt;br /&gt;On a &#xe0; faire &#xe0; un march&#xe9; qui contourne le syst&#xe8;me pour faire plus de profit, le plus vite possible. Il est alors difficile d’affirmer que la subvention attribu&#xe9;e &#xe0; un groupe ou &#xe0; un autre est un bon choix.&lt;br /&gt;Les &quot;subventionneurs&quot; sont malheureusement parfois un peu &quot;loin&quot; de ce qu’on appelle les musiques actuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Guillaume DECHERF : Je suis assez d’accord et j’ajouterais qu’il y a trop souvent inad&#xe9;quation entre les attentes des uns et les propositions des autres. Heureusement, certaines salles proposent des choses un peu os&#xe9;es, qui sortent de l’ordinaire, gr&#xe2;ce &#xe0; ces subventions du Minist&#xe8;re : elles se permettent de prendre des risques, m&#xea;me si ces derniers sont finalement moindres que ceux pris par des structures non subventionn&#xe9;es. Qu’on aide plus les structures &#xe9;mergeantes serait une bonne chose pour aider les nouveaux groupes !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En terme de d&#xe9;mocratie des musiques actuelles, ne serait-il pas judicieux de la part du Minist&#xe8;re d’investir plus de subventions dans la cr&#xe9;ation de studios et de structures o&#xf9; les musiciens puissent acc&#xe9;der &#xe0; la cr&#xe9;ation musicale ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : Ces subventions vont malheureusement souvent aux mauvaises personnes... La subvention ne devrait pas correspondre &#xe0; des choix artistiques mais en effet &#xe0; des soutiens de structures comme des studios, m&#xea;me s’il est de plus en plus facile d’enregistrer chez soi. Le probl&#xe8;me est que les artistes manquent peut-&#xea;tre un peu de libert&#xe9;... La n&#xe9;cessit&#xe9; d’&#xea;tre &quot; politiquement correct &quot; existe toujours ! Favorisons le soutien aux festivals et aux salles !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gilles CASTAGNAC : L’Etat n’est pas le seul &quot;subventionneur&quot;, loin de l&#xe0;... Les communes, les R&#xe9;gions, les organismes professionnels participent aussi &#xe0; ces soutiens. C’est un ph&#xe9;nom&#xe8;ne qui s’&#xe9;tend de plus en plus. D’autre part, il ne faut pas penser que l’injection d’argent est la seule mesure de l’Etat en terme de soutien... Il existe d’autres leviers comme la TVA : le spectacle vivant b&#xe9;n&#xe9;ficie d’un all&#xe8;gement de TVA, qui est une forme d’aide &#xe0; la cr&#xe9;ation. De m&#xea;me, le r&#xe9;gime d’intermittence est une sp&#xe9;cificit&#xe9; fran&#xe7;aise qui contribue, lui aussi, &#xe0; l’&#xe9;conomie du secteur.&lt;br /&gt;Si les quotas peuvent parfois appara&#xee;tre comme un &#xe9;chec, c’est aussi parce qu’il manquait un travail en amont. La subvention n’est pas la panac&#xe9;e : souvent, ce sont des savoir-faire qui manquent, des conseils juridiques, des &#xe9;quipements informatiques, l’acc&#xe8;s aux emprunts, des mises en valeur d’exp&#xe9;riences, etc.&lt;br /&gt;Les politiques culturelles doivent tenir compte de l’organisation du march&#xe9; et y encourager d’autres logiques. En 1987, la TVA de 33 % (taux de luxe) sur les disques a &#xe9;t&#xe9; abaiss&#xe9;e au taux de 19,6 %, mais, dans le m&#xea;me temps, on autorisait la diffusion &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;vision de publicit&#xe9; pour la musique. On a alors constat&#xe9; que 60 % des sommes &quot;r&#xe9;inject&#xe9;es&quot; par le biais de cette r&#xe9;duction de taxe avait servi &#xe0; acheter des espaces publicitaires &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;vision pour une centaine de disques dont 2/3 &#xe9;taient des compilations. Cet effet pervers a &#xe9;t&#xe9; engendr&#xe9; par une m&#xe9;connaissance des pratiques &#xe9;conomiques et des cons&#xe9;quences d’une telle mesure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pensez-vous que l’Etat ou l’&#xe9;ducation pourrait jouer un r&#xf4;le plus positif ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : En dehors de la t&#xe9;l&#xe9;vision, le r&#xf4;le de l’Etat r&#xe9;side aussi en une action pour am&#xe9;liorer l’&#xe9;ducation musicale &#xe0; l’&#xe9;cole. Lorsqu’on est jeune, on trouve tr&#xe8;s difficilement une mani&#xe8;re d’apprendre la musique... A l’&#xe9;cole, le probl&#xe8;me est le m&#xea;me pour les arts plastiques.. Il y a un d&#xe9;sert complet dans les programmes &#xe9;ducatifs... C’est vraiment d&#xe9;courageant de voir que finalement, on se r&#xe9;sume &#xe0; &quot;gaver&quot; les enfants de solf&#xe8;ge. _ Il n’y a pas d’&#xe9;ducation musicale sympathique qui sorte de ce qui est classique, que ce soit en mati&#xe8;re de jazz, de hip hop ou de rock ... Cela pourrait permettre de former l’oreille des enfants, bien mieux en tout cas qu’avec STAR ACADEMY...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gilles CASTAGNAC : L’un des probl&#xe8;mes vient de ce que les &#xe9;coles municipales de musique ont pour mod&#xe8;le le Conservatoire et reproduisent un format &quot;d&#xe9;cal&#xe9;&quot;.&lt;br /&gt;Actuellement, les citoyens ont le choix entre s’inscrire dans des &#xe9;coles agr&#xe9;&#xe9;es pour s’y voir inculquer un enseignement tr&#xe8;s classique, ou se tourner vers les &#xe9;coles priv&#xe9;es associatives dont les tarifs sont beaucoup plus cons&#xe9;quents puisqu’elles ne sont pas vraiment aid&#xe9;es. Lorsque l’on compare la situation avec la demande du public, on remarque un vrai d&#xe9;ni d&#xe9;mocratique.&lt;br /&gt;Une &#xe9;tape a &#xe9;t&#xe9; oubli&#xe9;e dans le domaine de la musique : la sensibilisation dans le monde scolaire.&lt;br /&gt;C’est d’ailleurs une des recommandations mises en avant par la Commission Nationale des Musiques Actuelles, cr&#xe9;&#xe9;e par Catherine TRAUTMAN il y a 3 ans. Cette commission a fourni un rapport qui &#xe9;voque nombre de questions que l’on aborde ici...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi n’y a t-il pas de prix unique du disque, comme c’est le cas pour le livre ? S’il existait, nous serions moins confront&#xe9;s &#xe0; des probl&#xe8;mes de marketing et nous pourrions ainsi laisser la rumeur qui est quand m&#xea;me l’un des premiers m&#xe9;dias faire son travail...&lt;br /&gt;Gilles CASTAGNAC : La situation actuelle ne le permet pas... Aujourd’hui, on va dans le sens inverse : c’est plut&#xf4;t le prix unique du livre qui est remis en cause par l’harmonisation europ&#xe9;enne. De plus, on ne peut pas si simplement comparer le livre et le disque, puisque le livre doit se traduire d’un pays &#xe0; l’autre, ce qui n’est pas le cas pour le disque. C’est certainement regrettable, mais, pour l’instant, il s’agirait plut&#xf4;t de se battre pour que le prix unique du livre survive...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Un prix unique du disque para&#xee;t plut&#xf4;t utopique lorsque l’on pense qu’entre 60 et 70% des ventes de disques en France ont lieu dans des hypermarch&#xe9;s, qui eux-m&#xea;mes ach&#xe8;tent les 50 premiers des classements en grande quantit&#xe9; et font des remises. Dans ces conditions, les petits disquaires vont hausser les prix pour pouvoir esp&#xe9;rer survivre : un disque co&#xfb;te 150-170 francs chez un petit disquaire, contre 106 en &quot; prix vert &quot; &#xe0; la FNAC... Le circuit de distribution est tr&#xe8;s vari&#xe9;, et selon que l’on travaille avec un grand magasin ou un petit disquaire, on ne parle pas du m&#xea;me travail.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pensez-vous qu’il y a corruption de l’art lorsque l’on commence &#xe0; parler de d&#xe9;veloppement de masse et de sur-m&#xe9;diatisation ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Malheureusement, nous sommes aujourd’hui confront&#xe9;s &#xe0; une nouvelle cat&#xe9;gorie d’artistes, qui cr&#xe9;ent en fonction du march&#xe9;. On peut tout &#xe0; fait parler de &quot; mercantilisation &quot; de la musique, ce qui nous pose un r&#xe9;el probl&#xe8;me. Certains placent la notori&#xe9;t&#xe9; au-dessus du talent, au-dessus de la cr&#xe9;ation artistique, ce qui auto-d&#xe9;truit l’artiste &#xe0; tr&#xe8;s court terme. Ces artistes l&#xe0; ne cr&#xe9;ent plus pour le plaisir de cr&#xe9;er, mais pour &#xea;tre connus, vendre des disques et faire de l’argent. Ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne, toutes les professions de la musique en sont responsables d’une certaine mani&#xe8;re. En recherchant &#xe0; tout prix le profit &#xe0; court terme, on assiste &#xe0; un d&#xe9;bat sur la diff&#xe9;rence entre les artistes, les vrais qui cr&#xe9;ent, et ceux qui ne recherchent que le b&#xe9;n&#xe9;fice de leur travail. Par ailleurs, les m&#xe9;dias grand public donnent de nouvelles valeurs : il s’agit uniquement d’&#xea;tre connu. Il faut rester vigilant : pour les &#xe9;missions de t&#xe9;l&#xe9;-r&#xe9;alit&#xe9; telles que POP STARS et STAR ACADEMY, l’effet n’a dur&#xe9; qu’un an ou deux. Cette ann&#xe9;e, le groupe issu du programme POP STARS est un &#xe9;chec commercial cuisant, ce qui montre bien la diff&#xe9;rence entre la notori&#xe9;t&#xe9; et le talent. L’&#xe9;mission de t&#xe9;l&#xe9;vision POP STARS a fait de l’audience, mais le disque ne s’est presque pas vendu. L’effet &quot; t&#xe9;l&#xe9;-r&#xe9;alit&#xe9; &quot; est bien en train de s’estomper. Mais il a fait beaucoup de d&#xe9;g&#xe2;ts.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pouvez-vous nous &#xe9;clairer sur les effets n&#xe9;fastes, &#xe0; long terme, de ce genre de production ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : La puissance des maisons de disques &#xe0; l’origine de ces projets &#xe9;tait telle que ces derniers ont pris &#xe9;norm&#xe9;ment de place, au d&#xe9;triment d’autres artistes, aussi bien en publicit&#xe9; &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;vision, qu’en &#xe9;missions t&#xe9;l&#xe9;vis&#xe9;es et en positionnement en magasin. En Espagne, le march&#xe9; a chut&#xe9; de 33% ; en magasin comme dans les m&#xe9;dias, on a acc&#xe8;s uniquement &#xe0; ces projets l&#xe0;. Il faut savoir que l’Espagne est un pays demandeur de musique : les gens ont une culture musicale plus forte que la notre. Donc ceux qui d&#xe9;sirent d&#xe9;couvrir d’autres musiques ne trouvent plus de projets auxquels ils ont envie d’adh&#xe9;rer. Et le march&#xe9; a tellement chut&#xe9; que l’on n’entend m&#xea;me plus parler de POP STARS. Ces &#xe9;missions ont donc caus&#xe9; &#xe9;norm&#xe9;ment de tort. Nous sommes &#xe9;galement confront&#xe9;s au fait que les t&#xe9;l&#xe9;visions deviennent des producteurs de disques. Sur ces projets comme sur d’autres, M6 et TF1 sont producteurs (ou co-producteurs) et diffuseurs, ce qui fausse les r&#xe8;gles du jeu. Et n&#xe9;cessairement, TF1 et M6 mettent prioritairement en avant les artistes qu’ils produisent eux-m&#xea;mes. Personne ne sait cela, ou du moins, le grand public ne le sait pas. On rentre dans un syst&#xe8;me extr&#xea;mement vicieux : il faudrait presque payer pour &#xea;tre diffus&#xe9;. Cela engendre une uniformisation des musiques diffus&#xe9;es. Il faudra bien casser cette logique. Sans cela, on risque de devoir faire face &#xe0; une situation globalement probl&#xe9;matique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et, si l’on se place du c&#xf4;t&#xe9; du public, ne pensez-vous pas que ces &#xe9;missions manipulent les spectateurs, et surtout le jeune public &#xe0; qui on ne donne pas de vrais go&#xfb;t musicaux, mais plut&#xf4;t de belles images de beaux jeunes gens paillet&#xe9;s qui sont de soit-disant &quot; artistes talentueux &quot; ? Est-ce que ce genre d’&#xe9;missions donne une fausse image de l’artiste ?&lt;br /&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : Ces &#xe9;missions donnent une image r&#xe9;ductrice du m&#xe9;tier. Ceux dont on entend parler aujourd’hui vont &#xea;tre lanc&#xe9;s aux oubliettes aussi vite qu’ils ont &#xe9;t&#xe9; plac&#xe9;s en haut de l’affiche...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qu’en pensez-vous, Guillaume DECHERF ?&lt;br /&gt;Guillaume DECHERF : Encore une fois, il y a beaucoup d’appel&#xe9;s pour peu d’&#xe9;lus, et il faut rappeler que, contrairement &#xe0; ce que montrent ces &#xe9;missions, il y a beaucoup d’ann&#xe9;es de travail &#xe0; fournir avant d’arriver au statut d’artiste. Quand on fait de la musique moins accessible que de la vari&#xe9;t&#xe9;, comme du punk ou du m&#xe9;tal, le public n’est pas gagn&#xe9; d’office. On ne fait pas ce m&#xe9;tier pour &#xea;tre expos&#xe9; en premi&#xe8;re partie de soir&#xe9;e &#xe0; la t&#xe9;l&#xe9;vision. On s’expose donc &#xe0; moins de d&#xe9;sillusions si le succ&#xe8;s n’est pas au rendez-vous. Les personnes qui participent &#xe0; STAR ACADEMY sont majeures et vaccin&#xe9;es... Elles devraient &#xea;tre pr&#xe9;par&#xe9;es &#xe0; toutes les &#xe9;ventualit&#xe9;s et savoir que rien ne se fait du jour au lendemain, qu’il faut du travail pour &#xea;tre reconnu...&lt;br /&gt;Par contre, il faut souligner que si STAR ACADEMY vend un million d’albums, les b&#xe9;n&#xe9;fices engrang&#xe9;s permettent &#xe0; Universal Music de &quot; d&#xe9;velopper &quot; d’autres artistes. Les retomb&#xe9;es financi&#xe8;res de ces projets permettent de mieux promouvoir des groupes qui ne seront pas disque d’or...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hughes DE COURSON : Non, ce que vous dites est illusoire ! Je reviens d’EMI-Espagne, que je connais bien : ils viennent de licencier tous les artistes qui n’ont pas vendu 50 000 disques ! LABELS est une id&#xe9;e sympathique : c’est une petite partie d’EMI, qui a &#xe9;t&#xe9; cr&#xe9;&#xe9;e &#xe0; l’&#xe9;poque par Alain ARTAUD dans le but d’aller chercher de petits labels, principalement anglais, qui n’avaient pas de distributeur en France. Mais on allait chercher des groupes qui fonctionnaient d&#xe9;j&#xe0; ailleurs. Attention donc : je ne connais aucune maison de disques qui insuffle l’argent gagn&#xe9; gr&#xe2;ce &#xe0; STAR ACADEMY dans de plus petits groupes... Non, c’est d’ailleurs tr&#xe8;s simple : les maisons de disques ne sont pas des oeuvres philanthropiques ! Toutes sont sujettes aux pressions de leurs actionnaires ! Il ne faut pas se faire d’illusions ! Lorsque j’avais un label chez CBS, on m’a dit qu’on allait arr&#xea;ter de &quot; travailler sur mon disque &quot;, tout simplement parce que si l’&#xe9;quipe se concentrait sur celui de Michael JACKSON, il s’en vendrait trois millions, au lieu d’un million. Par contre, si toute l’&#xe9;quipe se concentrait sur mon disque, il s’en vendrait 70 000 au lieu de 10 000, le gain serait seulement 60 000 disques vendus. A c&#xf4;t&#xe9; des trois millions de Michael JACKSON, le choix est vite fait ! Les grosses maisons de disques n’investissent jamais sur un artiste inconnu, elles pr&#xe9;f&#xe8;rent m&#xea;me racheter les droits de quelqu’un qui marche d&#xe9;j&#xe0; dans un petit label.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Guillaume DECHERF : Je pense que cela existe tout de m&#xea;me...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hughes DE COURSON : Je n’en connais pas !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;St&#xe9;phane ESPINOSA : C’est vrai, nous sommes tous dans une logique de profit... LABELS essaie de travailler sur le long terme, de r&#xe9;ellement faire du &quot; d&#xe9;veloppement &quot;. Au final, cela peut &#xea;tre tout aussi rentable que de faire syst&#xe9;matiquement des gros coups de publicit&#xe9;, et d’essayer de vendre les disques sur du court terme. Nous avons mis deux ans &#xe0; construire l’album de MOBY, nous en avons vendu un million !&lt;br /&gt;Les maisons de disques sont principalement g&#xe9;r&#xe9;es par des gens qui ne connaissent pas du tout le m&#xe9;tier et cherchent du profit &#xe0; court terme. Quand ils n’ont pas ce qu’ils souhaitent, l’action baisse, ce qui implique des licenciements. Cette m&#xe9;thode n’est donc pas la bonne pour cr&#xe9;er un environnement culturel et musical qui puisse satisfaire son public.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qu’en est-il de la diff&#xe9;rence entre un artiste class&#xe9; dans un genre musical pr&#xe9;cis, et un artiste qui, comme Hughes DE COURSON, m&#xe9;lange les genres ? Comment cela se passe-t-il, notamment pour se faire conna&#xee;tre ?&lt;br /&gt;Hughes DE COURSON : Le probl&#xe8;me est avant tout de savoir o&#xf9; on va mettre mes disques, dans quel bac... J’aimerais qu’on cr&#xe9;&#xe9;e un espace OMNI (Objet Musicaux Non Identifi&#xe9;s) chez tous les disquaires, pour qu’on arr&#xea;te de coller des &#xe9;tiquettes et que les gens aillent un peu fouiller... Mais c’est un peu utopique... Je n’ai pas commenc&#xe9; chez une grande maison de disques, je me suis d’abord auto-produit. Il ne faut pas attendre qu’on vienne vous chercher... Maintenant, je suis chez une bonne maison de disques, parce que j’ai beaucoup vendu. Mais je reste tout de m&#xea;me conscient que le jour o&#xf9; je vendrai moins de disques, on ne voudra s&#xfb;rement plus de moi dans mon label, et je devrai alors en chercher un autre. En tout cas, c’est un beau m&#xe9;tier et je conseille &#xe0; tous ceux qui veulent le faire de continuer, parce qu’il n’y a pas que des horreurs, il y a aussi beaucoup de plaisir...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet article a &#xe9;t&#xe9; r&#xe9;dig&#xe9; &#xe0; partir d’une conf&#xe9;rence publique donn&#xe9;e le jeudi 6 mars 2003, lors du cycle des conf&#xe9;rences &quot; Les jeudis de la Sorbonne &quot; consacr&#xe9; au th&#xe8;me &quot; Art savant, Art Populaire, Industries Culturelles &quot;. Ce cycle de conf&#xe9;rences est organis&#xe9; par les &#xe9;tudiants d’IUP &quot; M&#xe9;tiers des Arts et de la Culture &quot;, et le Second Cycle de Conception et Mise en Œuvre de Projets Culturels de l’Universit&#xe9; Paris I Panth&#xe9;on-Sorbonne. Cette conf&#xe9;rence, consacr&#xe9;e aux musiques actuelles, a &#xe9;t&#xe9; organis&#xe9;e et transcrite par Julie SANDRIN, Anne SOUTY, Rose VIGNAT, Jean-Philippe BARRADAS, S&#xe9;bastien HOLDRINET et Ivan ZEC.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Site Internet de l’IRMA : http://www.irma.asso.fr&lt;br /&gt;Site Internet de LABELS : http://www.labels.tm.fr&lt;br /&gt;Site Internet de Lib&#xe9;ration : http://www.liberation.fr&lt;br /&gt;Site Internet de Zurban : http://www.zurban.com/&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 09 May 2008 10:58:33 GMT</pubDate></item><item><title>MEDIATION DES MUSIQUES ACTUELLES</title><dc:creator>Max Emme</dc:creator><link>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113527.html</link><category>Arts et Culture</category><comments>http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113527.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://arpeges.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9113527/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://arpeges.canalblog.com/archives/2008/05/09/9113527.html</guid><description>&lt;p&gt;Intervenants : M&#xe9;lanie BAUER, animatrice de l’&#xe9;mission Ketchup and Marmelade sur OUI FM Alan GAC, directeur artistique chez Barclay Vincent RULOT, directeur de l’association La CLEF &#xe0; Saint-Germain-en-Laye&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les musiques actuelles sont devenues un v&#xe9;ritable ph&#xe9;nom&#xe8;ne de soci&#xe9;t&#xe9;. D&#xe9;sacralis&#xe9;es et populaires, elles agr&#xe9;mentent notre vie quotidienne. Victimes de son succ&#xe8;s, le concert n’est plus le but principal, il est tr&#xe8;s concurrenc&#xe9; par un objet : le disque. Les musiques actuelles sont soumises aux enjeux d’ordre lucratif : la commercialisation dans un environnement mondialiste, l’industrialisation, la m&#xe9;diatisation, le marketing. Au sein du syst&#xe8;me &quot;musique actuelle&quot;, quelle est la place pour les artistes qui refusent de s’y soumettre, pour les salles dont le but est la d&#xe9;couverte et non seule rentabilit&#xe9; ? Dans une telle typologie, la m&#xe9;diation est-elle une priorit&#xe9; pour ceux qui l’&#xe9;tablissent ? Les notions de d&#xe9;couvertes, d’exp&#xe9;rimentation voire m&#xea;me de p&#xe9;dagogie sont elles &#xe0; l’ordre du jour ? Autour de cette vaste probl&#xe9;matique, trois professionnels de la musique ; M&#xe9;lanie BAUER, Alan GAC et Vincent RULOT nous exposent leurs points de vue, trois parcours, trois personnages dont les convictions divergent ou s’opposent nous font partager leurs exp&#xe9;riences.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;I- Pr&#xe9;sentation de la conf&#xe9;rence :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Autour du th&#xe8;me de la m&#xe9;diation des musiques actuelles ses probl&#xe9;matiques de la commercialisation, de l’industrialisation du disque et de la m&#xe9;diatisation (faisant partie int&#xe9;grante de ce secteur) ont &#xe9;t&#xe9; soulev&#xe9;. Pour r&#xe9;pondre &#xe0; nos questions, trois professionnels des musiques actuelles vont r&#xe9;pondre &#xe0; nos questions : M&#xe9;lanie BAUER animatrice et programmatrice &#xe0; Ou&#xef; FM, Alan GAC directeur artistique de Barclay et Vincent RULOT, directeur de la CLEF &#xe0; Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines, association culturelle qui porte le titre de Sc&#xe8;ne de Musique Actuelle (SMAC) donn&#xe9; par le minist&#xe8;re de la culture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;II- Pr&#xe9;sentation des intervenants et du secteur des musiques actuelles :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;M&#xe9;lanie BAUER, quelle est votre action &#xe0; OUI FM ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je travaille maintenant depuis dix ans pour la radio rock parisienne nomm&#xe9;e Ou&#xef; FM. Mon cursus scolaire ressemble &#xe0; celui de la majorit&#xe9; des professionnels de la musique : nous sommes pour beaucoup autodidactes. En effet, il n’y a pas &#xe0; proprement parler d’&#xe9;cole ou de formation pour devenir animateur de radio, si ce n’est celle que j’ai suivie au sein de l’Ecole de France qui est une &#xe9;cole priv&#xe9;e. Elle allie th&#xe9;orie et pratique par l’interm&#xe9;diaire de stages. C’est d’ailleurs avec le statut de stagiaire que je suis entr&#xe9;e &#xe0; Ou&#xef; FM et je n’en suis toujours pas partie de la radio. Cependant, les animateurs radios ont le statut assez pr&#xe9;caire d’intermittents du spectacle. C’est &#xe0; dire qu’ils sont pay&#xe9;s &#xe0; l’heure ou &#xe0; la journ&#xe9;e. Ils ne font pas a proprement parler partie de l’entreprise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pouvez-vous nous pr&#xe9;senter Ou&#xef; FM de fa&#xe7;on g&#xe9;n&#xe9;rale et nous dire quand cette radio a &#xe9;t&#xe9; cr&#xe9;&#xe9;e et quelle a &#xe9;t&#xe9; son &#xe9;volution ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ou&#xef; FM f&#xea;te ses quinze ans cette ann&#xe9;e. Elle a donc &#xe9;t&#xe9; cr&#xe9;&#xe9;e en 1987, par Pierre MORANT, sous le sigle de &quot; radio rock &quot;. A l’&#xe9;poque, le slogan &#xe9;tait : &quot; le son qui a du sens &quot;. Quatre ans apr&#xe8;s, en 1991, Ou&#xef; FM fut rachet&#xe9;e par Polygram. Et c’est Bruno DELFORT, un jeune homme de vingt-six ans, qui en a pris la direction et ce jusqu’en 1997. Virgin a depuis rachet&#xe9; une part du capital de Polygram. Par cons&#xe9;quent, Ou&#xef; FM fait d&#xe9;sormais partie de l’&#xe9;norme groupe Virgin. L’ann&#xe9;e derni&#xe8;re, l’audience de Ou&#xef; FM a d&#xe9;pass&#xe9; la barre des cinq points sur Paris, ce qui est extraordinaire pour une radio locale. Ou&#xef; FM est aujourd’hui la premi&#xe8;re radio locale parisienne et elle se porte plut&#xf4;t bien. Mais avec l’arriv&#xe9;e du Mouv’ sur les ondes, les choses vont peut-&#xea;tre changer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alan GAC, pouvez vous nous pr&#xe9;senter les activit&#xe9;s de Barclay ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ma part, je n’ai pas fait beaucoup d’&#xe9;tudes. J’organisais des concerts &#xe0; Rennes alors que je pr&#xe9;parais un DEUG d’Histoire. J’ai &#xe9;galement cr&#xe9;&#xe9; un label, ce qui m’a conduit &#xe0; vraiment travailler dans le milieu de la musique, et &#xe0; &#xea;tre aujourd’hui directeur artistique de la maison de disque Barclay. D’ailleurs, je travaille avec beaucoup d’artistes que j’ai d&#xe9;couverts lorsque j’&#xe9;tais ind&#xe9;pendant. J’ai donc un parcours d’autodidacte, ce qui m’a permis d’explorer le c&#xf4;t&#xe9; ind&#xe9;pendant du m&#xe9;tier, mais aussi le c&#xf4;t&#xe9; &#xe9;tabli d’une major comme l’est Barclay, qui appartient &#xe0; Universal. Barclay est une maison de disque, son activit&#xe9; principale est de produire des artistes, de miser financi&#xe8;rement et de mettre en œuvre une politique afin de faire conna&#xee;tre ces artistes dans le but de vendre leurs disques, leur art. Notre catalogue est assez vari&#xe9;, nous avons sign&#xe9; des artistes c&#xe9;l&#xe8;bres comme Bernard Lavilliers, Matt, ou encore Bj&#xf6;rk mais aussi de nombreux artistes moins connus, en d&#xe9;but de carri&#xe8;re. Notre catalogue est assez vari&#xe9;. D’autre part, Barclay a &#xe9;t&#xe9; int&#xe9;gr&#xe9; par Polygram en 1980 puis a &#xe9;t&#xe9; vendu &#xe0; Universal il y a trois ou quatre ans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vincent RULOT, pouvez vous nous parler de votre action &#xe0; la CLEF de Saint Germain en Laye ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je suis, aujourd’hui, directeur de l’association La CLEF &#xe0; Saint-Germain-en-Laye qui est entre autre une salle de concerts. Pour r&#xe9;sumer mon parcours dans le secteur musical, je suis moi aussi autodidacte. Cependant, j’ai eu une autre vie professionnelle avant de me consacrer &#xe0; la musique, en effet, j’ai &#xe9;t&#xe9; instituteur pendant dix ans. Parall&#xe8;lement &#xe0; cette activit&#xe9;, j’ai particip&#xe9; au d&#xe9;but des ann&#xe9;es quatre-vingts &#xe0; l’aventure des radios libres. En 1981, j’ai anim&#xe9; quelques &#xe9;missions sur Radio Cl&#xe9;mentine, une radio locale situ&#xe9;e &#xe0; Sartrouville. Les moyens techniques &#xe9;taient pour le moins primitifs, mais l’exp&#xe9;rience &#xe9;tait vraiment fantastique. La fr&#xe9;quence a &#xe9;t&#xe9; ult&#xe9;rieurement revendue &#xe0; une autre radio qui est devenue NRJ. J’ai ensuite int&#xe9;gr&#xe9; Radio Nova pendant trois ans pour laquelle je r&#xe9;alisais de courts modules sur le rock fran&#xe7;ais. Au m&#xea;me moment, la Maison de la Jeunesse et de la Culture de Saint-Germain a chang&#xe9; de statut en devenant une association. Elle a d&#xe9;cid&#xe9; de se sp&#xe9;cialis&#xe9;e dans l’organisation de concerts. La volont&#xe9; du directeur &#xe9;tait de faire de ce lieu une structure sp&#xe9;cialis&#xe9;e dans la musique dite de jeune et dans le rock en particulier. De part ma connaissance du milieu rock qui &#xe9;mergeait de fa&#xe7;on assez int&#xe9;ressante &#xe0; ce moment l&#xe0;, il m’a consult&#xe9; pour l’aider &#xe0; &#xe9;tablir une programmation de qualit&#xe9;, adapt&#xe9;e au milieu et au public cibl&#xe9;. Je suis donc devenu b&#xe9;n&#xe9;vole et nous avons commenc&#xe9; &#xe0; accueillir les groupes que je diffusais sur Nova. De fil en aiguille, apr&#xe8;s avoir pris une disponibilit&#xe9; &#xe0; l’Education Nationale, je suis devenu une petite main de l’association puis son directeur adjoint, et enfin directeur de La CLEF. En tant que directeur adjoint, je travaillais sur la programmation des concerts pour la petite salle de trois cents places et en m&#xea;me temps sur l’enregistrement. Je m’occupais ensuite de monter des projets p&#xe9;dagogiques par l’interm&#xe9;diaire des cours de musique et de d&#xe9;velopper une sc&#xe8;ne autour de La CLEF. Aujourd’hui, le domaine musical occupe une place importante au sein de l’association, mais notre particularit&#xe9; est que l’on accueille &#xe9;galement des activit&#xe9;s qui n’ont rien &#xe0; voir avec la musique. Par exemple, nous proposons des cours de langues, de gymnastique, d’arts plastiques ou encore des activit&#xe9;s pour enfants. Cette diversit&#xe9; am&#xe8;ne des croisements de public fort int&#xe9;ressants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;2- Pr&#xe9;sentation des diff&#xe9;rents acteurs du secteur musical :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quel est aujourd’hui l’&#xe9;tat de la radio en France&lt;/p&gt;&lt;p&gt;M&#xe9;lanie BAUER : Les radios libres ont vues le jour en 1981 gr&#xe2;ce &#xe0; la loi Mitterrand du 11 novembre 1981 permettant aux radios associatives d’&#xea;tre diffus&#xe9;es &#xe0; la condition de ne pas passer de publicit&#xe9;. La radio RFM s’y est essay&#xe9; et a vu a fr&#xe9;quence brouill&#xe9;e pendant un an. Suite &#xe0; cela, des manifestations &#xe0; l’initiative d’NRJ ont permis de faire &#xe9;voluer les choses. Les jeunes r&#xe9;clamaient une ouverture des ondes par des moyens parfois douloureux (gr&#xe8;ves de la faim...). Les radios commerciales ont vu le jour et ont eu le droit d’&#xe9;mettre et de diffuser de la publicit&#xe9;. D&#xe8;s 1982, deux mille radios ont &#xe9;merg&#xe9;. Le ph&#xe9;nom&#xe8;ne des radios FM est donc relativement r&#xe9;cent et aucune d’elles n’a plus de vingt ans. A partir de 1985, ce fut le d&#xe9;but des r&#xe9;seaux de radios. On conna&#xee;t maintenant l’empire NRJ avec Nostalgie, Rire et Chansons et Ch&#xe9;rie FM. Mais aussi France Info, devenue colossale et dont la cr&#xe9;ation date de 1987. Quant &#xe0; l’audimat, selon les derniers chiffres de M&#xe9;diam&#xe9;trie, la premi&#xe8;re radio en France est RTL, suivie d’NRJ, France Info, France Inter, Europe 2, Nostalgie, Fun Radio, RTL 2, ... Cependant, il y a une pol&#xe9;mique importante en ce moment &#xe0; propos de ces chiffres, car ils ne prennent pas en compte le public des moins de quinze ans. Par cons&#xe9;quent, cela p&#xe9;nalise fortement toutes les radios destin&#xe9;es aux plus jeunes. Ces chiffres d’audience sont importants car nous sommes des radios commerciales qui vivent gr&#xe2;ce &#xe0; la publicit&#xe9;. Plus l’audience est importante, plus la radio g&#xe9;n&#xe8;re de la publicit&#xe9;, et donc d’argent !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pouvez-vous nous dire &#xe0; quoi vous attribuez l’&#xe9;mergence des radios sp&#xe9;cialis&#xe9;es apparues ces derni&#xe8;res ann&#xe9;es. Est ce une sorte de formatage destin&#xe9; &#xe0; r&#xe9;pondre aux attentes des auditeurs ? Est-ce r&#xe9;ducteur ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a des radios qui marchaient tr&#xe8;s bien au d&#xe9;but des ann&#xe9;es quatre-vingt. Le seul moyen d’arriver &#xe0; prendre une place sur les ondes, c’&#xe9;tait d’arriver &#xe0; cibler l’audience et donc se sp&#xe9;cialiser. Aujourd’hui, on remarque le m&#xea;me ph&#xe9;nom&#xe8;ne en t&#xe9;l&#xe9;vision et particuli&#xe8;rement sur le c&#xe2;ble : avec l’&#xe9;mergence d’un certain &quot; service &#xe0; la carte &quot;. On essaye d’attirer les gens avec ce qu’ils aiment. En ce qui concerne le formatage. Est-ce que finalement ce n’est pas plus agr&#xe9;able d’avoir le choix, si l’on aime le groove, la techno ou le rock, de savoir que l’on a trois radios diff&#xe9;rentes &#xe0; &#xe9;couter, et que l’on a ainsi la possibilit&#xe9; de surfer entre les trois ? C’est peut-&#xea;tre une mani&#xe8;re d’avoir plus de libert&#xe9;. D’un autre c&#xf4;t&#xe9;, cela nous oblige &#xe0; int&#xe9;grer certains sch&#xe9;mas. Par exemple &#xe0; Ou&#xef; FM, nous avons eu &#xe9;norm&#xe9;ment de difficult&#xe9;s &#xe0; faire entrer la musique &#xe9;lectronique sur nos ondes. Les auditeurs nous ont fait savoir qu’il n’appr&#xe9;ciaient pas du tout notre initiative et que toute autre musique que le rock n’avait pas sa place sur cette antenne. Nous avons donc &#xe9;t&#xe9; contraints d’arr&#xea;ter de diffuser de la musique &#xe9;lectronique. Le r&#xe9;ductionnisme ne vient donc pas forc&#xe9;ment de nous ; d&#xe8;s que l’on d&#xe9;passe le cadre rock, ce sont les auditeurs qui protestent. En revanche, tout cela nous permet d’aller le plus loin possible dans le style musical qui est le n&#xf4;tre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alan GAC, quel est l’avenir des labels ind&#xe9;pendants et quel r&#xf4;le ont-ils dans le paysage du disque fran&#xe7;ais ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui en France, cinq maisons de disques, les majors, se partagent 96% du march&#xe9;. Nous avons dans l’ordre, Universal qui couvre 36 % du march&#xe9; mondial, Sony Music occupant 22 % du march&#xe9;, Warner qui prend 10 %, BMG couvrant 9 % et EMI qui occupe les 6 % restants. 4% sont laiss&#xe9;s aux maisons de disques ind&#xe9;pendantes, ce qui n’est pas n&#xe9;gligeable dans la production globale du disque. De part cette concentration extr&#xea;me, l’avenir des labels ind&#xe9;pendants. Si certains seront rachet&#xe9;s par une des majors, les plus militantes sont vou&#xe9;es &#xe0; la disparition. Cette r&#xe9;duction des acteurs du march&#xe9; est une tendance qui s’est beaucoup accentu&#xe9;e depuis les ann&#xe9;es quatre-vingt. Au fur et &#xe0; mesure, nous sommes arriv&#xe9;s &#xe0; cette concentration extr&#xea;me entre cinq grands distributeurs qui sont aussi les majors que l’on retrouve au niveau mondial. Certains disent que ce n’est pas fini, et que l’on va arriver &#xe0; trois principales maisons de disques &#xe0; travers le monde et donc en France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En France, l’industrie du disque g&#xe9;n&#xe8;re plus de huit milliards de francs de chiffre d’affaire, soit 1,2 milliard d’euros. En 2001, le march&#xe9; a augment&#xe9; de 11 %, ce qui repr&#xe9;sente une progression &#xe9;norme. Le nombre de disques vendus en France a augment&#xe9; de quatre-vingt-deux pour cent sur les cinq derni&#xe8;res ann&#xe9;es et de 22 % par rapport &#xe0; l’ann&#xe9;e pr&#xe9;c&#xe9;dente, cela repr&#xe9;sente environ trois albums achet&#xe9;s par fran&#xe7;ais en &#xe2;ge d’acheter des disques. C’est une progression consid&#xe9;rable. L’ann&#xe9;e derni&#xe8;re, il n’y a jamais eu autant de sorties dans les bacs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment faites-vous pour choisir les artistes qui seront demain dans les bacs ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un des points importants qui entre en ligne de compte lorsque l’on va signer un artiste est l’ad&#xe9;quation de son message avec la conjoncture sociale actuelle. Il faut que sa musique, son discours, son texte fasse sens. Ensuite, viennent les questions : comment va t-on pouvoir le vendre ? Comment va t-on le faire &#xe9;couter au public ? Sur quel type de radio va t-il passer ? Quel public va t-il rencontrer ? Quelle sc&#xe8;ne va t-il pouvoir faire ? Par chance, l’industrie du disque est assez dynamique depuis ces vingt derni&#xe8;res ann&#xe9;es, ce qui facilite l’acc&#xe8;s aux moyens marketing pour diffuser de la musique. C’est en fonction de ce dernier point que l’on d&#xe9;cide de signer l’artiste mais &#xe9;galement en fonction de la viabilit&#xe9; du projet &#xe0; plus ou moins long terme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Y a-t-il des quotas ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est vrai que les quotas des radios, qui doivent passer 40 % de musique fran&#xe7;aise minimum, ont accentu&#xe9;, en France, un ph&#xe9;nom&#xe8;ne qui est qu’aujourd’hui les maisons de disques pr&#xe9;f&#xe8;rent signer un artiste fran&#xe7;ais qui chante en fran&#xe7;ais plut&#xf4;t qu’en anglais car il se retrouverait en concurrence directe avec les grands artistes internationaux tels que Micka&#xeb;l Jackson ou les Red Hot. Cependant, la premi&#xe8;re motivation reste l’envie personnelle que nous avons de d&#xe9;velopper tel groupe ou tel artiste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vincent RULOT, quel est le niveau d’&#xe9;quipement des villes fran&#xe7;aises en salles de concert ? Comment se sont constitu&#xe9;s les r&#xe9;seaux de salles tels la F&#xe9;durok et le CRY ?Quant &#xe0; La CLEF, comment s’organisent ses activit&#xe9;s et la programmation ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par l’interm&#xe9;diaire de La CLEF, nous avons mont&#xe9; avec un certain nombre de salles en France ; un r&#xe9;seau s’appelant la F&#xe9;durok (F&#xe9;d&#xe9;ration Fran&#xe7;aise du Rock) au sein duquel nous avons r&#xe9;fl&#xe9;chi aux conditions d’accueil du public. D’autre part, au sein des Yvelines, nous avons cr&#xe9;&#xe9; un second r&#xe9;seau nomm&#xe9; le CRY ; regroupant des salles de concert entre lesquelles s’effectuent des &#xe9;changes de musiciens amateurs locaux. Ceci leur permet de renforcer leur exp&#xe9;rience de sc&#xe8;ne tout en rencontrant des publics diff&#xe9;rents. Quant &#xe0; la qualit&#xe9; des salles de concerts fran&#xe7;aises, il semblet que leur qualit&#xe9; se soit grandement am&#xe9;lior&#xe9; ces cinq derni&#xe8;res ann&#xe9;es. Dans les ann&#xe9;es 1975-1985, nous allions voir des concerts dans des salles polyvalentes, des abattoirs, des chapiteaux... des salles qui pouvaient servir &#xe0; tout sauf &#xe0; faire de la sc&#xe8;ne musicale. Le r&#xe9;sultat &#xe9;tait catastrophique. Alors que maintenant un peu partout en France, naissent des bonnes salles d’une jauge de 400 ou 500 places, accueillant des artistes de renomm&#xe9;e nationale. Il semblerait d’ailleurs, que les artistes &#xe9;trangers commencent &#xe0; les appr&#xe9;cier car ils viennent de plus en plus souvent tourner en France. En effet, au niveau de l’accueil, de la technique mais aussi de l’aspect financier et humain, il y a une qualit&#xe9; ind&#xe9;niable. A l’inverse, La CLEF est un mauvais exemple car la salle o&#xf9; sont organis&#xe9;s les concerts est une ancienne caf&#xe9;t&#xe9;ria. Aujourd’hui, elle n’a plus le niveau qui lui permettait d’accueillir de nombreux genres musicaux, il y a dix ans encore. C’est pour cela que nous travaillons actuellement sur un projet de nouvelle salle d’une jauge de 500 places capable d’accueillir diff&#xe9;rents types de spectacles. Les d&#xe9;ficiences de notre salle de concerts sont un v&#xe9;ritable probl&#xe8;me car certains artistes pr&#xe9;f&#xe8;rent maintenant aller dans d’autres lieux que La CLEF car les conditions d’accueil sont meilleures. D’autre part le public est aujourd’hui plus exigeant en mati&#xe8;re de qualit&#xe9; sonore et humaine, notamment parce que les moyens de reproduction de la musique sont devenus bien meilleurs. Par cons&#xe9;quent, le public des concert attend les m&#xea;mes conditions d’&#xe9;coute. D’autre part, &#xe0; partir du moment ou l’on poss&#xe8;de une salle de 300 places, on ne diffuse pas de t&#xea;tes d’affiches susceptibles de d&#xe9;placer 1 000 personnes. Cela serait une catastrophe en terme d’accueil du public. Par cons&#xe9;quent, nous programmons des artistes dits &quot; de d&#xe9;couverte &quot; qui, en g&#xe9;n&#xe9;ral peuvent acqu&#xe9;rir une plus grande reconnaissance m&#xe9;diatique dans les mois ou les ann&#xe9;es suivantes. C’est ainsi que nous avons accueilli aussi bien Zebda que Mano Negra ou Miossec. Outre le rock, nous accueillons &#xe9;galement certains artistes mythiques du reggae. Quant &#xe0; la pratique amateur, nous effectuons un travail cons&#xe9;quent avec la sc&#xe8;ne locale, en la diffusant pendant les premi&#xe8;res parties. Nos pr&#xe9;occupations sont donc tout &#xe0; fait diff&#xe9;rentes de celles des maisons de disque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vous organisez des concerts de musique tr&#xe8;s vari&#xe9;s. Retrouvez-vous des spectateurs dans un concert de hardrock et le lendemain dans un concert de reggae ? Y a-t-il des passerelles entre les publics ? Avez-vous des solutions pour augmenter le brassage des publics ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On retrouve ici les probl&#xe8;mes que nous avions abord&#xe9;s plus t&#xf4;t ; celui de la segmentation des publics et de la raison d’&#xea;tre des radios sp&#xe9;cialis&#xe9;es qui g&#xe9;n&#xe8;rent par ailleurs une tr&#xe8;s forte demande. Pour notre part, La CLEF programme aussi bien des artistes reggae, rap, hardcore, m&#xe9;tal, chanson, pop et m&#xea;me techno, bien que notre salle se pr&#xea;te mal &#xe0; ce type de musique. Nous avons mis en place un syst&#xe8;me de carte de fid&#xe9;lit&#xe9; qui donne entre autre une r&#xe9;duction sur les billets d’entr&#xe9;e aux concerts. Pour l’ann&#xe9;e en cours, nous d&#xe9;nombrons plus de 200 adh&#xe9;rents. Cependant, il est rare que l’on ait plus de dix ou quinze personnes qui viennent avec leur carte sur des concerts diff&#xe9;rents, alors m&#xea;me que notre vocation est d’essayer de croiser les publics. D’autre part, il y a certains types de musique qui favorisent les liens tels le reggae, le hip-hop et le hardcore. Ce il est &#xe9;galement int&#xe9;ressant d’observer le parcours des musiciens : certains commencent par faire du m&#xe9;tal et explorent ensuite les musiques &#xe9;lectroniques ou le r’n’b. On remarque aussi que l’&#xe2;ge est d&#xe9;terminant quant &#xe0; l’esprit d’ouverture sur d’autres musiques. La tranche des 18-25 ans est plus r&#xe9;ceptive &#xe0; l’innovation, &#xe0; la d&#xe9;couverte alors que la tranche sup&#xe9;rieure adopte un style de musique dont elle change moins facilement. Globalement, les styles musicaux fonctionnent en vase clos et il est tr&#xe8;s difficile d’int&#xe9;resser un public &#xe0; un autre type de musique et ce d’autant plus que la musique, en s’ancrant dans la vie sociale par le biais de la tenue vestimentaire, de l’attitude et m&#xea;me des courants de pens&#xe9;e, se marginalise d’elle-m&#xea;me.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;III- Industrialisation, commercialisation, m&#xe9;diatisation et m&#xe9;diation des musiques actuelles :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Y a t-il une place pour la m&#xe9;diation de la musique dans le syst&#xe8;me que vous avez pr&#xe9;c&#xe9;demment d&#xe9;crit ? Comment, chacun &#xe0; votre niveau, faites-vous de la m&#xe9;diation ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vincent RULOT : Dans un premier temps, nous proposons aux jeunes de multiples activit&#xe9;s via une inscription pr&#xe9;alable permettant d’&#xea;tre membre de l’association. Des cours de pratique permettent de se familiariser avec le milieu musical. Suite &#xe0; cela, il est possible pour les adh&#xe9;rents d’utiliser les salles de r&#xe9;p&#xe9;tition de la structure, ainsi que ses studios sous la houlette de professionnels du son. La derni&#xe8;re &#xe9;tape, celle de la sc&#xe8;ne, est la plus convoit&#xe9;e mais aussi la plus cruelle, car face au public, les musiciens peuvent se rendre compte de leur v&#xe9;ritable talent et de leur aptitude &#xe0; vivre un jour de leur passion. Cependant si cette exp&#xe9;rience est r&#xe9;v&#xe9;latrice elle peut aussi &#xea;tre illusoire. En effet, il faut savoir que La CLEF dispose d’une salle de concert de 300 places et que le public qui la fr&#xe9;quente est jeune (14-30 ans) d’une part, et de p&#xe9;riph&#xe9;rie parisienne d’autre part. De ce fait les groupes &#xe9;voluent sur sc&#xe8;ne face &#xe0; leur proches ou &#xe0; leurs connaissances venus les soutenir et dont l’objectivit&#xe9; n’est pas le premier ordre. Pour &#xe9;viter que ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne n’encourage ces jeunes &#xe0; persister dans une voix o&#xf9; ils n’auront peut &#xea;tre pas leur place, le travail de l’&#xe9;quipe p&#xe9;dagogique de la structure est d’œuvrer afin de leur permettre d’avoir un regard critique sur l’environnement musical dans lequel ils se dirigent aussi bien que sur leur propre travail. Toute l’&#xe9;quipe consid&#xe8;re qu’il est important que les musiciens amateurs prennent conscience des r&#xe9;alit&#xe9;s de ce milieu qui ne leur pardonnera aucun &#xe9;cart. Pour ce faire La CLEF organise des tables rondes entre les adh&#xe9;rents et les professionnels du milieu (dirigeants de maison de disque, producteurs, directeurs artistiques, artistes...). Ce travail de lucidit&#xe9; s’effectue aussi lors d’ateliers anim&#xe9;s par des sp&#xe9;cialistes des musiques actuelles. Cet accompagnement a pour objectif de faire vivre la musique d’une fa&#xe7;on plus saine et r&#xe9;aliste, tout en leur permettant d’envisager une carri&#xe8;re m&#xea;me en tant qu’amateur. Cependant, si un groupe se r&#xe9;v&#xe8;le prometteur, La CLEF n’h&#xe9;sitera pas &#xe0; le soutenir dans son action.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;M&#xe9;lanie BAUER : La m&#xe9;diation de la musique est un aspect tr&#xe8;s int&#xe9;ressant qui peine &#xe0; exister et perdurer sur les ondes. Cela est d&#xfb; en partie aux contraintes commerciales ainsi qu’aux probl&#xe8;mes d’audimat. En effet, les radios se doivent d’attirer puis de fid&#xe9;liser leur public gr&#xe2;ce &#xe0; des &#xe9;missions d’animation et &#xe0; la diffusion en boucle des titres phares. Pour lutter contre ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne, nous avons mis en place une &#xe9;mission, en l’occurrence &quot;Ketchup et Marmelade &quot;, qui permet d’&#xe9;couter des groupes amateurs ainsi que des groupes semi-professionnels n’ayant pas encore sign&#xe9; avec une maison de disque. Cela d&#xe9;bouche une fois par mois sur un concert du m&#xea;me nom que l’&#xe9;mission, o&#xf9; les artistes pass&#xe9;s &#xe0; l’antenne durant ce laps de temps pourront &#xea;tre vus sur sc&#xe8;ne et d&#xe9;velopper ainsi une relation de proximit&#xe9; avec le public. Cependant, le syst&#xe8;me et la conjoncture actuelle de la musique emp&#xea;chent la m&#xe9;diation de la musique de se g&#xe9;n&#xe9;raliser et d’int&#xe9;grer des tranches horaires plus &#xe9;cout&#xe9;es. D’autre part, il existe une forme de cynisme malsain venant d’une soci&#xe9;t&#xe9; et d’un syst&#xe8;me consid&#xe9;rant que le public n’a pas besoin de d&#xe9;couvrir ou de d&#xe9;velopper des id&#xe9;es en rapport avec les musiques actuelles qui sont fortement m&#xe9;tiss&#xe9;es et en perp&#xe9;tuelle &#xe9;volution. On consid&#xe8;re que seul le plaisir de d&#xe9;lectation a de l’importance et de la valeur ; cet &#xe9;tat d’esprit dresse des barri&#xe8;res devant un public &#xe0; qui on ne finit par donner que ce qu’il conna&#xee;t d&#xe9;j&#xe0;. De ce fait, une hypoth&#xe8;se saugrenue se d&#xe9;veloppe consid&#xe9;rant que le jeune public en particulier n’&#xe9;prouve pas le besoin ni l’envie d’&#xea;tre surpris, d’&#xea;tre mis en relation avec d’autres types d’artistes, qui sont souvent porteurs d’un message digne d’int&#xe9;r&#xea;t et d’une esth&#xe9;tique musicale non n&#xe9;gligeable. Le public est donc forc&#xe9; malgr&#xe9; lui de se contenter de ce qu’on lui propose.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alan GAC : Contrairement aux id&#xe9;es re&#xe7;ues, les maisons de disques participent au processus de m&#xe9;diation. M&#xea;me si le but premier est de vendre, celles-ci utilisent cette contrainte pour proposer un panel d’artistes, de genres et de tendances musicales le plus divers et le plus ouvert possible. En proposant un catalogue vari&#xe9;, les maisons de disque contentent non seulement un public plus large mais permettent la d&#xe9;couverte d’autres styles musicaux. La diversit&#xe9; incite &#xe0; la consommation, &#xe0; la d&#xe9;couverte donc &#xe0; la m&#xe9;diation. Bien s&#xfb;r, la diffusion de tous ces artistes sur le march&#xe9; est tributaire d’une machine interne. Le r&#xf4;le du directeur artistique est, tout comme le fait un m&#xe9;diateur, de cr&#xe9;er un passage entre l’artiste et le syst&#xe8;me dirigeant, et ce afin qu’il puisse atteindre le march&#xe9; du disque et &#xea;tre diffus&#xe9; par l’interm&#xe9;diaire de diff&#xe9;rents m&#xe9;dias.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La m&#xe9;diatisation est-elle une d&#xe9;rive de la m&#xe9;diation ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vincent RULOT : Au d&#xe9;but des ann&#xe9;es 80, j’ai cr&#xe9;&#xe9; une association d’information pour le consommateur culturel, dont le but &#xe9;tait d’expliquer au public le mode de fonctionnement du syst&#xe8;me musical fran&#xe7;ais. A la rencontre des jeunes des quartiers d&#xe9;favoris&#xe9;s, au sein des maisons de la culture, des lyc&#xe9;es et des conservatoires ; l’&#xe9;quipe de l’association r&#xe9;ussissait &#xe0; toucher les consciences et permettait &#xe0; ces personnes de se faire une id&#xe9;e juste de ce milieu. Gr&#xe2;ce &#xe0; ces op&#xe9;rations le public &#xe9;tait averti et arm&#xe9; pour affronter ce syst&#xe8;me. Force est de constater que vingt ans plus tard, les cha&#xee;nes de t&#xe9;l&#xe9;vision ont repris ce concept. Elles ont r&#xe9;ussi &#xe0; faire int&#xe9;grer au public que pour devenir un jour chanteur, il y a une norme : &#xea;tre beau et en bonne sant&#xe9;, avoir un moral &#xe0; toute &#xe9;preuve, et accessoirement, savoir chanter et danser. Par ce biais la m&#xe9;diatisation est en effet une d&#xe9;rive de la m&#xe9;diation. Mais les retomb&#xe9;es commerciales tr&#xe8;s importantes et l’influence non n&#xe9;gligeable sur la population qu’elle g&#xe9;n&#xe8;re n’incitent pas les m&#xe9;dia &#xe0; modifier leur d&#xe9;finition de m&#xe9;diation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La t&#xe9;l&#xe9;-r&#xe9;alit&#xe9; est, telle qu’on la conna&#xee;t en musique (Pop Star, Star Academy), issue d’un collaboration avec les maisons de disques. Celle-ci ne porte t-elle pas pr&#xe9;judice &#xe0; votre travail de m&#xe9;diation ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alan GAC : Ce genre de collaboration permet aux maisons de disque d’amasser une forte somme d’argent qui sera ensuite r&#xe9;inject&#xe9;e dans l’industrie g&#xe9;n&#xe9;rale du disque. Ce proc&#xe9;d&#xe9; sert &#xe0; soutenir la m&#xe9;diation, permet de prendre plus de risques et de lancer un nombre plus important d’artistes et donc de continuer &#xe0; alimenter le march&#xe9; avec des produits et des artistes en d&#xe9;but de carri&#xe8;re. En ce sens, le travail de m&#xe9;diation n’est pas l&#xe9;s&#xe9; par la m&#xe9;diatisation qui ne propose pas en soi des artistes de talent, mais qui, par les fonds g&#xe9;n&#xe9;r&#xe9;s soutiennent la cr&#xe9;ation fran&#xe7;aise sous-jacente. La t&#xe9;l&#xe9;-r&#xe9;alit&#xe9;, bien que critiqu&#xe9;e, impulse la musique fran&#xe7;aise et permet de ne pas tomber dans un syst&#xe8;me de m&#xe9;c&#xe9;nat, o&#xf9; seul une part minime d’artistes soutenus financi&#xe8;rement pouvaient tirer leur &#xe9;pingle du jeu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Y a t-il un frein &#xe0; la diversit&#xe9; musicale ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vincent RULOT : Il faut &#xea;tre conscient que la concentration emp&#xea;che la diversit&#xe9;. En effet, il y a un contr&#xf4;le exerc&#xe9; aussi bien par les hautes sph&#xe8;res de l’industrie musicale que par les services publics. Le groupe Leclerc par exemple a r&#xe9;cemment r&#xe9;pondu &#xe0; un appel d’offre &#xe9;manant de ces derniers afin de g&#xe9;rer des salles de concert. L’argent cr&#xe9;e une sorte d’&#xe9;chelle de luxe ma&#xee;trisant les structures allant de l’artiste au public et emp&#xea;chant la diversit&#xe9; que proposent des salles de concerts ind&#xe9;pendantes par exemple.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alan GAC : La diversit&#xe9; repr&#xe9;sente une forte somme d’argent aussi bien pour les maisons de disque que pour les magasins. Les m&#xe9;diateurs sont frein&#xe9;s par ce syst&#xe8;me qui r&#xe9;f&#xe9;rence les disques et emp&#xea;che l’essor de cette m&#xea;me diversit&#xe9;. Le public comme le m&#xe9;diateur doit militer pour changer les choses ne serait-ce qu’en prenant la peine de commander les disques qu’il d&#xe9;sire vraiment au lieu de se r&#xe9;soudre &#xe0; un autre achat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet article a &#xe9;t&#xe9; r&#xe9;dig&#xe9; &#xe0; partir d’une conf&#xe9;rence publique donn&#xe9;e le jeudi 21 mars 2002, lors du cycle de conf&#xe9;rences &quot; Les jeudis de la Sorbonne &quot; consacr&#xe9; au th&#xe8;me &quot; m&#xe9;diation des arts&quot;. Ce cycle de conf&#xe9;rence est organis&#xe9; par le second cycle de Conception et mise en œuvre de projet culturel de l’Universit&#xe9; Paris 1 Panth&#xe9;on-Sorbonne. Cette conf&#xe9;rence consacr&#xe9;e &#xe0; la m&#xe9;diation des musiques actuelles a &#xe9;t&#xe9; organis&#xe9;e et transcrite par (Vos noms)&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 09 May 2008 10:54:44 GMT</pubDate></item></channel></rss>